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Full text of "Histoire de France Racontee Par Un Grand-pere a Son Petit-fils"

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OÉLVUES COMPLÈTES 

» • . . . 

ÎJE SIR WALTER SCOTT» 

TBADUITKS EN FltANÇAlS 

A. J. B. BEFAncOSTPHET. 



racontée' 
' PAR UN GRAND-PÉRE A SON PETIT-FILS. 



COMPRENANT 
DSFUIB LA COKQirftTB DE GÉflAB ZnWJpt'àXt CSOHB881IGE- 



TOME TROISIÈME. 



# 






PARIS, 



CHAILXJBS GOSSEZiZir , UBRAIRE , 

auE sA-mr-oiaxAiir-Dis-yRis » ir« 9. 

MDCCCXTCXf. 



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OEUVRES 

œUPLàTBS 

DE Sm WALT£R SCOTT 



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HISTdl&E DE FRANGE. 



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DE FRA]\CE 

RlGOnTÂB 

PAR UI^ GRf Nffi-PÈRE 

DliDlil 

PAB SIB WALTEB SCOTT, *,^ 

PAR A.-J,-B. DEFAtiCONPRET, 



TOME TROISIÈME. 
PARïfe, 

ClURLES GOSSELIN , LIBRAIBE , 

H DGCG XXXI. 



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RAGÔnTÉE 

PAR VN GRAIVD-PÈRE 

A SOH PETIT-FILS. 



PBEHIÈRE SiaiE. 



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Th CHAPITRE PREMIER. 

i ^ iDOOAED m FB&D PLOIIMOBS PAETMÀlTfl DAHB LCS FlYS-BAS y 
' HOTAMMINT LB BttASSICB D'AKTlVSftLB , IT LIS COMTife At 
HAIIIADLT BTDB MOIfTFOBT. — GODBFBOI d'hARCOOBT, FATOBI 
II» Ol86|ACli OU BOI DB FBAUCB , EPOUSE Siê IJintBiTS. —» 
A b'aFBÀB l'aTIS d'hABGOOBT^ ONB 1HVA810II BU GAiCOGKB ESI 
. liSOLOB ET BZliCDTlSB. — FRILIFFE ABSBHELB 0KB AtkUiM A 
'J SAIJCT-OBNIB , ET MAECBB A lA OÉFtESB DE EOOEIT , QVI EtX 
«.It MINACi FAB LES AJIUA10. — MAWMUTABB FAB LBSQUBLL8S 
^ toOOABD UlOWlT A FAMEE I>B LA BITB GACCnB BB -LA 5EllfB 
^ SUR LA DIOIIB. — AFEftfl DBOX JOQES DB HAICHB9 ET fClYl 
FAB l'aBMÉB FBAEÇAISB 9 IL PASSE LA SOMME , ET CHOISIT VK 
CMAMP SE BATAILLE DAMS LA FORÊT DE CBiCI* — LBE FRAHÇAI9 
ARRIVENT. BATAILLB EE CE^CU 



En terminant le précédent volume , nous 
avons brièvement rendu compte de la ma^ 
nièredont les troupes étaient disciplinées et 



2 HISTOIRE DE FRANCE. , (l545) 

armées pendamrtlesr tfdzîémé ctquatwzîême 
siècles. Nous devons maintenant revenir au 
principal objet de cet ouvrage, dont le 
but est de donner une idée géïkëmle de 
l'histoire de France principalement dans 
ses rapport»^ artec ceHe <f Aïigïèterte. 

Nou^ devons d'abord faire observer que 
les plans conçus par Edouard III pour s'é- 
tablir sur le trône de France, et se ven- 
ger de l'affront qu'il avait reçu de Philippe 
de Valois , changèrent plus souvent qu'on 
'n'aurait dû ^attendre de la sagacité consom- 
mée de ce prince. En i545 , il en revint en- 
core à un projet dans lequel son ayeul et 
lui avaient déjà échoué , et qui était d'atta- 
quer les frontière» orientales de la France , 
à Taîde des Brabançons , des Flamands et 
des Allemand». Mais, en cette occasion , au 
lieu d'employer l'aide des princes et des 
nobles de la Flandre, il eut recours aux ha- 
bitansdes grandes villes de ce pays , suivant 
à cet égard le système politique qu'avait 
adopté une fois Philippe le Bel, mais dont 
• s'étaient écartés les successeurs de ce prince, 
qui avaient au contraire soutenu les comtes 
etles npbles4c&Pay»*Bas, contreles citoyen» 
insurgés des villes commerçantes. 



(l545) HISTOllTE dH PRANCfe. 5 

Noua avons "déjà d!t ^ii'Édôiiard' était en 
correspondance inthlie aVec Jàcijlies d'Ârte- 
velle , brasseur ayant aiitânt de fortune qUe 
d'influence, et' qui , J)endant . un certain 
temps , partit avoif à ses ordres toute la' 
populace des grandes viilesde Flandre. Pai'' 
le moyen du crédit qu'il avait sur ce démà- 
* gogtie , Edouard avait f<HTiië le plan' d'éle- 
ver 3on fils nonimécomtoe lui ÊdoUard!, et' 
qui fut ensuite le célèbre iHÎnce Koir , à là' 
dignité de comte de Flandre , en place du 
seigneur naturel de ce pays , Louis qui étaK' 
attaché à la cause de France. Mais cette pro- 
position répugna tellement aiix plus mÔ!^ 
ddrës d'entre les bonrgeoîé','"^ua]àd'lili'.'én' 
eurfefit cohnaissance, qOe d'AfteVéllé, qiîi'. 
avait uaguéres réghé sur Aix comme un 
prince, commença à fà'frë'.'fi^ttré. ^u'fànt' 
d'horreur ,' qu'il avait iti! ' 

Entin le mécontentement r 

pTWnonçà contreluî à uW' ; 

démagogue, jàd^i'^uife^ i 

Gand,-'accotiaplagtïë "à'uA^ i' 

sôliïtt» da -pxfs de Galfei t 

\m''à^&it dàntrés pdUriùî 7 

I! y fut reçu d'un àiï^Si sombrC i'et'ljî^ëc^de' 
telles menaces, qu'il ^ obligé de chîârëli^ 



4 HISTOIRE DE FRAJVCE. (l545) 

un abri contre rindignation populaire dans 
une maison que ses Gallois défendirent 
quelque temps. Mais la populace ayant en- 
suite forcé l'entrée de ce lieu de refuge ^ 
assassina elle-même son ancien favori ; et 
avec lui périt l'espoir d'Edouard de faire son 
fils comte de Flandre. 

1 545* Edouard , à peu prés à la même 
époque^ souffrit une autre perte par la 
mort de son beai^-frére , le comte de Hai- 
nault , jeune homme plein dé bravoure , 
qui fut tué en cherchant à réduire les ha*^ 
bitans révoltés de la Frise. Jean de Hainault^ 
. oncle de ce prince , devint après sa mort , 
enneipi . d'Êd^Quard , au parti duquel il 
avait été attaché jusqu'alors^ mais sans 
*en avoir été , ^ ce qu'il croyait, conve- 
nablement récopoypensé. Il quitta donc le 
service du roi d'Angleterre , et entra à celui 

Ce fut ai;i^si, vers le même temps, sui-* 
vaut l'opinion dç la plupart des historiens , . 
que Jean de JSlontfpft s'échappa de sa pri*, 
enFrance^, pu, fut re9xis en liberté ,jfar , 
Philinpe , par suite d'uAe trêve préalable. ,, 
et, recoinmença la guerre , en Bretagne à . 
l'ai^^ d'une force auxiliaire anglaise soua 






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{l545) HISTOIRE DE FRANCE. 5 

les ordres' dti cotnte de Northampton. Ils 
firent le siège de Quimperlay , et le comte 
de Moiitfort y termina sa carrière d'infor- 
tunes , en mourant d'une fièvre devant 
cette ville. 

Ainsi donc , au total , la perte successive 
de ces amis puissans , diminua les divers 
moyens par lesquels le roi Edouard s'était 
flatté de pouvoir inquiéter la France sur 
ses frontières orientales ou occWentales. 

Cependant^ durant cette même année, 
1 545 , si fertile en événem^s , Edouard 
fit Facquisition d'un autre conseiller , qui 
quitta le parti de son enqtemi , et par l'avis 
duquel il changea encore en girande partie 
la direction de ses attaques contre la France. 
C'était un puissant seigneur de Normandie, 
nommé Godefroi d'Harcourt, seigneur deSt> 
Sauveur le vicomte, et frère de Jean, comte 
d'Harcourt. Godefroi lui*méme avak été au- 
trefois aussi avant dans les bonnes grâces de 
Philippe de Valois qu'aucun seigneur de son 
royàunfïe ; mais une querelleétant survenue 
entré lui et sir Robert Bertram^ marchai 
de France , lé roi prit le parti du dernier 
avec une telle dhialeur , que , s'il avait eu 
Godefroi en son pouvoir , on ne peut guéres 



6 HI^TOIRP DE FRAKCEt 0^4^) 

4out!^ qu'il ne l'eût traité comWB le sei^ 
^eijr breton de Glis^on , qu'il <it CKécuter 
sur de légers ,âoi)pçon3 , cosame éjtaut atta^ 
(ùxé,m parti des Anglais. Godefroi d'IJa**- 
court s'enfuit à temps en Angleterre , et de 
laêipe que Robert d' Artoisavant lui , il em- 
jplpya son adresse et son éloquence, et il en 
avait . beaucoup , pour déterminer le roi 
4'AngIeterf e à faire de la Normandiei le prin- 
cipal tbéàtrede se^attaques conti elaFrance. 
« C'est, lui dit Godefroi d'Harcourt, une des 
|}yroYinces les plus fertilesdu royaume; nulle 
guerre n'y a eu lieu depuis deux siècles ; elle 
est remplie de.viU^s grandes et riches, qui 
ne sontpfiotégées par aucunes fortifications 
rç4^^^^l>^ 9 ^^ ^ ;n<;i^lesse de NoriBandie 
e^t en ce moment absente 4^ ce paya > ayant 
igiçcogocipagné JTean fils aine du roi , qui l'a 
conduite y«rs le sud pour faire la guerre en 
Giascogue- ^^ L'exilé fit valoir eu outre que 
la j^^Qrmandie* était un ancien doniaine de 
l'Angleterre qu'on pouvait recouvrer alwt 
s^UQS graude diflieuUé ; cA que û eUe, était 
wbjugu4e^ «Q ^ftmt une conquête g^rieuse 
pçfur le roi l^uard , partiwÛèrement utile 
À l'Angleterre , ç^r la l»MMtiiiiité de ses 
iisét^ftde celliw4e pQipay», Mqw® les Nor- 



(l546) HISTafiRlî DE FRANCE. j 

rsAvÀ% enx-méme^ Veiraient sans beaucoup 
4e fpeine. 

1546. Encouirag^ pafToeeoAseâ ^ iklouard 
HI se mit à la têteMâ'une arf»ée eon^é- 
roble , qu'a anooiiça comme de^iBée à 
faire la guerre en-Gaicogne» Mais lorsqu'on 
fut €m^<^ , au lieu de faire vdile de ce 
côté, le roi it gouverner vers leis côtes de 
la Nwitttodïc, et débarqua à ta Hoguc. In- 
fermé que son aneien emiemi âvak rémsî 
^fons son nouveau pït)jet d'envahir la France 
de ce côté , Philippe ne manqua pas d'as- 

«emblertotites'les ferces 4e'son>oyauine , et 
dfy joindve oelle« de ses riiliés , Jean de 
Lnxembomg, le vieux roide Bohême, son fils 
Cl^ifes , élu -empereur 4* Allemagne , ïe duc 
de Lwraine , Jean de Hainauflt , autrefois 
allié du Toi d'Angleterre, Louis cpmte de 
Flandre, «t Jacq»es roî titulaire de Ma- 
jorque, fjcpouvo^ dé quelques uns de ces 
princiôs . fte réfiondaSt pas totrt4ifaît a leurs 
titres ; •cëpeaàdiffll: , .aVec lëm*' «fecours et 
celui de «es èùjëlgiet de ses grands vassaux , 
*feilq)pô se vit- à la tête ^''une armée puis- 
«attte«t pleine de brftVou^ |oe qui M îns- 
T»tti ^feirêèéltrtton de jâl^ qtfÉdou^ ne 
-rétourh^É^àJf^^îdans ^ pays «mis «ne 



8 HISTOIRE DE FRANCE, (l346) 

bataille , dans laquelle il serait suffisam- 
ment puni du carnage , des déprédations et 
4es actes de violence , qu'il exerçait en ce 
moment dans le royaume de France. La 
plus grande partie de l'armée de Philippe 
se réunit à Saint-Denis, près de Paris , 
mais le roi lui-même , prenant le comman* 
dément des troupes qui S€ trouvaient en 
état de marcher sur le champ , descendit sur 
les bords de la Seine pour aller défendre 
Rouen , capitale de la Normandie > que les 
Anglais menaçaient. 

Cependant Edouard divisa son armée en 
trois corps. Il prit lui-même le commande- 
ment du premier, plaça le second sous les 
ordres du comte de Warwick , et mit à la 
tête du troisième Godefroi d'Harcourt- Le 
roi employa aussi ce dernier comme priur- 
cipal maréchal de Tarmée pendant toute 
cette expédition , dont ses conseils avaient 
été là première cause. Les Anglais, cojpome 
Godefroi l'avait prédit, trouvèrent les ville» 
(le Normandie riches et mal défendues ; d?. 
sorte qu'ils y firent beaucoup de butin ssais 
courir de grandsdangers* Maiif^ coinmeo'^st 
l'usage en pareil cas , la perte 4e8> malb^iiy 
reux h^i^ns es^a di9 bea^CKHip le gW 



(^546) HISTOUIE PE ITRANCE* g 

que firent les 4i^^^« L^ ville 4^ Gaen^ 
pleine de mardj^andises et de riehesses de 
toute espèce ^ fut prise d'assa.ut , afHrés ayoÂr 
£ût une telle résistaiice , qu'Éidouand iccHirr 
roueé d'une défense si obstinée , l'aurait ré- 
duite e»^ cendres. si Finterveption de Gi>de« 
froi d'Harcourt ne Teût détourné de cet 
acte de yiolmic^. . 

Tandis que la Normandie éprouvait ce 
traitement sévère de la part des troupes de 
terre qui étaient dans Tintépieur 4u pays , 
la flotte anglaise s'occupait avec. autan td'ac- 
4vité à piller , à dévaster et à brûler le^ 
.points de mw sur la côte , et tous . les batiT» 
mens qui s'y trouvaient. Le monarque an- 
glais s'avança de cette manière le long de la 
rive gauche de la Seine ^ dans le dessein 
d'attaquer Kouen , capitale^de la Norman- 
de* Philippe .de Valois l'empêcha d'exécu^ 
ter ce projet , en marchant au secours de 
cette yiU^^ cwnne nous l'avç^s déjà dit. La 
Seine séparait alors les deux armées et tous 
lès. ponts aywit > été ; rompues ,, auciiiie' des 
deux armées n'osa passer ce fleuve p(»ir at* 
^nfff l'eapiemi , de peur de.dwme*. l'a- 
vantage aicx ^9upesiqiiig^rnia^#iwt l'autre 
xiv^* Leïw ^ EroSft^fttftQ^t #*j*dispfisé 



10 ffWTOIRE VE FRANC!!. (l346) 

a retarder Tinstant d^ime action genëraie , 
■parceqoe , sadhant qi/îrl avait une grande 
MpérioriM de nombre , il espérait tvec rai* 
sèwi qtofe ràrtelée ' d*Éd0nard , ne pouvant 
travwaer la Seine, se trouverait entourée de 
i'aisrtre »co*é , ^ forcée de combatfre avec 
désavan^ge. 

Cependant les habitans de' îParîs étaient 
dans ïesplU» grandes* alarmes , sachasft que 
r^rmôe ^glafee étîjit ' si frês' d'eux, ^ craî- 
gnanc de Vmr leur ville ensanglantée par 
les exécutions militaires qui accompa- 
gnaient la marche <fÉdoùard ; car ce prince 
ne s'était pas fait une réputation de clé- 
mence. Le roi ïiiilippe eut qiielc[W ^ine 
à kis convaincre que la mesiÉre qu^ii avait 
prise de aarclier s«nr la rive droite 4e la 
Seine , ce qui avait i'air <te laisser 'la route 
de Parti» otivei!te aux Aurais Vils eonti- 
ixuatent àmtkre la rive^uéhe , était par le 
£sAt fe moyen 'le plus sér ^ cowVrfe* là 
capitale. 

Il éÊmm pourtant bientdt éiMent t^u'È^ 
4auard.n^avait nul dessein <xiiiti^ 4a éa^ 
tde de Pmnce i èdr ce monafqfM aym; fiiiit 
un moiiveiiQ^ïM ^midnin wet% Poîwy , y "^ 
fftùr^lejmt ^i tf^av«â!^été 4ét«ciit ^pL^imr 



psyrfaUeiiiQiit^ .et , par un habile <ii»iœttTr« 
militaire ^ tnvefaa k Seine / et marcha à 
l'oiicait yers laFlaadre , il se ûrà ainai de 
l'eiPtibarra&dii^ leqoebPhiUppe k oroyait. 

» 

Quand le monarque anglais fut arrivé 
sur la rive droite de la Seine ^ les incendies 
allumés par les soldats dans leur marche 
destructive jetèrent de nouveau l'alarme 
dans la capitale; mais les Anglais après avoir 
défié le roi de France d'accepter sur le champ 
le combat , marchèrent vers Beauvais , dont 
ils brûlèrent les faubourgs. S'éloignant de 
cette manière de l'armée française^ Edouard 
continua à marcher rapidement^ vers la 
Flandre, suivi de près par le ^^oi Philippe et 
son armée. 

Maiaa|)r«s uneinarch^4rimrjourmi.deux^ 
le monarque anglais se trem^ de nouveau 
embarrassé dans les fikts i|tié 'soar enn^Biî 
t^adâât autosorée lui. La s»»Mbe des Ai^* 
g^aîs fol arrêtée par la SMame , rivière très- 
profonde, q^oune pmt passer (»n aucun 
endroit, et sur l|M|iiétté lidus les fOÊit» 
avaient été' rQjiiqpii& Atteàdre l'arrivée de 
l'armée françstiae si mn^à^ttÊÊt , Uv^qa'ost 
avsait en fiice ine riviàre qn^ott tie ^Kmvait 



12 HISTOIRE DE FKAlfGE. (l546) 

i^Terser , c^eût été s^ezposer à de grand; 
risques. Le roi d'Angleterre désirait donc 
yiv^œient trouver le moyen de passer la 
Somme , quoique un noble seigneur fran- 
çais , nommé Gondemar de Fay , fût sur 
l'autre rive, à la tète des gentilshommes 
d'Artois et de Picardie, dans le dessein 
de défendre le passage , qui devait toujours 
être au moins dangereux , quand il s'agis- 
sait de traverser une rivière asssez voisine 
de la mer pour se ressentir de la marée , et 
qu'on avail derrière soi une armée supé- 
rieure* Ayant cherché à obtenir des infor- 
mations parmi les prisonniers français sur 
les moyens d'effectuer ce passage^ et ayant 
offert' la liberté pour lui et pour trente de 
ses compagnons à quiconque lui indiquerait 
un endroit guéable, Edouard reçut d'un de 
ses captifs l'avis suivant : « Sachez sire , 
que pendant le reflux qui arrive deux fois 
en douze heures, les eaux de la Somme de- 
viennent assez basses pour que Les hommes 
et les^ chevaux puissent la traverser isans 
danger >. à ua gué où \e puis vous conduire^ 
£n cet endroit , le lit delà rivière est ferme 
et dur, et étacM^ composé de craie etd'âuires 
matières semblables^ on appelle ce gué 



(l546) IflSTOIHE DE FRANCK. l5 

Blancheitaque ^ c'estrànâirç Eau Manche. » 

Encbanté de cette aOuvelle ,, Edouard • 
conduisit son armé^ vers cegué, maiscommo 
la marée montait encore , il fut obligé d'y 
attendre une heure ou deux. Pendant ce 
temp^ Gondemar de Fay, voyant le dessein 
des Anglais , rangea ses troupes , montant 
à environ douze mille hommes , sur la rive 
opposée^ résolu à disputer le passage aux 
ennemis. Mais dès que le gué fut devenu 
praticable ^ le roi Edouard y ayant ordonné 
à ses maréchaux d'entrer dans la rivière ^ 

* s'écria à haute voix : « Qui m'aime, éate. 
suive ! » et il se jeta dans la Somme un 
des premiers , son ai^mée le suivant en bon 
ordre. Malgré une opposition vigoureuse de^ 
la part des Français 9 qui défendirent l'autre 
rive , ils furent obligés 4é battre en ' re-^ » 
traite^ après avoir perdu deux mille hommes * 

- d'armes , et la plus grande partie de li^ju» in-^ 
fanterie qui n'eut pas le moyen d'échapper 
aux cavaliers anglais , quand ils eurent 
effectué le pas^age*^ ;.<,*.. 

•C'était une manœuvre très- délicate et* 
fwt iMP<)^iN<wte pour les Anglais^ car Far- 
inée de iPhilippe les suiyait de si .près/ que 
l'avant-^arde.d^.Praiicais attaqua Tarriâre*^^ 



l4 ttlSTOIRB DB rRANGB. 0^46) 

garde d'ËAoïnrd; et lui fit essVTfer quelque 
«perte , avant qu'elle eôl pu traverser la ri- 
vière. Philippe lui ^ luétte amva bientôt 
après , et , s'^tant livré à l'espoir que les 
Anglais ne dëoouvriraient pas le gué de 
Blanchettaque*^ ou que le passage en serait 
effîcaceitfetttdéfendupaf 6<^eniard^ Fa'y^ 
il fut tellement piqué de voir que* le roi 
d'An^^erre s'étak encore- soustrait à la 
nécessité ^cPaceepter le' combat lorsque les 
chaaees étaient contre lui , qu'il aeeusa in^ 
justement ce seigneur de dëloyaiité et de 
trahison , pour* n^ivoir pas mieqx défendu 
son poste. 

D'après', l'avis de ses meilleurs <^Bciers , 
le. roi de. France consentit à- ne pas traver- 
ser la rivière pour suivre- tes ennemis , de 
oratinte que le^ Ai^gflsûs ne fissent volteface, 
et ne r«ttaquassent p>endant le passdge. Fai- 
«ant B^rdi^ son armée vers^ Abbevilte , îl 
jug^a plus pradeiït de s'alssurer du pont q<ri 
est sur^la Somme^ en cette ville, d'y passer 
un jour pour laisser à ses troupes le temp& 
de se 9epo^, et aux- renfotts ^fsk lui ar^ 
vaieBt^.eeImdelerejoindi!e> aprâi^iqpiioi il 
se remetteak à la pourmite de^'Angflafis.' 
Ce lut aâilsi que PbUippe pMéa te jpbmëè 



(i34^)y nmm^^ &¥^ FRANCS,. $^ 

du oâ août ^.«d'après, les cooseil^ 4|uiMtli|i 
avaient été doxinës^ v , •< < 

^ Pendant ce ^mps,j| . le roi Êdouj^rd , ^ 
tpcQUYaat sur. un terrain convenable : ppui; 
combattre les fn^e^rt^is^ dédara.qu'il ne 9^ 
retirerait pas plus ^van^ y mais qu'il li^re^. 
rait bataille à Ehilippe de Valons ^ quelki 
que put être l'inégalité du Aombre* « Ce 
comté de Ponthieu, dit-il était rbéritsag^ 
légitime de ma mère (i), la reine Eléonore;; 
je le réclame aujourd'hui copune m'yapptr- 
tenant ; et q^ue Di^u défende, le ban droit >»» 

L'endroit où il fit cette déclar^on^. était 
un terrain découvert, nommé la Forêt de 
Créci^ nom devenu mémorabj^e-pi^r lesé^è- 
nemens de la journée suivante*, I^'armée-^n^ 
glâdse y futrangpeen bataiUe en .trais 4i^ 
visions, pour attendre l'arrivée de% Français. 

Dans la première se trquvait É<^;>uard^ 
prince de Galles , alors daps sa seizième, 
année , mais doué d'un coumg^ et 4' mie 
force bien au-dessus de SOQ âge,. <^t dont' 
les historiens ont dit qpe peud^l^gpmest^ppjki ' 
fait plus d'exploits héroîqp^^s^.pendai^tiler 



]'. 



X'J 



r? ir^^ikc. 



(t) Il ne fact pas pitoâ» ce mot'>^/à iH^itfê} ià^^' 
noveëtât tnsaofeule do f^ â^JÉikiiaràW.'*^0t»t«ààlBL«^ { 



. I 



l6 HlStOIRE DE FRANCE. (j[546) 

côTirsde si peu d'années. Beaucoup de guer- 
riers vétérans furent placés sous les ordresr 

là. 

du jeune prince y qui se tt^ouva ainsi au 
premier rang dans la bataille : mais lord 
Warwick et lord Jean Chandos étaient spé- 
cialement chargés par son père du soin de 
le guider dans toutes les difficultés et de le 
défendre. Sa division était composée de huit 
mille hommes d'armes , quatre mille ar- 
chers, et six mille Gallois. 

La seconde division montait à huit cents 
hommes d'armes y deux mille quatre cents 
archers> et quatre mille hommes armés de 

La troisième et dernière, commandée par 
le roi lui-même, ce composait de sept cents - 
hommes d'armes, six mille archers, et qua* 
tre mille hommes armés de bills. Le total 
de l'armée anglaise formait probablement 
environ trente mille hommes. 
' Ces trois divisions furent rangées dans 
Pôrdre qu'elles devaient conserver pendant 
la b^taille^ aprés'quoi on leur distribua des 
vivrez*, et On leur ordonna de prendre du 
repos^ur Fherbe, sans quitter leurs armes. 
La Quit était chaude^ et cet intervalle de re- 
pos suffît pour ranimer et rafraîchir des trou* 



{i546) HISTOIRE DE FRANCE. l) 

pes fatiguées par' une longue marche, pen- 
dant laquelle leur nourHture n'avaît pas été 
abondante. Les soldats étaient pleins d*ar- 
deur et de gaieté, et quoiqu'ils sussent qu'ils 
étaient fort inférieurs en nombre, cette ré- 
flexion , loin de les porter à douter de l'é- 
vénement de la journée, ne faisait que les 
engager à donner une attention plus scru- 
puleuse aux ordres de leurs officiers , sous 
la conduîle desquels ils espéraient rempor- 
ter la victoire. La présence de leur monar- 
que plein d'expérience, et de son fils botril- 
iant de courage , remplissait l'armée d'es- 
poir et de confiance. 

^Le lendemain fut la journée mémôrabhe 
du â6 août 1346. L'armiée anglaise se leva 
de trè&<bônne heure, et se trouva darié ie 
même ordre où elle avait été rangée le soîi» 
précédent. /»!> 

Les troupes françaises forent qiiekjue 
temps à arriver. Pendant cet intervalle , le 
•roi Edouard , pour augmenter renth^»*^- 
^iawne de ses soddats, conféra l'ordre de Ik 
chevalerie au prince de Galles eu à un grïtrfd 
nombre de jeunes seigneurs, ëtrti^agndlfe 
lie ï'h^itier présomptif du trône ,• ne âtetf^ 
tânf «pa* qu'ite »e Se<5omjK)rtassënt*diàïiii fe 
m. I ^ 



uA 



j8 hj^tqirje de FRAirCB. (i54fl) 

çQ^)J)at de manière à méritm* leum ^rcms, 
jç'f^-^-dire à se montrer dig^MS de la dis*- 
tînotion qu'Us avaiçAt reçue par letirad-^ 
mission dans l'ordre de la cbey alerte, dont 
les épej^ODS étaient l'emblème. 

26 août 1346. Dans la même ms^inée» 
le roi Philippe passa son armée en revue 
au levar du solçil, fit sortir ses troupes 4e 
la ville d' Abbeville y où elles avaient passé 
la nuit, et, avec plus de hâte que de précau* 
iiffjàf il s'a^vançacontre lesAnglais,qui étaietit 
il wiB distance de trois ou quatre lieues. 

Bien des circonstances contribuèrent à 
augmenter la confiance du roi Philippe , et 
à inspirer à son arn^e des sentim^is qui 
allaient jusqu'à Ui,présomption. Depuis plu>^ 
rieurs* semailles ^ les Français avaient.eu en 
fiampagnie la supériorité sur l'ennemi; et 
depuis le passage de la Seine , et celui de la 
^ç^9lbme.à Blaneh^taque> le but dea Anglais 
ayait été d'éviter l'eii^;sigeHi«ttt qui allait 
^Y^'<U^ti. LacayaleFie française avait aus^ 
jfieçu un renfort puissant, par l'arrivée d' A- 
;in^é€i». «opate df • Savoie, !qui, la^ veille 
^Ri§ ,dei la bataille , avait joint Philippe 
avec mille lances, qui a^o^^èreiit beautoiç 
^ I4. supériorité que ce m«iarqu^ avait dé- 



(t54ê) HISTOIRE DE hlANCE. 19 

jl. <îes circonstances encourageantes ins- 
pirèrent* aux officiers comiiie aux soldats 
une ^confiance imprudente .'qui se fut irritée 
du Tùoindrê délai ; ce qui était assez natu* 
rel à des hommes qui supposaient qu'ils 
étaient â ïa poursuite d'un ennemi fugitif. 
Les mouvemens de cette grande armée 
furékt donc précipités , comme si elle eût 
poursuiri des fuyards , au lieu de marcher 
à une feataîlle. Cependant tous ne parta^ 
geaient pas les vives espérances qui dictaient 
cette marche accélérée. Un guerrier, vété- 
téran-'dlemand, qui avait été envoyé en 
avaiit pour reconnaître la position de Tar- 
méé anglaise, recommanda fortement au 
ror Philippe d'ordonner une halte générale, 
et de remettre la bataille au lendemain, 
« Les Anglais, lui. dît-il, ont pris du repos 
dans une position qu'ils ont choisie avec 
prudence, et sans contredit îjs ne se reti- 
reront qu'après ijine résistance désespérée. 
Vos soldats sont fatigués de la longue mar- 
che qu'ils ont feîîte èç matin en venant 
d'Abbeville;. la rapidité de. leur marche a 
mis la coitfusîon <Jans leurs rangs ; et ils ' 
combattront avec beaucoup de désavantage 
des ennemis rangés en bon ordre et à qui 



20 HISTOyiE DE FRANCE. (ï546) 

le repos et la nourriture ont rendu toutes 
leurs forces ». 

Le roi de France écouta favorablement 
ce conseil dicté par Texpérience , et expri- 
ma le désir de le suivre ^ en faisi^nt faire 
halte à son armée toute la Journée ^ et en 
remettant la bataille au lendemain. Mais le 
mauvais destin de la France avait décidé 
que ce projet ne serait pas mis à exécution. 
Les troupes qui formaient Tavant-garde des 
Français, s'aiTétèrent à la vérité ,. quand 
Tordre leur en fut donné ; mais celles qui les 
suivaient , continuèrent à marcher en ^pé- 
tant cette vaine bpavade : û- Qu'ils n,ç s'arrê- 
teraient^que lorsqu'ils, seraient sur le mêffie 
rang que les plus avancés ». De cette ma- 
nière ils épuisèrent leurs forces et leur ar- 
deur, et mirent la confusion dans leurs 
rangs , la plupart brandissant leurs sabres , 
en s' écriant follement : « A l'attaque ! à l'at- 
taque ! Tue ! tue ! » avant même qu'ils fus- 
sent en vue de Tennemi. Arrêter des soldats 
emportés par cet élan d'enthousiasme, était 
une chëse impossible. 

' Lé roi Philippe , forcé ainsi à livrer ba- 
taille par l'indiscipline de ses propres trou- 
pes, avait divisé son armée en trois corps. 



( t S46) . HISTiOIRK DE FRANCE, 3 1 

Le pramier sous «les onlre»<la roi de Bohê- 
me^ secoQcifô pftriCharie&de Ibuxemlxnirg , 
é^n empereur d'AUemagite^ et par Charles^ 
ccHoate dfAknçon^ frère du rot Philippe», 
j^îiine pvince |>lem; de bravoiire , mak 
n'ayant pa$ moins ée témérité. Les arbalè^ 
.tri€r8 génois; aumûmbré de qui^ize milles, 
furent tous plaoës^dans cette' divkion; Les 
Frainçaîs les reg^ardaiai^t comme en étal de 
iaîre face aux archers anglais, et espérs^ent 
4]ue la déohaif'geide leurs traits au comment- 
cepftent de raetîe^^ débarrasserait le champ 
4^ bataille deice^te partie finrmidabte des 
-fercel^ anglaises, il Vy> trouvait aussi plus 
de vingt^iueuf liiille hommes pour lés sou- 
tenir. 

• 

La seconde division était commandée par 
ie i*oi Philippe lui-même* On y voyait sa 
grande bannière déployée, et il était en- 
touré de six mille hommes d'armes , et de 
quarante mille hommes d'infanterie. Le 
vieux roi de Bohême,, aveugle, fut ensuite 
placé dans cette seconde division, ainsi que 
Jacques , roi titulaire de Majorque. 



'• ' «f. , i .•,■),.">( ' • ' I î 



Enfin, la dernière division de l'aiitnëe 
ïUçaiKie était oGmfoite nar le comt€ 4è^a- 



À 



:Kà jammuF, de nujmi. (t^^S) 

▼oie» slyâQt mwet loi cinq mitte ïmicc$, et 
▼ingi iBilfe itofliiBes d'ûtfanterw. 

Ces trott grands .corps panàmeat avair 
élé <Uiffsés inëgaleiiieiit^ pni»bkiiieiit i 
cause de & a)iifus»n^q«'«pie «nrche trop 
rapide a^jsét sans doute jelée dans fermée 
française, qe ipii naadaitidiSgdSe de trans- 
mettne desloidres et de les exécutei^. 

Lorsque les fiénob sïapproohéreiit de ht 
poakîoii des Ani^my ces>ëlisafigem/qiii 
SaeamaoA faraut-^prde de Ymemée fnâck^ 
^mmp donaèvenl des signes de fatigue^ 
afant fait trois grandes lieues , charges "de 
leurs feurdes arbalètes. Quand Tordre Ait 
dfSBoé « de eonmenaer ^la hatsalle an nma 
de Dieu et de S. Denis , » les Italiens y ré- 
pondirent par des remontranoes^ et dirent 
qu'ils avaient besoin , pour cette journée , 
de se reposer plutôt que de con^iattre. 
Cette réponse irrita le comte d'Aleaçoxf^ 
qui commandait cette division j» et il.s'^ia 
avec un ton de mépris : « On ^ un grand 
secours à attendre de ces drôles , qui vous 
manquent ainsi au besoin. » L'ordre d'al^^- 
quer fut donné une seconde fois , et ils y 

Qnkelqiitii %:icidc^ iSÔigMliiM dana fat^ 



mosfi^re s^n^lèewt {iiisiiQtae^ ^im^ h 
girgnde et sanglaoj^ hAt^U i^i ^Uak a^aûr 
tien siu* la tei»'^. Va nujBigie éfm > éhsrgé 
de lx»Hiepre^ d^scureit Ifetisolci^coiiuiie une 
éclipse y et a^wt qœ l'orage éalfttat ^ jm 
grand nombre de cardans ^t de :c<)ati^ilies, 
poussés par l'pixrag^ii^ pa^reiit^aurdea^us 
des deuxarJBiëes^sUB oi^e vicAes^y <{i|oi(}Qe 
de peu de durée, accofiqoâgné d'une forte, 
pluie et de heâu^eoup de ftomierre '^ empéfba 
pendant uae deini*bcure[,le oog^bêt de 6'c»^ 
gf^r . Enfin le tesicps s''édf»rett , le soleil se 
remonû^ , et il darda ise!$ ray^mis sur ledos 
dm Anglais, et dans les yepx des Français. 

hes Génois , s'approoliant alors de la di- 
vj^ion du prince d^ GalJbs^ se iwwt à 
sauter ^t à pousS€B* detg^wids eris^, croyant 
JHEitiittider les Angl«î$ jlar 0e& Vfmptém^ 
d'une attaque proohmie». Mm ^ arebeiî$ 
du rail;douard]tnix!«iMfr^lpOii^*9i&^ hj^m^ , 
niére dont leurs rf)angp??étaiênjt disposés en . 
fowae de^herse^ ^ soKe^qièe.lfss uns eflk^>ttr 
wmt pouvaiiçftt souli^râL k» aiûtres , e<min^ 
^'est l'usftg^ dan^)les em-n^ àèitotàmq^mt^r 
rifk (Wis.la9\0^s^[^ Wxfc«T|eswl«ft(iéno^ 
avan<:érent;j33»#àuCwt fl en csriant une se«- 
cwdefoîs»h)^rfi«ii$ &itre|»luecd'î«fr)eis^ 



^4 fflStOIRE 1>E FRANCE. (l546) 

ision sur les Aillais que la ]^emière« Ils 
aTancèrent une troisième fois , sautèrent 
^t crièrent encore^ et commencèrent alors 
à se servir de leurs arbalètes. Les Anglais, 
qui semblaie&t n'attendre que le commen- 
cement des hostilités , firent tous un pas en 
avant , et' lancèrent leurs flèches avec tant 
de- rapidité <^'on aurait dit un orage qui 
fondait tout-4-coup sur la terre. Cette grêle 
^continuelle de flèches répondit si bien aux 
volées des traits des Génois , que ceux-ci 
ne purent conserver leur position. Leurs 
cordes avaiafit été mmiilléeë par la pluie 
pendant l'orage , tandis que les arcé des 
Anglais en avaient été préservés par des 
étuis qu'ils portaient à cet effet. Enfin huit 
ou dix flèdies étaient décochées pendant 
qu'un seul coup d'albalète partait. Toutes 
ces circcmstances avsitageuses aux archers 
, aidais rendîreot impossible aux Génois de 
leur résister ,*^de sorte que ce corps nom- 
breux d'italiens perdit courage ; et coupant 
les cordes de leurs arbalètes, ou jetant leurs 
armes afin d^avoir un prétexte pour cesser 
de combattre , ûls se préeîfAtèrent en dé- 
sordre sur le reste dé KatMit^garde , et 
notamment sur les hommes d'armes /qui 



(l546) HISTOIRE DE FRANCE- ^ ^5 

étaient destinés à les. soutenir. La confu- 
sion qu'ils occasionnèrent ainsi dans les 
rangs de l'année française devint irrépara- 
ble; les arbalétriers, en se repliant ainsi , 
empêchaient la marche régulière des cheva- 
liers et dès écuyers,vde qui devait surtout 
dépendre le sqrt définitif delà joi^rnée, sur- 
tout après Ja fuite des Génois- Le roi de 
France ajouta à la confiisicm en ordonnant 
à la cavalerie de charger^ sans, égard pour lei 
arbalétriers, qui n'étaient plus qu'unemul* 
titude confuse de fuyards bouchant le che- 
min à Farméôv française, u Tuèz-moi c^ 
paysans, s'ècria-t-il , puisqu'ils ne font 
que nous gêner. » Et les hoiujnes d'armes 
Français aYancèrent au grand Çalop sur les 
malhçureux Italiens , dont un grand nombre 
furent foulés, aux pieds et écrsrsés par ceux 
dont ils étaient les auxiliaires^ tanflis qù^n 
même temps les rangsde la cavalerie se sé^ 
paraient en désordre, éh. passant sur le 
corps des arbalétriers. 

Cependant les archers anglais conti- 
nuaient à faire |deuvoir leurs flèches sans 
im instant de relâche^ tant «contre les Gë^ 
Bois qui fuyaiept que contre les hommes 
d'armes français qui s'olfoirçaient^d'aviuioeF^ 
III. a 



20 HISTOIRE Diï FRANCE. (l346) 

et ils augmeiitâîeat amsi la co&fusion qui 
régnait dans Tarmée Française. Un grand 
nombre des plus iH^Tes chevaliers français 
périrent sur le ohMopde bataille, quoiqu'il 
eût âé facile de les faire prisonniers, parce 
qu'Édouaid avait atrictemeut défendu qu'on 
fi en fit aucun pendant Tactton , de crainte 
que le dé^ir de s^assur^ de leur personne , 
ne portât ses s^ats à quitter leurs rangs. 
Les palefreniers et les valets de camp eurent 
donc la tache de dépécher à coups de cou- 
teaux ceux qui étaient tombés, et leurs 
mains ignobles versèrent le sang illustre de 
Inen des chevaliers. 

Cependant , malgré la perte que fit éproi»- 
ver cette horrible mêlée , le courage du 
comte d'Aiençon ^ la bravoure naturelle 
des cheva^t» français les poussèrent en 
a:mnt. Up» paftiiB d'entre eux , s*étant enfin 
d^rrassés des inforeunés Gén^> passè- 
rent le long de la ligne des ai^herè qui leur 
fireut souffrir une grande perte , et arS- 
vérent enfia -sur leur ftane droit , où. était 
k {Nrince de GaUes , à ta tête de ses homme» 
d'anaos. 'Lea ¥mnçai$ y furent reeua si vi^ 
gouc«Maem«nt, «^oela majeurepartie fur^if 
désarçoBiiài et t«éa» Maïs à peiné les a»^ 



trms aiitfe^ ^GSMbroQ^ fr^uoçms et aUefisaû4& 
se précîpjÀèi^cpt du vaèfm OQté inree une tdU 
fureur qu'ils se fra^féi^eiit un chamiu àtra^ 
y&ts. Iqs> arcb^rs qui ii^j^vakojt que de$ 
moyens Îpp9l^fait$ pour résider à la cavs^ 
lerie, eÈ ils se dir^àpeut au ^;£aad galop 
vers r^^roit où ëftait staticmué le jeune et 
vaillant prince. L#c(^^tje4^ Wax^wickprit 
sérieuseiuent l'alarme^ oar il sa persuada 
que les étendards du roi de France et de ^ 
noiubreuse armée suiyaieAt ces eayalîerg. 
Sans cette croyance , ^arwick et CJuiudos 
dépêchèi^eut des messagers au poi , pour lui 
demander d^envoyer du see^ours à son fils. 
Lé dialogue .^vant eut li&a entre le mo-^ 
narque et les messagers : 

« Mou fils ettril mçgrt , blessé , ou rçu- 
versé de dm^vpil ? » dc^poianda Edouard. 

« Non , gfàoe à Di^u , m rendirent les 
messagers ; »^ mais il a besoin de secours. 

H £^1 bieii I H répliqua j^doyaind , « je 
u'en^ pas à:l|ii donner. ^Qu'il se ccMnporte 
«n hommp^ <^t <iu'il: 3e montre anjourd'bui 
di^oe de fimlre de la cbeiraleri^ qu^il ^ 
re^« Il faut qu'il gagœ m éperous d^a. 
cette bataille* » 



28 HISTCMRE 0E FRANGE. (l546) 

'Cependant un fort détachement d'hom- 
mes d'amies , envoyé par les comtes d'A- 
rundel et de Notthampton y qui comman- 
daient la seconde division, avait tiré le 
prînce Edouard de son embarras momen- 
tané. Les archers anglais / ouvrant aloi-s 
leur centre, offrirent à leur cavalerie un 
libre passage pour se précipiter sur celle des 
Français qui était déjà en désordre. L'at- 
taque furieuse des Anglais y augmenta en- 
core la confusion , et le^ guerriers français 
les plus expérimentés cbmmertcérent à dé- 
sespérer de la journée. Le roi de France 
combattit lui-même avec la plus grande va- 
leur , fut blessé et désarçonné plusieurs 
fois , et il aurait probablement péri sur le 
champ de bataille , si Jean de Hainault ne 
Ten eût emmené de force. De sa nombreuse 
armée, soixante hommes seulement suivi- 
rent le roi dans sa retraite, et il arriva avec 
eux à l'entrée de la nuit, au château de 
Broyé. Quand celui qui en gardait la porte , 
lui demanda qui il était , « la fortune de la 
France, » répondit Philippe. (?était peut- 
être un reproche sewet qu'il faisait à ceux 
qui le surnommaient h jPor/un^' > épi thète 
qui ne convenait guéres à sa situation ac- 



(l546) HIStOiRË DE FRANCE • iSQ 

taeUe y et qni , commet ^n ^ roprç exemf^e 
lé promye., se trouvfj jutent 4énie&tie , 
quand on la donne à quelqu'un avant sa 
mort. 

On dit généraleQient que le roi de Major- 
que fut du nombre des morts,^ et il périt 
dans, cette bataille un nombre prodigieux 
:de princes ^ de comtes, de seigneurs et 
d'hommes de haut rang.. Mais parmi tant 
d'illustres victimes de la guerre , la mort la 
plus remarquable fut celle de Jean , toi de 
Bohême , vieillard presque aveugle , et qui 
par conséquent n'était guères projftf'e à pren- 
dre part personnellement à un, combat. 
Lorsque tout parut perdu , le yieux.roi de- 
manda son fils Charly qu'on ne yoyjpt nulle 
part, et qui, dans le fait, ayak été obligé de 
se retirer du cfaamp.de bataille» Le p^jre, né 
recevant pas une réponse satisfai3ante des 
el]ievaliers qui l'entouraient, leur dit : 
<c M^essieurs; tous êtes mjes cheyaliex^ et 
mes fidèles sujets, conduisez-moi asâez^avant 
dans la mêlée pour que je puisse donner, un 
J)on:COUp'de sd^re. » 

- Pottr ^atls^Eiîi^ ce. désir, que ceux qui 
i'enviroiiaaient j^e^^érest coulage l'effet 
du désespoir, jqfti«l9e JQdéles chevaliers, ré- 



Se niST^mE 1>E tU'Alfft^. (1346) 

MUm^t 4e i^lMSagef te^mrt de Mûr miâtre^ 
rj^fjgft^qile <te lé'fei^i^ périr^^ Ce^set-- 
iriteur^ ég^éués o^tÉdbènei^ 4es l^èbes du 
cheval du vieux roi à celles des leurs, ^se 
j^i^éôîp^teât «vec hii dans te fias fort éb la 
Ift^ée, fis y périrelit toœ i^rto im>il* &it des 
^odiges de valec^. Oti les 'trouva leleMie*- 
laïaiu àTeudroit où ils âvare^t >ëlé tués, les 
nilies de leurs chevauR eneoreattacbées en- 
"«^Qftble* 

Ainsi se termina eeUe journée e^éfore. Il 
twta sm* leehamt) de bataille de Créci, deux 
t<m , onise princes , qimtre-vingts seigpmetti^ 
temffiT^ts , d^ze «ents dievafer^ «t ptes 
^tf^ÊOt ttUki sàldftts.. 

^dimifird et son ftte'se i^virent à la Im&nv 
des twehes après ^k baitaitte. « Vous av€s 
dignement gagné vos épeT(ms , » àk le rot , 
-w f)ersévërez dans fa carriépe fne vcwtsaveK 
CMffmmeée^ «t vfous dcfvdendrez rkû«û«[fa' 
le pkia ittasi^e du noUe fcfyaume dimt vous 
étcfô le d%ne héritier. » 

La bataille de CSréci lot «ne des fto 
grandes victoires qu'ait jaaaais rençortéd 
mi roâ d'Augletcanre , et Edouard » jffé- 
fiara à en la'oâicr de BKteière àfiofW^ir 
reluneir un avanUga 4»afeie4 - 



GHAKf RE If ^ 



Miiii#xiifi* lut wmâmm , su nràMmb^an M%^tm* tw «Aae:ft4«. 

glÈQM M eSTIB VILLI. — OOXRIIB BU BaBTl^XB»-^ UÈQ% 

on BOCB^-BBBIBN. — jfDOUABS BT PHILIPPB DiiStBMlIT OfeTBlMB 

i*ALt,tAKen otf rtàHkUtSi'^ u Mopii bi flahMb rAfotitf» 
ii»o«ÀBl>» BturcojwTB^ffSiiiimB» — sBiriânirB'MifSHarM 

POOB FAIBB LkTBB LB SliOB BB GAtAlS. — BLtB liClK>CB, BT 
tEÈ CITOYBRâ sont rontis Vt CAPlTDtBB.^—irOitB cukijoitb 
B'amA€ttB ]» iaill«»ABBM» «t •» OtlCQ^ JMVWkT BOtiaftBOt* 
QOI 8B UtBBlIT A ÉDOUABD P0I7B MOT«B, IBCBS^GOnClTOYBiTâU 
— liDOCABD OBDOlVlfB LEVB BXliCVTlOlf , MAIS 1L8 SOBT SAUVAS 

»AE L'intiftoirMiojf ùw sein Éfovw > la niinB vmtifM. — 

MBBOABf tBlBBB PAA iHOVABB VOUS t'AAffDBftB liA BOSSBaMOU 
OB CALAIS. ^- AYMBBY. SB FAVlK » 8*I|BC|;AL OU CBATBAU^ 
INILAIS POVk tM BOt l»'Alf6Ut«BB%^ TlBITB AVIC GVOflTftfl» 
JBS CHâBJV^J^Oini Uvitl LA PLi^Cf A«t jri»IIÇAJV«!(>^>IA^ait 
I7NB SOMMB D'ABOltirr. — * »jiCO0VBBTB BB SA XEABISOir. — IL 
FAIT SA PAIX ÀTBO iBOOABD /sjt s'bHGA^BAbI A LVh LUFBRt 

VO <MlAtfl«0» AYmftY.MÇOa LA tOMIUl ÛOlfYBlIPB.^ BV BA«B 
XOHBBB GIOFFBOI DANS QBB BMBUSGABB DBS ABQLAIS, OU SIBB 
OADiïlBt VAtmY 1M FXinPBlSOKlftBB. — ^tfAHlàtl BCniTiBOUABB 



tftAHB US ViltQinnMK «^ LA FttSTB «ATMS LA FAABCB BT 
L'AjfOkBTBBBB* -*~ C)pBBFBOl b' 
VBAIICB. -^ HOBT DB PBILIFPB. 



L'AjfOkBTBBBB* -*~ C)pBBFBOl b'sABGOOBT SB.SOVJIBT AO BQI BB 



Le résukat <}U'ÉdouaFd se promît die sa 
grafide vioUûre , fut de pourcir. npMattre 4 
exécution le plan de Godefroi d'Hanm&rt , 
pour i'établir d'une mani^ scili^e ^i I!ior- 



52 HISTOIRE DE FRANCE. (ï546) 

mandie. Le butin et la^dévastatioii avaient 
paru jusqu'al<u*$ . être son seul but, mais 
son projet secret était d'obtenir en France 
quelque possession permanente , aus$i voi- 
sine que possible de T Angleterre , et qui 
pût faciliter à Tavenir ses desseins de con- 
quêtes dans ce royaume. Il savait que la dé- 
faite que venait d'essuyer Philippe le met- 
trait .long^-temps hors d'état de se remettre 
en campagne , et il résolut de profiter de sa 
victoire pour assiéger Calais^ port de mer 
riche et bien fiwrtifié , et situé en face dé la 
côte d'Angleterre, dont il est à peine à la 
di&tance de j^uatorze milles* Il était clair 
que si' les An^ais pcoivaient se rendre maî- 
tres de cette place , le pays plat et maréca- 
geux^ qui entoure Calais f permettrait aisé- 
ment de fortifier cette ville j et l'Angleterre, 
par sa proximité et par la supériorité de sa 
puissance navale, aurait toujours le moyen 
. de la secourir , si elle était assiégée. Le roi 
Edouard alla donc camp^ devant Calais 
avec son armée , peu de temps après la ba- 
tatille dé Créci , et chercha par tous les 
moyens qui étaient en son pouvoir à en 
abr^er le siége^ 

Pendant ce temps, Philippe de Valois 



(l546) HISTOIRE DE FRANCE. 55 

faisait tous ses ^Ebrts pour se procurer le 
moyen de réparer le désastre de Créci , il 
rappela de iîascogne son fils, le duc de 
Normandie, qui y était occupé avec un 
corps d*armée considérable , tant à faire le 
siège d'Aiguillon qu^à s'opposer au comte de 
Lancastre, auparavant comte de Derby, 
qui , depuis deux campagnes , ne l'avait pas 
laissé rester dans l'inactron. La retraite du 
duc de Normandie laissa Touest de la France 
presque à la disposition du noble comte , 
dont les soldats étaient tellement rassasiés 
de butin , qu'ils ne faisaient presque aucun 
ca$ des plus riches-marchandises , et qu'ils 
ne voulaient plus que de l'or , de l'argent 
ou des plumes telles que 1^ soldats en por- 
taient alors à leurs casques. 
' Tandis que Philippe, dans cette crise, 
funeste abandonnait ainsi une partiç^de ses 
domaines pour sauver le reste, il s'efforçait 
pv tous les argumens possibles, et surtout 
par l'avance de sommes considérables , de 
déterminer les Écossais et leur roi David 
IF, à déclarer la guerre à l'Angleterre, es- 
pérant que cet incident forcerait Edouard 
de renoncer au siège de Calais. Le roi. d'E- 
cosse et son peuple prirent donc malkeu- 



56 HISTOIRE DE FRANCE. {l^4l) 

une seconde atta€[ue le lendemain soir , 
>quand on pouvait supposer que les Fran- 
çais, à qui leur victoire devait ipspirer de 
la sécurité / ne seraient pas sur leurs gar- 
des. Ils obtinrent un Succès complet dans 
^ette tentative Inattendue. Les Français fu- 
rent suipris et comiplétainent défaits , et 
leur général , Charles de Blois p devint pri- 
sonnier de sa vaillante ennemie , Jeanne de 
Mohtfort. 

Cependant une héroïne semblable parut 
dans la famille de Charles de Blois. Son 
ëpouse , .femme pleine de résolution , en- 
treprit de continuer la guerre qui, sans 
cela , se serait terminée par suite de la 
captivité du comte. 

1347 «Pendant ^^ temps, les deux mo- 
narques rivaux ne restaient pas dans Tinao- 
tion. Le roi Philippe , qui avait déjà tenu 
un parlem^it dans lequel il avait obtenu de 
ses pairs et de ses vassaux de le seconder 
de tous leurs» efforts , s'occupait à lever une 
forte armée , avec laquelle' il se proposait 
-de forcer Edouard à lever le stôge de'Calais. 
Il fit les derniers efforts pour tirer d'anciens 
receveurs et percepteurs de taxer les som- 
mes dont ils étaient encore comptables. Il 



(i347) "Histoire db frange* S^ 

établit ée fortes impositiicms mr le clei^é 
aussi bien que sur les laïques , et eu exigea 
le paiement avec la plus grande rigueur. Il 
demanda même aux moines de St.-Denis 
un crucifix d^or massif, offrande faite par 
la dévotion d'un denses prédécesseurs. Mais 
les moines lui répondirent que ce crucifix 
ne pouvait être pris ni employé à des usages 
séculiers , sans mettre dans un danger iné- 
vitable l'ame de quiconque prendrait part 
à ce sacrilège ; et Philippe , même en ce 
moment de nécessité urgente, fut d:digé de 
se contenter de cette, réponse. 

L'amitié des Flamands était également 
importante aux deux rois dans cet instant 
de crise ; et dans la Flsmdre , les sentimens> 
du peuple et ceux du prince. étaient divisés 
comme auparavant. Les villes libr^ et leurs 
habitans avaient une forte prédilection pour 
l'Angleterre, et ils avaient arrangé djans 
leur esprit que leur jeune comte épouserait 
la fUle d'Edouard lU, la bdile Isabelle, prin- 
cesse d'Angleterre. Mais le jeune comte 
n'était pas disposé à ce mariage, et il peu-» 
chait yers une alliance avea la Fralnce, , 
d'autant plu» que .«ûu père, fidlle .allié et 
vassal de Phil^ipe de Valois , avait perdu 



38 HISTOIRE Ds FftÀifcai* (iS47) 

la vie en combattant pour loi à la bataiOe 
de Créct. Les Flunands (^iniâtres > voyant 
que leur oomte n^étaât pas disposé à adap- 
ter le système poëtiqne. qEii'ila luireeonW 
lûandaient , s'emparàrent de sa perscmne, 
et lui déclarèrrat que la liberté ne lui se^ 
rait rendue 'qu^autant qu'il consentirait à 
s'allier arec F Ang^erre , çt à épouser la 
princesse IsabeHe. Le jeune comte , se 
voyant si rudement traké par ses suj^s , 
résolut de <fiissimuler,^ et il eut Tair de 
consentir à ce qu'tts désiraient, au point 
de se rendre au çMsp du roi Edouard , de» 
Vant Calais ,- avec un 'Cortége de Flamands, 
qui semblaiet^ agir comme ses ttrtaxrs , et 
dont il ne cûntrariaît en rien la vdonté. 
Edouard lui fit le meilleur aoeueil , et dai-* 
gna même ^'-excuser près de lui de la mort 
de son père, en en parlant comme d'im 
événement ^'il n'avait pas été en son pou- 
voir de prévenir. Le jeune comte se trouva 
ainsi en grande fiiveur près du monarque 
anglais , et fit la^cour à la princ^se babdle 
avec {le même soin que si ses attentions 
eussent eu un objet sérieux* 'U nourrissait 
pourtant en aeoiet )e;de8seîii de recouvrer 
sa liberté ; «t <cKiininie il Jui «vait été permis 



(i547) HfSTaïRE DE FRANCE. 89 

de chasser au fismeon^ il profita du momeirt 
où il Semblait se livrer à ce divertissement 
pour partir au grand galof>, et il alla se 
réfugier à la' cour de France , où le roi 
Philippe le reçut avec cordialité. 

Pendant jque ces événemenssepassaiertt , 
les habitans de Calais étaient rëdmts à. la 
dernière extrémité. Hs envoyèrent par àier 
. un messager , porteur d'tine lettre adressée 
au rot Philippe , pour Tinfonner que ses 
fidèles siqets dé Calais , ayant mangé les 
chevaux , les chiens et le& rats , n'avaient 
plus d'autre ressource que de seaburfir de 
la chair les uns des adtres ; ils le conjuraieitt 
donc de venir à; leur secours; sans quoi , la 
ville serait eertietineibent perdue pour la 
France. Le bâtiment qui portait cette lettre 
fut pris par les ABgl^ ^ ^t le roi Edouard , 
après en avoir lu le contenu ^ l'envéys tM 
roi de Frasice, en ajoutant mrr l'a«ftressie le 
sarcasme suivant : « Pourquoi ne venait'^ 
pas pour secourir ses siijets ée €lie^ds< fui 
souffraient de tels maux pour Ysm^nstr et 
lui? » Mtfis Fbilipj^ n'ayak b($9oki d'éM 
excité ni par ses amis ni par ses exoMM^ 
|misqu'il venait de lever une wnëcr 4ê ef*nt 



/ 



4o .HISTOIRE DE FRANGE. (l^?) 

mille hommes dans le seul dessein de secou- 
rir Calais. 

D'une autre part ^ le roi Edouard son- 
geant quelle était l'importancede cetteplace, 
et combien il lui avait .coûté de peines , 
d'hommes et d'argent pour la réduire à l'ex- 
trémité où elle se trouvait , résolut de 
rendre inutiles tous les efiwts que le roi 
de France pourrait faire pour la secourir- 
Dans ce dessein , il fortifia les approches de 
Calais sur tous les points, de manière à 
r^dre impossible à Philippe de s'approcher 
de cette ville , et d'inquiéter les assiégeans, 
soit en avançantJe long du rivage de la mer^ 
soit en suivant la grande route. Ce n'était 
que par ces deux chemins que des troupes 
pouvaient arriver près de Calais, le reste du* 
terrain , dans tous les environs , n'offrant 
que des marécages impraticables pour une 
armée. 

Edouard avait placé ses vaisscjaux , bien 
garnis d'artillerie, de manière à défendre 
l^approchç du rivage; il avait en outre for- 
tifié la cote, et défendu de même la chaus* 
sée., qui conduit à la ville par le pont de 
Kieulay. 

Quand donc le roi de France , avec son 



(l547) HISTOIRE »E FRANCE* 4^ 

immense armée , arriva dans les environs 
de Calais , il eut la mortificatioa de ypir qu'il 
ne^pouvait ^ sans la plus grande imprudence, 
essayer d'entrer dana la vîlle , soit par la 
chaustée , soit en côtoyant lef rivage > et 
qu'il était de toute impossibilité de trayer* 
ser les marécages. Après avoir déployé sa 
grande armée dans un endroit nommé San- 
gâte y en vue des assiégés et des assiégeans> 
Philippe reconnût que tcwite entrée dans la 
place était interceptée ^ et il fut obligé de se 
retirer sana^ avoir combattu. Il chercha à 
piquer l^rgueil d'Edouard par une lettre 
dans laquelle il le^d^^haût de sortir de ses re- 
tranchemena, et de. le combattre enrase 
campagne. Edouard répcùidit a qu'il ne pre- 
nait pas conseil d!uB ennemi; qu'il était 
devant : Calais depuis plus 4'un,an; qu'il 
avait réduit cette place à l'extrémité ; qu'il 
ne renoncerait pas à l'avantage qu'il avait 
obtenu y et que si Philippe désirait y entrer, 
il pouvait cliercher un passage comme bon 
lui semblerait ^ mais qu'il ne devait pas 
espérer que sbn ennemi l'y aidât. » 

L'éapoîr des habitans de Calais avait d'a- 
bord été vivement excité , quand > du haut 
ide leui^s^ toues j ils avaient vif les forces 
Jii. , :x /^ 



^1 



43 BtfiPToiitB jmmLkwem. (1S47) 

aofiibMiises que la France eofofaàtAt leur 
^eours. Le premier joar^ ils vMuufestéroit 
leur eoofiance est décorant \tmrs mwniHes 
^ immiéreç ^ é» aliumâiit des finxx de joie^ 
«t en faisant entendre les sons de tosie Jeur 
musique giBérri^re, et le bnût de leuçs 
acclamati^is. La seconde nvàty les feux de 
jmé fiirent moinrnombreux , e( il y eut 
moins d'enthousiasme dans les acclaiMr** 
tîons; le titiîsiàiie on ne vit plus sur les 
etmrs que des feux maîl nourris , œiblêmes 
d'wi espoir empirant et les aedamatimit 
de joie se eli^Agèrent en cris^douloifr 
reiax et en géffiôsMoieiis , comine poœr 
attirer la eompasnkm. Le lendemain m»^ 
tin toutes les bannières dispaiturent des 
murailles y excepté eelle de Ffanœ , q«i 
continua à re^er déplo^ sur le baut d'une 
grande tdUr; 

Mais quand les habitans de Cafaâs virent 
enfin les drapeaux de f armée du roi Phi^ 
lij^e s'éloigna de leurs murs ^ ils ccm^i* 
rent qu'ils ne pourraient plus espérer ces 
secours qu^ls avaient attendus avec tant 
d'inxpatia»ee et si înutilcttienl. ils avaient 
éprouvé tant de souffiances^ qiM! k nature 
hwBaitie ne pom^tplus \m en(fea^r , ^ 



(i347) HisToiR^E 0E fra:nçb^ 45 

pour aanoncer qu'ils n'avaient plus dessein 
de résister ^ ils baisséretat la bannière de 
France , et élevèrent en place celle d'An- 
gleterre. Mais ils avaient à apprendre que 
leur obstination avait offensé tropvivcmeïrt 
Edouard pour que ni le courage qu'ils 
avaient montré , ni leur soumission forcée , 
en fussent une réparation suffisante à ^$ 
yeux. Il 4eur fit dire qu'il ne leur accorde^ 
rait aucune cjeipitulaticm , et qull fallait 
qu'ils se rendissent à discrétioh , sans au*- 
cune garantierni pour leurs bien? ^ ni pour 
leur vi^ Ses propres ofiiciers lui ayant fait 
des remontrances sur deys conditions si sé^ 
vères , Edouard ne consentit à en diminuer 
la rigueur qu'en demandant que §ix^ d^ 
principaux babitans de Calais se rendisseut 
devant lui, la tête et les pieds .nu$f^ ^a^s 
autres vétemens qu'une oheinSse , et 1;^ 
corde au çou , pour lui reïiîtettre te$ clefs 
de la ville et du cbàteau de, Calais , qui 4e- 
vraient lui être, livrés bumÙement. Ces six 
individus devaient se soumettreà la volpnté 
du roi j quelqiie sévère qu'elle put être, 
sans Ëûre.méoie rés^ve 4^ la vie> A ces 
conditions le vainqueur farouche promit 
qu'il aceorderaitinei^i m reste des babitans 
de Calais. 



44 HISTOIRE DE TRANCE. (l347) 

Ces conditions furent envoyées à la ville, 
et Ton en fit lecture devant les citoyens as- 
semblés. Elle fut suivie de lamentations uni- 
verselles , d*autant plus vives , qu'il sem- 
blait difficile de trouver des hommes dis- 
posés à se charger de cet acte étrange de 
soumission. Apres (Quelques iïistans de dé- 
libération , un bourgeois , le plus riche de 
là ville , adressa fe parole à l'asseniblée. Son 
nom , Eustache de St. -Pierre , ne devra 
jamais être oublié tant qu'on attachera du 
prix à un patriotisme désintéressé. « Celui 
qui contribuera à empêcher le sac de cette 
belle ville , dit cet homme courageux , quoi- 
que au prix de son propre sang , aura sans 
doute bien mérité de Dieu et de son pays. 
Je suis prêt à offrir ma tête au roi d'An- 
gleterre pour la rançon de^ la ville de 
Calais. « Ce discours tira des larmes des 
yeux de la plus grande partie de l'assemblée , 
et l'on n'entendit qu'exclamations de recon- 
naissance. Le noble dévouement d'JEustache 
de Saint-Pierre excita l'émulation de cinq 
autres bourgeois , qui offrirent de partager 
avec lui Thonorable danger qu'il allait cou- 
rir. Ils prirent pfomptement le coutume 
liumiîîâiit e:^îge par Edouard , maïs qui ré- 



{l547) HISTOIRE BE FRANCE. 45 

vétu pour un/é telle cause , était plus hono- 
raUe que le mautéafti de l'ordre de la jarre- 
tière, que ce monai^e avait récemment 
institué. En chemise , les pieds nus , et la 
eordis autour du. cou , ils furent conduits 
deyant Edouard , à la disposition duquel ils 
se remirent, comme la rançon stipulée pour 
le pardon de leurs concitoyens . Le roi les 
regardant avec indignation , leur reprocha 
les pertes que leur obstination lui avait oc- 
casionnées , et ordonna qu'ils fussent déca^ 
pités sur le chan^. Sire Gautier Mauny, et 
les plus braves des nobles et des.guerriers 
anglais , s'efforcèrent inutilement de fsdre 
révoquer cet ordre ; et ce fut en vain que le 
prince de Galles lui-même intercéda pour 
eux. 

La reine Philippe, était la /dernière res- 
source de ces ini(brtunés. Elle était arrivée, 
récemment dans le cao^ dUldouard , dans 
des circonstances aussi flatteuses pour lui 
comme monarque , qu'intéressantes comme 
époux. C'était pendant qu'elle était régente 
d'Angleterre qu'avait été remportée, la 
grande victoire de Néville's Cross , et c'était 
sous ses auspices, que David II , roi d^Écosse, 
avait été fait prisonnier. En outre elle était 



46 mnemm ne fiiatcb: (^M?) 

alors efieehité | et siaM die a^ait droite $ous 
tous les rapporls , ftkx'j^tts haiils égards de 
son mari* Quand ^« vit qu'Edouard ne 
se laissait émouvoir par afticufies prières , 
elle résolut deFiffîplorer à sonr toîir. Elle se 
leva ^ la hâte de ma fsM^iswif ei sa^j^ant aux 
genoux du roi , elle kâ dit en T«rsant des 
larmes : <c Ah , monseigneur mem niari ! 
n'ai-je pas le droit de vous demander une 
grâce , après être v^nne par mer , à travers 
tani de dai^jers^^ pour vous servir ? Per«- 
metteiHilLoi dcoïc de vous supptier en. rhoo- 
neur de notre bienheurecix rédonpteUr , et 
périonourpour nK>i ;^ de prendre pitié de 
^es Six prisonniers. >y 

ÈdmiaLtd regarda la reine ctun air in^ei^ 
tain , et parut hésiter quelques instans. Il 
lui dit enfin : «c Ah ^ madffitne ! je voudrais 
<|ne vous eussiez été aujourd'hui partout 
ailleurs^ mais comment vous refuser aucmne 
grâce que vous me demandes ? Frênes ces 
hoinmes » et disposez-en comme vous le 
voudres» ^ 

Là bmme ireine , efaarmée d'avoir obtenu 
sa demande ^ ^ doiiaer aux six bottiigems 
dm v^emens pour ren^amr leur ^sostume 
immiliant ; donna k chaismi d'aix int n<^ie$ 



4'or fxmr letirs bemn^lifgeits ^ les &i eseoiw 
tara trafuers leéwip' de! éksk^m^^ei leur 
rendit la liberté. 

Dés qu'Édouaod III eut pris possession 
de Caims ^ il cherctift è ^ Fassorer , tant 
en ék^ant dè^iKmveMei fortifseatio&s qu'en 
prei^ant d'aotres mesures ; msâs ce Soi 
su];;taiit en ehange^nt ks'hàiwÉ»»s qu'il 
s*efibrça d'assorer à l'avenir à la eonronne 
df Anf^tarre la passefôki^ durable de eette 
phee imporlsmte* Dafis ce dessdn il priva 
les haUtan» de Caiak ^ dont te noinbre à 
la Térké élait fort dimkiiié ,■ des maisons^ et 
tènrmns qu'ils péesédaient dans la ville ^ et 
fl y établit de» Anglais à lear place, {«e^iioii^ 
veaux habîtans qu'il y f^ea^^ forent pcMir 
la j^iipart des citoyen» de X^ondrés ^ et des 
TÎllai(^ois du comté Toirâi de Kent ^ aux- 
quels ii diatribcei les maison» et t^rainsqui 
ifvaîent apparlenw aux Français* Calais de- 
vint aiiiffii, sons tons les rapport»^ depiûs cette 
époque jtisqu'au r^ue de Phjilippe et Msu^ie, 
une Téritabie colonie asiglaîse. Le roi %(OUta 
aussi de nouvelles ferlifieatioM au qfaâteau, 
éoiiiuie à k vilte«.En£n y avant d<^ mettre 
à la T(^ pour/ralouliier en Auglet^re ». 
Édooatd cdndkit wm^ far ï^anoe une trêve. 



48 HISTOIftE DB FRANCE. (1^47) 

qui dura depuis i547 jusqu^en ^^^^s quoi- 
que non sam quelques infractions de part 
et d'autre. 

Nous ne devons p^s finir ici Thistoire de 
Calais , sans rapporter quelques circons- 
tances qui eurent lieu peu de .temps après la 
prise de cette ville et qui servent à faire 
bien connaître les mœurs de ce siècle. 

£n mettant dans cette placé une nouvelle 
garnison , Edouard n'avait pas manqué de 
choisir des officiers vaillans ^ et qu'il jugeait 
dignes de sa confiance, iravait laissé pour 
gouverneur de la ville Lord Jean Montgo- 
mery , et pour sénéchal du château qui la 
commandait, un chevalier Lombard, iiom-^ 
mé Aimery de Pavie. Ce dernier officier 
était un favori d'Edouard , à la cour duquel 
il avait été élevé dès son. enfance, mais. il 
était dominé par cet esprit de cupidité 
qu'on reprochait en général à ses compar 
triotes. ]^endant qu'Edouard laissait Ca- 
lais sous cette garde , un sage et vaillant 
seigneur français nommé Geofïroi dé Char- 
ny , était chargé comme lieutenant ^u roi 
de France , dé d^^fendre les frontières , près 
de Saint-Omer , et de surveiller la garni- 
son de la nouvelle ville anglaise. Cet officier^ 



• ■! 



(l547) HISTOIRE DE FRANCE. 49 

qui avait toute la confiance de son maître , 
connaissait le faible du gouverneur Lom- 
bard^ et il lui offrit la somme de vingt 
mille couronnes d'or, s'il lui livrait le châ- 
teau de Calais. Aimeiy de Pavie consentit 
à cet acte de trahison , et lui fit le serment 
solennel d'exécuter fidèlement le traité. Le 
bruit de cette négociation arriva aux oreilles 
d'Edouard, qui envoya ordre au Lombard 
de venir le trouver à Londres. Lorsque 
Aimery y fut arrivé , Edouard , dans' u» 
entretien particulier , lui reprocha d'avoir 
vendu aux Français le château de Calais , 
qui était ce qu'il avait de plus cher au 
monde, après sa femme et ses «nfans. Ai- 
mery avoua la vérit é de l'accusation , mais, 
comme aurait pu le faire un marchand , îi 
répondit qu'il était encore facile de rompre 
ce marché , puisqu'il n'avait rien touché du 
prix convenu. Edouard, qui , comme nouf? 
l'avons dit , avait quelque affection pour ce 
chevalier vénal , lui pardonna la trahison 
qu'il avait méditée , à condition qu'il con- 
tinuerait sa négociation avec le Français , 
et qu'il l'informerait de l'époque qui serait 
définitivement convenue pour lui livrer le 
château. II permit même à son avide favori 
III. 5 



^ HISTOIRE DE FRANCE. (l548) 

de tirer de GeoiFroi de Charny autant d'ar* 
gent qu'il le poiurrait , pourvu qu'il lui fit 
connaître tous les détails de la négociation , 
et qu il g^dât un profond secret sur cette 
affaire, 

Âimery ^ se trouvant ainsi à l'abri des 
suites de sa trahison , résolut pour cette fois 
d'être fidèle à son sàaitre indulgent. U re- 
tourna à Calais ^ renouvela sa eorrespoTH 
dance avec Geoffroy de Charny , et la dei** 
n^re nuit de décembre 1 548 fut Yépoqite 
fixée pour erçcuter leur traité secr^ , en 
livrant le château aux Français* Le rc» 
Edouard se voyant ainsi en état de déjouer 
^stratagème de Charny s'embarqua inco^ 
nito avec huit ceats hommes d'armes d'élite 
et mille archers^ débarqua secrètement avec 
eux à Calaisji etlesfit entrer dans le château» 
I) appeU alo»devaj9tlai le célèbre sireGaiH 
tier M auny ^ et lui dit : « sire ch^^alier , j' w 
4essein de vous accorder Tentreprise de 
cette nuit , et mon fils et moi nous coxiirr 
battrons sous votre bannière* » 

Cependantj^ Geoffroy de Charny^ s^ 
rendit suir k. poat de Nieulay ^ sur la chaus- 
sée , ou la ^ande route de Calais , ^i^ 
tine partie de ses forces j, et y attencjUtl'amîr 



(l54â) ^ISTOiRB J»B FRABfCB. ^I 

vééiu reste*, D^làf il communiqua avec: 
Aimerie de Pavie , en envoyant des messa- 
gers 4ans la cita^eUe ; et , appi^enamt à leur, 
retour que te m<»nent où le <^teaukti aé- 
rait livré f approchait y il fit partir donc un 
ehevalier ot cent hommes: d'armes ^ avec lu 
somme qui avait été stipulée^ Il $e posta, 
lui-^éme , avec le reste de sa tnmpe , paré» 
de la porte de la ville la plu^ voisina f et 
laissa une petite arriéi^e^'^^arde si^ le pont 
de Nieulaf • Le ecm^mandanl de la gard» 
avancéedes Fraisais s'approcha diji château^ 
et troinva le traître Aimery à la pot^ne ^ 
qu'il tenait ouverte^ ^mme pour y reee*« ^ 
voir les Frttaeais. Us Xm remirent la sonîme 
convenue en eouréimes françaises. Aimery 
prit TargéËit ^ et le jeta ^ans un coi&e en 
disant : « Nous avons autre ^ose à faire à 
présent^ messjleu^^ que de Gomf^er de 
l'argent. Vous allez entrer ^ et alors vous 
ètesmaitres duchâbteau.j» Mais les Français 
n'eurent pas plutôt passé la poterne^ qu'ils 
forent altaqués da fronts de ftanc et «ai 
9i*rièrè p«r les Ai^glais qui les attenda^eni^ 
et qui s^éerièrent : m ifauny ! Mtimy ! 4 ^ 
reseoisM! Quoi f une p<^g^tée de^FraB^aisf 
rai^i^41s preôike le ehatcmi àa 




52 HISTOIRE DE rRANCB. (l548) 

Calais ! » Les hommes d'armes français , 
sui'pris et acca])lés par le nomBre , se ren- 
dirent prisonniers^ et entrèrent dans le 
Donjon , non comme vainqueurs mais 
comme captifs; tandis que les Anglais vic- 
torieux se préparaient à faire une sortie 
contre GeofFroi de Chamy et son détache- 
ment , dont une petite portion gardait le 
pont de Nieulay , pendant que le corps prin- 
cipal s'était avancé jusqu'à la porte de la 
ville du côté de Boulogne s'attendant à être 
bientôt appelés pour soutenir leur garde 
avancée , qu'ils croyaient devœr être en 
, possession du château. 

Us ne savaient pourtant comment expli- 
quer le retard que la reddition de la place 
semblait éprouver , et GeofFroi s'écria avec 
impatience : w A moins que ce Lombard 
ne nous fasse ouvrir promptement , nous 
mourrons ici de froid. » — <( Oh ! s'écria 
un chevalier français de sa compagnie , 
vous savez que les Lombards soiit des gens 
malins et ïnéfians. Je vous garantis qu'Ai- 
mery de Pavie est à compttsr ses couronnes, 
et qu'il examine si elles sont toutes de bon 
poids. » Tandis que Geofiroi de Chamy et 
sa troupe s'entretenaient ainsi; la porte de 



(l548) HISTOIRE I>E FRÂlfGB. 55 

Calais ^ dite de Boulogne y dont ils s'ët^ent 
approchés , s'ouvrit tout-à-coup,, etxm 
corps nombreux d'hommes d'armes en sor- 
tit en bon ordre f la plupart étaient à pied^ 
et ils ^aieiiit suivis de trois cents archers% 
Les Français , en voyant cette apparition ^ 
et en entendant le cri : « Mauny ! Mauny ! 
à la resiîDusse ! » devinèrent sur-le-champ 
qu'ils étalât trahis. Mais comme la chaiis- 
^ée sur laquelle ils se trouvaient était fort 
étroite , Geofi&K>i de Ghai^ny s^écria à haute 
^voix : « Messieurs^ si nous tournons le dos> 
nous sommes certainement perdus. Vite 
pied à terre, et coupez vos lances à la loi*' 
guèur de cinq pieds pour combattre à pied, jl 
Les Anglais, entendant ces paroles, s'écriè- 
rent à leur tour : « Bien parlé , de par 
S> Georgje ! hotite à ceux qui tourneront le 
dos les premiers ! » Edouard , qui prit part 
lui-même à cette escarmouche , quoique 
sans, porter aucune marque distinctive de 
la royauté , fit partir six bannières et trois 
cents archers , qui , prenant une route dé- 
tournée , arrivèrent au pont de Nieulay, où 
les Français avaient laissé une arriére-garde, 
comme nous l'avons déjà dit. 

En ce dernier endroit, le combat fut très- 



54 mitôiitE MB rRAircB« (1^48) 

taiouid ) «Datt les iVwoM^ étbient attaïqués 
àlèttr dëeaT«ii(sigi6^ etlE^râsoiïie t%inireuae 
iiésîatAiiee ^ iU Iwerat fiiroés 4è IhAttl^ etji 
fMraiâe. Beadalil; ce Jteflàips ^ im^^^Mftbâl; fâ^ 
Âeux » )e(»itîâuaît «ar k lAM^^ê^, plAs 
jpuèsiieia viH^^ «At^ les Croupes 4e Ceof^ 
frai db Chtniy et celles 4e Mauii^i Le roi 
Béeuard ^ dîsftiti|;iiftit parmi ht foule 4e$ 
eombatUnS) en s'ëcruftit i ehaïq^e coup 
qa^l portait de son sabre à deux mains : 
<( Aà^ S. Geoi^ ! 4di^ & Êdduard I » et il 
di^ehait à settesuser aipeclestaitagfoniistes 
lès plus pedould[>le6 vpai ae tnoMfaie&t dans 
J^ jp^ée. U «lit Ja kôiie £ort;ime d'y voatf 

^9^er j^ftdicb^e 4e IUb^i)ipi»it^ lUa des 
^p)i)0^es les |>lus fort$, at des niieîHeurs 
^pv^iers qui vécns^nt ^rs^ Ge yafeii* 
re|i^ pt^afnpio^ fr^pçfiii^ iiopD^iUil; le mo-^ 
Pi^m aiï^ais d'iam Jmnièï^ êi r^ qu'il 
iV:^ plusieurs fQÎ3 mi^ ^ point de lui 

ifitp pli^r le^ smw3^^ Ç^ m h% qw Iopst 
quei^ no^br^ tpvû^^f ^<>^9^t <i^ ^^^ 
^i$ ^ q^ii sortaient d^ h viU^ pour veair à 
fis^idç dp leura co;np^ioto^ eut rendu inur 
tijie toute r^sistai^e d^ h part daa Français^ 
que Ribeauïnpnt rendit ses armes à aon an* 
^gon^stf , qu'il nç c^nais^ait qu« comme 



(l548) HISTOITIE DE FRANCE. S5 

«m bvtre guerrier , en prenonçafit ^es pa-» 
mies faUles : << Sire ehc^ier^ je me renés 
à vouSy i^eftcousse on non resooiisse. » Les 
Fraarçais peniirent dans eett« escarmouche 
la phis grande parlie lies troupes quel^ieâf^ 
imi de Chamy avait amenées vers Calais^ 
à l'exeeptkm de quelques ifidividus qiû 
n'étaient pas de^enéi»s de <^ieval ^ et qnt 
psur conséquent eureivt le moyen de «^hap^ 
per. Tous les axrtras furent tués . ou f4àits 
prîaoniiters. ^ ' 

i^e»daiit ia même nwt. le roi Edouard 
fit ferrir uft souper sjdeaéide à ses officiers 
et à ses priseimiers dans «ne gftinde salle* 
Il s'assit lui^-méine au haut bout de la tafale^ 
et il y resta mal, en grand apparat, pen*- 
dant le pMimii^r service, «on fils et les pairs 
d'Angleterre s'ooeupant à le «ervir. Mais 
après ce sacrifice à ^étiquette ^ tous %e% 
hA/^ forent .adMÎe sans dktinetioa à la 
même table. Edouard se promena dans ht 
•aile , n'a:f ant qu'un cwele d W veut la tête^ 
et un oallser de pertes de grande valeur ; 
il fit le Saur de la table et conversa libre* 
neat avec aes prtmnaieqs. £& approchant 
et GeéSmk de Cfcourvy, ^sH^eur de m^^ eo^ 
treprise, îl km dit,jsrf«p.<{aelqne6 signes 4^ 



56 HISTOIRE DE FRANGE. (1^43) 

déplaisir ; a Je ne vous dois que peu de v^ 
mercimens^ sire chevalier, vous qui vouliez 
me voler pendant la nuit ce que j'ai gagné 
en plein jour. Vous vous entendez mieux 
qtie moi à faire un marché , puisque vous 
vouliez acheter Calais pour vingt mille cou* 
rohnes ; mais^ Dieu soit loué , puisque vous 
tvez manqué votre but. » Gharny, qui était 
grièvement blessé , garda le silence , et pa- 
rut un peu confus. Edouard passa aux deux 
autres prisonniers, et leur parla avec beau- 
coup de condesceiidance et de politesse. 
Mais ce fut à Euitache de Ribeaumont qu'il 
donna les [Jus hauts éloges , rappelant le 
plus vaillant et le plus courageux des che- 
valiers qui avaient combattu dans cette es- 
carmouche, (c Jamais, dit-il , je n'ai trouvé 
un chevalier qui m'ait donné plus fort à 
faire, corps à corps, que vous ne l'avez fait 
aujourd'hui. C'est pourquoi je vous adjuge 
ceci comme le prix du tournoi , ajouta-t-il 
en lui {présentant ua collier de perles ; je 
vous prie de le porter pour l'amom^ de moi 
les jours de fête, et dites aux dames qu'il 
vous a été donné par Edouard d'Angleterre 
«n témoignage de %otrevaleur« Je vous ti^is 
qjuitte de toute rançon , et vou3 été» libre 



(l348) mSTOIRE DE FRANCE* 5j 

de partir demain p si tel est votre plaisir. » 
JDans cette étrange aventure on trouva 
plusieurs circonstances , qui , si le fait se 
fût passé de nos jours , auraient paru de la 
part d'un grand général et d'un puissant 
monarque , annoncer beaucoup de légèreté 
et d'irréflexion. Il y avait certainementpeu 
de prudence à se fier à la double trahiscm 
d' Aimery de Pavie ; et c^était une grande 
tânérité à un monarque comme Édcaiard ^ 
de hasarder sa personne sans aucune màr* 
que de son rang , m, milieu de la confu- 
sion nocturne d'une escafiaoudie si déses-^ 
pérée. 

Mais s'exposer à de tels dangers ^ était ce 
qui flattait le plus l'orgueil d'un chevalier j 
et un monarque , quelque plein de prudence 
et de sagacité qu'il pût être, devait affron- 
ter les risques les plus imminens de la 
guerre , s'il .voulait obtenir la renommée 
d'être un chevalier accompli , ce qui était 
alors regardé commis le comble des hon- 
neurs auxquels un homme pouvait aspirer^ 
quel que fût son rang héréditaire. Ce qui 
mérite encore d'être remarqué , c'est la gé- 
nérosité avec laquelle Edouard III récom<^ 
pensa le chevalier françahl qui lui avait si 



M 1 



$8 ttmraiwM os ntAKcs»' (iS43) 

▼igoureuMmeat réutsté dtM lo combat ^ 
HiMNqfi'il eût été si d^BSetle , peu de temps 
Mpamir^nl , d'obtenir da «e m^e monar^ 
ipie la ^ce de six bomgeois de Calais , 
dûttt ^ ia seole faute était de ^étye honùtê^ 
blemeni aeçBttés de ee qu'ils devaient à 
leur roi et à. leur pays , en 4Ufendant leur 
fJUe* €'e^ un esemjJe ^ parmi un grand 
nûmfape dt'aotifte^, ^qii^on pegardait alors 
çaRBue une pnéwR^tioU'de la part débours 
çôois ^mdbspaysaais, detecaélerAesaffiires 
de la pMmret, minier ^i m e^ninenaii tfu'à 
k noblesae ^^ à e&Bot qun wséamt sens sa 
dépendance. 

Qa p^ut encore remarquer que eette en- 
trepris ooAtre Gaitis aurait pu être ponr 
ie roi d'Angieterm mi f^^étexAe iëgkinie 
pour rofio^^re la toà^e. lifus^ comme Geof^ 
Iroi ée dojmf préti^dit ne pas y ^voir éU 
mftm»é par le m die fam», et que ¥ki* 
lippe desair:9i|^ ewlto tentsllKe ^ ÉdâouHndni 
1^ >di»pi»aé i tte pat s'm ps^vidoir* 

Ciea |;iieima prcdMigées ^ qimque cch^ 
trSxuant à wagamster ocaMéérableuient lai 
^m <fes haàiriém , oaus^resat tant 4e 
«M» dans k» deux rofwmes, qirtte ne 
ftirent prdbdbiem^ iamtis danaun état de 



éûStêèm plus €ompièle. Su Franee^ une ma-* 
héifê eontagiêiiïse àtnn e^ratstèpe dangereux 
tehi^^ m qu^lfVlki«n€ eëno^M^icé te bissoin 
«t k DàsftHrââs^ ttMsritam. La «ort frappa 
Uti nmBâaii^ (mnmQèie âô pei«oii«$« parmi la 
populae» ^ >êt Mttx qui ^ écluappéreiit çon^ 
curent une horr^siir natuvelie pmir ^see op- 
ptmsevak i&t^êmK, eom^ad^mmaiioRdes- 
quelu ils pëmdaîeilt de misère Mm exciter 
l«ir pilâé. Ce Seau ne ravftg^a pas sewle- 
tMtil; ia pim ^;ra&4é pafliede la i^trëti^iité; 
â 6'4^m«lit «n Afrk[U<s «t ^eia Â4e> «t péné- 
tra jusqu'en Angleterre , où il fut égsâe- 
«imÉ ^t«L U irttaqiiak isiii«M|t k^ diasse» 
ipÇéKÎeuvei^ -et il , fit périr tairt jdt mepdbres 
d^ çfeiigié subdtenbB^ qu» bfiâiMi»ip de pa*- 
poîaaes i^mlèwmtiSKm euxé m Timms pour 
Ji^ daftservir^ indépendaixiBiirafct ^ cette 
•parie déiaatpea^ ^ le mi d- Angletenre ^ 
4maique ami parkmanl |uî Mt aotorçtë des 
aubaiilm avec iîberaiité, m troiyva dsm^ 
Xemb90tf96 ^ $étà des fiqsHien. ûa s'était 
qu'en fi^sffit dea aacrifioe^ meqffines qu'il 
avait pu soutooir aes guanae^ «» Fitaime^ et 
ies aiifaaidea que lui ayaîtnt.aefiQid^ ses su* 
jets d^Âii|^terr€ ^ fbrfat bientôt ^uîaés 
par kik d^i«i»ea ifu'ooeaskfflpfôent des hos^ 



6o HISTOIRE DE FRANGE. (l548) 

tiiités en pays étrangers , et par la solde à 
payer à un grand nombre de troupes auxi- 
liaires. Le butin considérable qu'avaient 
fait les soldats anglais ^ contribua , comme 
c'est l'usage , à corrompre les mœurs du 
peuple et à l'accoutumer à des dépenses ex* 
travagantes et sans bornes. 

Les maux que souffraient les deux na- 
tions f produisirent du moins un bon effet : 
ils empêchèrent les rois de France et d'An- 
gleterre de recommencer la guerre. La ten- 
tative contre Calais fut donc passée sous si- 
lence. 

Il parait pourtant que le traître gouveiv 
neur ^ Aimery de Pavie , ne conserva pas 
tout à fait la bonne opinion d'Edouard ; car 
il fut privé du commandement du château ^ 
dés le lendemain de l'escarmouche ^ et quoi- 
qu'il soit resté au service du roi d'Angle- 
terre y on ne voit pas qu'il ait jamais rega-* 
gné sa confiance. Cependant il continua à 
porter les armes pour Edouard y s'empara y 
par stratagème y de la forteresse de Guines 
prés de Calais y et chercha aussi à surpren- 
dre Saint Omer, Mais dans cette dernière 
entreprise, Aimery de Pavie fut défait et 
fait prisonnier» j}ar son ancienne connais- 



(ï548) HISTOIRE DE FRANCE. 6l 

sance Geofiroi de Chaniy , qui saisit cette 
occasion pour se venger de sa perfidie. li 
fit dégrader le Lombard en ordonnant qu'on 
lui coupât les éperons contre les talons , 
comme étant indigne d'appartenir à Tordre 
delà chevalerie^ et le fit ensuite écarteler 
par quatre chevaux indomptés : châtiment 
cruel ^ sans doute ^ mais que méritait sa 
douhie trahison à Calais. 

Mais ce dernier événement n'eut lieu 
qu'après quelques autres qui avaient plud 
d'importance. L'un d'entre eux fut la sou- 
mission de Godefroi d'Harcourt, le conseil- 
ler d'Edouard III à son souverain naturel 
Philippe de Yalois. Son repentir le porta à 
se jeter aux pieds de ce monarque-^ ayant 
autour du cou une serviette tordue en 
forme de corde; il lui avoua les remords 
qu'il éprouvait d'avoir été une des princi- 
pales causes de la défaite de Créci ^ et son 
regret d'avoir été du nombre de ces princes 
du sang français qui avaient si souvent con- 
tribué aux malheurs de leur pays natal. Cet 
acte de soumission appaisa Philippe, quoi- 
qu'il fut sujet à de violens accès de colère , 
et il*pardonna àun hommerepentant contre 
leqiiel il avait de grands motifs de mécon- 



6a lU&TOIRE ]>E FRANCE^ (iSSq} 

tentement. Leur réconcfliatîofi ne fût pmuM 
lânt pas de longue durée. 

Peu de ttfHvps •ptés^ le foi de FnBoe 
réunit le Dauphmé à la4;ouroime de Fnoac^ 
en donnant peur épouse à Ciiarles y 9oikp«* 
tît file y l'hërilîère de cette prorÉoce y doni 
le souverain M retira du monde , «t entra 
dan» un eloitare« Gharies , épousée Jeanne^ 
fut le premier prince frânçai» qui porta le 
titre de Dau{^in ^ titre qui fut ^oeuite at- 
tribué à l'héritier présomptif de 1» couronne 
de France* Charles est sovrent aussi nommé 
duc de îiorimmdmf conrté dont son père 
toit en possession avant son aTàMment tu 
trône. En tS^g,^ Pl^iîppe épousa Im-^mémé 
la priiusesae Hanche^ Sceyr du mi de Nsh« 
varre f mais â ne snrrécnt pas long-4eaipe 
à cette uttion^ élani; mort dans k yingt* 
troistéme anntfeil$^«on régâe^ à l'âge de cîi^ 
quante-sfifianfi. i55a. 

Fhili^>« de Vdess fut haS par la noUeaser 
parce qu'il eiiaf^to souvent sor ses privïN 
légpes , et panée qn^'il n'hésîta point à pfo^ 
nonoer la peme eapttide eâsÉre pinsi^irs 
n^snlM^^es^ de en ecuppsv II obtîoÉ aii conn* 
mencement db ^m régne le tÎÉre de V^in 
tunéj parlée qu'il eitt laèonne^&rSune dfaf^ 



(fS5o) ' HISTOIRE DE FRANCE. . .63 

river enfin au trône , quoique trois princes 
dussent y monter arrant lui ; mais comme 
il est arrivé à d'autres princes , ses longues 
et mdhewewes gu^r^^ ^ les maui^ ^'mk 
«onffrft soi» «on règne , lui auraieitf émmé 
plus 'de droits au titre d'infortuné. 



i : X :\t- 



CHAPITRE III. 

iviminiiiT AV teÔn* oi jian lr bost. —la Taiti atbc l'ait- 

GUTBUB S<T TIOLlil | MAIS ■BKOUTIIJB* lIITtlCDBS ftC 

CHAAUIS , BOI DB HATAB&B.«— IL ASSkSBWM LB COlflViTABLB 
SB PBmCB , BT BXTOBQUB DU BOI SON PABDOlT, — ioOVABO 
BT SON FILS, LB PBIIVCB HOIB , BMVAHISSBKT LA FBAITCB , BT 
EATAGBUZ LB PATS. — LB PBIIVCB IfOIB PA88R l'hIVBR A BOR- 
SBAUZ. — -LB 101 JKAir A88BMBLB DIIB GBARDB ARMiSB , s'a- 
TANCt OAIT8 DAB8 LB POITOD , BT TBOOTB LB8 ANGLAIS CAMPB» 
A MAUPBBTUIS » A DBDX LIBOBS OB POlTIBBS. ^— BATAILLB OB 
P01TIBB8. — LB BOI JBAN FAIT PBI80NNI8B. — ACCOBIL QUB 
LUI FAIT LB PBINCB HOIB. «^ BBTOCR AD PBIRCB MK ANGCBo 
TBRRB , ATBC SON PRI80NNIBB. 

Jean , duc de Normandie , monta sur le 
trône à la mort de son père, Philippe de 
Valois, Il avait déjà quarante ans ; il avait 
acquis de la renommée en commandant des 
armées , et s'était fait une réputation par 
son courage et par sa conduite. C'était, sous 
tous les rapports^ un prince qui donnait 
plus d'espérances que son prédécesseur. 

Cependant le roi Jean , quoique distin- 
gué par un surnom -flatteur « le Bon » , 
montra de bonne heure une sévérité qui ne 
le rendit nullement populaire. Dans une 
fête solennelle qui eut lieu à Paris, iix^ 
médiatement après son couronnement , il 



(l55o) HISTOIRE DE FRANCE. 65 

fit arrêter Rodolphe de Brienne, comte d'Eu 
et de Guines, et connétable de France, 
comme accusé de vouloir mettre le roi d'An- 
gleterre en possession de son comté de Gui- 
nes , voisin de la ville de Calais. Le malheu- 
reux connétable fut arrêté et décapité , en 
présence des seigneurs du conseil , après 
trois jours d'emprisonnement, et sans au- 
cune fçrme judiciaire.Cette exécutionéveill^ 
les craintes de la noblesse , et lui donna de 
la méfiance contre le nouveau roi. 

En 1 549, le commandant anglais en Bre- 
tagne , sir Thomas Dagworth , était tombé 
dans une embuscade dressée, dît-on, par des 
bandits , qui le tuèrent , en violation de la 
trêve. Le ressentiment de ce meurtape porta 
Edouard à envoyer, comme son lieutenant 
dans cette province , Henri Plantageaet , 
déjà célèbre sous les noms de comte de 
Derby, et ensuite de Lancastre , auxquels 
le titre de comte de Lincoln fut alors ajouté, 
avec une armée que la réputation du chef 
fit bientôt monter à trente mille hommes. 
Pendant ce temps , et au mépris de la trêve 
qui subsistait encore, des escarmouches 
constantes avaient lieu entre les Français 
et les Anglais, tenant en quelque sorte le 
m, 3 '^ 



•* 



66 Hi(STOIg|l w flM^MClU (^$5q) 

^iHieu entre de» cwijbat^ réguliers > ^ cm 
touriiob qu'on Ofi regardait eu ce siècU que 
comme de« ajijmsemeiis militaires. Dans ce 
temps orageux j les conunaodaus des diver* 
ses garniscvis se faisaient la guerre les uns 
aux- autres dès qu'ils en trouvaient l'occa^ 
sion favorable ^ s^ns que leur roi autorisât 
positivement leurs querelles , ou en mon-* 
trat du mécontentement* Beaucoup de sang 
fut répandu de cette manière^ et aucun des 
deux monarques ne voulait ^reconnaître que 
le Uàfne dût en retoxnber sur lui. Le pape 
Innocent XI employa encore son interveu'*^ 
tion pour prolonger une trêve dont le ca- 
ractère était si équivoque , et il y réussit 
en i355; mais il ne put parvenir à établir 
une paix solide entre les deux royaumes , 
comme il le <]ésirait. 

Vers cette époque, la cour du roi Jean 
fut 0xtrêmement agitée par le§ intrigues de 
son jeune parants CbarleS; roi de Navarre. 
Ce jeune prince , proche parent du roi de 
France , sa mère étant fille de Ix^uis X ^ 
surnommé le Hutin, possédait en mêm^ 
temps les qualités les plus brillantes et les 
plus funestes. Il était bien fait, courageux , 
affable^ libéral , et avait beaucoup de talent 



(i55i) Hispoims Oii vnkncB. 67 

fsH 4'esprk. MalbettreiiMni^^At il joignait à 
ees àtm& ëcèataas hr goAt pemr rinirig^ 
et la Aicanji, une ^ni^ion insatiable , et 
Hn earaotère capable à^ ^eommeltre les plu$. 
grands crimes par les voies les phis odieu- 
ses. Ces dernières dispositions le fip^t nom- 
mer par les Français Charles le Mauvais ^ 
et f l'parait favoir bien mérite , puisque la 
fiopoe même de son intérêt personnel ne put 
lonqoursrépniner son envie de faire le mal. 
lââi. A fariyvée de ceâipàarque à la 
cour de Jean y il s'y prit de toutes les ma- 
méf«s poor gagner Içs bcmnes ^àoes du 
roi et du pau^ français , et il se rendit: 
si agrëdbie à la cour , qu'il réussit à obte- 
nir k main df$ la princesse Jeanne;^ fiUe du. 
poi de Fran^^e^ Il demanda oertiunes places 
en Nonnaiidie , cl le roi ^ poi»r ékider ses 
sollicitations opiniâtres y ayant donné ce 
comié ta Charles de la Cerda , son eoniié- 
taUe^ ^t soii fovori , 2e roi de Navarre ne 
se fit aneun aerupple d'assassiner ce mal- 
heuraa^ «ffficier ikns «on cM«eau de l'Aigle 
en ^iormandie. Apnnès avoir commit* ce cri- 
me odieux , ik s'en vanta hautement , leva 
des \rempm , et m ^otma des dira d'indé- 
p^ndancev II <raita^vec les Anglais pour en 



68 HISTOIRE DE FRANCE. (l55l) 

obtenir des secours , et forma une ligue 
entre tous les esprits impétueux et mécon-- 
tens de la cour, ce qui comprenait une 
grande partie de la jeunesse tjui s'y trou** 
vait y et qui était en opposition avec la cou- 
ronne* Enfin, il menaça de causer une telle 
•confusion dans l'état, que le roi Jean se 
vit dans la nécessité de traiter avec ce jeune 
prince dangereux,, au lieu de le traduire 
en justice pour ses crimes. Charles de Na- 
varre refusa pourtant de quitter les armes 
et de se rendre à la coiu* avant que le roi 
lui eût accordé un plein pardon pour la 
Hiort du connétable, la cession d'un terri- 
toire considérable , une forte somme d'ar- 
gent ,, et par-dessus tout une garantie com- 
plète que leSr promesses que pourrait lui 
faire le roi Jean seraient pleinement exé- 
cutées. 

La situation des affaires du roi de France 
fut une nécessité impérieuse qui l'obligea 
de consentir à lout ce que son vassal ré- 
firactaire demandait , ou plutôt exigeait de 
lui. Il ffU même forcé de donner son second 
fils en otage à Charfes de Navarre pour ga- 
rantie de l'exécution ponctuelle des pro-* 
messes qu'il avait faites à ce prince turbu- 



(l555) HISTOIRE 0E FRANCE, 69 

lent. Après une telle concession , ce fut en 
vain que Jean chercha à cacher sa faiblesse 
en voulant faire croire que le pardon du roi 
de Navarre ne lui avait pas été accordé en 
vertu d'une stipulation préalable^ mais était 
le résultat de la volonté libre du monarque 
français. 

^ En mars 1 555 , ce grand criminel vint 
en personne à Paris , suivant les arrange- 
mens qui avaient été faits , et comparut de- 
vant le parlement^ où le roi présidait. Char- 
les de Navarre y prononça un discours d'ap-» 
parât y reconnaissant ses erreurs , et en de^ 
mandant le pardon avec quelque affectation 
d'humilité. Le duc de Bourbon^ alors con- 
nétable de France^ plaça ses mains sur celles 
du coupable , en signe d'arrestation , et 
l'emmena dans un autre appartement^ 
comme pour le conduire à l'exécution. Les 
reines , — car il y en avait alors trois en 
France , — • se jetèrent aux genoux du roi , 
pour lui demander le pardon d'un prinee 
qui tenait de si près à sa famille^ et le roi 
parut accorder à regret ce tpi'il n'aurait osé 
refuser ,*de crainte d'exposer le prince son 
fils à des rq>résailles. Il est probable que 
toute <îette cérémonie ne produisit d'autre 



.1 



70 HisTowc DS yâANci. (i555) 

effet que d'ugrir le MÎ et Nbvâfre, et d'ir* 
riter 8<»i»[noiir poor Jeiaal> dont il doiaiia 
ensuite tant dé preinnM, 9U gr«id détri* 
ment du toi et du i^G^Mme. 

Pendant ce tempi, le roi Êdomird, fer-- 
mement conyamcn ifue lu discorde ëoiatd* 
rait ouvertement entre Jean et Charles dé 
Havarre^ fit des pi^aupatîfii pour en profi- 
ter* Dans m dessrâi^ il nomma le Frince 
iioîr, à qoi ce nom ^]ébre a^ait é^é donné 
à doise de la o^iiknnr ^^Mtmâe de .son ar^ 
Hinre^ son lieutenant enOaseogne et e& 
Aquitaine , où il f envajm à la tétc ^fune 
armée nomfareufiie^ qui^ anrac ks troupes 
qu'ont le^fa dans ees provinces , monta â 
ennrnpcm soixanite mille hommx»^ Avec eette 
ibs^ce imposante , le jeune prince Edouard 
çntra djuis le Lasiguedoc , et 7 pnt pith- 
«ieurs yiUes qu'ail saooagea , htvàa et détnik^ 
ait» Mais , Charles de Navarre s'ëtani; pour 
le moment néeomâié avee le roi de France ^ 
le prince de Oailes netonroa à Bordeaux 
après avoir fait to w ces ravies. ^ 

Le xm son père, de son ooté, nedépioya 
pas moins d'aelmté à déraster la jPranee. 
Tandis que le PrineeT^ioîr mettait à feu et 
à sang les prcnrtiiGes méridionales de ob 



X0j9xme 9 son pa«e^ dâ|>an![Tia à Calais y et 
m«fîdba <te là veit St^^tOmar^ où le rai Jean 
édât à k tàtedVoie armée eoBsidéraUe. Le 
|ouv€air de la jomnée de Gréci fîit peat^ 
4tre cequi détourna le ro^ de France d'en 
iTj^ir à une bataille ; et le roi Edouard ne 
pouTant l'engager à une action générale , 
retourna dans son pays pour consulter 6on 
^liament , et tourner ses armes contre les 
Êeoisais , qui ^ maigre toutes leurs pertes y 
a^étaient encore remis «n campagne. On a 
siifiposé avec raison^que rorgucil humilié , 
la sensibilité bleaséf! , le souvenir de la 
honte ettUfée à Créci , l'aspolr de réparer 
\m jour le déshonneur de cette journée > 
furent é&$ motifs jrfus pu!fêsans pour le roi 
J«an f qm tous^ les raiscmnemeRS d^une 
IMne poUtiqiie ^ «t qij^ls le dëdklérent à 
refoaer les offiiea que lui ât Hope pour ré-^ 
tablir la pabc amlre les deux pays, ta scène 
de seing el de dévastation que présentait 
toute la Franc» , les rarages dé la peste > 
et le sUenee total des loîa et de la justice 
4an3 un royaiune que des étrangers et des 
bandite s'étaient en qnebpie sorte partagés^ 
Ëuaaîent que ce pafs était alors peu en état^ 
^om aucun rapport^ de sauter une guerre 



* • 



rj2 HISTOIRE DE FRANCE. (l555) 

contre un ennemi puissant et actif. Le des- 
tin du roi Jean le poussa pourtant à se pré- 
cipiter sans réflexion dans des dangers en- 
core plus grands, et suivis de revers encore 
plus désastreux que ceux qui avaient été le 
partage de son malheureux père. Une épo- 
que célèbre dans l'histoire d'Angleterre 
approchait alors* 

Le prince de Galles, après avoir passé 
l'hiver à recruter sa petite armée à Bor- 
deaux, résolut Tannée suivante de faire une 
excursion pour dévaster le pays de l'enne- 
mi , comme il l'avait fait Tété précédent;. 
D'une autre part , le roi Jean, déterminé à 
arrêter la marche d'un ennemi si opiniâtre, 
assembla toutes les forces de son royaume , 
au nombre de vingt mille hommes d'armes, 
commandés par le roi lui-même et ses quatre 
fils. On y voyait aussi presque tous les prin- 
ces du sang et toute la noblesse du royau- 
me , presque personne ne voulant rester 
chez soi quand on était appelé à suivre Fé- 
tendard royal, sous peine d'infamie. L'E- 
cosse lui envoya aussi une force auxiliaire 
de deux mille hommes d'armes. Avec cette 
armée imposante , le roi de France entra 
en Poitou, où le prince Edouard était campé 







(l556) BieTOIRE DE FRANCE. 7 3 

près du village de Maupertuis, à deux lieues 
de Poitiers,, .et il résolut He lui livrer ba- 
taille avant qu'il pût retourner à Bordeaux. 
Avec une telle inégalité de nombre , le 
prince de Galles n'osa entreprendre une 
.retraite dans laquelle il était probable que 
Fennemi détruirait toute son armée. Il prit 
donc une forte position dans un endroit où 
l'avantage du terrain pouvait , jusqu'à un 
certain point , compenser l'infériorité du 
nombre. D'une autre part^ le roi Jean avait 
deux alternatives : il pouvait attaquer le 
Prince-Noir sur-le-champ, ou entourer son 
armée et la bloquer dans son camp. Mais le 
même esprit d'orgueil blessé, qui avait por- 
té le roi de France à continuer la guerre , 
le décida à livrer de suite une bataille. De 
son côté, le prince Edouard avait fait choix 
d'une position si favorable à la défense, 
qu'elle présentait à peu prés les avantages 
d'une forteresse. Son armée montait à peine 
à la huitième partie de celle qui se présen- 
tait en face de lui ; mais , par cette raison 
même, elle n'en était peut-être que plus 
propre à occuper et à défendre une position 
forte et peu étendue. 

Ce champ de bataille mémorable était la 

m. 4 




< 



74 HISTaïKE DE FRANCE. ^l3i56) 

rampe douce d'un coteau couvert de ri- 
gnobles , et dont on ne pouvait approcher 
que par un sentier très-étroit , borné de 
haies et de buissons. Pour ajouter à la force 
de cette position^ les Anglais firent de 
grands travaux , et ils s'arrangèrent pour 
couvrir leurs rangs de tranchées , outre les 
arbres , les huîsson^ et les vignes qui les 
défendaient naturellement. Au milieu de 
ces défenses naturelles et artificielles, et 
dans un lieu qui n'était accessible que par 
un sentier étroit et difficile, les troupes 
anglaises , tu nombre d^environ dix mille 
hommes , furent rairgées sur la côte de ia 
colline, avec le bon sens et le jugement 
qui , depuis sa tendre jeunesse , avaient 
distingué leur illustre commandant. 

Eustache de Rtbeamnont eut rhonneiir 
de faire au roi de France un rapport sur la 
position des Anglais , et il la décrivit ainsi 
qu'il suit : « Noœ avons reconnu Fennemi, 
sire. D'après ce que nous pouvons conjec- 
turer , il compte deux mille hommes d'-ar- 
" mes, quatre mille archers, îèt quiiKe cents 
à deuxmilleautrescombattffns. Toutes ces 
troupes ne semblent Former qu'une sëtile 
division. l.eur position eatibrtè ■, sagement 






(l556) HISTOIRE DE FRANCE. 'jS 

ordonnée , et presque inaccessible. Si tous 
voulez les attaquer , il n'y a qu'Un Sentieir 
qui conduit au centre de leur ligne , et oèt 
quatre cavaliers peuvent marcher de front. 
Les haies qui le bordent sont garnies d'ar-i- 
chers, et le corps principal des anglais €^t 
composé d'hommes d'armes à pied ^ devant 
lesquels est un coips d'archers rangés eA 
forme de herse. Ce n'est que par ce chemin 
difficile qu'on peut approcher de la position 
anglaise. Réfléchissez donc sûr ce qui est è 
faire. » • 

Dans des circonstances si difficiles, le roi 
Jean pensa que l'attaque devait se* faire par 
des piétons, tï ordonna donc à ses hommes 
d'armes dejmettre pied à terré, de déta- 
cher leurs épei^ons , et de réduire leurs 
lances à la longueur de cinq pieds , afin 
de pouvoir faire le service de l'infanterie. 
Trois cents hommes d'armes seulement re- 
çurent ordre de reèter à cheval , afin qu'ils 
pussent engager le combat par une ehai^^ 
énfonceir les rangs des archei^ , et ouviir 
un chemin aux colonnes d'infenterie. Gq fut 
dans cet ordre que le roi Jean résolut d'en- 
treprendre l'attaque. 

La bataille étant ainsi décidée^ un noble 



f^6 HISTOIRE DE FRANCE. (l556) 

ecclésiastique , le cardinal de Périgord , se 
rendit tour à tour dans les deux armées , 
pour les engager à la paix. Le prince de 
Galles , ayant une telle infériorité de nom- 
bre, n'était pas éloigné d'y consentir à des 
conditions honorables ; mais le roi Jean 
insista pour qu'Edouard et ses principaux 
officiers se rendissent prisonniers. <( Je ne 
me rendrai jamais prisonnier, dit Edouard, 
à moins que je ne sois pris les armes à la 
main ». 

Mais avant que la bataille commençât , 
il se passa une ou deux circonstances qui 
caractérisent parfaitement l'esprit du temps. 

Dans la matinée qui précéda l'action , il 
arriva que le célèbre Jean Chandos faisait 
une reconnaissance pour les Anglais , tan- 
dis que le seigneur de Clermont , un des 
maréchaux de l'armée du roi Jean s'acquit- 
tait du même devoir pour les Français. Ges 
deux chevaliei^ portaient les mêmes ar- 
moiries, la Vierge Marie entourée d'une 
auréole. C'était alors une grande offense 
que de prendre les armoiries d'un autre 
chevalier, et'Clermont en fit le reproche au 
chevalier anglais en ces termes : « Combien 



(l556) HISTOIRE DE FRANCE. 77 

y a-t-il de temps, Chandos, que vous vous 
êtes permis de porter mes armoiries? » 

« Elles sont à moi, répondit Chandos ; 
du moins elles m'appartiennent aussi bien 
qu'à voi]tô. » 

« Je le nie , reprit Clermont ; mais vous 
agissez à la manière de vous autres anglais, 
qui n'avez pas l'esprit d'inventer vos ar- 
moiiîes, et qui volez celles qui ont été in- 
ventées par les autres. » 

« Prouvons, dans la bataille de demain, 
qui a le droit de les porter, répliqua 
Chandos, puisque aujourd'hui est un jour 
de trêve, à cause de la négociation du car- 
dinal. » Et ils se séparèrent ainsi, en se dé- 
fiant mutuellement. 

Dans la soirée du même jour, tes Fran- 
çais congédièrent le cardinal de Périgord , 
et l'invitèrent à ne plus leur apporter de 
propositions de paix. La bataille fut donc 
ainsi résolue de part et d'autre. Le cardinal 
se retira, mais quelques jeunes gens de sa 
suite, enflammés d'ardeur à la vue des 
' spléndides préparatifs de la bataille, res- 
tèrent après lui, et portèrent les armes 
pour la France, ce dont le Prince Noir fut 
très-courroucé. 



-1 



\ \ 



7&> , HISTOIRE DE FRANCE. , (l356) 

Le lendemain matin, de ^hne heure^ le 
jeune et yainant. prince de Galles fit la re- 
vue de ses troupes , et leur dit brièvement : 
« Messieurs , que le nombre de nos enne- 
mis ne vous inquiète pas ; 1^ victoire n'est 
pas toujours pour la multitude ; elle appar- 
tient à qui il plait à Dieu de Faccorder. 
Si nous survivons au ^combat de ce jour, 
nous obtiendrons de l'honneur en propor- 
tion de notre infériorité de nombre ; si nous 
périssons „ il se trouve en Ang^terre assez 
d'kommes pour nous venger, » 

^ T^dis qu^ le prince haranguait ainsi ses 
soldats^ lord Audley se présenta devant iui ^ 
et le pria de lui octroyer un don. , « My- 
lord'^ lui dit-il^ j'ai été le fidèle serviteur 
(lu roi votre père et de votre .maison, et 
par respect pour lui et pour elle , j'ai fait 
vœu que , lorsque je me trouverais à une 
bataille où le roi votre père , ou un de ses 
fils , commanderait ep personne , je com- 
mencerais moi-même le combat> ou mour- 
rais sur la place. Vous plairait-il donc de 
me permettre de passer à l'avant- garde 
pour accomplir mon vœu ? » 

Le prince lui accorda sa demande sans 
hésiter , et lui dit : « Sir James , que Dieu 



( I S56) HISTOIRE DE FRAN.CB. 79^ 

VOUS lasse la grâoe de tous comporter de 
manière à être reçonnu^^ 1© meilleur et le 
premier chevalier dans cette journée* » 

Le prince fit alors quelques changement 
dans Tordre de son armée. Lorsque Riheau- 
ment en avait fait la reconnaissance , il l'a- 
vait Vue ne formant qa'uue division. Mais 
quand on fut sur le point de combattre ,^ 
Edouard divisa, sa. petite armée eu trois 
corps , serrés les uns derrière les autres j 
sur le côte^ facile à défendre ^ dont nous 
avons» fait l^ description*. Il en sépara, aussi 
im corps d'I^otnmes d'armes ^ commandés 
par le Captai de Bûche , .chapgfés de tourner 
la montagne sans se laisseï: voir ^ et d& tom- 
ber sur Tarriérfr-garde dfô.Françai&^ quan4 
ceux--ci commenceraient l'attaque. 

Elle fut engagée par les trois cents hom- 
mes d'armes d'élite qui étaient re&téis^à che- 
val pour disperser les archecs et ouvrir un 
passage au reste de l'armée. Mais dès qu'ils 
furent entrés dans le sentier bordé de haies» 
les archers qui étaient derrière ^ commen-r 
cèrent leur déchaîne meiu:trière j les che- 
vaux des hommes d'armes regimbèrent , 
devinrent rétifs , mirent le désordre dan3 
leurs rangs , et rendirent impossible à leurs 



\ 



8o HISTOIRE DE FRANCE, (l356) 

maîtres d'exécuter les ordres qu'ils avaient 
reçus. Sir James Audley, avec quatre écuyers 
d'une valeur éprouvée , combattit au pre- 
mier rang, ne s'arrêta pas pour faire des^ 
prisonoiers, et attaqua vigoureusement tout 
ce qui s'opposait à lui. 

Ce fut en vain qu'un corps nombreux 
d'hommes d'armes à pied entra dans le fatal 
sentier , sous la conduite de deux maré- 
chaux de Franco , pour porter des secours 
à ceux qui étaient à cheval. Un de ces chefs 
fut tué , l'autre fait prisonnier , et leurs 
troupes furent repoussées avec confusion 
sur la seconde Kgne , que le dauphin com- 
mandait. En même temps le corps d'hom- 
mes d'armes anglais , qui avaient été ré- 
servés pour ce service , et un nombre 
d'archers proportionné au leur, qui les 
accompagnaient , sortirent tout-à-coup de 
Fembuscade, où ils étaient restés cachés 
jusqu'alors. Ils avaient pour commandant^ 
comme nous Tavons déjà dit, un vaillant 
chevalier gascon , nommé le Captai de Bû- 
che, fidèle vassal d'Angleterre. Il attaqua 
la colonne française en flanc et en arrière , 
et la mit en déroute. Lés auxiliaires écos- 
sais partagèrent le sort des alliés. La vie- 



(l556) HISTOIRE DE FRANCE. 8l 

toire se déclarant alors pour T Angleterre , 
le Prince -Noir ordonna à des hommes 
d'armes de monter à cheval , voyant que 
le moment était Venu d'avancer. Ils sau- 
tèrent sur leurs coursi^s^ et se préparè- 
rent à faire une charge , le prince leur en 
donnant Tordre lui-même en ces termes : 
« En avant ^ bannières ^ au nom de Dieu 
et de S. Georges ! » En voyant approcher 
ce corps formidable , les seigneurs fran- 
çais qui commandaient la seconde division^ 
et qui avaient auprès d'eux les trois plus 
jeunes des princes de France , quittèrent 
le champ de bataille , afin , comme ils le 
prétendirent ensuite , de mettre en sûreté 
leurs personnes royales. L^armée française 
se trouva alors dans une telle confusion , 
que la troisième division resta , par la re- 
traite de la seconde y à toute la fureur de 
Vattaque des Anglais , et la personne dii 
roi Jean , qui la commandait ^ fut dans le 
plus grand danger. Les seigneurs ^ qui com- 
battaient autour de lui^ furent presque 
tous tués ou faits prisonniers ; et les vain- 
queurs^ qui se disputaient l'un à l'autre la 
gloire et l'avantage de faire prisonnier un 
si grand prince , lui criaient : (c Rendez- 



S^ HISTOIRE I>E FRAN€Bt (i556) 

vans, Mre, ou vous êtes âort! « Le vail* 
kmt iRoéarqtae refma là vie^'OH ku offrait 
à cette conditiofi, et crnitinÉia à sie'défeiMké 
vi|g;cmr^$eme»t 'à l'aîée ^è %k hsebe d'ai> 
Hfcr. « Si les cbevaKers xlu roi ^an ^ dit 
Froîssard, avaient combattu avec aut»it 
de résolution ijue èe priilce^ l''évëteem«»t 
de tsette jowméc auitrH pu être *toot difie-s- 

^e trouvant presque %brfi net ifecsbié 'par 
letioinbre^ le malbeur^s: «monarque «90 
prima le désir de ise rendre à aon<30iJsin le 
(yrincèdeOalles. Mais cottimë eek était *kn« 
possible-, ie «prineë^eombë^it sur uueautre 
J)àrtie du champ de bataille^ le^roi Jean re^ 
mît son ^gantelet^ en sigire ^'il se -rendait 
à ©en^s Morbè^ue?, fipan^is'desnaissance , 
mais iqui, ayant é^é exilé tte-^FraneepoUrun 
homicide tju'il y avait coinmis^ étaitfau^er- 
vice thi (prince Noir. Cependant ^le ^mi "fut 
arrache de ses nretittSfiar plusieurs chettr-^ 
liers anglais et gaScons qtri 'Sedi^utél^nt 
fci'possession'du monarque «aptif ave^c One 
telle videtîce , que 'Jean ne fûttiï^ ^<mi- 
ifeu de de- tumulte et du* danger qui ênré^ 
sultaitmémeîpoù/'Salper«!tetïe, qfcie|M(pte 
comte de Wàrwîck et lord Cobhtam, que le 



(l356) HISTOIRE DE FRANCE. 85 

prince de Galles envoya pour le sauver des 
suites de ce désordre général. !^hilippe dç 
France , le pluç jeune des fils du roi Jean , 
fut fait prisonnier avec son père. 11 montra 
tant de courage dans qçtte fatale journée, 
gu'on dit qu'il y obtint Tépithète àe Hardi , 
qiii le distingua par la suite. 

Lé prince die Galles , dont la courtoisie 
égalait au moins la bravoure , fit servir un 
banquet dans son pavillon pour le monar- 
que captif et ses prîncîpaux seigneurs , et il 
ne yoûlutpas inême y prendre place, comme 
lie se trouvant jias digne de "s'asseoir à la 
înême table que le roi fle^rari^. En même- 




chance du combat n'eut pas été telle qu'il 
Faurait désiré. « Vous trouverez mon père , 
lui dit-il^ 'disj)osé à vous traitiér honora- 
blement et avec amitié , et vous dévîendrea , 
si vous le voulez ,, aniis comme vous 'ne Ta- 
vez jamais été. Réfléchissez, àjouta-t-il , 
avec une cordialité flatteuse, » que quoi- 
que le sort des armes vous ait été contraire, 
vous avez acquis la gloire d'être le plus 
brave de tous les chevaliers qui ' ont com- 
battu pour vous aujourd'hui. » Le malheu- 



84 HISTOIRE DE FRANCE. (l556) 

reux roi fut touché de la courtoisie de son 
vainqueur , et il en tira toute la consolation 
dont sa position le rendait susceptible. 

Le prince de Galles montra autant d'em- 
pressement à récompenser ses amis , qu'à 
adoucir par sa conduite généreuse les infor- 
tunes de ses ennemis. Lord Audley , qui 
avait engagé la bataille de Poitiers , avait 
continué , tant que l'action avait duré , à 
presser les ennemis sans songer à faire des 
prisonniers, à tel point qu'il était resté 
presque mort sur la place. Il fut le premier 
objet de la gratitude du prince. Edouard, 
en lui adressant les plus grands éloges, lui 
fit don d'une pension annuelle de cinq cents 
marcs que le lord Audley parut .accepter 
avec reconnaissance. . 

De retour dans sa tente, le noble cheva- 
lier fit venir son frère et quelques autres 
amis , et les prit à témoins qu'il transférait 
à ses quatre écuyers le don qu'il venait de 
recevoir du prince , attendu que c'était grâce 
à leur conduite et à leur appui pendant 
toute la bataille qu'il avait pu rendre les 
services auxquels le prince attachait un si 
haut prix. 

Le surlendemain de cette action , le 



(l556) HISTOIRE DE FRANCE. 85 

prince Noir marcha vers Poitiers, Un guer- 
rier français distingué , nommé le seigneur 
de Roye , s'était jeté dans cette ville avec 
un corps de troupes considérable qu'il avait 
amené pour joindre l'armée Française^ mais 
qui était arrivé trop tard. Modérant le dé- 
sir qu'il avait de profiler de sa victoire, et 
voulant avant tout mettre en sûreté la per- 
sonne de son auguste prisonnier, le prince 
résolut de s'abstenir, pour le moment, de * 
toute entreprise considérable , et il se retira 
vers Bordeaux. Sa marche fut si lente qu'il 
eut tout le loisir de s'occuper des affaires 
de son armée, et d'apprendre des détails 
sur les individus qui en faisaient partie. 

Entre autres choses , le prince Noir fut 
informé de la manière généreuse dont lord 
Audley avait disposé en faveur de ses quatre 
écuyers , du riche présent qu'il tenait de sa 
libéralité. Il le fit venir en sa présence , et 
lui demanda pourquoi il s'était dépouillé 
des marques de la munificence de son sou- • 
verain , et si c'était parce que ce don ne lui 
était pas agréable. Lord Audley convint 
qu'il avait donné à ses écuyers le présent 
qu'il devait à la générosité de son altesse ; 
mais il ajouta que c'était à la fidélité de ses 



86 HISTOIRE DE FRANCE. (l356) 

écuyers qu'il avait dû les moyens d'çxécuteîp 
le vœu qu'il avait fait , et qu^en raccompa- 
gnant constamment pendant cette Waille 
sanglante 9 ils lui avaient sauvé plusieurs 
fois la vie au qsque dç la leur. Il était donc 
de mon devoir, ajouta-t-il, de les faire 
jouir du don que là libéralijte de votre Al- 
tesse m'avait destiné , puisqu en renonçant 
en leur faveur a ce riche présent / u me 
reste , Dieu soit loué , des revenus sufHsans 
pour me mamtenir au service de votre Al- 
tesse. Mais si ma lîonduite vous offense , je 
suis prêt a faire tout ce quç votre bon plai- 
sir m ordonntera. . 

Le prince Pïoir se CQntenta d'une apologie 
qui était si bien d'accor^ avec ses propres 
sentimqns. Il approuva le don fait par lord 
Audley à sçs quatre écuyers i mais il voulut 
qu'il acceptât \ine autre rente de quatre 
cents marcs, qu^il le requit de conserver 
pour lui-même. 

Il paraît que ce fut aussi pendant cette 
' haarche que le prince Noir décida une ques- 
tion importante (jui s'était élevée : c'était de 
savoir qui l'on devait considérer comme 
ayant fait prisonnier le rdî Jean. Avec la 
jgénérosité et la justice qui' distinguèrent 



(l55Ô) JUSTOIRE BE FaAVCE. 87 

toujours la conduite de ce vaillant prince ^ 
Edouard adjugea le mérite et le pro'fit de 
cette prise ai^ pauvre exilé français Den^ 
de Morbèque y à qui le roi Jean avait n^ 
mis son ^ntelet , eomme signe qu'il se Dea- 
dait y sans ^gainl pour les réclamations de 
efaevaiiers et de l^ons plus puissans i^oi 
prétendaient y avoir plus de droit. Koiis 
avons déjà dit ^aflleurs que la rançon d^un 
prisonnier de guerre appartenait à cdui qui 
l'avait fajk. Mais le cas du ro^ Jean-fonnaît 
^ne exception y car ces prisonniers dont j^ 
rs^on montait à dix mille couronnes et 
plus y ne pouvaient appartenir aux indivi- 
dus y mais étaient la propriété du ^néral 
de rannée. Le prince termina cette affaire 
en faisant remettre secrètement à Denys de 
Morbèque k somme à laquelle fnt .évaluée 
la rançon du roi Jean. 

Âpr^s ^voir passé à iB<M*deaAix^ {dus 
grande partie de Thiver^ le«prinoe iioir Dé- 
tourna en Angleterre » et y emmena soi| 
prisonnier. Il fit une entrée solennelle dans 
Londres y dont les citoyens firent parade de 
leurs richesses pour le recevoir. Au milieu 
du cortège qu^ traversa la cité, en cette oo- 
casion > on voyait le roi Jean avec toutes 



88 HISTOÏRE 0E FRANCE, (l356) 

les marques de la royauté , monté sur un 
beauT cheval blanc ^ taudis que le prince de 
Galles évitant de montrer la pompe triom* 
phale d'un vainqueur, était à son côté, 
monté sur un petit palefroi qui n'avait 
rien de remarquable. Dans un temps plus 
moderne , on aurait regardé cette conduite 
comme une affectation d'humiiilé et comme 
un triomphe plus marqué que s'il eut mon- 
tré moins de déférence. Mais nous ne de^ 
vous pas juger les opinions de ces temps 
grossiers d'après celles d'un siècle plus ci- 
vilisé. Dans celui d'Edouard, il n'était pas 
rare de voir le vainqueur se plaire à . mon- 
trer au peuple des princes vaincus , char- 
gés de fers , comme dans les anciens triom- 
phes des Romains ; et la conduite tout op- 
posée du vainqueur de Poitiers fut regardée 
comme uu acte de modération et d'humilité^ 
tant par le vaincu lui-même que par tous 
ceux qui furent témoins. 

i 



i*^— ii^ 



CHAPITRE IV. 



SUITES DB Là BATA1LLB SB POlTiBES POCB LA FRAIiCB. — QDB- 
BILLB8 IMTBB LB DAUPHIN BT L8S ÉTATS GMnÉBAUX. -«- BB« 
PKBSSlOIf D*C<KB IltSDBSBCTIOR OB «ODBFBOI d'hABCOUBT, Q«I 
AVAIT ÉPOUSE OB KODVBAU LB PABTI DBS AlffiLAlS. — » SIÉ6B 
DB BBKKKS« — CONCLUSION d'uaK TaJcVB. — PBISB DU CnATEAQ 
d'ÉVBBCJE PAK SIBB WILLIAM GBANVILLB. — CHABLBS OB IfA- 
VABIIB s'ÉCHAPPB OB PRISON. — IL ORGANISE LA FACTION DES 
NAVARBOIS. — INSOLBACB DB MAHCBL , PRÉVÔT OB PARIS. -— 
INSCRRBCTION DR PAYSANS, APPRLÉB LA JACQUERIB, — SOCCiS 

. PABXIBL OU DAUPHIN CONTRE LES ANGLAIS. — TRAItÉ POUB LA 
RANÇON OU ROI JEAN. ~- LES ÉTATS DE FRANCE REFUSENT DB 
LE RATIFIKR, ET EDOUARD ENVAHIT DE NOUVEAU CB ROYAUME. 
— S1ÉGB DB HHBIMS. — PAIX DE BEE7IGNY. -^ MORT DU ROI 
ABAN. — LB DAUPHIN CHARLES LUI SUCCfcOB. 



i556. La bataille de Poitiers, suite dé- 
sastreuse de celle de Créci , avait été en- 
core plus fatale à la France que la première, 
car le combat ayant été livré presque en- 
tièrement par des hommes d'armes à pied , 
la Francejperdit une partie beaucoup plus 
considérable de sa noblesse qu'à Crécî , et 
le royaume se trouva privé d'une granda 
partie de ceux du courage desquels on sup- 
posait que dépendait surtout la défense du 
pays. Les trois fils du joi Jean , qu'on re- 
gardait naturellement comme héritiers d€f la 
in. ' . 4.^ ' ^' 



90 HISTOIRE DE FRANCE. (l556) 

couronne , étaient trop. jeunes pour être en 
état de réparer un revers aussi terrible que 
la défaite de Poitiers. Le roi n'avait laisse 
m régent ni autre représentant l^giil ; et 
son fils Charles ^ qui portait le titre de Dau- 
phin et de duc de Normandie, convoqua 
une assemblée des états du royaume , es- 
pérant naturellement que , dans ce moment 
ide calamité , il les trouverait unanimement 
disposés à prendre des mesures pour obte- 
fljlr la liberté du roi et pour rétablir le bon 
ordre dans le royaume. 

Cependant les membres de ce corps fu- 
rent malheureusement tentés de profiter de 
cette occasion favorable pour élever leur 
pouvoir sur les ruines de l'autorité royale , 
^ au lieu de décrire leurs efforts pour tirer 1» 
^n^tion 4es difficultés dans lesquelles elle 
se trouvait. 

Une des principales causes du mécon- 
; teutement et du désordre général ,; étaient 
. les intrigues et les coçoiplots du roi de Na- 
varre, qiii, Ji cette époque pouvait être juste- 
f Wçt nqmmé le Mauvais Génie de la France. 
. y ïd^vient ftéfSps^aJre ici de.§'2(rrêter un ins- j 
i.'. Mpt ' ppijr ' rpprepdie son histoire depuis 
i554 jusqu'à la bataille de Poitiers. Nous 



j(^556) lUSTOXRE DE FRAKCE, 91 

tsevov^s . dit (]u'à h^ première époque ^ âu 
moy^n d^ cette fojrqç sol^imelle ,daji3 la- 
quelle on avait feint d'un coté de se sour 
mettre , et de rauti:e de pardonner , une 
.autre réeonciliatioxi avait été plâtrée entre 
*lui et le roi Jean, Charles de Navarre 
.^prouva ,plus de ressentioient des formas 
,-dures auxjqueUes jl av«ait été. obligé de $e 
'■ BOttmettre , <c}ue de reconnai$sa;nce des con- 
ditions faciles aui^quelles il ayait obtenu 
"$00 pardon. IL semble, au^i avojr été pro*< 
'^fondémentimbu de^et stmour.du flaalpour 
<4e seul plaisir de ie,.&ire 9 qui, daçsqpek 
;ques in4ïvidu3.estu^, symptôme de. tendance 
r à la^^ dén^eiice. .11 o^gax^i^a de ii.9uveaijx 
>X!l^biD plots , .et ..paryiut. n)êmç,à laire ehtrer 
> l'héritier de. la couronnp > à qpi il persuada 
ïjj|ue «on^ père ne lui topliait pas,, assez de 
f. pouv((Jir< Jean.^éépou\TJt p9:uirt?nt les pro^ 
! jets^dç cç. priçioerp«r.ypr^ , ej,axapt.l?u ijne 
t?'^xpli«4ition francise avec le dauphin ,, , il Je 
•^«dMtemiina ài ^ba^do^^ei; la f^c^ipn danger 
-^-^mt^ à;UqueUe.il\a'^tait Uvré^.Lie .roi, à 
i4'aide dadauphin.^ se.rçnditensuiteTnaitre 
f'4fe-l^?p6r$o»ne.du.yoi^4^ Navarre, et le fit 
ivjcMer.ien prison ^ où iJt re§ta. jusqu'après la 
^Mlfailkxde. {^^ti^rs^ Lç QOJ&itç d'Harcourt ^ 



C)2 HISTOIRE DE FRANCE. (ï556) 

Irére de Godefroi , fut exécuté avec quel- 
ques partisans du roi de Navarre , après 
Tarrestation de leur chef. 

Mais après la perte de la bataille de Poi- 
tiers ,. l'esprit de Charles de Navarre , — et 
ce ne fut pas la moindre des calamités à 
cette époque désastreuse , — influa sur les 
délibérations des états généraux, quoiqu'il 
fut encore en prison dans le château de 
Crève-Cœur. Les ^tats firent bientôt voir 
qu ils étaient moins empressés de rendre le 
roi à ses sujets que d'affaiblir le pouvoir de 
la couronne , et d'assurer dans leur corps 
le pouvoir souverain! Us se divisèrent en 
comités séparés pour s'occuper des diffé- 
rentes branches du service public qui étaient 
ordinairement confiées aux ministres du 
roi, et ils transmirent au dauphin pltisiem*« 
demandes faites avec hauteur , pour exiger 
de lui là punition de certains officiers de 
l'état dont ils se plaignaient, le change- 
ment total du ministère du' roi, la sor- 
lie de prison du roi de Navarre , et la 
soumission du gouvernement du dâupÉân 
à rinfluehce prédominante d'un comité de 
iienle-six membres des états généraux. 



(l556) HfôTOIHE DE FKANCE. g5 

qu'on 8e proposait' d'investir des mêmes- 
pouvoirs que le corp9 tout entier. 

Le dauphin, entravé par l'esprit d'é<» 
goïsme et d'usurpation que montrait^ une 
assemblée dont il avait attendu des secours, 
s'efforça d!éluder des demandes qu'il n'au- 
rait pu accorder sans mettre en grand dan- 
ger la coui'onne dont il était héritier, et 
sans manquer à ce qu'il devait à son père , 
à qui elle appartenait encore , quoiqu'il fût 
prisonnier en Angleterre. Il prononça la dis- 
solution des états généraux en dépit des re- 
. montrances des citoyens de Paris , qui , 
ayant à leur tête , Marcel , prévôt des mar- 
chands,, et Ronsac, se déclarèrent avec vio- 
lence en faveur de l'assemblée des repré- 
sentans , et insistèrent pour qu'ils fussent 
rappelés. 

Tandis que ces divisions intestines agi- 
taient forUMOQ^ent la capitale, la giierre dé- 
vastait les provinces plus éloignées du 
royaume de France. Le célèbre duc de 
Lançasse était en armes dans la Norman- 
die, et Godefroi d'Harcourt, dont nous 
avons eu occasion de parler plusieurs fois ^ 
se trouvait avec lui. Comme nous l'avons 
déjà dit, ce seigneur ^'était soumis au roi 



94 HISTOIRE DE FRANC?. (l536) 

Jean après la bataiiie dé €^écî ;' riiais^teotir- 
roucé delà mort* dé ^n[*fl?è*e / Jéskt ; donïte 
d'Harcôurt , il S'ëtaîl^de^^noùt^feu* i^Mté , 
'avait <pott8ê la tèaiiSe tle FAriglfetei¥e , et 
ayant été johïdre4edti<ydë*Lattè)a^ti*e ; 11 fat 
-nommé son *lieutënani. 

Il ne restait qu'Un faiMe rayon ^ es Jî)ë- 
rance. Lès états généraux / âvatit leiu^disss- 
lutton , avaient accb^é'qtielcïtfes "^Absides 
pour'ïnôttre lé^tfnc de 'Nôrinaùwiîe en étlàt 
- de levef ràiè |3etité ài^mëé rifinrde s'oppo^r* à 
l^ettneriai cpii' i-a vftgeaH fintééi^ietir d -tlnè ]pro- 
vince à laquelle Chartes avttft droit de pren- 
dre un'intérêÉ pérëohheVeC ipôcSal. En^fisfi- 
-^àntuhempïof jtidîeieùxde beiS subsides, bn 
graillant chevatfer franeaiîs ', Itobert de GW- 
' mont; îtveb environ tt*oîs eènti hômnîeé d'at- 
mes, et un corps suffisant d'infanterie > ïhrfr- 
chacctotre Gbdefroi d'Hartàourt; ^uHl'ne tar- 
^ da pas à rencontreï*iI>es tt»6^i^SF^tl€/ceii^Uis- 
^ * Ire mééontènt •ébmmilftdàît/é tâîéit 'fidftt 'la 
f^'plupart* des !Prcti]fcais'*férôlté''CO!!ittié* kli- 
-'tnèrn^ , iiiais^^^ul'^hë S'étaient» pa^^^ftit^^une 
«^gfànaé fepdfâtîon -cfeiis les armes :'>ll avait 
* ^ài^Hih «i^pé- ffâ^éKérs^/'iMrëiétesfflêcftes 
-' firent ^ d'éïfet^^ui-les hbftiibei^d*)ïrmes 
«^frà»çSiis;^*Qu?^s^^ufrtrenr<lé' leurs hm- 



(l556) HISTOIRE " DE FRAWCE. 9& 

cliers; et quand les ennemis burent éjDui-* 
sé leurs carquois , ils avancèrent pour 
les combattre corps à corps. Lès soldats de 
Godefroî ^ attaqués de cette manière , com- 
mencèrent à s'ébranler ; mais leur chef 
continua à combattre avec une résolution 
digne de sa renoihmée. Voyant quMl lui était 
impossible d'échapper à la mort , il voulut 
mourir en homme. Étant un peu boiteux , 
il se plaça dans un eàdroit où rîhégalité du 
terrein composait en partie ce défaut cor- 
porel, et levant une lourde hache , car il 
avait le bras fort, il en distribua des coups 
si furieux que , pendant un certain temps, 
personne n'osait approcher de rûi/Êiiifin , 
après qu'il se fut ainsi défendu vaillamment 
contre les piétons qui l'attaquaient, deux 
chevaliers français bien montés coururent 
sur lui au grand galop, le renversèrent avec 
^ leurs lancGS, et il fut tué à l'instant mêûie 
par l'infanterie qui l'entourait. Ainsi jiéHt 
' Godefroi d'Harcourt , sutissant à la fin le 
sort réservé presque toujours a ceux qui 
ont' contribué à plonger leur patrie dans 
ies maux delà guerre civile. Ce combat 
eut lieu près de Coutances , vers no- 
vembre 1^56. 



^ HISTOIRE DB FRANCE. (l556) 

Peu de temps après, le duc de Lancastre, 
pour venger la mort de Godefroi d'Harcourt, 
fit le siège de Renues , serra cette ville de 
très-prés , et menaça , en la prenant , de 
compléter la séparation de la Bretagne et 
de la France. Charles de Blois , qui conti- 
nuait ses efforts pour se mettre en possession 
de ce duché , pressa le dauphin de Faider 
de ses troupes , mais Charles avait assez 
d'autres occupations , car la dissolution des 
états généraux avait jeté le désordre par- 
tout. 

On conclut pourtant une trêve à la vive 
intercession de deux cardinaux , et elle per- 
mit au malheureux royaume de France de 
respirer un moment , et obligea en même 
temps le duc de Lancastre à lever le 
siège de Rennes , qui était sur le poîat 
de se rendiv. Mais les maux de la 
France étaient si grands , qu'on s'aperçut 
à peine de ce soulagement partiel. Dans le 
fait, la confusion et le mécontentement gé- 
néral éclatèrent dans ce royaume sous des 
formes si nombreu^s et si terribles , que 
pour bien les compr^dre, il est indispen- 
sable de les considérerVçparément; et sans 
observer scupukusementM'ordre dans le- 



(l556) HISTOIRE DE FRANCE. 97 

quel les événemens arrivèrent , nous pou- 
Yons remarquer qu'ils furent tous les suites 
fatales de la confusion et de~ la discorde utii- 
verselle de l'absence et de la captivité du 
roi , de l'esprit de mutinerie de la populace 
et de la disposition de tous les rangs à la 
violence et au pillage. 

Le premier , et l'un des plus grands de 
ces maux , fut la continuation de la guerre 
avec l'Angleterre. Quoique le roi Edouard 
n'y mit pas beaucoup d'activité , ses capi- 
taines la faisaient toujours en Bretagne , en 
Normandie et en Gascogi^e. On peut donner 
un exemple de la manière dont ces entre- 
prises se conduisaient , en citant l'attaque 
que Guillaume de Granville dirigea avec 
succès contre la ville et le château d'Evreux. 
Ce seigneur demeurait à environ deux lieues 
de cette ville ^ et il y allait souvent. Il était 
secrètement attaché à Philippe de Navarre , 
frère cadet de Charles le Mauvais, qui ser- 
vait dans l'armée anglaise commandée par 
le duc de Lancastre. Mais le seigneur de 
GranviUe n'avait jamais pris ouvertement 
les armes dans cette querelle; on n'avait 
donc aucun soupçon contre lui à Évreux , 
et il trouva le moyen de se faire un fort parti 
ni. 5 



\ 



q8 histoire de FRANCE. (ï556) 

parmi les bourgeois de cette viHe. Il en virit 
par degré au point de faire du terrain dé- 
couvert qui était devant la porte du Château^ 
le lieu de sa promenade ordinaire, et comme 
le commandant en sortait quelquefois pour 
prendre des rafraichissemens , et entrait en 
conversation avec lui, ils contractèrent urie 
sorte de familarité. 

Un jour , ayant pris toutes les mesures 
propres à faire réussir «on entreprise , Guil- 
laume de Granville commença à faire au 
gouverneur un conte en Tair d'une préten- 
due attaque coùtre TAngleterre par les 
forces combinées du roi de Dannemark et 
du roi d'Irlande , qui , disait-il , s'étaient 
mis en mer daiis ce dessein , avec une flotte 
nombreuse. Lorsque le commandant fran- 
çais lui demanda où il avait appris cette 
nouvelle , il lui répondit qu'il la tenait d'un 
chevalier flamand , qui lui avait envoyé en 
môme temps un échiquier , dont les pièces 
étaient les plus belles qu'il eût jamais vues. 
La curiosité du commandant, grand ama- 
teur du jeu d'échecs, fut éveillée, et Guil- 
laume de Granville , comme pour la satis- 
faire lui. proposa d'envoyer chercher l'écM- 
quier et lés pièces s'il voulait faire une partie 



(l556) HlâtOIRË DE FRANCG. 

d'échec avec lui. On ne tarda pai3 à' les 

porter, et le commandant fut a^sez hnp 
dent pour admettre le chevalier dans le ciAr- 
■ teau. Celui-ci portait secrètement une cotte 
de maillée , et il tenait en main une petite 
hache d^armes. Ain&i , tout en paraissant 
tout occupé de son jeu, il était prêt à 'saisir 
la première occasion qui se pnésenteraît. 
Pendant ce temps , son valet courut avertir 
les hourgeois de la ville qui étaient entrés 
dans ce complot, de se tenir prètràfagit; 
Pendant le cours de la pai'tië, (ïuiHauliie- 
de Granville saisit v^ moment favorable ; 
fendit'la t^ du commandant d'ùn'*cotJ[i de 
hache ^ et sonna d'un cortJU'il avait ap^ 
porté à dMsein. A ce signslytes'btitii^ieois 
accoumrentà son-8ecouM/elletro(rrè>fentj 
le corps du commandant eÀtre Ifes- jaoibéitj 
défendant la poïte qu'il atàit oéSupëecdùi 
tre quelques- soldats dé la ^iiîedti',^ qiii 
avaient pris les aiines à lïi-Mte. UèS'boiir- 
geoisle secondèrent' promptement; et-ïe 
rendirent maîtres d'ÉvWfus ,qtii deVint U 
quartier général de la faction des Anglais > 
ou NavaivHS en Nraroandle. 

Tdle était k nature des «xpkats: ^ 
avaient lien alors dans teué les cta&i Uè 



^Ç^l^^ IPO HISTOmE DE FRA.NCE. (l556) 

f ;* .i>^^i Asi France, et aucun d 2S deux par lis ne sembU 
.' # "^y * avoir eu beaucoup d'égard j>our la bonne foi 
et la loyauté. 

Mais ce qui causa tant de maux à la 
France fut pourtant encore moins ta guerre 
nationale entre les Français et les Anglais , 
que les factions violentes qui existaient 
pai'mi les premiers , et dont le nombre augr 
m£nta à cette époque, ainsi que l'animosité. 
Je vous ai parlé plus d'une fois du carac- 
tère particulier et dangereux de Charles, 
,. . .roî. de Navarre, pour le malheur de la 
.Fran.ce, il arriva que cet homme qui, 
à un^'^auvaise foi insigne, joignait tant 
de q^alités brillantes qui lui donnaient 
de la popularité , s'évada , en ce moment 
de irpuhles , du château de Crêvecoeur , 
QÙ le roi Jean l'avait fait enfermer pour le 
pun^r d(;s/B$ anciennes intrigues.il fut reçu 
avec d^ gf*an4es«4émonstration$ de joie, noa 
seulement à Amiens et dans d'autres villes, 
mais, mêçoe à Paris , où le prévôt des mar- 
diands , Ma^ ccl , devint son principal par- 
tisa9«.. 

Orateur accompli , Charles de Navarre 
harangua publiquement les Parisiens, et^ 
fit beaucoup d'impression sur eux. U sem- 



(l556) HISTOIRE DE FRANCE, lOI 

bla se prononcer pour une république , ou 
plutôt pour une aristocratie , au lieu d'une 
monarchie ; et soutint les prétentions dès 
étals généraux , en opposition à celles que 
le dauphin et d^autres élevaient en faveur 
de la couronne. Ceux qui adhéraient au 
parti de Charles , ou en général à celui des 
états , reçurent le nom de Navarroîs. Ce- 
pendant Philippe de Navarre , quoique 
frère de Charles^ resta dans le camp des 
Anglais ; et jamais on oe put le décider A 
se déclarer pour une république ^ dans la- 
quelle disait-il il ne pourrait jamais y avoir 
ni ordre ^ ni honneur ^ ni stabilité, et où 
Ton ne verrait que des scènes continuelles 
de désordre et de confusion . 

Cependant le dauphin fut dans la néces-^ 
site d'assembler de nouveau les états gélié^ 
raux f afin d'en obtenir le pouvoir d'impo^ 
ser des taxes , et de lever de l'argent pour 
soutenir la guerre* Le prévôt des marchands 
contraria ce prince dans tous ses projets ; 
car, comme le roi de Navarre, son patron, 
il avait conçu une haine personnelle contre 
le dauphin , qui , en quelque sorte, avait 
été autrefois un Navarrois , avant que les 
remontrances de son père, le roi Jean, 



iOa Bl&TOUtP DE F«AX«C«. (l356) 

Vw^sent détarmioié à abjur<^ oea opinicms 
daogt^ireU$Q9f fw miit» de o^te défection ^ 
le;ldaM{^ûi était daVQim l'objist de la hatJM 
9)orteU6 de Charles de Navarre et de ses 
parti^tos. Lie prévôt Marcel^ ea particulier^ 
1^ cootrariaoU dans toutes se& mesures , et 
il/ordonna à la populace , dont la plua 
grande, partie lut était déTOuée 9 de porter 
dns chaperons bleus ^ en ai^e d'adhésion 
à son parti. ]La moindi^ offense faite à un 
de ces bourgeois armés était un appel aux 
armes pour toute la ffiction , et il ddvint 
absolumaot impossible do maintenir le bon 
Ordre diin$ la capitale^ encore plus de faire 
aucun effort, en. levant de rai:|g;eiitt ou autre* 
ment^ en faveur du roi, qui était toujours 
pvi^onnicr en Augletei^e. Le dauphin cher- 
cha à temporiser , et s'efforça , par tous le^ 
mp^eûsqui étaient en son pouvoir, de.foiw 
9)er up: parti au roi , en opposition à eeliii 
d^ Charlea de Navarre. U y avait à peu pvès 
i^éus^i > quand un accident plongea les af- 
faires publiques dans une eon&ision inea»^ 
tricjable. 

U© citoyen de la classe inférieure, nom-^ 
mé Ai^cé , av^ait assassiné Jean Baillet', tr^ 
^orier dé France^ et s'était réfugié dans une 



(l556} HISTOIRE D]E; FHANQE. Io3 

égUse voisine. Le Dauphin envoya deux 
mapéchaux , l'un de Franpe , l'autre de 
Champagne, avec ordre d'arcèterle coupable 
et de le faire exécuter sur-le-champ. L'ar- 
chevêque de Paris se récria contre cet acte 
indispensable de justice qui était^ suivant 
lui , une violation du sanctuaire de l'église, 
et le prévôt des marchands ^^ appelant ses 
partisans dans Içs rues^ marcha avec toute 
la popu lace de Paris vers le logement duDau- 
phin, dans ce qu'on appelait alors le palais de 
justice* Se présentant sans respect et avec 
fiareiK* devant ce prince ^ Marcel s'empara 
de la personne de deux maréchaux , et les 
mit à mort, si prés de Charles, qu'il fut 
couvert de leur sang. « Comment „ mes- 
sieurs ! s'écria le Dauphia,^ craignant quel; 
que aclQ. de violence contre lui-même ,.' 
voudriez vous répandre le sang royal de 
France ? >> Marcel lui s^pondit négative- 
ment; et pour preuve de â^ bonnes inten- 
tions y il lui arracha brusquement le ch^ 
peau ou chaperon bi^odé que le prince avait 
sur sa téte^ et lui mit en place son chaperon 
bleu , qui était le symbole 4e la faction des 
Navarrois.Pouf qper^ «e manquât à soa 
ÎAsdknce ji il portf. ijui-méme^. pendant le. 



I04 HISTOIRE DE FRANCE. (l556) 

reste de cette journée, le chaperon du prin- 
ce y qui était couleur de rose fanée. Les 
corps des maréchaux assassinés furent 
traînés dans les rues, et le roi de Navarre, 
qui avait évité de se trouver dans la capi- 
tale pendant cette émeute , chercha à pro- 
fiter de cet incident pour l'exécution de ses 
plans , en y cherchant un prétexte pour les 
demandes les plus extravagantes. Cepen- 
dant le Dauphin fut reconnu comme régent 
par les états-généraux , à qui le Navarrois 

s 

avait proposé de détrôner le roi , et de pri- 
ver le Dauphin de tout pouvoir. A Tabri 
d*un nom qui lui donnait du moins une 
ombre d'autorité , ce prince s'éloigna de la 
capitale et de ses habitans factieux , et se 
i^endit successivement en Picardie et en 
Champagne. Il y assembla les États de ces 
provinces, et y trouva des sujets obéissans 
(jui lui accordèrent les secours.qu'ils pou- 
vaient lui fournir. Une discorde intérieure 
ébranla ainsi toute la France jusque dans 
son centre , et les désastres de ce pays ne 
semblaient plus pouvoir s'accroître, quaùd 
deux circonstances , toutes deux d'un ca- 
Vactère le plus alarmant, portèrent la mi- 
sère générale à un point qui était encore 









(l556) mSTOIRE DE FRANCE, Io5 

incocnu jusqu'alors , et qui fit même pres- 
que oublier au peuple tous les maux qu'on 
avait soufferts auparavant. 

Nous avons déjà parlé de ces bandes de 
troupes mercenaires qui ne reconnaissaient 
ni officiers , ^^ni chefs , que ceux qui leur 
promettaient de leur procurer le plus d'oc- 
casions de pillage. Ces soldats^ ou du moins 
leurs chefs , étaient en général Anglais ; et 
quoiqu'ils ne s'inquiétassent guère deprin^. 
cipes politiques, la plupart étaient attachés 
au parti des Navarrois , conime à celui qui 
leur assurait l'avantage de piller avec plus 
de liberté. A Taide de ces compagnies, 
comme on les appelait, Charles de Navarre 
se proposa de réaliser son rêve d'une répu- 
blique, ou plutôt d'une espèce d'oligar- 
chie , dans laquelle il avait sans doute in- 
tention de jouer le principal rôle. Dans ce 
dessein , il enrôla dans sa faction un aussi 
grand nombre quHl le pût de chefs de ces 
compagnies , et il se disposa à s'en servir 
pour dévaster le royaume de France. 

De son côté , le Dauphin déployait son 
activité pour chercher à réduire le royaume 
à la soumission ; et , comme nous alloixs le 
voir, une seconde calamité lidn moins 



io6 HifixoiRE B« fran4;;b« (i35^) 

grande 9 non moins accablante , une iwuc- 
SQQtien de paysans y lui fournit par ses ré-* 
sultats les moyens d'augmentcar et de forti- 
fier rannëe (pi'il afinembkut. Cette guerre 
des paysans fui appelée la Jacquerie ^ parce 
que la noblesse donnait aux insurgés le nom 
méjurisant d^ Jacques Bonhomme-* Ce fut 
la fléau le plus terrible qui. eût enfiore ra- 
Tagé la France. U est impossible d'en c(m- 
caToir les horreurs ^ et il serait dégoûtant 
de chercher à les décrire* Il fut. la suite d0& 
actes nombreux d'oppression^ de mépris» 
et d'injustice y dont les paysans ou. les cul- 
tivateurs du sol avaientdepuis si lûng4emp$ 
à accuser la noblesse. Les nobles ne voyaîwt 
dans les paysans que desiétres df une nature 
inférieure à la leur, dont ils croyaient quer 
les biens et la personne étaient égsilement 
à leur disposition. Par suite de la captivilé 
^ roi ^ et. de la cpnfuaioa générale q^i Eé« 
gnait dans tout le royaume», le 'peu.dii pra<* 
tsetion qjcie la . couronne avait accKNRdé aux 
classes suballei-nes leur avait été retiré. 
Dans cea jours de désolation^ chaque noUe, 
chaque chevalier devenait un tyran féodal 
absolu dans les donobaines qui luiappar^-^ 
naient, et l'ivresfieqiîie pnoduit la j^uissaiice 



du poavoir arbitraire poctaic 1% plupart 
4'eQtre eux à mer dfi$poliiKpi«mientde kurs 
pdvil4ge8^ et à &ijro éar. leurs /«asaaux les 
Tictiflûbes d'une oppmssimL atn» boones. Les 
tff^ts de ee pouvoir absoki aBienértot ka 
abus les {dua^r^volians, etpoussèieiit eu&i 
au désespoir lefl^paysans, cpii, tandis qu'as 
manquaient eiui-mâmea est .moyens de sub» 
sistantee^ Toyaienttlsnrs se^aeiti» sa Ums 
iB^rudenusient à tous les excès du luxe^ 
Après avoir yu s'ac»;»*ottre prognessivement 
les maux de leur |iays , les paysans devin^ 
renl désespérés ; el saisissant leurs armes' 
rustique , d» foorohes^ di^ £eiux, des 
tuieiUes et des; batoas^ ils)sa souleT^^f^ent 
«▼ee fureur^ forméranftdês^w^s MArtureus^ 
et résolurent d'aftâaatlir. tmte tab aoblasae^dii 
royaume. 

Cette insurrection eut lieu dans plusieurs 
pDOvinoos , et comme «elft suniver ordinai- 
rement dteiQS une jguerre? de ceUe espèce^ 
où. des bommes. ignodpsma et opprimés bii-^ 
sent tout*->à-coup leurs fers^ ^ se livrent à 
tous, les excès que l'esprit de licence ek de 
vengeance pev^ kur insfiûmR ; Us brulèrcsit 
oadémolbreni les m«i66iis»deft . nobles » prir 
refit d'assaut leurs châteaux / outragèrent 



I08 HISTOIRE DE FRANGE. (l556) 

leurs femmes et leurs filles , leur firent su« 
bir à eux-mêmes une mort lente et cruelle; 
en un mot ^ se conduisirent comme des 
chiens d'attadie déchaînés subitement ^ et 
dénués de raison comme d'humanité. On 
cite une circonstance ^ et ce ûe fut pas la 
seule ^ où cette populace féroce fit rôtir tout 
vivant un noble dont elle avait pris le châ- 
teau ^ et força sa femme et ses enfans à 
manger de sa chair. Nous jetterons un voile 
sur ces horreurs^ et nous nous bornerons 
à remarquer qu'un double fléau résulte de 
Tesclavage et de l'oppression ; c'est que les • 
victimes qu'ils ont faite^s^ quand elles ont 
réussi à en secouer le joug, sont pendant 
un certain temps incapables de raisonner 
comme des êtres appartenant à la race hu«- 
maine. 

Les horreurs de cette guerre domestique 
produisirent pourtant u^ bon effet. Elles 
déterminèrent chacun à se réunir pour 
mettre un terme à des maux si violens. La 
noblesse , dont la seule profession était 
les armes, se rassembla pour se défendre 
mutuellement , et les armes qu'elle portait 
la mirent bientôt en état de soumettre tles 



(l556) HISTOIRE ©E FRANCE* .IO9 

paysans furieux , quoique en nombre inii-- 
niment supérieur. 

Froissard.cite un fait qui n'est pas sans 
intérêt. La duehesse de Normandie ^ la du^ 
chasse d'Orléans > et près de trois cents^au- 
très diunes et 4^moiselles de qualité y avec 
de leunes «nfans , s'étaient Téfqgiées dans 
la ville de Meaux , où elles espéraient pou^ 
voir être défendues contre les fureurs de la 
Jacquerie. Elles y furent assi^ées par neuf 
à dix mille révoltés^ et il ne devint bientôt 
que trop évident que la canaille de la ville 
se déclarerait pour les paysans ^.et les y re- 
cevrait sans opposition. Le comte de Foix 
et le captai de Bûche vinrent à passer prés 
de la ville où ces dames étaient assiégées 
par ces furieux^ et ils apprirent de quels 
dangers les menaçaient les barbares qui les 
entouraient. Ces deux chevaliers ne profes- 
saient pas les mêmes principes politiques. 
Le comte était Français , tant de naissance 
que par ses opinions ; le captai de Bûche , 
ainsi nommé d'après un district en Gas^ 
cogne dont il était gouverneur^ s'était disr- 
tingué par sa valeur au service d'Êdouarjd 
III ; et c'était lui qui avait conujBiandé l'em* 
buscade qui avait si bien réussi à la bataille 



iio aiSTomï: vs miAvree^ (t^€^ 

de Poitiers. Suns songer à Icfur diffito'eticë 
d'opinion, ils furent également disposés à 
agir en dignes «chevaliers, el à risquer 
leur vie pour saniver tant de nobles dameis 
qu'une populace fttrieuse destinait à la mort 
et à l'infamie. Us avaient^ avec eux Une 
soixantaiI|^de lances , ce qui, avec la suite 
respective de chacun, pouvait probable^ 
ment former une troupe de trois à quatre 
cents hommes. 

A la tète de cette force très-inférieure , 
le comte de Foix et le captai de Bûche mar- 
chèrent droit à Meaux* Les habitans avaient 
déjà reçu les paysans dans les rues et sur 
la place dn marché ; mais les dames étaient 
encore protégées dans la citadelle, ou quar*- 
ti«r fortifié de U ville. Les deux vaillans 
chevaliers arrivèrent à temps pour les em- 
pêcher de tomber entre les mains de leurs 
ennemis furieux. Ils baissèrent la pointe de 
leurs lances, et se précipitèrent dans la 
place du marché , qui était remplie d'une 
canaille en désordre , hors d'état de résis- 
ter à une attaque si sérieuse^ Les paysans 
forent chassés dis la ville à la pointe de là 
lance , et poursuivis jusqu'à plusieurs miil^ 
les. Les historiens assurent que sept mille 



(l5S6) «ÎSÎOIKE OE FRANCE. Ili 

d'«ntre eux furent tués, ce qui n'est pas 
impossible, puisque leurs adversaires étaient 
couverts d'armures qui les rendaient pres- 
que invulnérables , et qu'ils n'avaient eux- 
mêmes aucune arme défensive. Les cheva- 
liers revinrent à Meaux en triomphe, et ils 
brûlèrent une partie de cette ville pour pi;b- 
nir les habitans d'y avoir laissé entrer les 
paysans. Les guerriers , qui , quoique en- 
nemis personnels , avaient agi avec tant de 
noblesse pour secourir des femmes en dan- 
ger, furent comblés d'éloges , et leur exem- 
ple fut généraljement imité. D'autres com- 
bats semblables à celui de Meaux eurent 
lieu dans différentes parties de la France ^ 
et la Jacquerie , dont les horreurs avaient 
été si terribles , fut enfin réprimée. 

Gomme nous Tavons déjàolit , la terreur 
inspirée par cette insurrection des paysans 
obligea les nobles à se réunir, et elle les 
rendit aussi plus dociles aux ordres de leurs 
chefs naturels. Chi peut croire que leur 
.campagne fut sanglante , car ils ne faisaient 
aucun quartier, et ils faisaient pendît à ' 
Farbre le plus Voisin les in^rgés qui itoin- 
baient entre leurs mains. Le t*emède était 
violent > mais il fut efficace , et cette ré- 






- • -'♦.-'-- 



11^ HISTOIRE DE FRANCE. (l356} 

bcllîon fut enfin étouffée dans le sang des 
malheureux paysans. Le régent ou dau^ 
phin fut ainsi en éât de se mettre à la tête 
d'une armée de trente mille hommes , qui 
avait été levée pour réprimer la Jacquerie , 
mais avec laquelle il saisit bientôt l'occar- 
sion de faire le blocus de la capitale rebel- 
le^ dont il désirait vivement se rendre mai- 
tre. Il espérait d'autant plus y réussir qu'il 
avait aussi dans rintérieiir de Paris un parti 
qui lui était secrètement attaché, quoiqu'il 
ne fût pas assez fort pour s'opposer ouver- 
tement à la faction dont le prévôt des mar- 
chands était le çhef« 

D'une autre part, le roi de Navarre con- 
duisit vers Paris un corps nombreux, com- 
posé de ces bandes ou compagnies dont nous 
avons déjà parlé, et établit son camp à 
St.-Denis, afin d'être à portée de saisir 
toutes les occasions qui pourraient se pré- 
senter pour soutenir le prévôt Marcel , et 
les Parisiens qui tenaient à la faction des 
Navarrois. Cependant le prévôt se convain- 
quit que les choses ne pouvaient rester long- 
temps dans cet état.d'incertitude , et il ré- 
solut de recevoir dans la ville le roi de Na- 
varre et ses forces , afin de pouvoir contir- 



(l356) HISTOIRE DE FRAINCE. Il5 

nuer à résister au Dauphin ; car il com- 
mençait à sentir que son influenoe seule ne 
suffirait pas pour lutter contre lui. Il com- 
muniqua donc aux chefs campés à St.-De^ 
nis le plan qu'il avait formé , et les avertit 
de s'approcher des portes de St.-Antoine et 
de St.-Honorë, la nuit suivante, à minuit, 
avec un corps de troupes d'élite qu'il se 
proposait d'introduire dans la capitale. 

Il arriva pourtant que deux citoyens ^ 
chefs du parti opjîosé , c'est-à-dire de celui 
du régent , nommés Jean et Simon Mail-: 
lard, ayant quelque soupçon de ce qui se 
tramait, surprirent le prévôt vers minuit 
près de la porte de St-Antoiae , ayant en 
mains les clefs de la ville. Ils l'accusèrent 
sur-le-champ de trahison, et le tuèrent sur 
la place. Ainsi périt Marcel, et cette entre- 
prise déloyale jeta son parti dans un tel 
discrédit qu'il ne se releva plus. L'effet im- 
médiat de ce changement fut que , d'une 
part , le Dauphin entra en triomphe à Pa- 
ris , et que, de l'autre^ le roi de Navarre 
déclara formellement la euerre ii tout le 
royaume de France. 

Il mit ses menaces à ex^utipu,^^ VM^Q 
des compagnies, qui, comme jjoii^ l'a vcjijs 
nu . . 5 * . - 



Il4 HISTOIRE DE FRANCE. (ï556} 

déjà dit, étaient en possession cTun grand 
nombre de places fortes dans différentes 
parties de la France. De là , elles faisaient 
des sorties inattendlies , et entreprenaient 
de longues marches , pendant lesquelles 
elles prenaient des chiteauxqui se croyaient 
en pleine sûreté , et pillaient des villages 
sans défense y qui ne pensaient avoir aucun 
danger à craindre. Les prisonniers que fai- 
saient ces aventuriers dans leurs expédi- 
tions étaient forcés de leur payer une forte 
rançon , et ceux qui ne pouvaient ou ne 
voulaient pas satîsfârre leur cupidité étaient 
mis à mort sans mei^ci. 

La providence n*àvàit pourtant pas ett-* 
tîèrement abandonné la France , et ce fut 
du sein même de la confusion et du désor- 
dre le plus complet que la sagesse divine fit 
jaillir pour elle des moyens de salut. Oh re- 
marqua que les chefs anglais commencèrent 
à perdre graduellement de cette supériorité 
marquée qui avait signalé lents armes. 

Eustache tfAmbreticour , un des plus 
braves d'es chefà des compagnies franches 
au service de l'Angleterre, avait au moins 
dùuië lionnes forteresses sous ses^ ordres 
dàiife' difetert?htes parties da payé , et il pou- 



(l356) HISTOIRE 0fi VHANOB. Iï5 

vail^ disposer de plus dfi^ sept ^tits combat-' 
tans. Il fui poitrtant défait (&t fài« ptisonr 
nier.^ prineipalemeût à fàidb du chef d'une 
compagnie franche^ eomnie la sienne^ nom- 
mé Brôqnart. de Fenesir^miges^ qui, en cette 
oGCa»oii> était à la solde de la France. Le 
Danphî&ob^t aus» en d'autres endroits 
des' succès partiels y cfàipeu à peâ rendirent 
le comage au parti fhmçais. 

Ce* genre db guerre caffiiait pourtant én-^ 
core beaucoup de souffiranees*, comme le 
prou.¥e une expédition entreprise par uâ: 
antre' cbst célèbre de compagnie franche , 
nommé sîr Bobert KooUes. C'était un An-^ 
g^ais de basse naissance et peu estimé ; mais 
il se distingua par ses talens militaires 
comme chef d'une compagnie franche. Il 
partit ds Bretagne, et aranca vers la Loire^ 
dans le dessein avoué* de marcher sur Avi- 
gaou;, où le pape résidait al(MrS| et de forcer 
W Saint'^Père, et ses cardinaux a lui payer 
une for<B ramcon. La' présence d'une nom- 
breuse aisDiée française l'obligea à changer 
d'intention» Il lui offrit la batifll^; les 
Francatsi la refusèrent ; et quand ils cru- 
rent l-ajroir enl(»iré , il sut leur échapper. 
Sir Robert JCnoItes:^ dans^ cette expédilîeîn » 



/ 



Il6 HISTOIRE DE FRANCE. (l556) 

et dans plusieurs autres excursions de pil- 
lage i acquit une iorlune de comte y et plu- 
sieurs territoires dont il fit la cession au 
roi Edouard , sans autre condition qu'une 
amnistie pleine et entière. Nous finirons le 
récit des évènemens de ce genre par Tob* 
servation générale que l'existence de ces 
compagnies indép€|ndantes d'aventurier» 
continua encore longrtemps à être un des 
fléaux les plus cruels de ce siècle. Cepen- 
dant le rétablissement de la paix entre les 
deux nations n'avançait pas y quoique la 
continuation de la guerre fût si nuisible à 
la France, et si peu utile à l'Angleterre. 

L'infortuné roi Jean ^ dont nous avons 
eu depuis, quelque temps peu d'occasions 
de parler, parait , après sa défaite à Poitiers 
et sa captivité , avoir été presque oublié de 
ses sujets , quoique le devoir des vassaux 
de payer la rançon de leur seigneur suze- 
rain , quand il était prisonnier, fût une des 
obligations les plus sacrées de la chevalerie. 
Se trouvant abandonné à ses propres ef- 
forts , il chercha à -terminer ses différens 
avec Edouard. Par un traité qu'il conclut 
avec ce prince , il s'obligea à lui céder la 
Gascogne, F Aquitaine, Calais, et d'autres 



(l556) HISTOIRE DE FRANCE. Il 7 

fiefe pour^ par Edouard et ses îuccesseurs , 
e& jouir sans avoir à en rendre hommage à 
la couronne dé France , et sans être tenu 
envers^elle à aucuns devoirs féodaux. Le 
roi de France promettait en outre quatre 
millions de couronnes d-'or pour sa rançon 
et celle des autres prisonniers faits a Poi- 
tiers. De son côté , le roi d'Angleterre con- 
sentait à renoncer à toute prétention au titre 
de roi de France ; et à tous ses droits sur la 
Normandie et sur les autres provinces qui 
ne lui étaient pas expressément abandon- 
nées par ce traité» 

Telles étaient les conditions auxquelles 
le roi Jean aurait été satisfait de terminer 
la guerre et de recouvrer sa liberté. Le roi 
Edouard les accepta comme contenant tout 
ce qu'il pouvait s'attendre à gagner par les 
événemens de la guerre , car il devait avoir 
perdu tout espoir de conquérir la France. 
Mais le consentement des états-généraux 
était indispensable polir la validité de ce 
traité ; et ce «orps puissant, représentant 
la nation française, refusa positivement de 
sanctionner un arrangem.'^at par lequel on 
abandonnait à rÂngldterre une si grande 
portion du royaume de France. Il en ré- 



sidta qu'on- recomaittiçt de purt eticb'aua^ 
les préparatifs de guerre avec beaiieeiq> 
d'animoeilé. Le roi Edouard assembla, une* 
armée qui ne se montait pas à moins^ de 
cent mille hommes. Une trêve qui airiosis- 
tait ne devait expirer qu'au miUed derFëté 
de 1 559^ de sorte que la moisson était près*- 
que fink quand Êiouard III arriva a Calais 
avec ces troupes nombreuses. 

Cependant la nouvelle qu'Edouard allait: 
recommencer la guerse avec des vues de 
conquête absolue n'eut pas peu d^nfluenoe 
sur le parti des Navarrois^ etmèmesurChan- 
les de Navarre; Il sentit toutrànsoup que , 
si Edouard obtenait dessucoès, iltrouve^ 
rait en la personne du roi d'Angleterre un 
compétiteur plus formidable que ne l'avait 
été pour lui le r^nt légitime du royaume. 
A la surprisegénéraie> il abjura donclout«4<- 
coup, du moins pour un certain tomps, les 
principes d'insubordination et de révoltequi 
avaient dirigé sa conduite, à l'égard dudauh 
pbin f et fit la paix avec ce prince è dbs 
conditions trés^raisoomablea* Philippe, iirère 
du roi de Navaire , continua » restedr* atta^ 
chd au parti d« rAi^;leteere f et ildil qu'il 
fallait que souiirtoi fiil sous Irinfluenoe de 



V 



(l56o) HfôTC»R£ 9S VRANOB. II9 

la soi^eeUerie pour airoir faiît la paix mal à 
propos. Daii9 le ùàty adopter des vues mo<^ 
dérées ou pacifiques^ c'était pour Charles 
sortir de son caractère. 

Cependant Edouard III se mit en cam- 
pagne ^ et traversant avec le plus grand or- 
dre les provinces d'Artois et de Picardie ^ il 
fit le siège de la ville de Rheims^ et l'on 
répandit le bruit qu'il avait dessein de s'y 
foire couronner, suivait l'ancienne cou- 
tume des rois de France. Mais cette ville 
fut vaillamment défendue. L'archevêque en- 
couragea les habitans à la résistance , et 
plusieurs seigneurs se trouvaient dans la 
place avec leur suite. Pendant ce siège qui 
dura trois mois , le roi de Navarre eut un 
rietour de perversité politiqyue^ et sur quel- 
que léger prétea^te ,, il fit de nouveau la 
guerre au dauphin; mais si Edouard retira 
quelque avantage de la versatilité de ce 
prince, il le perdît par la rébellion des 
flamands que les intrigues de la France 
portèrent à épouser de nouveau les intérêts 
de ce pays. 

En i56b^ Edouard se trouva obligé de 
lever lé ^^ge de^Rbeims^ et il fit marcher 



I20 HISTOIRB DE FRANCS. (l56o) 

son armée vers la capitale de la France , 
— espèce d'insulte ou de menace à laquelle 
les anglais eurent recours plusieurs fois 
pendant ces guerres^ et qui ne produisit 
que peu d'effet. Le dauphin , régent du 
royaume , occupa la capitale à la tète d'une 
armée nombreuse ; mais ce prince ne vou- 
lait pas confier le destin du pays au résul- 
tat incertain d'une bataille , qui aurait pu 
se terminer comme celles de Gréci et de Poi- 
tiers , et de son côté , le roi d'Angleterre 
était trop prudent pour essayer de prendre 
d'assaut une grande ville défendue par une 
armée formidable. Edouard jugea donc à 
propos de se retirer vers la Bretagne, pour 
recruter ses forces , tandis que le régent et 
son conseil , profondément affectés de la 
scène de désolation que la France présentait 
âe toutes parts , se virent dans la nécessité 
de se soumettiVî à demander la paix , même 
à des conditions désavantageuses. Il répu- 
gnait encore au roi d'Angleterre de renon- 
cer à ses hautes prétentions à la couronne 
de France ; et l'on dit qu'un violent orage, 
qu'il interpréta comme un signe du cour- 
iXHix céleste contre les princes qui prolon- 
geraient la guerre , fut ce qui l'emporta sur 



(l56o} HISTOIRE DE FRANCE. 121 

son obstination ^ et' k détermina à consent- 
tir à la paix. 

Mais dans le fait . les succès d'Edouard 
avaient été achetés à un prix que la richesse 
même de l'Angleterre ne pouvait payer , et 
indépendamment de répuisemenA de ses fi- 
nances , les événemens de la dernière camr 
pagne lui avaient appris ce qu'il pommait 
faire et ce qui lui était impossible. Il pour 
vait traverser la France sans opposition ., 
mais ce. n'était pas la soumettre a" sa domi<- 
nation ,, et une seule ville , comme Kheims , 
si elle était déterminée à lui résister , suffi*- 
sait pour arrêter ses prc^pès. Le résultai de 
ses guerres en Ecosse pouvait aussi ayoir 
démontré à ce. prince guerrier que c'est 
tout autre chose que de eouvrir un pays de 
ses troupes , ou de le subjuguer. La facilité 
avec laquelle une nation pauvretet peu nomr 
breuse avait rétabli sour iixd6pendan<HS , 
pouvait lui faire sentie l'impoésibiltlé de 
réduire la Fj^nce, bien plus riche, bien 
plus populeuse que l'Ecosse y si , comine cè 
damier pays^ elle était détermitiée à défen- 
dre sa liberté j et le fA^e 4e Rhe»tti» proii- 
v«k qu'elle eu avait forfe la résdlutiotiv, J^e 
ednquérant crut donc qu'il «|ail} de la pru- 
nu 6 



122 HEftTOiRE DE TRAirC3B* . (l36o) 

denee de s'a«iirer* la péaBesskm soli^ d'mie 
seule province plutôt que de pToAoog^ là 
guerre dans le vm espoir que fmlqué vic- 
toire wbséqiisale ferait plua poAir lui que 

tt;Ues de Créci et de Poitiers. 

■ 

Édoaasd , au- lîeu de persiiler dans celte 
tentative pour conqoérir tout le royaume 
de Frapèe ^ réeokil dcmc de se ectt tenter , 
pour le moment ^ de posséder la Gaseogae, 
portion de ce pays qui lui fut cédée en taute 
souveraineté. Calais lui ouvrant Feutrée de 
la France y il n'en serait pas moias 'pNlià 
profiter des occasions qui pourramM: s'oftrir 
pe^ y faire d'atUj^es conquêtes. 

Pour assurer d'autant mieuK sa domina* 
lion en Gascogne, le roi d'Angleterre exigea 
cette |>tovitoce en principauté, et il y nomnaa 
le pritice Noir poi»r son lieisrtenant eC son 
représentant ,sacba»t , d'après la valeur et 
la sagesse dtot son fils avak dimné tant et 
preuves', qii'tt ne pouvait ?5iîeûx pourvoir 
an geuvertiem^t et à la sà^té de cette 
' partie^ *& se» domaines. ,' 

r Les ôoiidilïoiïs delAÎx furent népessaire^ 
m€h\ fa^brAles» à ^^Angleter^e^, à l^pielle 
le roi^ de^ ^M&Oi^ abipdoiinait an teisHè y»jh 
v^tiftëtè tee^ovftiee 'de Gaflco^eâiDfctdii- 



(l36o) HISTOIBB Mt FRANCE. laS 

verses aidres dépendaoces de FÂ({uitaine ; et 
dans le nota de là Franoe^, la viUe de Ca- 
lais et le oomié de Gaines. De son côté , 
Edouard renonça au titre de roi de France 
et à toults prétenitions sur la Normandie , 
la Toiiraii^ , l'Anjou' et le Maine. 

24 oot€4)re i'36o. Ges (conditions formè- 
rent la base ds la paix de Bretigny , et elles 
furent lvès*^réables aux sujets des deux 
couronnes , quoi^'elles ne le fussent pas 
au méwee degré , sous plus d'un rapport j 
aux deux monarques: Des difficultés s'éle- 
vèrait relatiTemràit à la reddition de cer- 
taines parties de territoire et de quelques 
châteaux dont la cession aTâk été faite aux 
Ai^fbis* Les seigneurs , pleins de grandeur 
d'ame , qui occupaient ces fiefs j ne com- 
prenaient paiS qu\)n pût Ids transférer comme 
un troupeau de moutdns ^ de la suzeraineté 
d'un souveiain à celle d*un autre. Plusieurs 
dievaliers gascons refésèrent de devenir 
vassaux de F Angleterre , après l'avoir été de 
la Franc^. La France , «Usaient-ils , pouvait 
renoncer à leur foi et honamago, mais elle 
n'avait pas le ^rbit de si]Aslituer en sa place 
uli solivéndn étratiger* Ges difficultés sus- 
pendirent les «ivànti^eei qu^on attendait de 



124 HISTOIRE DB FAÂNC£. (l36o) 

la paix. Le$ ducs d'Anjou et de Berri , ainsi 
que les ducs d'Orléans e( de Bociirbon restè- 
rent en Angleterre comme otages pour ga- 
rantie du paiement de la somme stipulée 
pour la rançon des pristmniers faits à Foi- 
tiers. Ces princes obtinrent , à leur sollici- 
tation^ la permission.de passer à Galais y 
sous prétexte qu'ils pourraient foumsr les^ 
moyens de décider les points contestés du 
traité. Mais au lieu d'agir ainsi/ le due 
d'Anjou abusa de cette indulgence, et saisit 
une occasion pour passer en France. 

Le roi Jean avait été remis en liberté aus-^ 
sitôtqu'il était entréen accommodement avec 
Edouard , et il était retourné en France ; 
mais il fut profondément blessé de la con- 
duite de son fils , qu'il regardait comme dé- 
shonorante , et il prit la résolution géné- 
reuse de donner aux anglais ipie pleine ga- 
rantie pour le paiement de la iwçoii , en 
remettant une seconde fois sa propre per- 
sonne entre leurs mains. 11 r^iondit avec 
fermeté à ceux , de ses conseillers qui vou- 
laient le détourner d'une telle démard^e » 
c( que si la bonne foi et la loyauté éltimt 
bannies du reste du moilde ^ elles devaient 
se retrouver dans le cœur des rois* » 



(l564) HISTOIRE DE FRANCE. 125 

Ces gën<^reux sentimens , exprimés avec 
tant de noblesse , semble prouTer que le roi 
Jean méritait une meilleure fortune que 
celle qui l'avait suivie pendant toute sa rie, 
et qui l'accompagna alors au tombeau. Peu 
de temps àprês son retour en Angleterre , 
il fut attaqué d'une maladie , dont il mou- 
rut dans le palais de Savoie. 8 avril i564. 
Son fils Charles , qui s'était trouvé dans des 
circonstances si difficiles , comme régent , 
moûta alors sur le trône avec le titre dé roi. 
Il apportait à ce rang éminent toute l'ex-* 
périence que des années d'infortunes l'a- 
vaient mis à portée d'acquérir , et qui lui 
a valu^ dans les annales de la monarchie 
Française , le surnom bien mérité de Saffe: 



**i^ 



. f * I ; • 



CilArïQ^E V: 



Qvim 1R ^irotrUAiron. -^ bataills ob cogbscbl, -lI cubmèb 

im MWÊtMWB «tTU . CM FÀ»T»AI«I M iM 'MSUttOMt BT AB 

OB BlOfS. -^BATAIfl'B d'aOBAY. — BHBAft^Af FIH A1ICVB6 •■ 
CHABLB8 V. — LOIS SOMPTCAIBIS. — > COMPAGNIIB FBAHCHB8. 
-^ VLiH mtkSs'ABUS lÔim Blfi B^RtnDYBk m l^VtfHim. ^^ LMB 
ettkv 00 OVBtfQUlf MAMfllB «VB AVMUOà» «T.»» «VB «MT- 

.ÇON DU PAPB. IL PBBNO FABT A ORB GOBftBB OOIffBB DOR 

"pftDBB HB <?BVBL, BOI DB CA8tfLLB,'BT LU C^ASfiB OB SON 
AOTABUB. -«^ «Ofl ràoOB BfHttCltB l.*Ad»t 09.:tttÉrttM01«» 
QOI BB Bt:EJkBLlV DAHS BON AOTAlUfB. — OV QDBMIilM BfT FAIT 
PBISOZfHIBB , BT SA BAHÇOH B8T PAYIÎB. — TAXB JIOJIIfiK 
fOUAG^, HIPOMB B^ ^AfCOcMo W^ tB» mtOttÎM^B» »AB ÉB 
VtHf€B-II0I4 » PO«m PAVÉk LBB FMIS OB 9«m BUtoltlOX SK 
4:AfTII.LB. — MÉCOlfTBHTBMBVT QO'blLB OCOiSlOXlIB. 



Chdi46^ y , cinquante '«t»imième rei ^Se 
France , prit les rênes du gouvernement 
dans un moment où les affaires étaient dans 
ht plus grande confusion. La querelle con- 
cernant la Bretagne , n'était pas encore ter- 
minée , et la Normandie continuait à être 
troublée par les factions des Navarrois ^t 
des Français. Le dernier de ces partis avait 
presque exclusivement pour chef un vail- 
lant chevalier Breton, nommé du Guesclin, 
dont le courage rendit de grands services à la 
France sous ce règne. Les Navarrois, de 



(l964) HISTOIRE DE FRASCB. 127 

k»r4)ôCé, Hélaient eanmaiidéB p« le Captai 
de Badm , doDt il a déjà été payrlépkmeuri» 
Ibis, Gesdewi kërosse Uw£b*^tttj|[ie bstxâkf 
|Hréi de Codierel en NonDdtïdîe, et y» lié» 
ployéroiU Tuii et Fautte «istafA de vateinr 
que d'faabilelé. Cette action est {^i%tcutté« 
rettMi^^tée à cause «du mérite dm deux 
diefis > et pafiee que la fiiitatie s'y dëd^Ni 
peur les Fnmçaf s ; car^efMpis la biatai^idé 
Créct , œ ftft la j^i^enaiére ak «ette tt2Rti<m 
fiit vtctwiéii». Les^ Na^atmls furent oomt^ 
jpiètefiieftt défaits^ et kur bfave comaïaii'^ 
danC ^ le Ca^ptal de Bodie , tomba ^titre iee 
maiiis dea vamcpieurs. Le noi Charles le 
reçut avec beaucoup de distinetion , et îft kii 
curait é(mné un «omté , si le prMte Sbir 
eftt permis an Gap^^ l'aco^ter. 

C'était un hem^eox eonmienoeni^t dn* 
r^e du roi Cbarle&^ maïs le re^f» de la 

méda^ se<fiii»itra<eiiSri!iagjQe.€faniles V 
avait tHEive^À rm mîHier die lawces à Câiaries 
de Bkis fiear ibrtiAer ma |Murti dans ee^dul 
dbé , tattdia ^fa^Ééooard y a«ait SaU fiaseer 
kird Cbamèo^ '«r<ec im faffeU nmnèire 4e 
tfo^pes pour miilèâir la Muse du «euMe 
de Mosftfert , fils de Jean defiimtfeiteClêê 
rfa«roMe ^^iétait ilbistaéê pâr4a;^éfehiM 



128 mSTOIRE B£ FilANCB, ()364) 

d^Heoft^KW. Cies eaiieœîs invét^rét, de 
de Blois el de Montfort^ se mnqontréi^nt 
pfèsde la viUeil'Auray.' Des aaiift^ de part 
6l d'auire , s'efforeèreul d'amener ua àrraib» 
gement e&tre ces deux seigneurs , mais ce 
fut inutilement : chacun d'eux était décidé 
è régler, d'après l'évéï^ment de cette jour* 
»ée y leurs prétentions si long-temps con- 
testées. Ils s'aj^ochèrent l'un de l'ioitte 
avec une lenteur et une circonspection qui 
pouvaient donner une idée de la résolution 
que chacun d'eux avait prise de terminer 
par cette bataille leur longue, querelle pour 
la souveraineté de la Bretagne , et de coiBr 
battre jusqu'à . l'extrémité. 

Chandos qui avait le commandement ^i 
chef de l'armée du comte de Montfort, di- 
visa ses forces en trois bataillons y chai^eaat 
sir Hugues Galvèrley, chevalier anglais de 
grand renom ^ du commandement de Tarr 
rîére-garde, ou plutôt du corps de réserve. 
Ce vaillant champion , homme d'un 4x>urage 
distingué, fit des représentations contre cet 
arrangement, M dit qu'il désirait combattre 
au premier rang* Lord Ghand^ lui exj^- 
<|aa,SQn;.Qrdl'e.de bataille.^ l'assura qu'il 
£illait qw ^aL r^rve fut . coa^ttundée par 



( l S64) .HISTOIRE . B£ . FRANCfiv 1 29 

Sir ilugEifë Galverley ou par Juh-méme ^ 
«a lui laissaivt le soin de décider ce quiétai t le 
{das.ocmyeaable. Siw HagiMsneput résister 
k cet acte de politesse et de déférence de la 
pan d'un, chef si distingué , et lui disant 
qu'il était sûr que, lord Chondos ne lui as- 
signerait pas un poste que son honneur ne 
lui permettrait pas d'accepter , il se chai^ea 
de celuî fui lui était destiné. 
. Un p&x avant le jour.^ les deux aimées 
s'approchèrent l'une de l'autre. Les Fran* 
çais s'avancèrent en bon ordre et « en rangs 
si serrés^ dit Froissard ^ que si r<m eût 
jeté ime poBune au milieu du bataillon , elle 
serait tombée sur un heaume qu sur un 
«asque. » Us étaient couverts de grands et 
forts boucliers pour parer. le$ flèches des 
arckers anglais. S'avancent donc vers l^i 
Ardiers ^ sans avoir à souffrir de leurs 
ti;aits^iit|uit que 46 coutume ^ les Français 
les attaquèrent, avec Içs liaches d'armes 
qu'ils avaient préparées pour combattre 
corps à cQrpSt De leur côté les archers soir 
data braves et vigoureux ^ ^ précipitéiieiit 
au milieu de^ Français , jetèr^t bas leurs 
açQ9 , arracbèrènt l4s haches des mains de 
leurs eniieini$ , et le idéfmdirenl^ iaivec un? 



\ 



j50 «STOIftS WE ITRARGtti. (1S64) 

ioMmt rGHiar^able , quoique JMMtte» Les 

teMMfil ;«t^k«idos y une liMsiieà lit fiiain ^ 
éonoa r^xcnoqple à tous les^esuriMitlMM. Sir 
ftigioes CSaverléy d'aoqaitia parfoUenieaf et 
4ft tâche qui im avait élë ootffiée, €^4mi atiie* 
«ant la rëMr¥« danp le moBienft de^cHse le 
fins uvg&ai f il justifia la pradisnea 4edofd 
Ghandos qui loi a[Tak assigné «ft poste si 
i»p0itatift j et décida de la ft>rtUTif de la 
jmmaée. Cbarkis <le Bleis fot taë 9iiiv4e« 
champ de balMiHe^ eH «n adr^uîre , de 
ifea^rt^ hii aocoida deslarmes, plaig&aflt 
gënéremefiMsit le seirt4*im enneH^ TaîHa&t. 
BUrtTanddu Guesdin hiKfiiéoie f «tfait pri« 
Munier , et le parti français se tre^ivant 
privé de ses principaux thëh j lut «is ^en 
ëéroole compléle* 

Cette baitaJHe termttfa en Biretagae dai 
hostfKtés qui avaîe&t doré «anC^ttaëes; 
Bwis Ja faction 4'Ééouard IH , «c^i savait si 
ion g <t g igps sottt^Ëu oiflte <guerpe> en rdtim 
pmd^a^MfMage. lWaitétédë<Hd^parUf>«K 
de #i«t(gffy , que , de upwlq ue naaniâpe -que 
aai»nîdàt 4a querelle Wtre Cherrtei^ deMsm 
«ft^deAf0iilA»*t , kn^S dM\ii|^iitëÎM«e pmii^ 
Mit préitedve^iif'iiiieQii ife4»tt4êlic^ 



\ 



«FAimiy^ k diiolié de fiMiftgiaMs fiit 9i^é 

4ttite p^iâsmt cette actti«mfirite,t le^'surRom 
de Vaillant. Le roi «fla Fraifoe adbnt le 
jeune TaàaqiléHr i lut Dflttidre honMUage:^ 
oomme duc 'de Bretagne:, ei sa libérante 
acecnrda d^<éMHB oon»ddmbieaii ia *^e&y% 
de Ckarles^de BtDis. 

La difficidté de trouver ies worfiârs de 
-pourtour aftccéi^ersesdépiaisesdu royauuie 
Alt UTO source iftconde d^smbarras p<mr 
dttnrles V., ^ le jfevça à -an^dr recours > 
p0ur ie^^pdesifimds y à une meMire- qui ue 
cpoBvak iâtê tféa^Mpojmlaire* de fot de p^ 
TToipier géiiévàlenèiiri Jes^dottatiuM^ue le 
•rvi iui^aiiéttie A ^f»s |iiiëdéQmsëtti% «waiëVt 
Asles taaot aut ^frauda ^wssaux da la eou^ 
^fonue qu'à' lauramjtftsdcmug^âiréi^ëurw 
En s'acquit tant de cette tadbe diffîdie^ 
<]lhailQs^ pai< saccagea» et MGD^éltt^eiice, 
"fit mmt teMéHaai^mafonanr'Sdtiioueta» Siû*- 
Jiffpe&^kHéÊai^f ^VM détemoRua née puia^ 
SMt fa*«ace du aug A ^maim» à tmn « 
^u'il Sentit ^àè 4a fwMir * de wu *pèM ^ da 
aee <feèpea câtd^rMnaïaii^. M#îp^4^é(ma 
H{iir ff squufifi^dsarilit ai«ùr>uiidikaitilâ^lNue 



1 52 H19T01&E : ȣ . FR ANCB. ( 1 364) 

aus. donations que lui avait faites la cou-- 
roniie, il les mettait à la dispositioa d» 
m Mm neveu , du moment que les besoins 
de Técat les lui rendaient nécessaires j». Pi* 
qué3c^'émiilâtion à la vue d'uue si grande 
généiwité^ d'autres suivirent l'exemple que 
leur donnait un prince touchant de si près 
à la couronne^ et ils consentirent aussi à 
la révocation des donation^ quVs' tenaient 
des souverains français. Le roi accepta les 
abandons qui lui étaient faits de cette ma«- 
niéf e , en conserva une partie , rendit le 
surplus à ceux qui avaient renoncé à leurs 
droits en sa faveur* Oh sentait si bien à 
qtielle extrémité la couronne était réduite^ 
que jamais peut-être une mesure d'état^ 
qui] froissait tant d'intérêts , et qui devait 
nécessairement d^Iaire^ ne fut mise à exé- 
cution en causant moins de mécontente- 
mei^t. 1 

, Le. roi reaadit aussi des lois contre le 
luxe di^DS les repas» dans: les fêtes , catdaiis 
la^parutfe, et eaccs^cutantstrict^nent liu-* 
même ses ptt^res^ ordonnances, U produis 
sit une^i'éfeme coMidérable dans les d^ 
pens^ des gtaads, qui étaîant une source 
constante 4- toTle et de bAÎne pour le peu^ 



(l364) HISTOIItE t>E FRANCE. l3S 

pie. H v»lkit à l'admim^raiion de la ju^ 
llcë avec fermeté ^ et , autant qu'il le peu^ 
vait ^ ' il fiiîsaît exécuter proniptemeot les 
jugeifiens qu'il rendait. Mai» la situation duf 
pays f couvert de bandes de soldats qui ne 
recomiàissaiait pas de souverain^ paralysa 
long-t^nps ses efforts -pour rétablir Tordre.- 
Ces sissocîationis d'aventuriers militaires, 
qui , devenhiçs nombreuses, furent appe- 
lées- « les Grandes Compagnies », continuè- 
rent à être un fléau national qui semblait 
presque sans remède. L'état des finances 
rendait impossible à Charles V de purger 
son royaume de ces pirates de terre, comme 
on pouvait les appeler, dont il était mondé. 
Dans sa détresse, il s'adressa à Edouard UI, 
qui, par un article du traité deBretignyj»;' 
s'éÊait oUigé de prêter son assistance, si elle 
était requise , pour en délivrer la France: 
Edouard , sommé de i^mplir son engage** 
ment, pubUa une proclamation dans la- 
quelle- il ordonnait à ces compagnies de 
mettre bas lés armea, tt d'évacuer le ter- 
ritoire 4e la France. Un petit ncmibre obéi* 
reiît, mais les^ autres traitèrent sa prôcla^ 
mâition avec mépris, disant qu'ik ne te«>. 
nsÀmt pas de terrer du la» d'Angleterre , 



i34 HifiTQiRB wm n^mB. (s9S4X 

qu'ils Be lut drvMnl ptttit 0béi«a»ce/et 
que leë ordres d'aneun roi -du monde ae les 
obligaFMMlLà éé^néar knrs foMts. L'im* 
pétueux tdonaaà résolut sur-leH^uonp^ 
■Mrcfaer contre cmz i la télé d'tme armée ; 
mais Charles , ne - désiraot pas^ hiî fimamir 
ua prétexte pour faire rentrer en France^ 
des troupes anglaises , kn fit dira^^n^I ne 
p^mrait approuver la proposMisn de soa 
frère , le roi d'Ang^terre ^ et qu'il avrit 
dessein d'ea^loyernn autre expédient pour 
se- débarrasser des Grandes Compsgniesv 
Edouard répondit avec indignalî<Hi / qo^én 
ee cas, le roi de Trsnce devait n'attendre 
de loi aucun secours. 

Le ni Chaiies , jnstement surnomme to 
Sa^e, avait effeotirisnient imaginé un moyen 
poiir d éhar r as i ge r la Fmnee du fléan déva»« 
tatemrdescompagBiealraiiekeSy sans avoir 
recours à l'éprsuve hasardeuse de leur ftiâre 
la guenpe , ou d^appeler à son aeo«ars une 
armée an^ise commandée par le Prince 
Neir^ oiv par sôii père. 

SmipvcJKt étttid'efirir a oa aventuriers 
un chafnp de^isâlsflte phisékagnë, et qui 
kur pvésenlat te ipeaspecthre leiiuÉtn qu'ils 
convehaient , - tandia' qoe kur ^dépar U ao«K» 



(^564) HISTOHLB I>£ FRANCB. l35 

lagertH K Fraaee cbi fardeau de l^r pré* 
$e&Cie« Il parviatdo&e à çn eoToyer u& 
QorpS: jEM)^br«ii^ piemeyer eu Italie , oà 
kar chef ^ an^aiis de basse naissance, non^ 
mé Ha^kwoody obtJdeil im rang el d& te^ foih 

Mai» W' m de Finance siûvit le DE^ûae 
$y6l<ijiitf^ politiqiie sur une plus* gisaDde 
écbaUe; BertrafidDuGuesclin^ reDomméfW 
69; valeur ,, et coomaisaaiit perspanelLeBaént 
les^ pâPiQ^ipaUx chefs de ces coaapâ^^es^^ 
&it çhairgé de uég^c^r av«e «ux pour bis 
engager daos un^ expë^dition lointaiitâ. Q 
^tait aloifs pri^ôanîer de Jean Cbandosi, 
ayant été {»4jS > ci^oune noua l'avon» dii^^r à 
la bataille d'Aura^ , 

Le rioi de Frasée^ le pape, et: d'autres 
princ6Sf qiâ voyaient la nécessité d'em* 
ploycF Du Guesclin pc^f &ire réusatr ce 
ptaji y iuiervinreiit ent^e lui et Chaudes > 
el se catîsècent p<mr payer la fotta xWff^ 
çQUi^iai fut dettiandée' poui? ^i* y^end^ la 
UbeHé« Redevenu libre ^ o^^ iltoMm guet* 
Kiei! se .servit cb son; influewe: : pour 0119IH 
gei? tpeRterciisMi deiir fgindplattiisehefe d«(09S 
éimpi^niea à œtirepr^dre ^ quij rkor fut 
d'aiaojvl repiéseiiité^4H»mnie/UM;€^di^^ 



- 1 



l56 HISTOIRE DE FRANCE. (l56/4) 

contre les Maures en Espagne , et par con- 
séquent^ comme une espèce de croisade: 
Il les détermina d'autant plus facilement à 
cette entreprise , qu'il leur proposa de les 
accompagner lui-même, et qu'il aeeepta le 
commandement en chef. Le roi de France 
donna bien volontiers son consentement et 
son approbation à cette guerre , saîq^ en 
apparence , et il distribua ,- aux chefs qui y 
prirent part , deux cent mille livres pour 
les aider, à se mettre en marche y s^inquié-- 
tant peu , comme on peut le supposer^ de 
la route qu'ils prendraient j pourvu qu'elle 
les conduisit hors de France. Les compa- 
gnies se réunirent , comme elles en étaient 
convenues, à Châlons sur Marne, et de là, 
elles se dirigèrent sur Avignon, où le pape 
faisait alors son séjour. Sa Saiiiteté, fort 
alarmée de l'approche d'une armée ainsi 
composée, dépêcha un cardinal à sa rencon- 
tre, pour demander quelles étaient ces trou- 
pes, et dans quel dessein elles arrivaient. 
Du Guesclhi répondit avec gravité que c'é- 
tiltides pécheurs qui avaient pris la croix 
eontée les iafidéles, et qui mardiaient emUre 
les MsEUres; et qu'ils venaient se jeter aux 
pied» dhipape pour lui démander l'absolu-* 



(l564) HISTOIRE DE FRANCE. iSy 

tion de leurs péchés, et une somme de 
deux ceut mille florins, par forme d'au- 
mône, pour les mettre en état d'accomplir 
leur pieuse entreprise. Le cardinal promit 
l'absolution sans délai et sans scrupule; 
mais le paiement de la somme exigée souf- 
frit plus de difficultés. Le pape aurait voulu 
qifrties mendians impérieux se fussent con- 
tentés de cent mille florins , qu'il aurait 
levés par le moyen d'une taxe sur les ha- 
bitans d'Avignon; mais cette mesure ne 
convenait pas à la politique de Bu Gues- 
clin. « Nous ne venons pas ici pour piller 
les pauvres, répondit- il, mais pour rece- 
voir des aumônes des riches. Ce subside 
doit être entièrement payé par le pape et 
par son collège de cardinaux , qui ont des 
eofFres ïiîen remplis , et nulle taxe ne doit 
être imposée sur les pauvres habitans d'A- 
vignon. » Le pape fut dans la nécessité de 
'satisfaire à cette requête faite sans cérémo- 
nie, et il ajouta libéralement à ce subside 
l'absolution que ces brigands aflectaîent de 
désirer d'obtenir, 

Bertrand Du Guesclîn , et ceux des chefs 
de ccwnpagnîes à qui il avait confié ses pro- 
jets secrets , avaient en^^^vue une expédition 
m, 6 ^ 



t58 HISTOIRE DE q^^NÇE. .(ï564) 

toute différeate d*uxi,e attaque contre l«s 
infidèles. Doa Pèdre,, ^lew tyiaïuiie et^» 
oruaqté avaient fait surnomma le Cruel , 
régnait alors en CustiUe , un des priacipailx 
royaumes d'Espagne. Il avait fait assassiner 
sa jeune et belle épouse ^ proche parente 
du roi de France; et outre d'au très cruau- 
tés innombrables y il avait foit attent«r«ux 
Jours de deux ou trois de ses frères aaiu- 
rels; et particulièrespent de l'un d'entre 
eux^ nommé Henri, comte de TransUi- 
mare, q«ii jouissait d'une haute estime^ et 
qu'on supposait à la tète du nombreux ^i^ 
de Castillans que les cruautés de Don Pèdre 
avaient révoltés. Le roi de Castille avait 
aussi offensé l'Église de plusieurs maniéri^, 
ce qui lui avait attiré une sentence d'«x- 
communicatioix, et le .pi^ trMva très- 
convenafaie, et surtout* trè^cotumode que 
cette armée,, composée du rebut de totftes ' 
les nation$ , se chargeât de l'exécution de 
son saint décret. 

Sans entrer dans les dét^ilr 4e cette eec- 
pédition, il nous suffijca dédire que Ber- 
trand Du Guesclin et son armée réussirent 
aisément à priver Don Pédre d'une cou- 



' I 



(cl 564) vAÉt^E tm .Wiance; 169 

l^tfbjîe '^pié «el Vices «vaiem ëbi^Grlét^^ et 1^ 
tefrcèréht'^-Wfi^-è fe «wogiie. . ^ 
->JlléSfiit âî Mtté eitténkë^, Bbii F^^^ifit 
la résolution db (lasser ëe la "Cdrbgne en 
^Gascogne , pour sofliciter^umblem^at en 
^personntr' TalKaiitté' ' fomâàMe éa ' Priiïce 
Noir, quî avait fixé sa TéSidefèce1i^'B0Iv 
deatlx, capitale d'où Hl'gbil^riait , d5n^^ 
lieutenant de^on père ,[\e& fcéHcs^ provinces 
icëdées ù 'rAngleten*e par liÈ^t^aîté de*^®pe^ 

^s^Y- : ,:,\ 

î>on Fè'Are se présenta doncconmi^'iin 

prince infortuné, détrôné et fchâssë» de ses 

domaines par un frère bàiard ; et àyaAt . 

droit ^' Vappui de quiconque était assis àli 

'même rang; et sa situation tnalhéûi^u^ 

émut nâtUT^lcment le èifeiip *diï jçiôbte 

^miai^d , qui , entrai cbevaliéi' , crut^dé- 

*t6ït ttccorder sa puissante pr6téctidÀ'*¥*^ 

%rottarqiie'ndafis'la détresse ;' 'qui ilnjjio^aft 

^son secours. ' "J^" 

H fiSlait T>ourtànt ciôiisidérer'Ie^noinBSt 
de troupes qui serait liècebéâire , 'et *tes 
^gtarids'fraSs quMl fendrait faire si le* rmce- 
tWnr eriibrassàrt la'èausér^ "citt fàpf?Sfes 
^èles tonsd««^W^lu?^e*ent^envisa^^;^ 
l'invitèrent à^prenldre 'en considération' l'es 



,4o HISTOIRE DE FRA^NÇ^f (l?^^) 

crimel 4e flou Pèdre , et les grjindes, 4^ 
penses qui seraieiU jindispf^sa%8t , ^'d 
voulait k secçuffir. Ils le. con>\irérwft 4|at- 
tiendra au moins qu'il sût quelle somipe son 
père serait disposç à sacrifier à une . telle 
epypé^itioQ. .j[ls ne ^lan5^è^!B^t pas.de lui 
j^résenter , --. et une çri^çllç expé^ie^çc 
ll4^ apprit Qfl^te qu'ils ne se trompaient 
pasi -— ;<ige si, par suite de l'appui qu'il 
-accorderai t. à, ]>9P Fèdre, il se trouvait dans 
la nécessité d'imposer une taxe sur les ha- 
^|iitan3 de la Gascogne j il pot^vait compter 
qu'ii^^ perdra t.. lour respect et leur obéis- 
sance. .Ces. ^rgumens ne firent aucune im- 
^j^ressipu sur leJPrince-Noir. Il était prérenu 
m jEptveui: de Injustice de la cause de Don 
yèdre ^ et ilj {^:êta l'oreille aux pron^esses 
perfides de;. ce tyran ^ qui s"engagea à lui 
fournir argent , {provisions , et tout ce dont 
it aurait besoin. Edouard assembla donc vm 
corps nombreux de troupes féodales, et 
prit la résQjution dangereuse de l'augmen- 
ter par d;ep, cQinpagn^.es franches qu'il re^t 
dans. sfiTï arn^ée^ .Gomme on promit n^oe»- 
ssur^in^.t u^.p^ie coi^sidérable à ces coqd- 
jj^g^ies^ floi^t plusiei^. avaient aidé Du 
Gue.sclii^,^ conquérir, la Çastille et, à dé- 



(i564) msTomE ^fiE prancb. i^i 

itrèner Don Pédre ^ elles fiment égalemeiit 
disposées à coopérer à son rétabliss^sieiit 
:Siir le trôfiè ^ et s'assemMérenr bîaitot en 
^aad nombre. Le piince Ëdonand se B^t 
d(»iG à U tètè d'une .trèsr-forte armée ^ tra- 
versa l^Pyréné^ et s'avança sur lesbords 
4e VÈbre, jusqu'à n^e ville nommée Najarà 
ou Navarette. £^ri,, élu wi de Castille , 
y attendait Edouard ayec une aruMStr enëbre 
plus nombreuse que cdle àm .ce pHnee ^ et 
qui était composée en partie d'Espagnols^ 
' «Il parties dfn compagnies franches que Du 
GuescÛnjsivait amenées enEspagne, eLd<mt 
^1 restai!^ encore à ses ordres environ quatre 
mille homm^ d'armes. Il s'ensuivit une 
bataille furieuse y et l'cm c(ùnbattit avec 
beaucoup de valeur départ et d'autre. Mais 
le Prince-Noir se. distingua pai^-dessus tous 
les autres par ^ conduite . et [sa. bravoure ; 
^ après une victoice au$$i complexe qu^au- 
. cune de celles, qu'il avait reaô><>^tées .jus- 
qu'alors> il nje. trauva aueune difficulté à 
rétablir son allié snr un trône dont, ses cri- 
spes le rendaient indigne. Mais k Pkrûvi- 
4enqe vQuInt que ee {UE^inee eut à ^uffrir le 
npremier.de l'inigntf^iide 4u,tyraârria£àn)be 
qu'il avait secQuru sans.txamber sirffîsam- 



\ 



1^2 .HHWaWE «E !W?ÀT«nfc (1S64) 

HBtmi fii k <iM9e qu'il <09LbrftMic<*^^élelit 

Le iMÎfeiMst ites^ sMomes dWgeM t}ib 
élaieBt néceMains > h feAnttttireMte mimem 
de boane qulilë-^t m^quatttîlé sdifisaniè -, 
envti'jaiottoBt^e qui ovaittittétibéiiAMmit 
tproiDis avimt l'ëxpédili«i ; fitt, &pM^«fai 
victoire deJftfiBarëtte, GmifXémn^htmkbHé 
par tk> «iiçnran ingrat > et te Prinee^mr fut ^ 
«Ml même tempe eHrayé'par las mwimiiKB 
jde ses saIâatSyiliécofieeaisdene|ias>t'ecemr 
leur paiey eti^jrayë4e8«makKlfasqm en tinle- 
^Taîen t ungrand nornlve. La tebâfleor dlipafBr, 
à laquelle la conslitulicm deR^Atig^if» n'était 
tpas aceoutomée , et une ^oiirrittipe mal*- 
Mine à'IaquiUe tfe fi'étaie&t pas non ^Iris 
habitoé^^ basent non seifksnent. pour les 
iwldats nne lo^ë de nakdie^et de^mort, 
mata le Taittant prince ' hii-4Béme 'y puisa 
les geroM» d'un itial ineuvtble. Il retourna 
dmic .« Bordeaux , ttoaipé dans ses es^pé- 
tTs^vees-virrecutte année eonmdëmblement 
dîminuée^y tm méufv ipmsé ' et tine'santë 
-éékhré^ Les h!SQ9ifiiMs^re»iafqueAt'i]^ 
Xxppaàrmccùtiàé^i^ ^tfrtn j9iin<Pédi« iSëi^âk 
a?foiridifAuiàdà^PiiofirMMise, puMqKtHHttelt 



gué dans Ja «persoane dWin |;uei!iMr aus^i 
éaùnent que lie ,priiK>e de Gall^». - 

Le pr^oe Sdotiard relira po^ii^nt qtid- 
^uaes av^utjigee de soû en^piditiida aiï-delà 
4es Pyréoée^y^et il lie r^arda pas comme 
.k moiadre celqi d'avoir >en4re ses maius^ 
eonuBe prisonmi^^ le c^èbre 'Bertrand Du 
Gueadifty du coiuraçe et de l'adtesse duquel 
on croyait que le Prince-Noir -daignait avoir 
quelque jalousie. II est certain que Tappui ' 
de cet illustre chevalier était tellement re- 
cherché que , lorsqu'on désira Femploycr 
dans les guerres d'Espagne, le roi de Fran- 
ce , lé pape , et Henri de Transtamare , 
s'empressèrent de,payer pour sa rançon une 
somme de cent mille livres ; car ceïut à ce 
prix qu'on l'évalua. LOrs 3e sa seconde 
Captivité, lorsqù*à Wavarette , il se futten- 
àu à tïhandoSy le ch^evalier.dont il avait 
déjà été le prisonnier, îeTrince-Noir for- 
'ttiaf, dit-on y la fésokllion de^lie^^DIais ad- 
jÉ^Ureii ipayer fihiçqci 'Un'4li<^ 6i.farmîdt- 
^bk. Mais le ru6é«FraltiDaia«drmva à son but 
de 'la maniera aiiivante*:'*^-» ÉtanI: tn tpré- 
sfiaee 4hi |>riii€9B kSiytà^xm^^t l^poÀdant 
à *qitfl(}ues queiKtiops sur ait eapin^ké,, Du 
Gi^BsaltA dit qu'elle ne^pouv^k lui élre dé- 



.-1 



l44 HISTOIRE B£ FRJVNCE. (l364} 

sdgréàUe, puisqu'elle était accompagnée de 
tant de gloire. Edouard lui demanda natu- 
rellement en quoi consistait cette gloire. 
Bu Guesclin répondit qu'on assurait dans 
le monde que le prince craignait de lui 
rendre la liberté à cause de sa renommée 
dans la chevalerie, a circonstance trop ho- 
norable , ajouta-t-il y pour un pauvre che- 
valier comme moi. » 

Le prince fut naturellement piqué d'un 
propos qui lui attribuait un sentiment d'i- 
gnoble rivalité ; et peut-être en fut-il d'au- 
tant plus mécontent qu'il sentait la vérité 
de robservation. a Ce n'estpoint par crainte 
de votre renommée en chevalerie, sire che- 
valier, lui dit, que je vous retiens captif; 
et pour vous en donner la preuve, jç vous 
rendrai la liberté , si vous pouvez payer 
cent mille livres pour votre rançon. » 

« Volontiers , Monseigneur , rendit 
- Bertrand Du Guesclin , et je remercie votre 
altesse de me faire l'honneur de m'estimer 
si haut. » En recourant d:ti roi de France, 
au duo d'Anjou , à Henri de Transtaiuare , 
^t à d'aratres amis, im guerrier aus«|i re- 
nommé ijue Du GuescTîn obtint bientôt sa 



(l364) HISTOIRE DE FRANCE. l^i 

lihert^f . et fat ^rendu à Ja carrière . des 
armes. 

Nous avons déjà 4it que le prince de 
Galles avait jeté imprudeiiunent de Tem^ 
barras dans ses finances^ par sa. campagne 
dispendieuse en Espagne; et il fut aussi mal- 
heureux dans le moyen qu'il, .choisit pour 
en sortir^ et qui fut d'imposer sur les che- 
minées une taxe que les Français nom^ 
maient yî^ua^. Elle (était d'one livre par 
cheminée^ et comme elle produisait un re-^ 
venu annuel d'un miUion , on supposait 
qu^afi cinq ans elle acquittearait toutes les det^ 
tes du prince« Mai^ cette taxe était une chb^e 
nouvelle pour les.Cqascons^ et ils montré* 
rent une répugnance généir4de à s'y sou-- 
mettre. « Quand nous appartenions à la 
France^ disaient-ils > noms n'avons jaiAai$ 
été grevés d'iiffif parie&Ue taxe!, et nous ne 
nous y sounkettrons pas^aiyourd'hui. Lovs^ 
que nous avons pr^é sermient de fidélité au 
prince Edouard, il a. juré de son côté de 
conserver nos privilèges > et nous ne tien-* 
drons notre serinent qa^autant: qu'il sera 
£dèleau sien« >rl4es bardons gascons' les plu» 
puissâns, qui avaient prisi part ,, contre leur 
gré; à l'expéditioti WjC^stâlei saisirent 
• ni. 7 



i46 msraïKfi db ri^AircK^ (i364) 

avec emfnnessemctit ce fioureau pvétecte^ 
et se concertèrent pour secouer le joog àt 
rAngletârrci dés qi/^As en 'trouvenient tme 
occasion fevorablé. 

Le poids^d'tnuB taxe'odieuse^ ^«^ quoique 
t^lle sur ks cbeminëes itârt veg»ééé comme 
un âcte-â'ofypressMi , -^ suffit à peine p^op 
"expliquer une défection qui se trouya si 
gâiërsde. Marié l'administralion du Pirince 
Noir avait été fastueuse , faute qui manque 
rarement de provoquer le déplatttr et h 
tnëcontentement dtii- peuple. D'ailteurs^ au 
miKeu dêi!»' gi^ndèfif qualités doai p«u de 
princes pouv«Âmt se^Âattt^tl'ëgaler la p«^ 
fecticm ^ lé Pyin^se INoir laiaiait percer que)* 
ques éclairs' 'du càraciène iwMain e« sévère 
de «on pèreV ^ qui blessait quelquefois les 
fiéfB baMnë de la Guscogne /quoiqu'ils fu^ 
seit obligée As teft dîèiirar four lemcment. 
ils étaient suitciirt mortifiés par isLTéAeaAm 
amére qu'ils^ étaîeM gouvernés ^i^qœ^ot 
s^rte par éroit de iK>nquètê^ e« i^ue, cpidh- 
q^'ils eussewt principâlemiint oontrilHié à 
cette victoiliâ de BottiiËn qui avaitacettéJt 
ijestili cte ^ l^ui^; payi^ j kt qé'ils^ éussent^aâto*- 
mis à'Jtti gfDuveïiaefttii anglais, c|qH[.a#iittnftf^ 

liUpiMialité poar'jèks'Co^Be% 



(l364) HISTOIRE DE FRANCE. 14^ 

toyens, ils n'en étaient pas moins Français 
de naissance. L'influence du patriotisme se 
fit sentir de plus en plus en Gascogne à 
mesure qu'il s'éleva de nouveaii^ sujets de 
plaintes j et Ton trouva bien des prétextes 
de mécontentement auxquels on n^aurait 
jamais songé sans cette influence toute puis- 
sante de l'esprit national. On voyait donp 
s'approcher une Œ*ise qui menaçait la ê»^ 
mination de l'Angleterre en France^ et quj 
semblait devoir détiruire rascendant qu/'É-r 
douard et son llls avaient acquis dans ^ 
pays , au prix de tant de sang et de tré3arSf 



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CHAPITRE VI. 



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]>9K pftB^yBR CABSILLI FAIT PIISORlflBB H A8SA8011ÎÉ PAl ^Off 
FB^AI XKJf JU. — GHAEtlS V HOCBtlT l'MPBIT DB UAcOiriBH- 
TBllClfT ^If GAgCOGIIB ; «T BÉCLAUAKT BlfFllf LB8 D&OITS OB 
MlOllB&B SOZBlAlIf , IL 80HMK LB PtlIfGl-HOim DB SB HlKDEB 
A 4VAIU8» POUB miPOXABB AOZ PLAIKTBS OB CBRTAIBB GASCON» 
MieOJrTBH3. — PK^PABATIFS MCTOEXS BB GOBRBB.,— VU COBTB 
Vk FB*B&0ÎUI BÉVA8TB LB POITOU, — IL B8T BKTOCBÉ PAE LBS 
.BI^jrÇAlS BAB8 LB VILLA GB BB FUYBEllOir , BT Bl^LITBtf PAS 
€BAlfBe8.— TBMTATIfB IHUTILB BB GHABOOt POGB BBCODTIBB. 
SAIBT'SALTIB , QD'dB HOIICB AVAIT LIVbM AOX FBAKÇAIB.— • 
^tCABSODCHB AU PORT DB LUMAC ; CHABD08 Y BIT TU1Ϋ — 
^fiOOABO m BBVOIB A GALAIS OBB.ABIlM GQHHAirOliB PAB SOlf 
FIL8, JEAB BB GAHT. — LB BDC OB B0UEG06BB, FILS DU EOI 
SB FBABCB^ HABCBB COUTEX LDI AVBC 0B8 F0ECB8 PLUS COK- 
SIBliBABLBS ; HAIS MB POUVANT FAIEB QUITTEE AUX ABGLAI8 
UBB FOETB POSITION, IL EETOOBNB A PASIS, — BZPIÏDITIOB OB 
8IB EOBBET KR0LLB8 , n'ayANT QUE LE PILLAGE POUB OBJET. — 
AVBNTDBB o'cN CBEVALIBE OB l'aEUJÊB OB KK0LLB8 , QUI, 
POCB s'aCQUITTBB d'i'N VCEU» FEAPPE OB SA LAKCB CNB POETE 
OB PAJIIS, HAie QOI, BB EEVBNAKT ) EST TC^ 0A5S LB FAU*^ 
BOUEG PAE SB BOVCHBB. 



Deux personnages ayant un grand pou- 
voir et une grande influence surveillaient 
avec attention les progrés du mécontente- 
ment en Gascogne, prêts à profiter des^ 
embarras qui , comme les nuages qui s'é-- 
lèvent sur le disque du soleil couchant,, 
couvravmt les derniers jours du Prince 
Noir. 



(l564) HISTOIRE DE FRANCE. l/^ 

L'un d'eux ^ sans être luirméme jp^Uïiqe 
souverain , possédait , à l'époque où j il vij- 
vait , assez de remçmmée dans les armest, 
et d'importance personnelle, pour le placer 
de niveau avec de grands potentat^* C'était 
Bertrand Du Guesclin, dont nous avpnsdéjà 
si souvent parlé. Après avoir été un chevalier 
peu puissant en Gascogne , il s'était élevé, 
par sa renommée militaire,; au rang>.<|e 
.grand général , d'allié des rois , et.de di^r 
iributeur de couronnes.. Ce guerrier, ayaiit 
vu le changement de gouvernement .qu'U 
avait effectué en Çastille,- renversé, par 1^ 
victoire de Navarette, avait, après. avoir 
obtenu sa liberté, renouvelé ses li^i^Offi^ 
avec Henri de Transtamare , et avait comr* 
biné des mesures pour saisir la première 
occasion d'opérer une contreréyolntion en 
ce pays. La guerre pour la couronne 'die 
Castille se renouvela entre les deiix frèff^^ 
Pèdreet Henri, aussitôt que l'état fàçfa;efjx 
de la santé du prince Edouard, et lesej^pi-* 
barras de ses finances devinrent publics, .et 
elle fut bientôt* terminée, grâce . aux ayis 
4^t à l'aide de Du Guesclin. . . 

Henn prit les armes avec des forces tfè$- 
xîonsidérables , et ayant livré une balâill^^à 



ix5o HISTOIRE 1>B FRANCB. (l546) 

'l^on OPêdre , xjtli se défendit avec là valeur 
iia pliis déscspërèe, il défit ce tyrah, et le 
«fet^ft dé tait dans le ch&teau de Mt)ntiel , 
Kfk il Ait siti^le^hainp bloqué ; le diàteau^ 
'^bKjiie tott , n'était pas aritaillé de ma- 
mère à ponvt)ir être défendti , de sorte qtie 
Dbh Pèdte et ses t^ompagnons , qui n'étaient 
i!|ii'au nombre de douze, furent obligés d'es- 
sayer Ofe se frayer un passage pendant la nuit 
à travers l'armée des assiégeants. Usn'yréus- 
'Hittht pà^, et ils fhrent faits prisoimieï^. La 
hâhe dés ûenin frèries était sî-invétérée , 
î^u^^nri de Transtamare courut en per*- 
yoiihe àti logement du chevalier français 
*^i àVait Tait Don Pêdre prisonnier ; et en 
iWtWiikt , il s'écria avec ftirettr : w Ou est 
-Éte 'bâtard juif qui ose se dire roi de Cas- 
'Sllë? w --^ Me voici , rëpoAdit Pédre à qui 
ife àëtttitoettt de la braiiite était aus^î étran- 
^ijae celui def huniaiiitëjic^est toi-même 
^ e% \ih bâtard, et je suis le fils légitima 
•#é Dôti Alphonse. » Les tleux fréts&s $e lî*- 
Vrèrëht alors une lutte tportèlle j et ©on 
^Plflre ayaift renversé Henri , \e do* sur un 
banc, tira son poignard, et l'aurait ttié 
^t la place , si u de» ëcuyëns d'Henri 
*fa^tftlSi«é Pèdre pai* une jambe, et ne Ve^ 



fr 



&it tcmbév adosi SDuf 0<ai autt^msle^ qui 
de cette auLnifèm 94 trQdnya.avaîr iWan^ 
ta^. Umvi 9mii oatte foccanoa^ «t tttt 
l^édre d'wi eottp.de poîgdftnl. E(xem{^ teiK 
FÎble , qui prooiTe lèMahîcD ^'ambition et h^ 
rivalité peuy^tft ^to^ffer les sentimem let 
fbi% doux de h nature. Âin$i fui: renversée 
et détruite uiie des gra»de«^ oeurres du 
Bmce Sfoir) et^ :ÉiaiIi0iiriÊuami«at jpour 
lui^ le dâtrôiieuieni et ia latort de Don Pèdre 
0^ Kiaédièn^it jiulteiaeût iux maux qu'il 
s'-était attin^ 4m épauaant la canae de œ 
tytw. 

Nous avons dit qu'un asiife personnage 
que Bertraad Du <itti9sdin wirveiliait les 
progrés du méooiiteiltefnmt <|«ii ag^îiaît iea 
prownees angliésQS de k Béaiioe.^ dans le 
dessein, 4'^a» fir^fit^f q»a»d rMcaaîiak s'en 
présanteriôt. G'^itCharlasyV^ surnommé le 
$êg^, ^do»t JiafS2^;msi^$'appbQÎu ait tellement 
à acoumul€a?>dea4ré«ws^4iu'ilarait4tio»taitS'* 
si au iitfe de lUbbk. Il avait é<maoniisé ses 
levenu^ ^ et fait mage de t^ufie sa pru^ 
dençe^fdaus le dkis^ légifwie et méritoire 
^ «e metli% m état de s'appMer «u pou-^ 
viiÂr d<^ llAu^eÉMiif fin .Srimce , pouaiitr 
dont sea pràdéecÉseui^s et lut'imèiiie afi|ient 



ï52 HISTOIRE DB FRANCE. (ï564) 

souffert si cruellement. La manière dont il 
jugea enfin à propos d'avouer cette inten- 
tion^ était pourtant en lï^biïtradiction sin* 
guliére ayec la noble maxime de son père^ 
que si la bonne foi était bannie de toute 
la terre , elle devait ^ retrouva dans le 
cœur des rois. S'il était possible qu'un 
prince fut lié par les termes^ positifs d'un 
traité j le roi Charles élait obli^ par celui 
de Brétigny, à s'abstenir de <^ontester la 
souveraineté absolue de l'Angleterre dans 
la province de Guyenne^ sans aucune mar- 
que de dépendance féodale. Cependant , 
quoique strictement enchaîné par ce trai- 
té^ Charles se détermina à encourager les 
seigneurs gascons mécontens^ en rej»re- 
nant le titre de seigneur suzerain de cette 
province^ et en recevant à son parlement 
de Paris les appels de ceux qui avaient 
recours à sa justice contre les mesures du 
Prince Noir. Pour se justifier de reprendre 
un droit «pii avait été abandonné à la paix 
de Bretigny, les Français prétendirent 
qu'Edouard n'avait pas renoncé 2«i titre 
de roi de France aussi complètement qu^il 
aurait dû le faire , en vertu du même trai- 
té. Quoiqu'il «i- soit, le fait est que^Foc* 



(lS64) " HISTOIRE DE FRANCE. l54 

casiOQ était séduisante , et que Charles V 
en profita. 

Lôraque le it>i de France vit que 1^ mo- 
Hient était favorable pour se déclarer^ il 
envoya au prince de Galles deux hommes 
graves et d'un rang éminent^ l'un ecclésias- 
tique, l'autre chevalier, pour lui. signifier 
la marche qu'il entendait suivre. Ces en- 
voyés trouvèrent le prince à sa cour dans 
la ville de Bordeaux , et s'agenouillant de- 
vant lui y ils le prièrent de leur permettre 
de lui faire connaître leur message devant 
son conseil» c( Parlez , messieurs, » leur dit 
le prince, ne se doutant guère de la nature 
de leur mission. L'ecdésiasticpie lut alors 
ime sommation faite au nom de Charles , 
et adressée à son neveu le prince de Galles; 
portant que divers prélats, baronr^ cheva- 
liers, etc., de Gascogne, s'étant plaints au 
roi de France d'injustices que leur avait fiait 
souffiîr ledit prince de Galles, par de 
mauvais conseils , il lui ordonnait de com- 
paraître en personne dans la ville de Paris 
et de se présenter devant le roi et les pairs 
pour Tépondre afux plaintes qui avaient été 
faites contr64ui . 

Le prince Noir ne fut pas peu surpris^de 



l54 HlSTDimS Wl WKklVCM^ (i364) 

reoevoîr mm somm^tûm fondée sur le droit 
d'hommage^ auquel la France avait exprès» 
iéBoeat rtnamté par le traité de 
Ses feux ëtinoelénout d'indignatibn, et 
gaiffant les aiYOféèîpMi^às avec oeurrooK^ 
il ienr iMt : « Ert-41 bien vrai? I^tre bd 
oncle dësirMr-il noiis vmr à FarÎB? Bbms 
BOUS y mnérons bien Tokmders^ measieiirs; 
Bwte je v^ous assttue que cesera le basnnet 
«a téie, et aftwime suite de mixantetnilk 
liein«es^ » Voyant lereasentimeiyt du prince^ 
k» envoyés s'agenouillèrent de noàroait 
devant lui, en lui rappefant qu'Us n'avaient 
fiait que lui repéter le messsige dtnt ils 
avaient été dbai^« ifcûs ie prinoe les quitta 
avec indignation^ et les seigneurs anglais^ 
présens à cette sèène, leur oooseîUènnit de 
partir au plus yiÈit H de pourvoira leur 
iâbrelé. Sans le Ifeit, Jès^ifae fe pûnce e»t 
ap|im ieui* 4^art^ il ks At poumâvw et 
atrèter^ en disant qu'il lesreganMttflniiBe 
las^^nvoyés 4ie sesfs^}l^ iuéon«ta!ifô4e /G^ 
sfifgne^ plutôt «que Roanne imtx du m de 
Franœ* GepencfasKy ils jne &renrt pas auH 
tMMnKiiaqiiMstésidna» lefrâièepeMad^ 
la résolution de commencer Jnr fie tolsattfi 
te^^n»*ns. QOBtm la Franee. De ism r oolé , 



( 1 564) HISTOIRE 0E FRANGE. 1 55 

le roi de France segmenta «es forces^ sui- 
Taiit l'usage de ce temps ^ «n prenant à sa 
Boide Un ^certain nombre de compagnies 
franches ; et eatnpl^t Wv l'aide des nom*- 
liretiK mécomtens de GMec^e, il abjura 
toute idée de paix ,' et se prépara à une 
guerre avec PAugteterre sons de plus heu* 
reux aii^^es tjue ceux ^ous lesquels la 
France avait ccmibatM depuis un certain 
temps. 

Bans la cèuteètaftion ^i s'approchait , 
Chartes avait l'avantage infini de l'assenti- 
meot génitotl de ses sujets^ qui^ voyant 
avec tma^porl renaître tme <](ccasion d'ac*- 
^érh* de ki gloire et d>aMUPer Tindépen^ 
dUtnte natrondte^^ taîi praitth<^t<de lie se<?tm^ 
der., au prix de leur vie «^ 4e leur <bi*tune , 
dans la querelle qui allait^èdkrter a<i^c FAn^ 
^etetre. La paix , qui '^mit alors duré un 
temps ccynriiïéi^e^) iarv^it *amsi beaucoup 
diminué 1^ famés <qui étaient à ht di^oSh^ 
tiond'Édoaai^tt deison fils^ le prtrice Noir. 
Les compagnie^ finmohes^ qfu'on pouvait 
ràgurder comme noue sotlie'd^armée permâ^ 
nente k cette t^pmgaey allient cessé y faute 
d'argent, d'éÉ^ à èa suAde de TA^glet^srre. 
fiUess'étaiMt débandées en grande partie. 



l56 HISTOIRE DE FRANGE» (iSÔ^) 

OU on les avait envoyées chercher de l'oc- 
cupation ailleiurs. Les troupes féodales , et 
même les archers d'Angleterre^ qu'il aurait 
été difficile ou impossible de retenir long- 
temps en Gascogne ou en France après la 
fin de la guerre, étaient retournés dans leur 
pays natal , et il fallait de nouveaux efforts^ 
et de nouvelles dépenses pour les remettre 
en campagne dans un moment où leurs ser- 
vices étaient le plus nécessaires. 

D'une autre part le royaume. de France 
était rempli d'une génération naissante qui 
n'avait pas éprouvé la terreur répandue 
par les anciennes victoires des Anglais , et 
qui ne reniait que le désir de se venger d'en- 
nemis qui avaient envahi son pays. Charles 
lui-même pouvait à la vérité se rappeler les 
désastres de Créci et de Poitiers;, mais il 
avait en même temps ]a satisfaction de sa- 
voir qu'Edouard III était alors parvenu à un 
âge avancé; qu'il éprouvait des embarras 
causés tant par le mécontentement de ses 
sujets qui ne se souciaient pas de se sou- 
mettre à de nouvelles taxes pour soutenir 
une guerre étrangère , que par la maladie 
croissante du prince Noir, dont les forcés 
physiques n'étaient plus en état d'exécuter 



^ 



(l564) HISTOIRE DE FRANCE. x^j 

ce que lui inspirait son esprit indomptable ^ 
et qui avait en outre à regretter la perte 
de tant de braves soldats que la guerre 
et les maladies lui avaient enlevés en Espa- 
gne. Au total, le roi de France se livrait 
donc à de grandes espérances en se prépa- 
rant à recommencer la guerre sanglante qui 
avait si long-temps dévasté son royaume. 
Le commencement de la lutte ne ti:omp» 
point son attente. 

Cependant lé courage du prince Edouard 
ne succombait pas sous les infirmités de son 
corps. 11 se disposait, comme nous Pavons* 
déjà dit, à se mettre lui-même en campa- 
gne , et à marcher sur Paris à la tête d'une 
armée nombreuse • Son père eut encore assez? 
d'influence dans son parlement, pour en 
obtenir des subsides considérables, et il leva 
une forte armée qu'il envoya au secours du 
prince de Galles , sous les -ordres du comte 
de Cambridge , son frère , et du . vaillant 
John Hastings, comte de Pembroke, son 
beau-frère. Le prince Noir eut aussi de puis- 
sans renforts dans les grandes compagnies, 
qui faisant de la guerre leur métier, se- 
décidaient naturellement, dans le choix du 
parti qu'elles SQUtenaiient, d'après leur con- 



l58 HI870IR& OB FRANCS. (tS64) 

fiance dans ké talens militaires du commo»' 
dant en^hef , dan» son habileté^ sa valeur^ 
sa génér(Miité> ses snecés ;. et bien certaine- 
nk&oi, sous tous ces rapports ^ il .n'existait 
personne qu'on pût considéra comme Ué- 
gai du prince tHiÀe.. Sûr Hugues Calverley ^ 
dont nous avont déjà cité les exploits à ia 
balaiUe d' Auitay , éUk entièrement dévoué 
à son prinee^ et par le crédit dont il jouis** 
sait parmi les compagnies firancbtt^ il rétt-- 
nk en Espag;ne et ailleurs ûx miUe lances 
de troupes de cette espèce, que ce prince^ 
peut^re trop à 1« bâte , fit partir à Vins-. 
tant pour ravager le territoire des granis 
barons giKcons qui: avaient donaé l'exemple 
de résister au jEbuage, ^'est^^r^e à la trae 
sur les chenubées ; et qiui^ comme le sup- 
posait le prince Édouasd , a^mnl exciÉé le 
roi Giaiies à le sommer <fe compari^^e de^ 
vant le parlemeni de Paris. 

Mais quoique Je |»*ince se fut ainsi pré- 
paré à la guerre qui allait éclater, les plans 
de Charles V pour miner le pouvoir des 
An^s enr France, étaient si babilemi»t 
condiiits, cju'ils obAinreat un grand succès. 
II s'emftaj^adiiPontbÂeu presque sans ofpo- 
^tion, coaqnéte qmt ftrt rendue facile pœr 



(t364) mvrova db fraucb. i5g 

les intrigues des amis de la France daits 
cette province. Les ducs d'Anjou etdeBerri^ 
frères du roi > à la tête de deux grandes ar^ 
mées » levées , l'une en Auvergne et l'autre 
dans les aiviroifê de Toulouse, étaient prêts 
à envahir la Gascogne et le Poitou; et pei^ 
dant quelque temps , il fut di£6kïtle de dire 
quel parti avait obtenu l'aaeeiidaut, tantod 
vit d'exploits, d'escarmouche, de prises de 
châteaux^ «t temt étaient balancés les succès 
remportés de part et d'autre. 

Dans unisutue genre de guerre , le rpi de 
France eût peut^tre un avantage plus dé-^ 
cidé. Nous ' voulons parler de la quereUe 
prinuÉive , qui était discutée avec chaleur 
par les jurlsaonsuhes et le dèrgé des deux 
partis. Dans cette «bscussioni le roi Edouard 
fit renaître ses iancienaies prétestioos au 
royausbede France^ fondées sur son reftts 
de recctoiaitre là loi salk[iie ; prétoHtiooa 
surannées, auxquelles il avait renoncé liri- 
flftéme à la pa^x ée Brettgoy, et qu'ail aurait 
certainement mieiix {SedI df diianAMaerpout 
lo^foursy.axse boiaiantà reckuMgETile droit 
dé souTerainèibé absolue inr le Poitoaet la 
GÊLj^oBKt y làioit qui avait .été rscx>niitt*paff 
y Aii^de France liÛHDaèiDie >: ist- psor les étal$ 



l6o HISTOIRE DE FRANCE. (l364)* 

de ce royaume.Dans le premier cas, Edouard 
réclamait la couronne du cliei Je sa mère , 
ce que la loi de France n'avait jamais admis. 
Au contraire en se contentant d'allouer 
son droit de souveraineté sur la Gascogne 
et ses dépendances , il se serait appuyé sur 
les termes d^un traité formel , sollicité par 
Charles lui-même, quand il était r^ent, 
et par les états*généraux du royaume. Ce- 
pendant Edouard III voulut étendre autant 
que possible les titres sur lesquels il se (on-' 
dait, sachant bien que les honunes en ju- 
geraient, moins d'après leur validité, que 
suivant leurs passions et leur partialité. 
Quoiqu'il en soit, le dergé de France se 
montra en général favoraUe à la cause de 
son souverain ; et l'on ne peut douter que 
la .manière dont il a{^uya et fit valoir au- 
près du peuple les droits de Charles dans les 
diverses provinces possédées par les Anglais, 
n'ait contribué beaucoup;à produire cette 
disposition qui se manifesta partout, à se^ 
couer le joug de. l'Angleterre, pour passer 
sot» le pouvoir du monarqUerfFançais..Mais 
c^étaient des armes mieux affilées que 4es 
paroles , qui devaient décider la causereaDi^ 
les deux rois; aussi lie sang feoula^t-il àgmiMiS' 



( 1 564) HISTOIRE . DE FRANCE. l6l 

flpts de part et d'autre daoa toutes les pro- 
vinces de France où les Anglais avaient • le 
pied. ,^^ 

Ce qui parut annoncer en quelque sorte 
que le ciel se prononçait contre la causp ^ 
l'Angleterre, ce fut la mort de quelquç^s 
uns de ces Jiommes distingués , à l'aide desr 
quels le prince Noir avait souvent rempor);^ 
ses victoires, et qui furent alors, dans <li- 
verses actions , dont quelques unes étaient 
sans importance , ejn comparaison de celjes 
qui les avalent illvistrés, éc^tés d'une ,scè;ae 
où leurs ; services auraient pté très-utilçj^,à 
leur célèbre commandant. 

Un de ces hqmmes les plus distingués^p^ 

leur valeur et leurs talent, fut lord Jam^s 

Audley , sénécJtial de Poitou , qui tomba m$i- 

lade et mourut tandis que la guerre éclatait 

. avec le plus de fureur. Il était fils de ce lord 

James Audley , dont la conduite avait été si 

remarquable à la bataille de Poitiers. Son 

père était alors trop âgé pour faire la guerre, 

et il s'était retiré en Angleterre, où il inou« 

rut^eur i586. La mort de ce jeune guerrier 

. causa un vif chagrin au prince de Galles 

.qui nomma le célèbre Chandos sénéchal de 

Poitou, en sa place. 

ni. 7 *. 



162 "HlSTOtlCE HE FRAWdE. (l564) 

Kkfitaiie'te (^héf vaîHantiétàit nu pâcrtisàn 
abtff 'datas le genï*e de guerre qui caractéri- 
sait ce siècle , il proposa au jeune comte de 
Tfètabrokede ^ jcSndï*e alui, à ta tête d'une 
forée considérable, dans tine ^etpédition 
'contre Louis de Sancerre , maréchal de 
tVance. Miis le comte de Penibroke reftisa 
He seconder Chandos dans rentrepri^ cpî 
îùi était proposée , préftant Toreille aux in- 
Aignes insinuations 'de quelques llafteirrs , 
qui lui persuaidèrent qu'il recùeffleràît im- 
iîiême fieu de gloire, s'il taarchaft soiufs lë 
Icémmandeïnent de Chandos, (jui jouirait de 
toute la renommée dés expéditions qtl^îlis 
''ÎJiiurraient ISaire ensemble. !Piqtië dfe teTe- 
f&iy Chandos licencia une grande partie de 
ses troujpes , «t se retira aVec le reste dans k 
Ville de ï^bitiers. ' 

I ^ Dés quémandés eut' ;prî^ ce \^Hl, te 
' comte dèï^eiîihrdke sfe mit en dampagne'at«c 
lïne'Tôî^ce d'au mains deux cents lances, 
''dans le dèsséîn d'acquérir dë^a gloire potir 
son pfdpre com[ite , et* dëTayagerles^erreS 
des nobles qiii ëtaiëiït'ehneïnis des Anglais. 
Des que les Séîgrféttrç français, proprtëtai^ 
res de Ces ttonrim^^s; durent appris (Jiie te 
comte avait refusé de sre joindre à Chandos , 



et s'était mà$ »«sdiièn> ca iM i|itt giié ; ils t^sèlo-* 

iiiç«3tt^de rénmr leurs Jtraopeis €*tde If^ttaquet^ 

Miat^bMdàeiMnt, cDoracie «m jtiuiê" hrnnme 

dont ripiprudenGe;avditilk^à {^roQTé qu^S 

pouvait M laisser 6iir|9MEid]^ddritfs 4e sem-^ 

blahles ^eRpéJâtionsL das^raBScaaMèr^trt donc 

dasfepMs tPésHMXpéncnrcis ^skox me»aa$^ 6t 

attaupim^Bit À i'iliiprawiate ^ comte de' Vem- 

In^ôke fet'sa troiq)eyirès dHm vîRage iioMmë 

Puyrenan. Ik rtuèrent . ua certain nombre 

dfJbonmés d'aranes, ^etforoèp^at les «titres 

à ae Tfâugîfr dans m cimetiétie -eittxïtiraât 

una .«nfusoA ^pn airate ^aiitiie6ns*ii{)p»*teiiu 

aes: XemplÎMa. Les ; dkefi^aKers f rsoioais ^ 

commandés par le maréchal de Sancerre. 

se.d*i^ en ^kmnmt, « Mq^l»» «e «ont 

placés dans «li .«nîmeÉÎère^ til est Josle 4e 

leiir dônoer Se iempa dechoisir leurs fosses 

frt; de«les '«riniiserwQuaad nous Aurons icttiié^ 

imiw fonr^iefiiidrms Tsaite^ et nous vt^tvons 

^i N^es teiir coni^iennaiitr » Mats le «naré* 

ieh«l ide San^notOrdsoiEia l^attaipie à Fins^ 

tflnt mém^. Oa.la fit 8ur-4e<Hchai»p> mài& 

^ee^pmde «suodès^ et les Asiglab réussi-* 

nest k wp o i iier »les Erancais. Cependant , 

Wtt&t^ 4^a ae retinaai);. se> promireDt une 

iwiUfliiHie .#»nltiDe pèair le lêndemaîn , car 



l64 PI&TQIRE DE FRANCE. (l564) 

Les murs 4^ la maiaon n'iraient {Mis épais ^ et 
il ét^it facile d'y faire des .brèches^ et dans 
tous les ca9> les assiégés étaient mal fournis 
de vivres çt de munitions, • 

Le comte de Fembroke , qui avait alors 
tout lieu de regretter sa folle jalousie contre 
Chaudes ^ lit parti? un éëi^y»r par une porte 
de demère , et lui donna çirdre d'aller aver- 
tii: Iç sénéchal de Poitou du dangier dans 
lequel il se tix)uvait^ en ajoutant qu^il pou- 
vait encore arriver à son secours s'il partait 
sur-lerchamp , attendu qu'il espérait pou- 
voir diîfendresontpaste le lendemam jusqu'à 
midi.; JLi'rfcuyer parlât poub exécuter sa mis- 
sion. ..,: .. ' »!:•:« " 

Lfd lendemain au point du jour, les Fran- 
çais attaquèrent de-nouveau les Anglais dans 
leur positilon,<et le» combat dura' jusqu'à 
neuf heures. du matin. Alors les assi^eans 
commencèrent à se^procurer chezles paysans 
des «avirons des pics et des pioches pour 
miner les murailles « Gégenre d^ttaque étant 
^ celui que les Anglais craignaient ie plus , le 
comte de Pembroke appela un autre de ses 
êcuyers^ lui ordonna de prendre son nàeil-^ 
leur chevaly e\ d'alier«ipprendre àsonhon 
ami lord Ghah)^os sa skyation dangereuse i 



(l564) HISTOIRE DE FRANCE. l65 

en le coûjwant^ an nom d'un gage qu-il lui 
remettrait, de venir le tirer d'embarras. Ce 
gage ^tait une bague précieuse , que Chari- 
dos aTait autrefoiii donnée au jeune comte. 
Le messager s'échappa par une porte de 
derrière et partit au grand galop. Il arriva 
que récuyer parti le premier se trompa de 
route, et n'entra à Poitiers qa'k neuf heures 
du matin. Aussitôt' après îsoti arrivée, il 
s'acquitta du message que lui avait donné le 
comte, et conjura Ghandos de porter dû 
secours à son maître. Le bon chevalier l'é- 
coutâ assez froidement , car il était encore 
mécontent du refus que le jeune comte lui 
avait fait de se joindre à lui, quoiqu'il l'y 
eût invité plusieurs fois. Il répondit non- 
chalamment « qu'il ne fallait pas bfen long- 
temps pour entendre la messe, » cérémonie 
religieuse â laqi^elle les Catholiques atta- 
chaient alors beaucoup d'importance .Quand 
la messe fut finie ,'on annonça que lé dinèr 
était servi ; et le premier service était à 
peine sur la table, quand le second écuyer 
tlu comte de Pembrôke arriva, avec un mes- 
sage encore plus pîTédsant pour demander 
^u secours. Chandos conserva son àîr som- 
hre. cf II est impossible de le sauYcr, dit-il. 



l6$ li|»ûIM; DE :l!fUfrt3£4 (i^4) 

s'il «t réèiiài à une tdle «xljrénÛÉérqiie vous 
le dkes. -~.fiinQiis^ car lednier se wfiraîii-' 
raitrf » 

Mais cette hiuneuf booerue et fiia^iae 
n'était pas uatiirelle au udble fihandaft. Sa 
preteîére passée avait été dçnnéeau^MSfa»* 
tisDffoiL^ ,1a aecoade fut «nsfÂràefiartfibss se»* 
tia^ais pkis gâ9éi!«»K« (Gomme on venakid^ 
plaoer ^ur la JU^le le seomd aervioe^ ^ \&m 
la tête >qu'il^i%it tewiie faaîsaée sur sa peà^ 
tifinet et dit aux clie^aliaro et auiK éou^F^a 
xpn l'eiilouÂiant: « ÈcmA^»^mei,xoe$mfua^ 
le garnie de Pembroke ?eat tm iid^D^r ue*7 
Ub , de haute lignée p et igeudre de noire 
sQurerain naturel ^ le rai d'Anglet^sreé €e 
jserait une honte d'teTe t^[iaî»?da>$a perte, 
si je puis l^esnpéfcher» J^rifî danc.à^soit»^ 
«GHwrs, avec la grâee de JDîeu* Vwffifm* 
VOUS; Mesfifieuiïs, à f^rtit f&^ Pufvenoii. » 
Tous ceuimrent auK araue^^ et k^ £îh^»^ 
«^6, à la tête de deiuc^iCjefitoilaiieeSy aaiaf^ 
cha v^rs ce village. a^«^ee 4|ne.tel}e ixipîfiîtié 
^u'il laTaU jgpmà 4^9peiir deiauijpra«dj?e les 
J^ian^s 4}ui as^i^ii^iôeitt ie âcoute* Mm 
le maraehal de ^m^m^e ùsi imtamt fs^ 
des espionsde l'a^p£(H^ «de vChdudttS , et 
il Fésolujt de.se retirer ^m -amiaeiiant .ses 



pri»imei«s'etisim blitm^ qui b(raq>i^mit 
les bagages et Sa ^«st niu cemibe et INm«- 
in^ke. fiiè leur xsàlë^ te ^^DUste^ ses cheya- 
^tietsiparthimft de la maisoii i:jà lis $^^i^Tt 
TC^igiés, aiv^ec tes ciirraiix: qui èear ree- 
itàtent; ^euK faonffîtes^uontailt ^qitdqùiBfi^ 
le méuie chinai et d'astres «archani: à fôed. 
<^iiâ2ri fls iieDCOiKtriàfiSD^' CfaaandoSy le eomte 
«et \m ^'emfapasaètreût en versant des larmes, 
'et Ciiiattdds se Tvprooiia :vivle9iieiit ée lie pas 
-être i^arti /au pÉ^emiÊr «vis, poîsqu'eai eB 
«ûas il ainrait pu am^s>«r À Piipe»a«iL aEsaez à 
^temps pour suiipnendr e^ Sancerpe ^ sttstro^ 
jpés^ qui étaient atersièn Iku éeisûreté. 

£ette ciFcbi^tdQcejr lou^ en muontvaiit 
^quelles ëtaicaît 4e$ mœurs du ^temps^ jndi«- 
^qoetaufisi i]'e9|ié6etie.qttere'Ue8 >et de rivdité 
'tpù comiiiennaieiiiti&af¥«ir lieu?entrela jeui^ 
nobtease angteise^ 1^ «eux qui tcsiaient un 
4mut itu^^paiam F«ii(»^^ qu^ 

^lellesqtiissem^fiaatèreiitaattsidoute enbeau- 
<M^oitpd'aiitiHls-M08Kli<m$, wais iiulkpartay<ec 
plus d'éclat qu'à l'affaire de {Puyrenân, où 
*|es Anglais ëproiHK^oiit^des pertes comsddé- 
' sal^ par suite^Ae (la ^iréaomptiôii; ^t rde la 
«cémenté de 9eÊ^brGk% tttndis que le som- 



-l68 HISTOIRE DE FRANCKi. (jSyo) 

))re ressentiment de Chandos fit manquer 
Toocasion d'user de représailles. 

Mais ce n'était pas assez que l'Angleterre 
vit ce guerrier distingué contrarié et tra- 
versé dans ses entreprises , elle devait être 
privée pour toujours de ses services, et cela 
dans une rencontre sans importance. 

L'attaque dirigée contre le-comte dePem- 
broke à Puyrenon , eut lieu en 1370; et 
vers la fin de cette année , un certain moine 
d'un couvent de Saint^alvin , ville de Poi- 
tou, animé par la haine qu'il portait à l'abbé^ 
son supérieur , réussit à le livrer ainsi que 
le couvent et la ville même, à Louis de 
Saint-Julien, et à un aventurier nommé Car- 
lonet.le breton, deux chefs du parti fran- 
çais^ qui eti prirent possession au nom de 
la couronne de France. Chandos fit plusieurs 
tentatives pour reprendre cette place, non 
qu'elle fut trè^importemte, mais parce qu'il 
regardait comme une taché pour sa réputa*- 
tion de l'avoir perdue de cette manière. Mais 
la vigilance de Loais de Saint-Julien déjoua 
tous ses effiipts. 

Persistant dans son projet , Chandos , (n 
«a qualité, de sénéchal de Poitou , envoya 
•ordre à divers chevaliers de cette province 



(tSyb) HtSTOlRE 0E FRANCEi 169 

de veiiir le jl^radreâ Poitiers dan» la soirée 
du 5i décembre y dans le dessein de sur- 
prendre Saînt-Salvin. Les cheyalicrs poite-*" 
vins qui aimaient et reqpiectiiient Gfaandos , 
obèrent à cet ordre , allèrent le trouver , 
et leur nombre pouvait monter à trois cents 
lances. Avec cette force il marcha vers la 
petite-vîUe[deSaint-Salvin, descenâit dans 
le fossé , et il se prép«*a à le passer sur la 
jg^lace^ la gelée étant alors très-forte* En ce 
moment la sentinelle de garde sonna du cor^ 
et les chevalicârs anglais en conclurent qu'ils 
étaient découverts. Us sortirent donc du 
fossé dans lequel ils étaient en embuscade ^ 
sans persister dans une oxtreprise qui^ s'ils 
eussent été aperçus comme ils le suppo*^ 
saient^ devait devenir impossible. Cepen-^ 
dant le son du cor n'ayait aucun rapport 
à l'attaque projetée de Saint-Salvin ; il n'a- 
vait d'autre but que de donner avis dans la 
forteresse de Tarrivée à la porte opposée de 
Carlonet le Breton qui venait proposer à 
Louis de Saint-Julien de faire avec lui une 
excursion cette nuit pour chereher des 
aventures^ suivant Tusage de ce temps. Si 
donc €iiandos s'était t^iu caché quelques 
. histans y ces deux dievaliers seraient s<h*Iîs 
♦ m, * 8 



170 BISTOIiUB i>£ FIU^KCIi, (i^Jo) 

de SaÛBt^Salvin , «t cette iniUe|>^daii4 Jeur 
absence , serait dévêtue facîl^iaeQft la jprojt 
des Angtoîau Sftûs le laauvais d^tur de ce 
gucarner céièhre l'eufiorto. JH se rtlîrt 
dans um village à wvîfoq trois Ihmm de 
Saiiit*SaWki> et le servke^ pour lequel tU 
avait apfielé les oh^aliers {XHteitiiis ^sait 
termimë , il les renvofa «Chacun okes i^uk^ 
Ghandos déclara eoMUte son iiM:eQ(iQ|9b de 
lester tout lel^Bdemaift dsms œ volage ^ et 
Sir Thomas Percy^ qui étail avec hjii , im 
dit que piMqa'il n'avait pas 4b desseni d'ts 
sortir , Û lui ctenaindiit la permisaionr^d'aUer 
luiHEnéoBte ehet cber les avéntiures piniraon 
propre eomplev Ghamtoa^cciiisentit» etilne 
lui resta ainsi que quarame à cinquco^ 
lances; 

Les historiens rapportent avec les détails 
les plus circonstancife la mort de ce gu errier 
renommé. ' 

Il n'y ^^^ P^ los^teflipsque SUt ThQh- 
mas Percy était parti quand Ghaisidos ap- 
prit que Lattis «la Sami^Jviim et Ga^loBat 
étaieiKt certainement alera s. hattre la 4»«e 
pagne* Qudqu^ils fosaeiit: pres^tUA^^es wm 
mis pmrsoraiels;^ il ne mcmi^mà^^vàimmiii 



(l570) HÏSTOIRE DE FRAl<(CiB^ I71 

..dé&ir de te mettre à leur poursuite. Il re^ta 
quelque temps dans le village ^ causant avec 
ses comparons d'armes, en se: d>auffant 
devant un bon feu. ^nfiijt ^ comme par une 
réflexion soudaine , il chaQgea de dessein , 
et dit qu'il allait monter à cheval pour re- 
tourner à Poitieirs. Il n'avait pas faJU beau- 
coup de chemin le lojag de là rivière^ quand 
il entendit hennir des chevaux. C'étaient 
ceux du détachement dç $ir. Thomas Percy , 
dont4a situation aurait, été très-K}ang;^r6i^y 
«i elle eût #é connue de l'ennemi, X<OHi% de 
Saint-Julie^^t Carlonet. étaiçiit arriva ff^r 
hasard en arrière de la troupe de Sîr Tho- 
mas, et ils étaient eux m^essuiyisy simple 
savoir;^ par celle de lordCh^smdos. Dans ce^e 
positionembarrassanteayai^ttindélach^BiCflpit 
^Qtnemi &a avant, et un airtre en arriéée. Us 
ohevali^*s français prirent la résolution de 
s^emparer du p&fft de Lussik;. Là ^ ils mi^ 
rent pied' à terre , dopiiérent teiu*s cd^iraist 
à leurs pages , et ae linxtc^t «ur la d^nsîve^ 
^aigpij^t aétFidMta^cpaé^ de d^ux eôt^ en 

r#u(^..pi^l^.eift|:> <çié^tr q^e ,Sir Ubmfis 
>l)erçy4gpQrMt la.pr^iwe^ du 4é(af&emeitt 
.^;Cb^»4m^ e^t'par .qf>9«if^^% ;ntf >se.dfQ»^ 



1^2 HISTOIRE DE FRANCE. (l^yo) 

tait pas du péril dans lesquels les Français se 
trouvaient. 

Chandos fut le premier Anglaisqui arriva, 
et il salua les ennemis en ces termes : (r Ah ! 
Sire Louis de Saint-Julien^ et vous^Carlbnet, 
vous ne faites pas la guerre de franc jeu en 
courant ainsi la nuit^ en prenant des villes 
et en faisant des prisonniers. Il y a long- 
temps que je désire vous voir.' — Je suis 
Chandos , regardez-moi bien , nous allons 
voir quel est le meilleur chevalier de vous 
ou de nioi. » Pour parler aiiiBÎ , il avait 
baissé la visière de son casque , et il ou- 
blia de la fermCT. Se jetant à bas de son 
cheval > il avança , la hache à la main , pour 
attaquerles Français , qui avaient aussi mis 
"fied à terre. Maïs à l'instant où il allait lès 
i joindre , le pied lui glissa^ et il tomba sur , 
"le poiit, dont la moiitéc était roide , et qui 
était couvert dé gelée blanche. Un écuyèr 
français saisit le moment où il ^ê relevait 
pour lui enfoncer sa rapière dans l'œil. H 
le fit d'autant plui aisématit que la vifiièi^ 
du chevalier était ressée Iétée>€« €hiÉndi>s 
étant borgne ne jiut voir le côii^^'qiii'tUi 
était portée ni par cons^quenillè jpilrèr: Ëa 
pointe de la rapiiètiî avait iiéiïétt4|asqii'âa 



(iSyo) HISTOIRE DE FRANCE, 175 

qerveauj, 6t ce vaiUant chef mourut sans 
prononcer un seul mot* On continua à com- 
battre avec fureur autour de son corps ^ 
carlesFrançais étaient déterminés àprofiter 
de leur si^riorité de nombre ^ et du grand 
avantage qu'il venaient d'obtenir, tandis 
c|ue les Anglais voulaient venger la mort de 
Chandos. L'écuyer qui avait porté le coup 
fatal , fut blessé mortellement à son tour. 
Cependant les Français plus nombreux se- 
llaient restés vainqueurs , si leurs pages et 
leurs écuy^ j ef&ayés en reconnaissant la 
bannière du formidable Ghandos , e| en le 
voyant hu-même s'avancer, n'eussent pris 
la faite dés le commencement du combat^ 
en emmenant les chevaux avec eux. Sir 
Thomas de Percy aurait pu facilement dé- 
cider la victoire s'il n'eût été trop en avant 
pour entendre le bruit de ce combat. Mais 
pourque rien ne manquât aux méprises etaux 
4ncidens variés de cette nuit extraordinaire, 
on vit alors paraître un autre corps nom- 
breux d'Anglais , avançait au grand trot , 
les bannières déployées , et la lance en arrêt. 
Les: Français , ajarn^és de cette apparition 
inattendue , et ne pouvant s'éc^hiapper faute, 
de chevaux , jugèrent pljis à propos de sç^ 



174 HISTOIRE DB FRANCE. (l^yo). 

rMidre ^eonnié priscnnienaux compikgnoiis 
de Chaudes qu'ils avaient presqftie d^i!^ ^ 
qm d'attendre la itterci de ces tiômveaiix 
vièniis. fis 9t rendirent donc , et celte escar* 
itidnche , qui ^ dn commencement jusqu'à 
la fin y semblait TèuTrage d^une fiortnne 
aveugle , se teimina d*une manière- toute 
différente de celle dont elle avak cofXH 
mencé. 

La mbit de Cfaandbs ôit vivement re-- 
grettée^ non seulement par les Anglais et 
lès Gasce^i^ y mais par les Français enx^ 
méteeftqui le respectaient comme Thomme 
le phii M état d'étdbiir une haMM^ie sitw 
cét^' entre les rois d^ Fppgsffe et ê^AîË^d^ 
terre , et d'amener une paix durable entre 
des de^eOK royaumes. Après sa mort ^ on put 
r<^enarquer du coté des Anglais une grande 
diminution de prudence , d'ardeûih et de 
courage i et la disparition du champ de 
bataille d'un si grtfnd général fot une perte 
que rien?, sous aucun rappcft^t , ne put ré- 
parer on cdïnpënsfeK 

il est vraitju'avant Tévénement qu^nous 
vettom de rapporter aÉn de terminer ce que 
nous àtidkîs à dire de loi^ Çlmuàoêf Edouard 
Iff s'était dRirbê d'augmenter ses ftmjcs en 



(l570) HtôtOIRB ÔE MANÊE. 17^ 

Wt&nM en fmsatft pft»w à Crfafe srni fils , 
eofUmuBémeirt «fipefcé Jesfift tlé Gftnd , à te 
tète de c«iqe«iïts hôftimès d^lfMttês , et tfuti 
corps nombreux d'archers , forc«» «oî^*- 
«jettes Wcomtede fîartrurwjoigpiit, coMne 
attitiliaire de i'Angletwrê. 

Desi^ «ôlé^ le mi de France , ^pprë- 
mmC qtf «ne iu[*oi!é8 , cetaiBaandée par tïn fila 
d'Ai^eterre ëteit di^arcpapée à Calais > ^ 
faÎMÎt de fréqatttites incursions dans l«^ii* 
iriitiBS , Y ^PP^^ "^^^^ ^^ i^rdr^ du due de 
Boargo^e y ke pli»- habile de ses frères , 
nuoe force , qfui , «oBoqparée à celle des An- 
glais y mc^taic à pli»s du septuple. iVfloAna 
pourtattl à ce priuoe Tordre te ptes fdmttJ 
de ne hasarder iiwemie action, pour tpAel- 
que raiso»<qfift»^ fôt > c»r te «ètivenir deê 
attcieanes bftIaiUes p^uéS malgré là plus 
grande supérforitéde nombre , était un avis 
de ne pas^ $• expe*^ à un pareil' risque. Re- 
tenu aiiisi p«r les wdres du reî , le duc de 
Bourgogne campa dans tewtsinagedç Calais . 
«nnre 8(dnti^Onti€r etnrourn^heâd, tandis que 
le duc de Laneifêlrë de f autre côté occupait 
une irès^forte position défendue par des 
luftes^ des fossés et des retraucheiheM qtii 
là reiKbiènt inatlaqùiible , de ëorte ifûm les ' 



176 HISTOIRB DE FRANCE. (l^yo) 

deux années restèrent m £ace L'une de 
l'autre, sans qu'il se passât entre elles 
rien de reman{uable , sauf quelques esçar^ 
mouches, 

D'après les idées de Ce siècle , le duc de 
Bourgogne perdit beaucoupde sa réputation 
aux yeux du public > en évitant une action 
générale contre une armée inférieure en 
nombre. Cependant c'était précisément en 
attaquant un nombre inférieur d'Anglais , 
m^is placé dans une position extrêmement 
favorable , que les Français avaient fourni 
à Edouard III ^ et au prince Noir l'occasion 
de gagner leurs trophées immortels. Leduc 
de Boui^ogne fut pourtant si mortifié de sa 
situation, qu'il s'adressa au roi son frère 
pour lui demander la permission , ou de li^ 
T:rer bataille aux Anglais , ou de quitter 
iine position qui nuisait à sa réputation. 

Charles préféra l'alternative qui exposait 
le pays au moindre danger • Il ordonna donc 
fiu due de Bourgogne de lever son camp , 
et de revenir à Paris. Le prince Français 
t'xécuta cette manœuvre avec tant de p<*u- 
dence, que les Anglais n'apprirent la nou- 
velle 4^ la retraite de leurs ennemis^^ qu'eo^ 
voyant le feu qui çon^mait les tentes et les 



(l570) HISTOIRE DE FRANCE. 177 

huttes que les Français venaient de quit- 
ter* Ajwpés la retraite de cette grande ar- 
mée^ le duclde Lancastre résolut d'entrer 
en France^ et s'avançant cfe Calais versTo^ 
rient^ il ravagea les campagnes et les vil- 
lages, traitant avec une rigueur particulière 
ceux qui s'étaient montrés amemis des 
Anglais. 

Le Du^ rentra à Calais après cette excur- 
sion dévastatrice y et il ne se passa plus rien 
d'intéressant : cependant voici un retour de 
fortune qui peut mériter d'être cité. Hugues 
de Chatillon, qui était chef des arbalétriers 
de France , commandait la garnison fran- 
çaise d'Abbeville. Voyant que le duc de Lan^ 
castre se dirigeait de ce côté, il monta à 
cheval avec dix à douze hommes pour ins- 
pecter de lui^mêifne les pr^aratifs qu'on 
feisait pour lé recevoir. Tandis qu'il s'occu- 
pait de ce soin, un officier anglais , Sir Ni- 
colas Louvaine faisait une reconnaissance 
semblable. Il avait été sénéchal du roi d- An^ 
gleterre dans ce district , et it en connais- 
sait parfaitemenft t(nis les détours et tous les^ 
sentiers. Il se glissa jusque dans un villâ[ge 
en ruines presque aux portée d'Abbeville , 



I7d HISTOIRB OB FBAJfGB* (l^7o) 

OÙ l'on |i^ pouTait soi^içoniier auicuneeaiv- 
buscade. Ce Sk Mitol^ Louvre wét été 
IwHnâme iail prisomûer l'aniiée pi^écédeate 
par le même Chatillon , et il^vaît emçaut^ sur 
I0 cœur la fopte aornaH' de 4lix mille eai^ 
pannes qu'il .avait ^té obligé de M payer 
pour aa j^an^oiu Ceriut àimù wec -jme joie 
infinie qu'il reconnut celui dont ilavsiîtr^tôl^ 
captif , Hugues de Chatillon , dans le cava- 
lier qui s'avançail^ msacbsàaBomjsjàt ^ sans 
6it% préparé au oombat^ çâur un pagetmofle 
tait son cbeval de gwiTe et portut soa 
oasque. « En avant I cria Louvaiue à son 
détachemei^ qui consistait ea viiigt lioBfliBiei 
d'armes ; voià notre proie ^ une proie à 
lafuelle je ne voudrais renoncer peixr riea 
au monde ! » Tùa même t^i^ps il eourut soi 
grand galop contre Chalitton*^ la ianee ea 
arrét^ et lui cria;, a Rendes^vous ^ oui voua 
êtes mçti I -«-* A qui dpi»-je me rendre? d&^ 
manda le dief<dw. arbalétriers « étomié de« 
se trouver surpris par uod force supérieuise, 
quatad il se erojsait en tetiie sûreté* *^ A 
votre anciwM conMÎSiiiee lAHivaine ^ qui 
vous redemamde les dix mille oewennea 
que vous^ avesiexi^s'de lui pour » tm^^ 
ç(m. » Ce ftit dûAÇ le tour dis Cbatillon de 



(l57o) HISTOIRE DE FRANCE. 179 

racheter sa liberté âuttiéme'prïxqti'ît savait 
fixé pour celle de Louvaine. 

De pat^^inéidëiis pcrttvaient enrichir 
ou appauvrir lès^ militàii^eS' auxquels ils 
arrivaient ; mais Peffët gënéFal que produi-^ 
sait la guerre fmt îes dfeu^ pay« , était de 
les épuiser d'homme et d'arçettt. Cepen- 
dant led Françaisf ^ pleins de confiance dans 
la sajgesse et le patriotisme dé Chartes 
V, 9t soumettaient sans murmures aux 
plus lourde tajtes , sachant que le produit 
en serait employé à défendre l'indépen- 
dance du, pays. L'assemblée des états 
consentit à rétablir les mêmes tà!ices que la 
nation avait payée» pour fburftîi^la rançon 
du roi Jean ^ et elle eii saYîctfonnamértie une 
sur les foyerft , à peu pré^ la même qu^ celle 
de Fouâ^e, qui avait flarit ^ardre an prince 
Noir une grande partie* dé sa popularité , 
quand ii avait Voulu la pelvsevoir en Gas- 
cogne ; — tant îly a dfe différence entre la 
bonne volonté avec laqwèllète petiple paie 
les taxes qu'il juge nécessaires pour sa dé- 
fense , et le mëcontentëtriëflt que lui ins- 
pirent des impositions d6ïit la cause est 
frivole , ou qui sont destinés à exécuter des 



l8o HISTOIRE, DE FRANCE. * (iSyo) 

projets odieux ou toutou moins inutiles au 
bien public. 

Un parti de maraudeurs, moins nom- 
breux que celui du duc de Lancastre , était 
commandée pai; Sir RobertKnoUes , officier 
distingue ^ qui, d'une basse origine , s'était 
élevé à une baute raiommée par ses exploits 
dans les grandes compagnies. On lui donna 
aloi:^ le commandement d'une armée . de 
trente mille hommes , avec laquelle il fut 
chargé de ravager le royaume de France au 
nom d'ÉdouardlII ; —guerre de dévastation, 
qui n'était guère d'accord avec ses idées de 
conquête permanente* 

iSyo. KnoUes partit de Calais à la tête 
de ses troupes Vers la fin de juillet , et mar- 
cha par Térouane en Artois faisant de pe- 
tites marches, s'arrêtant régulièrement 
chaque nuit , et brûlant et saccageant tout 
sur sa route. De temps en temps Sir Robert 
KnoUes , qui . parait avoir conservé quel- 
ques restes de son ancien caractère, d'aven- 
turier , avait coutume d'accepter quelques 
sommes d'argent ,^ en considération des- 
quelles il épargnait certains districts, et dé- 
fendait les actes^ de violences qu'il autorisait 
en toute autre occasion. Cette conduite fut 



(iSyo) HISTOIRE DE FRANCE, l8l 

représentée sous un tel jour à Edouard III ^ 
qu^elIe finit par être sur le point de coûter 
cher àiSîr Robert. Cependant ce général 
dévastateur dirigea sa marche vers Paris , 
non dans Fespoir de s'emparer de cette ville, 
mais par le désir de jeter le trouble et la 
terreur dans les environs , et peut-être d'en- 
gager une partie des habitans à en sortir , 
et de risquer une bataille. Il en arriva sf près 
qu'on pouvait voir des murs de Paris les 
flammes jaillir des villages voisins qu'il in- 
cendiait , et un chevalier de l'armée an- 
glaise trouva l'occasion, quihii devint fatale, 
d'accomplir un de ces vœux de chevalerie 
qui étaient à la modédans ce temps , et qui 
ajoutaient toujours d'autant plus à la renom- 
mée de ceux qui les exécutaient, qu'ils 
étaient plus hardis et plus * extraordinaires. 
Cet aventurier avait, à ce qu'il paraît fait 
vœu de frapper de sa lance la porte de 
Paris. Dans ce dessein , il sortit des rangs , 
et suivi de son écuyer, il courut vers la 
porte où il trouva les barrières ouvertes. 
Plusieurs chevaliers français étaient prés de 
la barrière, et ils ne savaient ce que pou- 
vait se proposer un hointne sètfi.' Mais 
quand ils le virent ' frapper la' porte de sa 



l82 HISTOIRE P£ FRAJCqE. ^iSjo) 

lance , tûBniçr ensuite la bride de $o^ OQur- 
sier pour s'en retoui^ner, ils s'écrièrent en 
riant : « Pars en sûreté j tii es nu vaillant 
chevalier , et tu as bravement accompli tan 
vceu, » lilais les habitans d^ £aris et du 
faubourg ne voyaient pas la coivlHit<e du 
chevalier aventure\ix du mêmeo^il que ses 
frères en chevalerie.. 11 a{^ritason retour 
la 4iif érence de leurs sentimens ; car un 
boucha qui l'avait vu traverser le faubourg 
quand il était arrivé., le guetta quand il y 
repassa , et lui domia par derrière un a>up 
de couperet qui le fit tomber de cheval. 
L'écuyffl* , alarmé pour scwa maître en voyant 
son cheval revenir sans lui, s'avança assez 
dans le J(auboui$ pour voir le chevalier ren- 
versé par terre, tandis que quatre à cinq 
vigpurçux ouvriers lui portaient des coyps 
comme des forgerons battant le &r sur une 
enclume.il prit donc la fuite et porta «ai 
camp de KnoUes la jiouvelle du triste scwrt 
de son maîtres 

Sire Robeiit KnoUes campa cette nuit m 
vue dej]PariS| .et nous rendroiis ooiopte eî- 
ap]:ès,4^ ^ fi» de son expédition, qui se 
tjBW»inèL.p^,u;jeàctigi^ entre lui et le cé- 
lèbre jpij^^^d Du Gu|«5clia. 



i 



(1370) HISTOIRE DE FRANCE. l85 

Cependant les évènemens de la guerre 
continuèrent" à ê|p5 dWfaTCttaWes à l'An- 
gleterre. Un astrologue de ce siècle aurait 
pu dire que l'astre ami de F-^b^gleterre 
av^it dis|)aru de riu»*ison , ^t y avait fiait 
place À ym autf c , "arnî de la fVance et fu- 
neste à ses ennemis. Quelque chose > de ce 
^nre arriva véiilablemeiKt 9ur le globe^er- 
restre: car dans le coars dé cette année' la 
profession des armes perdit leyaîllant Prince 
Noir , et le fomsidable Bertrarid^Du Gués- 
clin prît le comioQtandement d« L'armée de 
Charles V > et mérka le surnom de restau- 
rateur de la monarchie française. 



*^ 



■4-.f.r V j. ^ 



CHAPITM» VU. 



s 



BB?OLÏI BB LniOGB8|QOI SB OOTIBB AUX FBAXÇAI8,-^LB rBI5GB- 

.Hoia amiAbb cbttb viitA bt la bipbbbd.— -hobt fto bbincb- 

BOIB. — BIBTBAHB BB GOBSGIIB BOMMB COKBiTAB|« BB FBABCB. 

IL B^FÀIZ LBf JLBGLAIf A POHT*TOLABT. — MABIA6B BO BUC 

BB KAHCAtTBB AVBC VIWPILLB BB NBBBB LB CBBBL. •*— VKBBr , 
BOl BB CABTILLtf BBTHWT » BAB BBITB BB CBI» ALLUBOt , 
^BBlll BB l'aBGLITBBBK. — BjtPAlTB BB LA PL0ZT8 AB^LAIfK 
PAB LBS BSPAGBOL8 , DISANT LA BOCHBLLB. — - LB MAIBB BB LJL 
BÛÇHBLtA LITBB OBTTB TillB AUX PBABÇAIt* -« PMISB BB P^I» 
TIBB8 PiCB LB COBRiXAXLB. — SUgB "BB XIOUABB f QfK S* -WMMB 
AVX FBABÇAI8. -~ CHiBLlS ▼ €BA88« LB COJITB BB IfOMTrOAT 
BB BBBTAGBB» bt DÉQLABB CB DteCBÉ CONPISQOA iU PAOFIT BB 
LA COCBOBBB BB FBABCB, — IBWBBBCTIO» BBB fBIGBCBBf BB»* 
T0H8 f ILS GHASSBflT LBS FBABÇAI8 BB LBUB PAYI. — MOBl DL' 
COBKiTABLB DV GUBSCLIB , BH ASSliSBAHT CHATBAUHEUF OB 
BABBAB. — GBABLB8 BB BATABBB PBITÉ BB8 B0XAIBK8 Qc'lt 
POSSBbAIT BB FBABCE. — r MOBT HOBBIBLB BB CHABLBf BB ITA- 
VABBB. — MOBT DB CHABLBS V, SOBUOMMB LB «AGS. 



Je vous ai déjà dit qu'Edouard , le re- 
nommé Prince Noir, n'avait jamais recou- 
vré sa santé ordinaire depuis son expédi- 
tion en Espagne. Ce fut en vain <|u'à me- 
sure que les difficultés se multipliaient au- 
tour de lui ^ son esprit exalté luttait contre 
Taflaiblissement de ses forces , et contre les 
progrès de la mailadie qui les minait , et 
qui parait avoir été une hydr<^Î8ie, Le des- 



(13.70) HISTOIRE DE FRAlîîCE. l85 

tin ne voulut pourtant pa»: que cet illustre 
ckampiiDn se retir^jie la scène san$.que la. 
victoire lui eut encore décerné une nou- 
velle palme, C^tte dernière faveur lui fut 
accordée dans une occasion qui intéressait 
vivement sa fierté guerrière. 

Un deà plus grands avantages qu'obtint 
la France par suite du mécont^itement 
général des Gascons contre les Anglais , 
proyint de Ig rév#lte de la forte» ville de 
Limoges. Cette ville s'était rendue à Tins- 
tigatiim dé son évèque^ dont les avis avaient 
déterminé les habitans à se révolter ^ et à 
recevoir une garnison française .La' reddi- 
tion en fut faite au duc d'Anjou^ et Ber- 
trand Du Gcuesclin resta dans le Limou- 
sin p afin de protégei' par sa présence cette 
acquisition importante. 

Le prince de Galles , de son <*ôté p fut 
vivement courroucé , non-seulement contré^ 
Tévêque , qui, avait été son ami personnel ,] 
mais contre les hahitans de Limoges y qui 
avaient changé de pavti avec tant de légé^ 
reté. Il ne pouvait alors monter à cheval ; 
mais ayant assemblé à la hâte une armée 
d'environ douze cents lances et deux mille 
archers , il la mit en mm^be vers Limd^ 
m. 8 "^ 



ïS6 mwfb%nn un franck, C*^^) 

ge», èl se itpôTîêP lnkHéme dans iine li-> 
tiévè déc0«v«rt€ à la tête et ses troupes. 
iik gariiisôn Pépondit avec m^rîd à la som-* 
maCion cpi'il hii fit et se rendre^ comptant 
sur la bonté des fbvlîficalio&s ^ qui ^ daiis 
le fait , avaient été con^uite^ par le pi4iice 
lui^-méîne. Dèa qu-il eût reçu ce reftiy mé- 
prisant de rendre le plaee , le prince de 
Galles fit le ^iége de la ville ^ qu'il attaqua 
en outre ^ faisant prttiqucir des min^' 
sous les murailles' y genre de servièe pour 
lequel il avait tes meilleurs ingéme^)rsthi 
temps. Cepaddimt Bertrand IKi GùeseUn 
tenait la campagne avec deux cents lancesi; 
faisait des incursions sur les t^ritoires qui 
étaient encore anglais , et s'efforèait , par 
divers moyens^ de détourner l'attention 
du Prineç Noir du siège de Limoges. Il mi 
ftic'poûrftntpasau pouvoir de Du (G^uesclin 
dedéjoUer le» derniers efforts de eecëlébro 
hdros y presque mouraiit; C^hilhci ^ se 
laissa pa^ pr€indre aux dFverslovis: par îes^ 
quelles Du Gue^cUn cherckaît àledî^^ire. 
H pressa le si^^ avec une vigufeitp iduper-* 
turbable , et s'adonna entièrement aux tra^* 
vaux des mines , jusqu'au moment où ses 
ingénieurs ravertireni qu'as étaient prêts 



à firîré t6ftib«r tttw partte^ îAufaille suffi-^ 
saftCe pour lui permetti* de Mvh entrer 
dans la TÎUe ses liataillcms. L'usagé dé la 
p6udre à caii<m ëlMit edcofe inconnu pour 
It^ mifiés , paf cottséqiïciit lés ihineiifs eu- 
i<enc ordre dé mettre le feu aux étais en 
bois par' le moyen desquels ils avaient sou^ 
tetitt \^ muraitte pendant qu'ils travail-- 
laiént à Icïlfar opérations. Une portion du 
mlir, d*énvïi^n trente pieds de longueur, 
tomba dans le fbssé, ht le combla; et la 
dii^isioi^ afn^atge ; charge de donner l'as- 
saut, se précipita sur les ttiines. Les portes 
étaient gardées en même t^nps par d'autres 
détàdiemetis de l'armée anglaise ; la fuite 
était donc iiftpossible , et les malheureuxf 
habitans n'eurent d'autre ressource que de 
se prosterner dans lei^ rues en invoquant 
a¥ec des cris lamentables la ifterdf du pirin- 
cey qlii M^t dëterminé à n'ea avoir aucune, 
lis maSMK^re ettt Ken sans aucune dtstine-» 
tîoii, et tandis qtie le prince entrait dans 
la viHe p0Êtê dans sa litière , les gardés qui 
l'entouraient, tuMént les hommes, les 
femmes ef les enfens , à coups de haches 
d^iai^nes et de sabres. Quatre mille person-^ 
née AirenI ainsi tMft^aterëés saris qtî'Hon dis* 



\ 



l88 HISTOHIE PB FRANCE, (l57o) 

finguât les honunes armé» de ceux qui 
étaient sans arme^, les femmes des kom- 
mes 9 et les enfans des adi^ltes. La vue de 
quatre braves Français qui se défendaient 
valHamment fut la première chose qui rap- 
pela dans le cœur d'Edouard des sentimens 
plus dignes de lui. Chacun d'eux avait af- 
faire à im noble antagoniste , . et presque 
tous du sang royal ^ car les quatre cheva- 
liers combattaient contre le duc de Lan- 
castre et le comte de Cambridge ^ frères 
du prance de Galles , cont^:e le comte de 
Fembroke , son beau-frère , et contre un 
autre guerrier anglais d'un rang distingué. 
Le Prince Noir fit arrêter sa litière pour 
voir ce combat à outrance p fait pour éveil- 
ler sa générosité , quoique tout sentiment 
d'humanité parut alors éteint en lui. Tan- 
<lis que st litière était arrêtée pour qu'il 
pût jouir du spectacle il'un combat k ou- 
trance , les c]^evaliers français saisirent 
cette occasion pour se rendre à lui , en lui 
remettant leurs armes. Il les congédia en 
leur donnant de grands éloges , et le cœur 
du vainqueur fut adouci en faveur des vain- 
cus par le spectacle de la valeur que ces 
combattans venaient de dé|doy^. Mais ^soa 



(iSyo) HISTOIRE ÔE FRANCE, l8g 

courroux «e ]?év€411a quand en amena de- 
vattt lui l'érêque de Limoge , pi^mier çiu- 
teur de la révolte. Dans^ le , premier accè^ 
de 8a cdkère, il ordonna qu'on. le décapitât, 
et ce ne fut qu'avec difficulté qu'dn parvint 
à le déteritiinér à lui laisser là vie. 

La reprise de Limoges fut le dernier 
exploit de ce guerrier renommé, et nous 
regrettons d'y trouver le^aractèr^de cruau- 
té de cette époque sans aucune teinte de 
là générosité qui la signalait en même 
temps. II ne nol» reste plus qu'à dire 
qu'au eommencement de l'année suivante 
le Prince Noir éprouva un grand malheur , 
celui de perdre son fils aine ; et sa propre 
maladie augmentant , il résolut d'essayer ce 
que l'air natal pouvait opérer en sa faveur* 
11 nomma son frère, le duc de Lancastre^ 
pour le représenter dans la principauté 
d'Aquitaine ; et il quitta pour toujours le 
pays où il avait acquis tant de gloire , et 
auquel il avait infligé tant de calamités. 
Ce grand prince mourut à Westminster,, 
le 8 juin 1 576 ; et son père , épuisé par 
l'âge, et sensible à divers affronts, qui 
couvcir^fit ses dernières années d*un som- 
l>re nuage, ne lui survécut pas îong-tempsr 



Ê4oiJiEUN[} IIlria(fui:ut, U ai juki 1577 ^ ^ 

Motxe hiiitoire, iicHi» aur^AS à faire men*' 
tioii de quelques âv^MiaiBMquieutaDtlîeUi 
avant 3a Bioi^ 

Tandis qufi le de^n dièposaît^aÎMl des 
deux' pius: grancU enai^ia' de la France, 
le souyerain de ee iHVjKawie a'^ffbrgtîif dci 
pourvoir à larp^r^^teçtiaRide les élals^ et il 
e*^ prei^ait 4e ii^eîUfur a^oyen « favori** 
saut d'une matiière édatanle ]»méFkfi et 
le$ talena« Une plaee^ toi^oun tré$-impor^ 
taotey . mais qui rétait partieuUrisMmeni à> 
cette époque ^ était devenue v^oante. eo^ 
1570 ; . Qelle.de oonu^taUe d^- Fmnoe , la 
plu«^ haute dignité militaire de ce royHume^ 
et de la plus grande importanoe , par le 
pouvoir qu'eUe donnait^ surtout quand le 
1%^,. — ce qu'on pouvait dire de Charles V^ 
-*-<- n'était pas p(»p60iuikelleoient belliqueux ,. 
et n'avait pas Ubahitude de commander ses 
armées. C^tte plaœ devint vaeantti par la 
démission d'un bi?ave dhevalier / aorniné 
Moreau du Fiennes , (|ue Tege el les in^ 
flrmités avatent resiàu hoT$ d'état^'en rem^- 
plir les devoirs^. (|t qui pat eonséqueat k 
remit enti^e les mains d^ rôi. Uusage^ avait 



été d^accorder ces ftoedoins à i€i hommes 
du rang le plus ëioiiîitot ; ifiàîs d'après le 
suffrage uifîvfeirsèl éèmot T^ymme, CKarte« 
it^kit de eoiisttlter moins la dignité que 
le mérite de celui à qui il conférerait un 
emploi si important. Bft conséquence totis 
les yeux se tottmèretit' stir Bertrand Du 
Oûesetlfi , eomitie éimkt le plus vaillant 
dhieralier, te chef le plus^ expérimenté, et 
le guerrier le plus favôï'isé de la fortune, 
qui combattit sous la nannière de France. 
Depuis que leJPrinee Ndr ne poutait plus 
porter Son armure , il était même regardé 
comme le meilleur gënéfïtl vivant. 

Du^uesdlh , maMiflé devant le roi , par- 
tit du Limousin pour l^aris. Mhis quand il 
apprit que- lé roi, arec IVlntière approba* 
tion de ses noMes et <fti ses pairs, Favait 
choisi pe^ttr être cttûfïéÉabfe de France , il 
déekrtEl modestement qu'il était incapable 
de remplir utn^plaêe si importante, et fit 
valoir la difficulté qu*éprouverait un pauvre 
chevalier comtne Inr à se fttire obéir par les 
grands et puissans •p]^inees de France. La 
résolution dû roi était prtse d'après de trop 
bonsmôtift, pour i}^ eeir excuses modestes 
p«iBsent f^m faire changer. Il insista pour 



iga HISTOIRE DE FRANCE, (ïSyo) 

qjue cet^e place fat accq)tée par le guerrier 
qui 8*était: montré le plus en état de la rem- 
plir. Su Guesclin demanda alors à mettre 
une condition à s(m acceptation : c'était 
qu en cas de plaintes, contre lui , le roi 
daignât lui promettre 4e n'y ajouter au- 
cune foi , à moinf que celui qui se plain- 
drait ne fût prêt à soutenir son accusation 
eu face de Taçcusë. Cette demande était 
raisonnable^ et le. roi l'accorck sans hé- 
siter, ♦ . 

Mais quoique un guerrier^distingué fut 
ainsi investi du commandement militaire 
dans toute la France , il existait des âr- 
constances d'où d^ndait essentiellement le 
salut du royaume , dont le roi se réserva 
l'examen et la décision. Quelque estime que 
ce sage prince eût pour Du Guesclin, il 
craignit que les hautes idées de chevalerie 
du connétable ng l'entraînassent trop aisé- 
ment à hasarder une action générale ; faute 
dont la France avait $ou£f<prt bien souvent ^ 
et qui pouvait avoir des conséquences trop 
graves pour qu'on s'y exposât téméraire- 
ment. il«xésolut dope , tout en aba^idon^ 
nant au connétable la conduite de l'armée 
française^ de ne lui laisser dans aucun 



'"s 



(iSyo) HISTOIRE DBj^Ki^NeE. îigS 

temps des forces assez con$idérables:pouF 
l'encourager à livrer une grande bataitte^' 
sachant fort bien que lorsqu'il s'agirait 
d'actions moins importantes ^ ses connais-^ 
sauces militaires ne pouvaient être surpas-^ 
Bées, ni peut*-étre même égalées par celles 
d'aucun dés généraux anglais. Le roi renfer- 
ma dans son sein cette restriction. L'expri*^ 
îner, eût été montrer de la méfiance de son 
général, etencoreplusdeses soldsrts. Charles 
consentit donc volontiers à la proposition 
que hii -fit le nouveau ccmnétable de se, 
mettre à la poursuite de sir Rd^ert KnoL- 
les } mais on dit qu'il eut soin de lie lui 
donner que lé nombre de troupes néces-^ 
saire ponr surveiller rennemi, sans qu'il 
exi eût assez pour risque^ une action. Mais 
le fidèle Du Guesclin augmenta ses forces 
à SCSI propres frais , en vendant de riches 
joyatBT'ét d'autres objets de grande valeur. 
Le moment était sans doute três^avo- 
rable pour attaquer l'armée de KnoUes. Ce 
commandant , comme nous l'avons déjà 
dit, s'était avancé jusqu'aux pertes de Ta- 
ris sans avoir pu frapper uii coup âmpoF* 
tant, et beaucoup de sdg^urs de haut 
rang, qui servaient avec lui, étaient mé-> 
ni. 9 



. I 



K)4 Hincmuti mu nuifCE. C^^^l) 

contei» élèbiH^ axa» l'autorité àe m ^k^L 
SonpKi^t wxàétéâB conAiire MS.troi^ieSs 
dans le diicbé>dr Bn^agoe, quIiA regac«Ûâl< 
eomme i'aidnit le.piM* fàvcvrable pour 9^.j> 
étaUir enifiiarÉierdflMivec ^ aitanda^qi^'aiir*^ 
trement il eût fallu les .divisée eia cpcfto 
Béparéfty ce. qiiày.eDmiaeïce.gi^pM^ 
Hnienté: la penaaitv pMo^ait founûr à uar 
ennemi acstif ^ cotnÉier Bu GuMelm, ÏMn 
cskmon de kis. attacpier o^cc ayantagj^. IdXÊèt 
OrandisKini lônL Fitcvraher^. et d'attiré» 
SMgnieuffa . an^^labo ix&iaèpeBt de ae • netiter 
eDr-£ireiag^6iiifaiit> kfiiicttdicia àe sirB^^^*- 
bert KnoUea* Il était d^ trop baa.rang^. 
direiit^ila y ipour oèmmaiMkr à : dea Jbamniea 
èomme ieax. Ut ^^piîttèrent éomr don armée^ 
que leur difpail.affiiiblit d'antani ,etQ$m 
mirent en quai«tier d'hiy«ir*dans les-mar^ 
cihes d'Ai^ou 6ti de TouFaîne ^ aaaa établir 
entre eux les communtcatioiis^ qu'eaîgeait 
la discipline militaire ^ mais .mardbant.sé* 
pàrémiènt , chaqite chef ne consûUant qtier 
aoiiibaftplaiBir. 

Taild» qnef b/dé^imioA iaisait^aibi^ des^ 
prognès pantiii les An^^bia^^ et qiie l'india^ 
dfdilie augn^Qiibait en proportÎQSM Bertrand^ 
DÎiiîGnaeSGUn ^aipprenait tout w qtii se, gat-i 



sait pahnt eux , pàk* le moyen d'un traître, 
un eHeValîfef ' noiniîié sir Jbhn Menstré- 
wortH, Tjm*ëiitiretétiaît'ûné correspondance * 
secfèté avec les Fraûçàiè^ ^t qui trouva' 
rbccâsîbh dé leù# dëcôuVrîr un secret très- 
important. Le' nouveau '^connétable s'était 
déjà' avaïidë pdur' agir contre >ire Robert 
Kïiolfes, qùîétàitialBf^ en quartier d'hiver 
en Rretàgner ieHim^^ ci*ap^^^^ qu;il ap- 
prochâit', Kiibîlés résolut dé rasséndilèr 
secrétetiiènt-et tôut-ànîôup les troupes qm 
avaient récettniéfît qtfîtt^ Sa ^bannière, et^ 
de" rëùnîr ainsî tfes " ftJr'ces' avec lesquelles 
il-^në^diutktt^ pafe qà'ft ne ïil en état ;d'é. ' ' 
craser^rStW^ée de Du 'duesdm 
di€(6nV îord'^FitzwàWèr ef l'es autres ,seî-* 
eii'éurs 'niëcontens recurent donc dés ïns-- 
trlrètîons décrétés pour se rendre âû canq> 
de sfr Riibert Knofles'^ pour accdmpHr ce * 
pi^ojetj et comme 1 ordre qui leur était 
d<mflé%diqùâit!qtfîïWàSt' question d^iine 
balailïé; auèùri^d^^ttx n'iiésita a'y obéîi^. 
Ett' 
aidé sir' 

dek c(ità^^^] (McHèè-. (le'ptm, ces 
ordfbs Inkxk'cêMiWie sit'MnHims^''' 
trèx^tJrtftj' eiiWnrén^ji' ^à fit" part au ' 




igÔ HISTOIRE DE FRANCE* (l57o) 

connétable de France, qui résolut, parla, 
rapidité de ses mouvemens, de faire man* 
quei» le projet du général Anglais^ etd'at*- 
taquer les forces dont KrioUes se propo- 
sait de former son armée, pendant qu'elles 
en étaient encore séparées. En cpnséquence, 
instruit de la marche delGraijulison, de Fitz- 
walter et de leurs |rQupç?,^- il jr^ussit à le^ , 
rencontrer à un endroit nomi^é Pont-Vo- 
lant, quand ils n'étaient encore qu'à mi- 
chemin pour effectuer leur jonctîqp avec 
Knôlles. Les attaquant ay.ec des troupea 
dont le nombre montait, au double des leurs. . 
il les réduisit bientôt à rextjrénw^. Cepen-» 
dant les I Anglais-, mettant pied à terre, se 
défendirent quelque temps vigoureusement, 
à l'aide de leurs sabres, de leurs lances et 
de leurs haches d'armes. Mais un combat- 
si inégal ne pouvait être bien longf, et ,, 
comn^e leurs pâgjes, qui gardaient Jeurs 
chevaux, les avaient emmenés en /fuyant^ 
la plus grande partie des, nobles qui. se troii-., 
vaient à ce combat. Jurent tués pu f aits | 
prisonniers. Cette victoire remplit d'aijdeur 
lès' Français , et 'it%^}^^ d^iUJfâg^nient.| 
proportionné parmi lès Âpglais ; et^comno» , 
elle eut lieu si peu^ije^^^gs^p^ apr^s. |ft,|fO.- . 



(l570) HfStoilBLE DE FRANCE. 197 

minatioa'dë Dù Gu^sclin à' la. place de con- 
nétable , elle lui fit' beaucoup dTionneur 
-aaîE yetfx-du i^et de làtiatioû, et fiit re- 
gardée It^omihe du phxs heureux présage 
pour ^avenir . Le résultat ' itumédiat de la 
<léfkite des Anglais à Pont-Volant fût que 
sir Robert KnoUes, contre lequel le roi 
Edouard aVak déjà cohçÀ dés préventions 
parce qu'il avait accqpftë dé l'argent poOT 
^épargner certains cantons en' Franiiê , flès- 
^itit tellemeiït^^uspéct à ce moiiarque, que 
sir Robert héâita qùtelqile tèmpë à rémet- 
4Te le pied en Angleterre. Mais lit trahison 
de sir John Menstreworth étant devenue 
publique^ le» expHeàtioné de KhoUes furent 
écoutées fevorablemeht. Le véritable traî- 
tre, étant tombé entre les mains des An- 
glais, fut exécuté en punition de sa perfi- 
die , e?t KnoUes recouvra complètement les 
iK)nnes grades du roî Edouard. ' 



» « 



Le connétable de France ne s'endormît 
pas long-temps sûr le succès qu'il avait ob- 
tenu à Pont-Volant. H se remit en campa- 
^nte à la Chatodeieur,' s'empara dfe plusieurs 
forteresse^,' et portklà guerre eii Guyenne 
«t dahst 1^ pri^iîicies Voisines j an là fdr- 



.tgS WSTQWE #E , f llMfîH- (.1 370) 

iui-fP[^9^E;^ ^fudt ^ jre8*w»hbit p» le 

^xm^ JSppfime. 4e,8<«i frète ^ w oear fitlQiis 

^Ut2^re3 ;4ui ipcupwwawîfot ^owivaiit à la 

Xîiïe ^UiWfieÀ laqufïljie .4e 4ug $e lai^§a. aa^ 

jtui;eUjeni^t.wtraî»par .|)ar œ .qm «ad)lai^ 

U vojx de 1^ prudqaoei» et qui si^é^t quis 

Yait adopté le IVipce t^oix Jlj»T»ê»^t» JBw 

J,àdre leCweJ^ qui^ jCPïOW>(^4ï«li8 l'avo^ 

jj!^.dit, av^t r^gtt la mwt4e l^tiSasim de 

.SQnfcèKçu leroi H^^^^^t ile dtâ^au de 

Montiel , ayait lafe^ dfiujî^ ,6J1<0? > doojt J'ai- 

née était indubitablement héritière du 

ropiwîfcç.d^, iÇ^tiJite. iCeçi ^pri^qwes or- 

jjjfeeîi»^ Réiwd?ie«t,^lqr$ imfta^eog»e, «*a- 

Ijes pouf ^F^ «omwe ^qpji^ Jeiir pèx* *»^^ 

.j^priijpféiJ. ^1^ MQ^ étoit.»lprs à la 

Jlew ^ i;igp.i >H %it)4wwu y^spf par la 

jWrj;»de.§oiv,4g(¥iW, Iîfc4l5*teia9be,î§lliatl4 



«HISTOIRE 0S FftAiVCB. ^99 

-â\»qpiraît;> il donna Mfif sâéi :À' Muée Ae 
Hoes «igfoFtunéos pcnleesscs^^ et-soti'fràre^n|e 
(duc de l}ambMlg^^'i^p0Qm laBeconde^rF^ 
me&te malkeiiDeiise * déaiwciie y le duc 'de 
-{encastre arfoiita:imx diffîcultite ;ddj^ 
rJiFtoteiet'si miiltîfiiiëBStdèlagaenie'c^litFe 
% France: , la «ooibpe' perspeetivie 4-**ne 
"^iIuéiièlle^afiec'iiebH'y 'r«i:de'€as^le*, xpxi 
-devant naturdleinent un enncÉiii Violant et 
'>Aaii^^apEUS dé l'An^eterne 9 *0t^lVe >tie fnt 
^^t>n teugMÉemps sabs ëproiorer ^kis <efifet6 de 

soatnîwiié. 

• 'Enaifiy le duo deHbskisea8lre>élabeit re-^ 
-^utué >en Ètn^etërm aveoéon ép(Mi«8:^ le 
ccQOfle de jRasll»9kê oraçnt '4)Q^4i^^e^f)abéttTe 
^ ianooile ^ isomm^ -^iniûâiidaiit ^m'^otef 
^es tfotoe^. anj^ses Asm 4a >pddicipaQté 
-d'Aquitaine. 9 àt^ait iitie#6ttè de (Quarante 
-;nhs9em& i ayant -à îbond.uîi ;ceit» We ^tmi- 
tpœ cénaidénMè^ «t< portent ^t^argaiit et les ' 
$munitioiis nëotasaixiBS poûif ^^wt^iî^la^use 
:ùetViin^\eflïf0my[qvLl dbanoetait dprs daiîs 
lié sud de:kFk*amia« iSânsi potftvu^ iîLpartit 
c^i»rttaAt>cli«ile;;ffll^s:^i a^p^clsttâft^de ee 



200 HISTOIRE DE FRAlfCE. (iSya) 

mare^ roi da Castilla, qui se trouvait forcé 
d'embrasser le parti de la France^ puis- 
que le duc de Lancastre élevait des prétene- 
tions sur son royaume^ du chef de son 
épouse y la. princesse Constance. Lesjdeux 
Aottes: d'Espagne et d'Angleterre se ccmu- 
. battirait avec résolution, et le combat dura 
jusques àasis la soirée du second jour; alors 
les Espagiiols r^oiportërent une victoire 
complète. On dit qu'ils durent leur supé- 
riorité y non-seulement à la dimension de 
leurs vaisseaux, qui étaient plus grands 
que ceux des Anglais , mais à l'usage qu'ils 
'firent du canon , — • arme qui fut employée 
poup la première fois dans un combat na- 
vaU r-«Xa, plus grande partie des vaisseaux 
a<iglais furent brûlés, pris, ou coulés à 
fond. Le comte de Pembroke, gendre d'Ê- 
•douairc^ JII, dont il a été parlé bien sou- 
vent, fut fait prisonnier par les S^agnols 
' avec beaucoup d'autres chevaliers de haut 
rang». T!^s furent les premiers et funestes 
fruits que piy>duisit le mariage de Jean de 
Ganjdavee la fille de Pierre le Cruel. Cette 
tentative: pour, envoyer des secours en 
Guyenne «ayant édbioué , cette , province et 
twifs^ lest parties de la princîj)«iité d' Aqi^- 



(iSy^) HISTOIRE DE FRANCE. 20l 

taine restèrent presque à la disposition du 
connétable Du Guesclin , qui , employant 
alternativement la force et l'adresse^ s^emr* 
para de beaucoup de places fortes presque 
:sans résistance > et y mit des garnisons. 

Ce qui se passa à la Rochelle peut servir 
à prouver à quel point les sentimens du 
peuple gascon pour ses anciens maîtres^ les 
Anglais^ étaient changés. Peu de temps 
après le combat naval dont nous venons de 
parl^^ et qui fut livré à la hauteur de ce 
port^ le maire de la ville^ nommé Jean Ghau- 
xlos^ décidé sans doute par le résultat de 
cette bataille^ et par la défaite des Anglais , 
imagina un moyen de livrer au roi de France 
cet important port de mer. Les Anglais 
avaient encore tme garnison dans le châ- 
teau^ dont le gouverneur temporaire se 
nommait Philippe Mansel^ homme sans 
éducation^ et sans beaucoup de sagacité. Le 
maire y ayant fait entrer dans son complot 
un certain nombre de bourgeois^ entreprit 
de tromper le commandant de la citadelle. 
Il invita Mansel à un festin civique^ pen- 
dant lequel il lui montra une lettre scellée 
du grand sceau d'Angleterre^ *^lel!tre d'an- 
cienne date, •— se doutant bien que le ig^u- 



XSM2 .BW/WÊSE VIE jotAmm» C^^Ti) 

riKenttiirûi'élaftipsB en&étxt d'tetlûpe ud loet. 

HBB 2a faii iQ»){ilBant diaoÉUiiBsiit 'artr« il€8 
^matiis^i qtie>tefXoi.&^ ofidomérqne la Çftmi- 
sou^ tofaateaa et ncdlô ide ia T?îBe soisnt 
ipsisëcft «m <]$evftr.àlteriia(lhreai6Bt car cha- 
iimn dleikii»€ammanBbna.rfe fereti danc a»- 
;«éaiàitcir (mes doldste-deiméQ /fner :!|iietroiis 
^rpuîssie?; «a ftire la: wme!; et ri cda i^roiis 
lÉotmiciit^ ifons fisnez aiaptif^vostrotipes^du 
«hâtea», pour qiie j'en fasse/J'iiiispeetioii .à 
mon^tûiir^ aimiqu'ilfisttQtfdoimépar^Bette 

I^^iomntMânsd» affiiGtoitde.cii^^ 
dw deatordreatiui ne «e lofomaàmt^fmi^s 
oma leUKe,, et y joutant fiai, «e Mciénk 
Jfti^e sbi»tîr,6e9 ,ttro«pea <cb eefaètaau le im- 
«demaiii^ etiil kis ef^diuml; danan^ne |ilame 
•où le #«ftd«fc-ifew dtait -dmm^ LenuMe,, 
iioyaût ^^'ism sù^m^ifèim avaîi inén^,^ 
ifit^le«s,:pteQ#,î tau ,e©tps aomhmi^ide^iïi- 
?*>y^^ a^'rtda.ewta» k, pMteidu.:ctatea«rret 
4a: ta»J»3ôn^^icp>ïil foafftrwwi à jciettiift lias 
J^^mm- ,Qp fdiit>pwba|)teBa«ttt m jpairiD- 
4îlfl^ 4e;i00 «»ire^rkrIlûthèllevvÇi€»Mtte 



Qb y mit ji^w<W9Mimk$qn'à\ .mr^t >permi8 

jan Ësds^ ecMp3tlii»re mamt^i fneJajrflle ne 
me de France; et enfin qu'elle jimkrak ém 

fl^ 4u ; T^^t cf^Emétablet ÏJ90 e^ear^ 
^QiiiQhe,#iiit lif^ Jli^^âtjafvtèa^ depeu d'iix^ 
fxalancie en elhrmém», soLaîa iqui est. eut 
l^afPPOi^ 4P^ 6eç swtQis«. Jbie «^b^iw de 

«kBuche;^ y bit fyk ptisfmnm., rei <m Ymh- 

TAngl^f ^pe*. :J^ roi-da^f aitocf ^c^a d#Qe 
ie.^sAés^ jppiî%iii| qii*0n<^v^^^ Hf^ibnié au 
pjiip dal&lUesîà l'égaiids^ iB<irtraod du 



2o4 HISTÔIRB 1>B FRANCE. {l^jj) 

pour le prix de la 'liberté da malheureux 
guerrier , qui mourut au» bout de cinq ans', 
encore captif. Des auteurs ont dit que lé 
captai , partisan dévoué du prince Noir et 
d'Édouaixl IH , se sentit défaillir en appre- 
nant leur mort , et mourut de chagrin dans 

sa prison* * . 

Cependant le dernier poiste restant aut 
Anglais en Gascogne était la ville de 
Thouars , place qui était alors d'uûe force 
considérable. Le connétable ne tarda pa^ à 
en faire le siège , et ille pressa avec tant de 
vigueur , que les seigneur^ anglais qui f 
étaient enfermés et qui étaient les partisianb 
les plus nobles et les phis illustresqu'avaient 
épargnés les escarmouches et les sièges qui 
avaient eu lieu en si grand nombre , con^ 
durent une capitulation qui n'était pas sans 
exemptera cette époque. Ils promirent de 
se rendre à la Saint-Midiel suivante si le rot 
d'Angleterre ou un de ses fils ne venait^ 
personne à leur secours avant ce terme. 

Edouard > à qui l^on fit part de <;ette con-* 
vention j montra le plus grand dépit qu'uBi 
prince aussi' peu belliqueux que CSharl^ V 
qu'on voyait rarement Farmure sur le dos"^ 
et la lantîe^au'pditigi M donnât' plus d'^m- 



(ïSfa) HISTOIRE DE FRANCE. 2o5 

barras que les monarque guerriers ses 
prédécesswrs , et il jura encore une fois de 
se mettre lui-même en campagne avec lé 
desspin.non seulement de secourir Thouars^ 
mais d'envahir la France et de la conquérir. 
Il se mit donc en mer avec une armée con- 
sidérable , dont la destination était le port 
de. la Rochelle j mais les vents et les flots 
miirent obstacle à sa navigation , et après 
avoir en vain lutté contre ^ux , Edouard , 
à.qui la fortune avait^ été si long-temps fa- 
vorable par terre et par mer , se vit oUigé 
de retourner en Angleterre .sans pouvoir 
secofurir cette forteresse. 

Thouars fut d<mc abandonné à son des- 
tipL. A. la vérité , les barons de Giiienne qui 
rataient fidèles à l'Angleterre, oflFrirent 
de marcher au secours de cette place im- 
pojrtante avec douze cents lances, si les 
assiégés «voulaient accepter leur aide. Mais; 
les chevaliers enfermés dans la viUe avaient 
donné leur parole de la rendre au oonné* 
table , à moins qu'Êdouajrd ou un de ses 
fils^ ne vjnit. les secourir en pçr^onne. 
Thf9UAr& fut donc rendu aiix Fraaçaîs , aux. 
termes de k ,CapitUlaiiod. ; ■. r 

lift çaupe,d^ l'Ançleterre ea France étant 



:m>6 Hsmotsm mi m^iteËv' (ilS^t^)) 

tombée ai bas, Giiifirtes'V crut potivôii* ^îm 
danger sadsir cette'occasïoii poiirseyënger: 
du cotiitt^' de Mâ^tfoit ^ dtui de Br^ 

dont le^ér6iaimtprin(:;^Alem6tltc<]^nt¥ibué 
dans l'oiôgine sî-fomcnatèr la guerre eiiti^ 
rAnglétifirre eti la> Fmnoe; Le cômtë était 
pnesquè di^à- dhimé de sed dômaibe^^ 
par deust de sm pr^p^i sujettî /te cùùhé^^ 
table dit Guesiélm; etOBviet* de^ Cliè^ïi ,^ 
tou&deuic partisims^détermitiés dé là France;' 
etA^alement'eimefniédeis A^glâssi Mkfe> non' 
content dé cettâfvsntàgtt.^ Cbâtrlesréèol^t^è' 
de n'axiHÂr Méuni^àrd<à^la^'neMtiB£!l& sti^ 
pulée en faveur du dtt<s paa^ le tmtë de Bi^ 
tigny,etil iievMflètfwi^fiirtftii* qu'^feprmce 
qui nourrissait ([xmtrê^ liil des Bentin^nd ^' ' 
hostiles^ régnât en Bretagne ôonnKe m pfetîr 
souverain. Il le fonçai done à^fulr de sofli 
duché, et à' se réftjgiei* en Angleterre^ 
ÉdôttardV à F«mvéè desôn parent et de soif* 
aJBé, e%p9itd&^(MàmBil Tétait ne n^n<jtA>' 
pas de faire tous^ ees effot^ts pourrrétabl&^te^i' 
aflFaire» do duc^deJWetagjîe. 

Ih levantine arMïée<di^ ditiqiiflKte iMllè^î 
beunnes^;^; tfiiis^ll9S('otthf^ès> àa dtté^^ 
Lancastre, débarquèrâstià'rGnls^ ]^iidlÉiit^^ 



les expi^t$jd£r9djit^F«L^d^i^lfiver/la^i^ 
de rAi^eterre , et de rét^Ur le.dufi dfô 
Bretagne dans son; ductté> Mm^, camp» 
ce fut le dissiâiadie toutes le» derrières e^féj 
dkioBSid'ÉdiDusrdllIi^ ces^graii^j>répaii»r« 
ti£» n'araeoéceirtaiioimivésubiit imperlmlia 
JLô déûiie Limsêib^e pai^tàt de Qalajs^ ^^ tob 
t€lê derT'soa'^urméek. £1 «vdtl âËi^o lui; liiâi 

Edouard Spencer. Ils marchéMntjajreàpré*;» 
oautioQ:^ s%trriS(; de- pi^ par troîa armées 
finiiiçaisesi,; eocfiiiiaiHiéa»> J'iHïefatjB le dsnsc^ 
Botirgo^e^ Vautee par k diÉ^ de \Bimih 
hon> et la t]7oî$tàpQieî> pvu^pftkiiiâQtt cont^ 
posée de eayaleiie par l'iolait^^le dm 
Guesclm ,^ qui suIy ait < l'améi^e-i'ganfe dis» 
Anglais^^ et qm.tomkiât s»i^ to»$i oeis» qtii 
s^écartaîent é^. leur baïuaiéte^ èàmà eotc^Mm 
rés et obsemé$»^i^ AngUla imf uresrt ittne^ 
aaeun butim àmB le pafç saM. éim ei^séé^ 
s«irrk-Kîbain|i» à.d«a repeé^lte^c. 

Lc^rfrgéûjratus dil^aieiii en^ointi^d'iic^ 
piwoiii, Jiean de Mo^ntf^rt pressait le 4ii^ d@ 
Iijmcastx'e de conduire sea tro4îp<s efi^ Bm^ 
iagM >, soii^oiaut quse; h 0wq9^ 4f : MUr 
duché était le princ^tc^efid^ilftli^M^; 
0e son côté , h ém^ Imcm^^^ii^tiÛihr^ 



^208 ' HISTOIim DE FRANCE. (1572) 

terminé à marcher sur Bordeaux, pour ré- 
tablir le pouvoir de l'Angleterre en Gas- 
cogne. 11 accéléra donc sa marche vers cette 
ville , et il y arriva enfin , mais après avoir 
perdu pendant cette marche précipitée et 
désastreuse , les quatre cinquièmes de son 
armée. Les ducs de Bretagne et dé Lan- 
castre ne vécurent jamais plus ensemble 
dans la bonne intelligence qui avait autrefois 
régné entre eux. 

Le Roi Charles voyant la dissension qui 
existait entre le duc de Bretagne et son 
puissant allié , crut le moment favorable 
pour exécuter son grand projet de réunir à 
sa couronne ce duché ^ «pii, par la proxi- 
mité de ses côtes , et grâce à l'amitié des 
princes qui y régnaient , avait si souvent 
favorisé les invasions de la France par l'An- 
gleterre. Il proposa donc aux états généraux 
de son royaume la confiscation des do- 
maines de ce puissant vassal , et ils en pro- 
noncèrent la sentence. Mais les seigneurs 
bretons, quoique voyant de mauvais œil 
l'alliance de leur duc avec l'Angleterre , te- 
naient à leur indépendance, et étaient atta- 
chée à la famille de Montfort. Au lieu de les 
confiraafer dans leur affection pour laFrancej 



(1572) HISTOIRE DB FRANCE. 20Q 

Charles, par cette tentative de confiscation, 
ne fit qu'exciter . leur ressentimentr Les 
nobles bretons se soumirent dte nouveau à 
leur duc , prirent, les armes , se réunirent, 
chassèrent les Français de leur pays , et in- 
vitèrent Jean de Mohfort à revenir de son 
exil en Angleterre. La suite de, ces événe- 
mens appartient au règne suivant. Une 
trèvê d'im an avait mis fin à l'effusion de 

• f . . . 

sang occasionné par cette guerre , et le roi 
Charles tomba malade sans grand espoir de 
guérison. 

Un incident contribua grandement à 
rendre plus sombres les pensées de ce mo-* 
narque sur son lit de mort. Ce fut la mort 
du vaillant du Guesclin , qui, d'après le choix 
personnel du roi , tenait en main d'une ma- 
liiére si avantageuse pour son pays , et si 
glorieuse pour lui-même , le bâton de grand 
connétable de France. Il avant été employé 
jdans la guerre en Bretagne , et plus récem- 
ment dans celle de Guyenne ;, et dans l'une 
comme dans l'autre , il s'était conduit avec 
la bravoure,, et avait obtenu les succès qui 
l'avaient toujours distingué. Le dernier acte 
de sa vie fut le siège de Châteâuneuf de 
Handan. Il arait tait à cette forteresse une 
m. 9 * 



2 1 HISTOIRB^ DE . FRANCE . X I Sna) 

sommation à |a^uel^lç oc^mmandah^ ayjait 
répondu en termes hardis , (juoidue f^pec- 
tnévx. D'après son refus de se', rendre, 
du Guesclin fit dresser sa tente devait cette 
place , et en cqmpiença le siége^. On dit , 
ayec peu dé probabilité , ^ue \e chagjrin 
que Ivii caus^ la défense obstinée de cette 
pl^e;^ fut. la première cayse de la maladie 
4e ce'gr^nd papitaine. Bertrand d^i Gues- 
clin Rêvait trop bien connaître les chances 
^ ' 4e la guerre , pour regarder comme mie 
grande infortune la résistance prolongée 
d'une petite forteresse. Quoi(pi'il en s^it , 
et quelqu'enMt'la cause ^ il tomba malade^ 
et il s^tit bientôt que sa mort ééait pro^ 
chaîne^ Voulant employer au s^vicç de son 
pays la .dernière étincelle d'unç yîe qu'il y 

avait entièrement consacrée, du GuescUn 

» ' ' ' . - •>'*• ... 

envoya au cô];hipancbint deCîhâteauneuf de 
'Randan une soûunation nôçitîvç de lui 
rendre la place sur-le-çbamp^ sll désirait 
profiter 4e son intercession auprès du roi 
de France. I^e çon^mandant intimidé par 
le ton sévèrç et résolu de ce message . dé- 
Clara qu'il remettrait Ips clefîj de sa forte- 
resse, au cpnnétabledé'Fr'aiiée. mais non 
a tout autre opicier d un jpang inferiei^r . Opi 



-1 




.BiflfroiHE IDE ii^féèMM. an 

Xmo^^^iuisit:éàiÉBiH inle de An ^ueselin ; 
iiDa»'ila£eiÎ9tHitfilQ9 ^ €t le>^ottimaiidaîltfut 
jôbligë fde iàéposw les^ëûàblAUiéé âë ai soù- 
missiûn.au^ed'd'un (îorps iâaûHDfé. '-^ 

Ainsi iDioiaiit oe^'héros^, pendaïit ' ^u'il 
«était Gceupéà ndeonquérir k^'jitéVinèe^qtti 
javaieDt i^é /diim^mbré^ de son j>if$: Lda 
annaks'idei'hist^ire'CfQ^teât Bien ^éu qrîi 
meniété jfhis brèf1^8^' et qui àîent olxteriu 
idtts Ae .stiebés. iyu^&ûèêclAn ii^ëtàlt pâ^& 
jesj&mfit de» défafUfls'^tii appkl^^Séîié&ent à sdn 
-aiède ^ car sa ^v^eiir ët(^it qùfeli^il^oi^ sfotiil- 
^ée-paDlacruauftéj m^kiJscai ëlëvàtiôiAi d'un 
«wag 4irdiiiaire à éé * fkkéf^ ' ié' gï*àndéu> Wt 
4^0uyt«igeilêse6f tajeo^^pérîeursy ^t tcbmh^ 
iMea em^dorfa ^ifu is«rvicfe4fe'Bftft ''pal^i 'éfe 
«e peut ^op le^ adoodrélr <<^1^9éS ièi^. 
Gfafao^ , q^iqâe éeisUixi taW %ie «[{^ ^ 
^t k ee gtoépal aU#di habile que foHâitïë ^^ 

<^3^aqp6i^ de mè 8ër^tse6^i ^lN)tjU^r^f)rir ïè 
i/We oiôc^€w:piëparÉtt'mo*Ft, iei^i^Cfcârtes 
MeeMumâuda à ' sdn oonàëft de^hii ^ôriher 
p^tir 4Udeeéaeiir* Otivi^ dteCKasdA^V ànii et 
eompagfic^n dWmes dé |ltf >Gtieèëlif) , é£ 
tkeUm 'èofiuqke %ri. CiepeieidaAft'^ * tj^iib^piée 
artaquë d'iiàne laiilladi^ éertàinfèinétft ihéil^ 



,aw qiw/oiRE DE FRANCB* (iSya) 

jable^ quelle qu'^a put être Torigme, 
Gh^rle^ V .était encore occupé du grand 
projet de souâgoibiiicm, qui â;ait de réunir 
toute la France en un seul royaume. 

L'exécution de qç ppqjet avait trouvé un 
grand;, o^$|acle dm^ le rw de Navarre, 
Cbarles le , Mau;^ais. . Ce prince pt^ëtendait 
.avojj:* dq^ titras jqdême à la couronne de 
Frayokce: et il avait en outre des droits sur 
dive.rs domaines dans différente parties^ de 
de ce. roy^iywe ^ et surtout en Normandie. 
Le but 4^ la politique de Charles Y mou^ 
^rant ét^it de l'en déposséder. U fit donc re- 
jY^ca cpptijQ le jcoide Na^varre une accusa^^ 
tiQUr (^ jhaulje' trabi^n , pour avoir fait ad- 
jminis):f:er ^U.poison à la personne royale de 
son. jSf ignçui^ ^u^çri^ip. Ce çrime^ étant celui 
^ijd lèt^h Iç p^ séy^emc^t puni, dans le 
syst^vaejféodal, entraînait nécessairement la 
çon^scatioq^d^ fiefs , et Ton 's!était réservé 
4'eji.^us^)l Qiarlçs de Navarre , quand le 
oion^çgtpù pette i^qpusation pourrait pror . 
duire derl'ieffeit si3i:ait enftp arrivé. Le breu- 
y^ge^mo;^|isLaviait, dit-on, tant de force ^ 
(f^ae Çl%%fl^ ep;perditles :.cheveux: et les 
ong^ I* et quil>(eooserva jusqu'à la fin de 
^yj^ 4çs tracer du poison qu'il avait prîs^ 



(iSy^) HISTOIRE DE FRANCE. 2l5 

-Cependant , quoique plusieurs autres points 
de discussion se fussent élevés outre ces 
-deux princes , et qu'ils eussent conclu en- 
semble plus d'une trêve , cette affaire ne 
fut jamais instruite judiciairement jusqu'au 
moment où l'expulsion des Anglais de tant 
de places fortes en France , rendit moins 
importante toute rébellion du roi de Na- 
Tarre. Une sentence des état« généraux 
priva ce prince pervers de tous les domaines 
qu'il possédait encore en France comme par 
suite de sa condamnation dans ce procès 
célèbre; nous aurons peu d'occasions de par- 
ler encore de lui. Nous anticiperons sur le 
i?ours iês <événem'ens , pour rapporter la 
mort horrible qui termina une vie qui n'a- 
Tait été qu'un tissu de crimes. 

Persistant dans «es habitudes Vicieuses^ 
comme homme, et dans ses intrigues poli- 
tiques comme prince , jusqu'à l'âge de 
soixante ans , les difficultés que Charles le 
Mauvais avait éprouvées pendant les guerres 
' ^ntre l'Espagne , l'Angleterre et la France 
l'avaient obligé à exiger de ses sujets de 
Navarre une forte taxe de capitatîon. II de- 
manda que ses^sujéfs les'plus riclies^payassent 
dix francs; ceux qui rétaîentmoîiis, cinq , 



fst iom \e» autres wi frajuei. Ji^ ^^mtds 
4çs .cûr{K>ratÎQ|is et des villes ijk» -t^^j^Wigte 
iie Navajrre lui FepréswtèwDl; ipj^ ^s 
$uj^ a'aysi^t pas leQci^p^ ]^ «^A^piîl- 
tier d'vwie ta^ ^pitéri^iiBe dairi; Us Jiff^ifkDt 
été chajrgés^ q^!ils étamo» hor« A'^tei^iée 
supporteir c^tte aouveUe itey^ti^^^^iqt^ 
Jle coDjupèrev^t . de .pi^^ndre . |>i^ ^ rUâfi 
jPf»p}^. Ps^ 4f>rn»e de ]^«|^ii«e àif^ ]:<PW»- 
.tcai^cies^ jCha^los fit .ei^fisrmer e^ dé^iHâs 
daps ]gii).j8irdûi eutp^réd^ fprt#s^ii«Ntifi£# 
.0^ il «avait eu sa coii£éi^iKi^ aprop eu^^ .iiQ^ 
y fit g^^uid^à VMe^ }j^ytf*j6tà peiciedoimeie^ 
.quoi leur ço;Q^serv€r Ji'eiâstcï9Gei ^^t &t ^«a*- 
phi^ 1^ tète à. trois d'autre /mx„ ^afin^d'jjph- 
Umidçr les ajgitrc^. On ne ^saiit poMiiMiAai»^ 
rait fini cette tragédie^ -si le-€^ n^^tmi^ 
fija à temps ot d'une m^i^ti^pi^^^temidimirc 
àia tyjvomie de cet Jioiiwe per^m^. 

L^ débauches du^poi d« IHayai^^ aj»^i9iîeiit 
teUem^»^^ miué ^a co^$titntÀf$n ^.^piç^s^n^ 
deoins Iwio^doQuèr^td^s'fsa^fybô^^ 
.drap< jbrçmjpié dans Tesprit de ymi f% d'é^ 
(^ayffçï;,soA,Jit par le pM^yea dVi|43 JkuftW- 
Qoipe rejQ^l^ de iclxarjioi|S/ardiPks..|i#^^ 
ejoaplpyé plusieurs: jÇi^s p^^eye^^fd^^P^ 
pel^ la chaleur naturejile^ s^m qu'illi^iiut 



wnvjé 4vmiii»^ociit^^^^M t^^U qu'il 

filàjeroimt dq c§ttç manias h ve^iç^w^lex^ la 
cbaleur de son corpi^aisé , ^u p^i^^eat n^e 
m il^éviasait ay^.t^t de cmaulié conbPfi 
1^$ dé{mtés,de «^g s^jfts^ il arriva « par le 
hon plaisir de IXieja ou du diabfe, dit 
Frot3^ard , quj^ le feu prit à ap^dmp^^ #t^ 
comomniqua à sa per^cHwe j «^y^)a|)^ 
çOQime H ratait da^^ UAe oi^iire ^ î^H^^^r 
luable. >; Avant qu'on eut pu le a^çoiii?ir i 
le feu avait péuétrë, jusqu'à e^s, f ixtrailles , 

'\\ xéçutpourtwt^QOre quinze jour^ dau$ 
des souffrances qu'on ne saurait décrire. 
Telle fut la fin horrible du méchant roi de 
Navarre. 

Nous revenons aux projets qui occupaient 
encore le roi de France sur son lit de mort. 
Tandis qu'il méditait tes changemens dont 
nous avons parlé , et qu'il cherchait à les 
exécuter, ses jours tiraient à leur fin. 1 58o.Il 
mourut, dit-on , quoique sans beaucoup de 
probabilité^ victime du poison que Charles 
le Mauvais lui avait fait administrer si long- 
temps auparavant. Sa mort causa dans tout 
le royaume des regrets beaucoup plus vifs 
que n'en occasionne souvent celle d'un sou- 
verain* Charles était doux , tranquille , mo- 



2l6 HîàTOIRB in FRANCE. {i58o) 

déi^ dans 9es passions ; formant avec sagesse 
ses projets poKtiques , il ne les changesdt 
jamais mconsidérément , et finissait rare- 
ment par y renoncer. Quoique né dans un 
temps de guerres , il ne fut pas guerrier , 
et ce fut une heureuse circonstance , car il 
en résulta qu'il ne fut pas exposé à se laisser 
entraîner par ce violent désir de gloire per- 
sonnelle^ et par ce sentiment de fausse 
honte , qui avaient déterminé ses prédé- 
cesseurs Philippe de Valois et Jean à ris- 
quer les fatales journées de Crécl et de 
Poitiers. 



/t 



CHAPITRE Vni. 



— BllGBirCB BV BVC a'jUTJDV, XL • s'BiMPABB BBS TB<SOItS OB 
CHABLIS T^QV'lL BMPLOIB BKBOITB A PAIBB TALOIB 8BS 0B0IT8 

A LA CODBOlflTB DB H APLI8 BT DB SiCkLB. VHB ABHIÉB AB- 

GlAmB t COMHAJIBiS ^AB Ul D0G DB BOCKIRCBtli , BBT BRTOYliS 
AD SPCOVBS DU COMTB DB HOBTFOBT » QUI FBOÎlBT DB LA 80V- 
ZBRIBy HAU QVl FAIT LA FilX ATBC LA F<ABCB, BT FOBCK LS8 
AN6LAI8, 8B9 ALLliB, A tfrACVBB LA BBBTA61IB. — Dli80BBBB8 
mn FLAliOBB. — IXBBBBBCTIOir ^HI8 «ABXOU 80V8 ABTBYBLLB. 
^- LA FBABGB PBBIID LB FABTI DU COMTB DB BLARDBB , BT 
l'aBGLBTBBBB GBLVI DBS IBSUBOfè. — DÉFAITS DBS IBSCBCiS 
A BOSIBBCB:.*^ WABfAGB BB CHABLB8 Tl.—- BXfAfflTlOlt DB 
l.'iviQ|IS Wm BOBWIGH. — IL BST BATTV , BT FOBCtf OB SB ' 
BVTIBBB A CALAIS. — BXPiDITlOm>V COMTB d'aBJOU POVB 

PAIBB VALOIB os DBOITS AU TBÔKB DB MAPLBS» IL ACHOUB 

MT M8DBT. — AT*BTD«B8 DB DBDX GHBPê DB C0IIPA6NIB8 FBAA* 
CHBS, €BOFFBOI T^TB-BÔIBB BT AMBBGOT MABOBL. — TRBTA- 
TITB 1NFBVCTVBD8B DU DOC OB' LABCASTBB POVB COUQUÉBU LA 
eASTllLB , DORT IL ftiCLAMAlT LA «OOIOK^B itO CSBF DB SA 
FIMMJ^f FiLLB'DB DOH PiDBB LB CBVBL* -^ XBMf $T« QUI Otf- 
TBUIT UBB FLOTTB FBANÇAISB BASSBHBLÉB A l'MCI.CSB PQUB 
«nVÀHIB L^AirGLBTBBMl.-^AUBSTATMhl D*OLITt8BDB BLlSBORt 
CORBtTABLB WÊ FBAKCB , PAB LB B0€ DB &BBTAGBB. — SOX 
BMPSlSOBNBMBIfT BT SA «ARÇOB. 



Maiheureusemex^ pour le roys^ume dg 
France, le sucçesfeur de Charles le Sage , 
tjuî se n<»nmait z.vm Charles j et qui fut 
le sis;îéme roi deGe:nom, n'evait alors que 
douze ans. et il àeywt nécessaire de nommer 
ni. \o 



2l8 HISTOIRE D« FRANGE. (l58o) 

un régent. Le duc d* Anjou , Fainé des frères 
du feu roi ,.àvtfift âlà onrd^.ebefs les plus 
actifs pendant la vie de ce monarque , et 
l'on supposait . qu'il possédait» da grands 
talens. U étditr eniieftii loopte) ^es AttgktiSy 
et il avait joué un des principaux rôles ôotis 
le règRC jMséeëéeni^ pendant laguerre^fui 
leur avait été faite dans le midi delà France. 
On l'accusait aussi de trahison , et en ^ 
néral il ne j<!Wii8«ftit pas d'un« haute rëpm- 
tation de bonne foL et de sincérité. 

Ce piroee ehtînt pourtttDtt des état* gé- 
néraux la régence du royaume , màiti Tédu- 
eatton^t k surveillance de la pecsonne du 
roi ne lut ftirent pas confiée»: Le due de 
Bourgi^^pçte,^ oncle paternel du roi ^ et le 
due de Bourlmfrqui lui étaîtp^ent au même 
degré Su côté maternel furent lïommë^^ 
tuteurs iianàédiate, ^t chaires du soin 4e 

sa persoitne. 

Le duc d'Anjou , régent', avait màThfeU- 

Teusement pour la France , des intérêts pri- 
vés qui n'étaient nullement d-aécord a^rec 
ceux dtt rof^urtie^' Là «ei1iî»e reine de 
Napies etdé'Siîâlfe^tkWtt fam«ttseaean«i 
<tui possédait ces JifeïWs prbvfaïcéi ^ «oA 
chef: C'était Hâiefeiiitoe perdufr ^âé^ 



( 1 38o) HIS:C<HRE DE FR AJIGE. :2 1 g.- 

bwch^^et couverte d'igooi^iiiie^ et qui, 
mdépeaQdanmiaiitd^^yie dépravée^ s'était, 
d^arrasaée de son éf^jox AoKfaté par;uB 
as$msgiqat. On dit<|Jue cq maUbeureuit prinoe 
la trou;ea un jour occupéeà tisser une (K>rde 
de soie et d'orsi-remarquahle y qu'il lai de- 
manda ce qu'elle en voulait fairf , 4^anne 
lui. répondit qu'elle était destinée à pendre 
son mari. Et efiSectifement^ peu 4e t^nps 
après ^ cette Borême corde servît par se* 
ordres à l'assassinat de- son égoux. AJi'iaft* 
ant de sa. mppt , oette o^ne coupable y, 
par le^ conseil et l'avis c}u. Pape. ^ l^ua sa 
couronne<et ;âi^ ^lat& au dm^ d'Anjou , qpi^ 
ayant sous les yeux la pefspeotive flatteuse 
d!un royaume qui devait lui.ap|iartenir^ 
était peu disposé l^-do&n^r ^ne attention 
convesu^le auis^intérête du pays dout il était 
régentpour soo nevi^. Uneitas^s-premiéres 
tésolutioBÂ^^tsCf^sQiUt p^neq^i^on m sauraijt 
justifier d'apsés aiicsMn. principe de' morale, 
fut des'emparep^déi^ tcàmr»du feu roi sou 
frére^ qui^ )par sapotitique i^ ^n técoi]^)mie , 
avait amiffisédes/S^mBies cansidérables en 
or ^t en asgei^ ^ ,qp^U tenait cachées dans le 
château <ie Melun. Ces sommes montaient^ 
^lK>n| à di:K-«^ ngUlions dç £rancs. ^PfS 



/ 



/■ 



\ 

\ 



320 HISTOIRE DE FRANCE. (l38o)f 

mesures de violence , et même des menaces 
de mort furent .employées sans scrupule 
pour forcer les anciens officiers de Charles V 
à déclarer ce qu'ils savaient de ce trésor. Ils^ 
furent enfin obligés de le lui découvrir, et le 
duc d'Anjou se mit en possession de cette- 
masse de numéraire. ' 

Xes premiers efforts du nouveau gouver- 
nement, divisé comme il Tétait par les pré- 
tentions diverses des princes du sàng^ eurenIS 
pour Imt d'opérer un arrangement entr'eux^ 
et pendant un certain temps du moins , le 
désir qtf il montra de diminuer* les taxesr 
sembla indiquer une intention sincère d'al- 
léger les fardeaux du peuple. Cette perspec- 
tive flatteuse disparut par suite de la dé- 
sunion des princes du sang royal. Notis^ 
avons déjà dit que le duc d'Anjou, régetit , 
s'était apprcçrié les trésors de Charles V y 
sans en avoir aucun drbiti II les employa, 
comme nous le verrons ci-après à une ex- 
pédition contre Naples « la Sicile , expé- 
dition qui fut complètement inutile pour, 
lui, et très-dangereuàe pour la France à' 
laquelle elle causa une 'longue suite de 

désastres. ' 

11 Y avait alors un schisme dans l'église 



j(l58o) HISTOIRE DE. FRANCE. aai 

catholique romaïae* Dqux papes avaient 
jété éliis ep. Qiême temps ^ et chacun :d'eux 
était reconnu par divers royaumes du mondé 
4;hrétiem. L'un qui avait pris le nom d'Ur- 
bain, résidait à iy)me; l'autre, nommé 
élément, faisait d' A vigncNu dms le midi de 
la France , le siège de son gouvernement 
ecclésiastique. Chacun d'eux avait son 
€oll(^e de cardinaux, et ahacnn d'eux pré- 
tendait au plein pouvoir et à toute l'autorité 
de la dî.gmté papale. 

Il ne fut pas très-difficile au.d«c d'Anjpu 
de déterminer l'anti-pape Clément à ap- 
puyer ses droits à la couron^ieïde Napl^ et 
de Sicile, fondés sur le legs de la reine 
Jeanne. Clément le fit avec d'autant plus 
d'apparence de justice, qu'il allégua que 
feu la reine Jeanne avait misa la disposition 
de l'église toijs ses domain^es et toutes ses 
spigne^ries, et que par conséquent le Pape 
avait ks plus fortes raisons pour appuyer 
et soutenir le le^ qu'elle avait , de son 
consentement fait ensuite au duc d'Anjop. 

Tandis que le diiç d'Anjpu s'occupait 
ainsi de ses projets , les. Angles auraiej^t 
donc pu faire, est peut-être avec suqcps, de 
jgran^s efforts pour rc^cosxrer les 4<Mûaiue3 



222 HISTOIRE DE FRANCE. (l58o) 

'qu% avaient përtltis ta France. Calais , 
18drdeatix«t Bayonne^ pla:ees qui exigeaient 
ëes gsrrnisoifs cartretehue» à ^prands fhiis , 
"étaient les reste» *les {^lus hnpoi^tàns Hés 
coiiqttête» d^doùard in , qtoe sdti succes- 
seur possëéàît endore. Chèiftwmiç et Brest 
étaient anssi entre les teains des Anglais. 
Ih atàieiit été reçus tiansla première de ces 
villes par^ le roi de Tîavarre /quand il avait 
perdu ses autres domaines en Normandie ; 
et le duc de Bretagne leur avait Kvré la se- 
'conde de là même manière, quand il s'était 
vu sur le point d*étre expulsé de soîi duché 
par le <*oi de*France. 

•Oeiie fiit qti'après beau^JUp ^e prières 
que te parlement anglais consentit à conti- 
nuer' les taxes pesantes qui^étaii^nt iiéces- 
sèires pour la défense de ces possessions , 
et pour entretenir une giïerre qui , depuis 
quelques années ii'avait été' signalée ni i^r 
d^^uccés, ni par aucune gloire nationale. 
Il y consentît pourtant , et ce coiïsenttément 
était ^afcfsôïtttlient ' indispfeïisaWe pour sou- 
tenir' la guërtïe ert'BÈrctagne , çàr , quoique 
le Duc y fttt retourné par siiité de Tinvi- 
tslticm dé séè sujets qui étalent dëterfiiiîiéâ à 
lié point se soumettre à là couronne de 



(l58o) HISTOIRE DE FRANCE. 225 

France, il était impossible que Montfort 
pût réussir à assurer soitindépendance et 
celle de la firetngpe, sans le secours de 
l'Angleterre, 

Une armée nombreuse fut donc envoyée 
Qu^ France par Calais sous les ordr^ du 
comie de Buckingham » bkn connu ensuite 
$ous le nom, du bon duc Humphry d^ 
Glpcester, oncle du roi Richard IL Cette 
armée ne fit guéres que dévaster les. enva- 
çen« , comme Tavaient fait les Anglais dans 

./leurs dernières invasions. Quand il s avan- 
cèrent vers la Bretagne , province qui était 
Jeur destination , la mort de Charles V avait 
inspiré à leur allié, Jean de Montfort Tes- 

^ poir de faire unepaix séparée av« la France, 
sans s'inquiéter des prétentions de ses auxi- 
liaires. La raison de cette défection fut 
qu'il trouva ses sujets j, quoique attachés à 
^a personne , et déterminés à' ne pas se 
soumettre à la France., et également ifté- 
contens de son alliance étroite avec l'An-? 

.'gleterre, et peu disposés à admettre ses 
confédérés dans leurs places fortes et dans 
leurs châteaux. Le Duc se décidai donc à 
essayer d'obtenir la .paix du gouvernement 
français par un traité sépvé ^ alors que la 



224 HISTOIRE DE FRANCE. (l38o} 

mort du roi, qui avait contre lui une haine 
personnelle , avait écarté tout obstacle à ce 
qu'il redevînt un vassal de la France. Dans 
ce dessein , et suivant les conseils qui étaient 
ceux de la politique d'un siècle de perfidie, 
Montfort d'une part engagea ses alliés à 
faire le siège de Nantes , capitale de la Bre- 
tagne , en les assurant quHl les soutiendrait 
avec une çirmée suffisante, et de l'autre, 
négocia une paix séparée avec les autorités 
qui avaient succédé au gouvernement de la 
France. Il y réussit sans beaucoup dediffir 
culte , et ayant obtenu l'alliance des Fran- 
çais , il enjoignit aux Anglais , ses ci- devant 
aUiés , comme mesure de nécessité , d'éva- 
cuer le 'territoire de la Bretagne, où ils 
étaient entrés à sa sollicitation. Il est re- 
marquabl^ que , malgré ce trait ■ frappant 
de perfidie , le duc de Bretagne conserva 
assez d'influence sur les Français et sur les 
Anglais pour agir ensuite comme médiateur 
entre eux. 

11 est vrai que ces deux royaumes se trou- 
vaient alors dans une situation qui les obli- 
geait à se laisser conduire par le cours 
des événemens , au lieu de chercher à le di- 
riger. Charles VI en France , et Richard II 



^l58o) HISTOIÏtE DE FRANCE. 2^5 

en Angleterre, étaient tous deux, mineurs* 
Ni l'tfn ni Tautre n'avait des talens distin^ 
gués y <{uoi<{ue chacun d'eux eût 4^ bonnes 
dispositions* Toi» deux étaient sous la tutèle 
d'oncles ou de proches parens , qui se que- 
rellaient entre eux , qui songeaient à leur 
propre intérêt $ans s'inquiéter de celui de 
leur souverain y et qui négligeaient entière* 
ment les devoirs qu'ils étaient tenus de 
remplir. 

La situation des deux royaumes se res*- 
semblait autant que celle de leuts souve- 
rains. Dans les deux pays , le peuple sur** 
chargé détaxes, et souffrant toutes les 
calamités d'une guerre ruineuse^ s'était 
montré mutin et insubordçnné , et la grande 
insurrection deWat-Tyler et des communes 
d'Angleterre pouvait , par ses horreurs , 
faire le pendant de la guerre de la Jacquerie 
«n France et des émeutes perpétuelles de 
Paris. En un mot l'état des deux royaumes 
-était semblable à ce qu'on dit du chien et 
du cerf , qui s'étaient tellement épuisés par 
une longue course , que le cerf était deveni» 
incapable de faire un dernier effort pour se 
sauver^ tandis qu'il était* également impos* 



6^ QWFOIt« IHS FRANCE» (l58o) 

«iUle AU chien ide faire mx booA de plu3^ 
ly)^ âawr sa pumcu 

AiMlehorSy/ksiieiix m/fmamm éui^^ 
^Tûhamwsé^ ptr .des ^f oi$ni9 feott^i^K^ ; les 
EliaHMAid^, par oxemfde^ dwt lois divi^ 
fion^ B<Hnbreviaes>et cosi^teitteB o0raie&t à 
Jia France 'et à l'AngleteiTe^. tentées de 
jiFendre parfit leurs<&iaefttû)Aa;dea:sauf^6S 
cpntwiiQllas de ^efre et de.diseorde. 

Avant donc de rendre compte dea àiwi-^ 
sions intestines des princes du sang à la 
jcour , de l'eiipéditioiï inc^^aîdérée du duc 
d'Anjou à J^aples^ et d'ifptfQS^^iak^es q«i^ jae 
£oncem^at que la F^eui^ , noua dirons 
quelques jnote des désordres df^laf laiàdm^i 
aui^quels la Fraace et l'Angl^erre |w»iraît 
pe^t comoE^ de r^aiatulbe* 

Voiis yo^&^%J^pé€^ le.ésstpn de Jao^u^s 
d'ArtevaUe ^ le Masseur dànag^ue qtii 
4kvaît Joiii qwlq^ lQin|)i& 4'iaie sjntmilé 
isana J^wnea . aur le^ eite^peaKis d6$ gvsiDd^ 
^iUes ^e f^Are,^ et qm iui a^m «ué'^Mi^ 
Wl^ ém^ii^ par dejs liabitpis de Gand. Gfk 
Jbon»œeravait iaÂsaéim fikfn^nttnké Philippe^ 
^i , «'étant pisi^ 4ffmyé <patf EejKeo^e 4^ 
'Son^p^f^ Péii^sgl^à obtenir parfit ^e^i^mé^ 
loyena aiitwt 'd'autoridé itti'én>ai^i^iM»a^ 



(i S8o) HISTOIRE ȣ nyQMW. 32^7 

«BrMn pà[« ^ quoique^^llte^d'Édouaiîd III. 

'U ne sY âievappurtaM'pâs^Mbiteiiieiit.:!! 

'pàssakipr^ni^iére patrie ^^Nga tie étranger 

'à tous œa objets 'd'àBibiti<m, et li^^ntt en 
diBpte parliGÙ)i«r.' SfÉii^oa^ladtàik veiâe 
devoir arrkep des évitai£Siieiisdaiit les suites 
contribuèrent^ le metli^e^eft4vîdeiiee , et à 
lui donner de Tactftilé. 

Les habittas-de BimQé&, da CKmtente^ 
ment du cc^te de Ftatidre ,<atai»iit projeté 
quelques améliorations dans le cours de la 
Ljs. Les citoyens de Gand prirent oait- 

' hrage de ce projnt , et craignirent que le 
cours de eette ririéFe'ne fit int)Brrompu.41 
se forma dans çe^ vflte une faction dont 
les membres portèrent > un dbidpercm blanc 
p<mr «IgRede reconnaissance. Aleur tète-se 

^«rouvtùt un nommé Jean Lyon, -bourgeois 
qui aurait -ité jusqu'alors tiito^estiifié du 
eomte de Flandre^, mais 4jfui*^eBiAirassa>(»»- 

4iiîDe le- parti populai«teq«i devint Kennemi 
le plus acbaméde ee puînée. 

Les porteurs de ebap^ca^s blanca^'insuiK 

^èreài, défirent et tuèrent le biâi|ideGand, 

4|ui essaya , WknMd duccMte^ deksréduire^ 
firmt des exeul^telBtS^rs'de iavilk, et . 

liràlèrant lediàte#tiducomté« AndregKen. 



338 HISTOIRE DR FRANCE. (iSSiô) 

PiuBÎeiirs villes de Flandre flrent cause 
commune avec Grand > et le comte menaça 
cette ville de. la punir sévèrement des in- 
sultes qu'elle lui avait faites, et des pertes 
<iu'elle lui avait occasionnées*. Dansjce de^ • 
sein , il fit le siège , ou plutôt le blocus de 
cette ville , mais sans beaucoup de succè». 
La grande population de Gand mit 1^ ha- 
bitans en état détenir la campagne , malgré 
le ress^Qitiment du comte ; et quoique beau- 
boUp de citoyens désapprouvassent secrète- 
ment les a^tes de violence des» chaperons 
blantîs , nul bourgeois n'osait blâmer pu- 
bliquement leur conduite. Les insurgés 
remportèrent divers avantages sur le comte, 
et le forcèrent enfin à lever le siège de leur 
ville.. Cependant il paraissait aux hommes 
prudens que la réputation des chaperons 
blancs commençait à déchoir ^^t leur chef 
Jean Lyon étante mort , empoisoAné 4 ee 
qu'on soupçonna , on crut impossible qu'il 
se trouvât un homme ayant assez de oour 
Tage et d'influence pour cjpcupear sa |Jace. 
Une atUque sérieuse par le parti opposé 
semblait donc devoir écraser la faolion dçs 
insurgés. En ce mommt de cri^e^ Philippe 
d'Artevelie sortit de son obscurité , s'éleva 



(l58o) HISTOIRE DE FRANCE. 22^ 

atx rang àe chef des insui^ës gantois^ se char- 
gea de les conduire ^ et assura son autorité 
par plusieurs actes de pouvoir arbitraire. 
D' Artevelle fut spécialement encouragé à se 
charger du rôle qu'il jouait par les instiga- 
tions d'un citoyen cauteleux , nommé Pierre 
Dubois^* qui, avant de lui promettre de 
Tappuyer de son crédit dans la ville , lui 
fit les questions suivantes pour s'assurer è'il 
possédait les qualités nécessaires à un dé* 
magdgue : « Vous sentez-vous en état de 
porter la tète haute , d'être cruel au milieu 
du peuple , et surtout dans une telle be-^ 
sogne que celle que nx>us aurons^sur les bras? 
un homme n^est bon à rien , à moins qu'il 
ne soit craint ; redouté et renommé par s» 
cruauté. C'est ainsi que les Flamands^ 
doivent être menés. Vous ne devez avoir 
pas plus d'égard pour la vie des hommes , 
pas plus de pitié pour leuw souffrances, que 
s'il s'agissait des animaux que nous^tuons 
pour les manger. » Philippe d'Artevelle 
admit la sagesse de cette leçon , et tant'à la 
recommandati<m de Dubois que par souve-- 
i&ir de Tancienne popularité de son père , il 
fut noimné gouvemèar deikind et chef des^ 
insurgés en Flandre. 



35o HlOTTOIftE DB FRANOB* (ï586) 

Le ccHBtede Flandre et leâ habttaas de 
ses villes jse trouvèrent a^nsi eoopre uae^ 
fofs en guerre ouverte. Lf» F^aa^ fu- 
sant comme autre^k ta* cfausQf du comte ^ 
envoyèrent de»trouped à son secours, et le*, 
gouvernement anglais , quoique déchiré 
par des difiSi^itiôns domestiques^ ne man^ 
qua pas stttvant aoti usagede fairepasser une 
armée à Calais pour aider d'Artevelleet les 
inaorgés. 

ie prinoe Ërançaîs <{ui desvait prendre le 
plus grand intérêt personnel à cette révolte 
de Flandre , était Philippe , duc de Boup- 
gpgne , gendi» et héritier du comte^ de* c©^ 
pays. Ce fut done natUr^lemetit à lui jque 
le comte de Fl»idre adressa ses plaintes y 
en lui exposant que ces. traîtres y les insur- 
gés de Gand avmetit brûlé le cMtteau daûs» 
lequel il était né , brisé les fcmis sur leSf- 
quels il avait été baptisé,, lui avaimt fait 
toutes les insultes possibles , tf. étalait sur 
le point de causer la ruine des doitf aines 
qui lui re^taienit. Dans -ce ts^^eau, te due. 
de Bourgogne^it néoess«îrfiMiit Wdésola- 
tion ëv^ héritage; qnJ^ disvaki lui appartÊmt 
un jouTy et aifakàt une grande 'iiiflftieiae& 
sur le gouvernement de JbiilMiCQrÉildé^îda^. 



(l58ô) HfôTttHB 0E PR^àNCC. âSï 

que le roi 9<m neveu et tous ses^ padr$^ maiM 
obéraient en Flandre pour combattre ces 
bourgeois iasupgâs^fm |>ard»issftiQiK^ ymi- 
k)ir dévas^r entièrement ce beau 'p^ep, pQ 
le déclarer indépendant de $on sou^9^&^ 
rain et de «a noblesse. Le roi de Francie^ 
sous ta ccmdmte d^ son oncle ^ te duc de^ 
BourgogM^ entra donc en Flandre à la t&i^ 
de quatre vingt niilte hommes. 

Les Frsmçais conduisirent eette guefPe 

avec beancoiqp de vigueur > cep€iléan« Phî^ 

lippe d'Arteveltey dans ee nïoiiieiit difficile, 

moMra de la dextérité et du coul^ag^. 11^ 1^ 

va une armée noièbreuse tant à &and qu€ 

dans les autî^ villes eotdé^épéegi GèuK <pii 

combattaient sous kii portaient des soii-^ 

guenilles de- diffiâreiïles couleiii*s> pom* in-^ 

diquer ies viii^ afuxquelles its^ apparte* 

naient. Ils étaient principaleineM armés 

de piques ^ et tans combaèttàtefit à pied , 

ne formant qif un batsuUon ou une diviv 

siori. Leur dief , d'Artevelle, avait seul un 

bon cheval près de lui , non poùi* |ir«iiâfli 

la fuite f iftals pottr pourstiivre^ lés értftidais 

quand ils seraient eti déroute , mÉ il"M 

doutât pas q\ief tel ne (kjft èÊféi% têmiê» 

de la bataille, Le^ terrain > coupé f» iei 



:23 a HiSTOIRE D£ FRANGB. (l58l)^ 

rivières et des canaux , était favorable aux 
ï^lamands. 

^ novembre i38i.. Après quelques es- 
carmouches de peu d'importance, les deux 
armées se livrèrent une bataille rangpé^ près 
du village de Rosebeck, Les Flamands se 
défendirent quelque temps avec valeur et 
résolution ; mais comme ils étaient atta- 
qués par la fleur de la chevalerie française^ 
conduite par les princes du sang et par le 
roi en personne , les insurgés furent enfin 
mis en déroute par la charge de la cava-: 
lerîe: C<mune les chevaliers et les hommes 
d- armes n^accordaient aucun quartier à des^ ' 
ennemis ^qu'ils considéraient comme leur 
étant si inférieurs, vingt-cinq mille hommes 
furent tués sur le champ de bataille. Phi- 
lippe d'Artevelle périt en combattant rail" 
lammént; et les vainqueurs profitèrent si 
bien de la victoire que la plupart des villes 
insurgées se soumirent sans résistance au 
pouvoir de la France | mais Gand conti- 
nua à tenir bon. ' 

Peu de temps après avoir été ainsi réin- 
tégré dans ses domaines , Louis , comte de 
j^landre ^ mourut ; et le duc de Bourgogne 
lui succéda et devînt un prinqe très-puis-;: 



{l58l) HISTOIRE DE FRANGE. 355 

sant , joui$$9int non-seulement des domain 
nés de son beau;-pére^ qui comprenaient 
toute la Flsmdre^ mais encore des comtés 
de Boui|;ogne et d'Artois , qui lui a[^ar- 
tenaient à lui-^qiéme , ce qui lui forma ime 
principauté forte et* puissante , et dont 
toutes les parties se touchaient, et. quoi- 
que celui qui la possédait fût alqrs si in- 
timement lié à la France qu'il en était le 
principal régent, il devint avec le tgpips 
le plus redoutaUe ennemi de ce royaume. 
Vers cette époque, le roi de France, de 
Favis du duc de Bourgogne , épousa une 
belle princesse allemande, Isabelle, fille 
du duc de Bavière. Il est remai^able que 
ce jeune prince , contre l'usage des tètes 
•couronnées , ne voulut consentir à ce ma- 
riage qu'après qu'il lui eut été pernûs de 
voir la princesse qui devait être $oi\ épouse. 
Épris de sa beauté , il n'aperçut point les 
défeuts que couvraient des formes' si at- 
trayantes. Cependant le duc saisit l'occa- 
sion du mariage du roi avec une princesse, 
allemande pour conclure celui de son fils 
avec la fille et héritière d'Albert , comte 
•de Zélande, de Hainault e| de Hollande. 
Jinion avantageuse., qui offrait la perspecr 



tivc *fftmc succession qtii 'vîendfùit Àttg- 
mcïiter considlérablemeBt les dtimaîhes He 

'feourgogne et de flandre. ~ 

Après la bitaîHie sanglante dé Rosèbeck , 
q«i avait abattu le pouvoir des insurgés 
flamands, le jeune roi de France avait été 

-ramené dans sa capitaîe , qui avait été de- 

•jmis assez' lôiïg-4emps un th^tre ff émeutes 
c<mtre lui, comme elle l'avait été contre 
soiv père, Chartes V. Les Parisiens avaient 
rertdu leur-viîle, jusqu^à un certain point, 
susceptible d'être défendue , en construi- 
sant des murailles , en creusant des tran- 
chées , en établissant des barricades dans 
les rues, et en empêchant ainsî la marche 
des troupes. ' Ils avaient pris *le nom de 

"MaiHotins, d'après les maiHets dont ils 
étaient généralement armés. Pour en im- 
poser au jeune roi , ils déployèrent devant 
lui leurs forces , montant à trente mfHe 
hommes ; mais au lieu d'ën^ être iiitimîdé , 
Charles s'indigna qu'ils osassent prendre 

^ un air de menace ; et Méprisant leur nom- 
bre , il entra dans ' Paris ccmme de vive 

'ferce^ fit arrêter * sans seruptde deux ou 
trois cents chefs ^s^Mafllùtms, et en fit 
ex^culier qfuèlques-^fls {fendant phisiews 



^l58ï) HISTOXRE mi £AAX«C£. 2^5 

jîours coiàfiécutifs.^ ea punition de leurs 
actes d'insubordination. Les portes de la 
grille fureKit abattues^ les citoyens désar- 
iD4Sf et l'insun^ection fut^ pour le mpment^ 
efficacement réprimée. 

L'Angleterre^ affaiblie par la discorde 
intérieure^ et par ses pertes sur le conti*- 
nent, était Picore trop puissante fom 
qu'nn ne s'adressât pas à elle dans ces temps 
de confifôioa. Lorsque les Flamands étaient 
insstrgés^ les Ang^s avaient repaussé l'ir 
dée ée leur accorder les^ecou^s pécuniaires 
que demandait d'Artevelle , mais ils étaient 
encore disposés à envoyer des troupes suf 
le continent pour profiter des troubles qui 
r^puiient partout. 

Hewi propositions furent faites dans cette 
vue au parlement d'Angleterre. L'une ^ 
faite par Jean de Oand, fut4u'Qn Ipi ac- 
.«orditune s«mme .de ^quaraute -mille livres 
.âUrling ou environ, à l'aide de la^isdle^ 
il se déciara disposé à entr^c^idre une 
e9|i|édilian en Castille. Maistcoçune ce pro^ 
jet de conquête n'^iVait m vue que son jn- 
Uiaét tprivQ^ «m^ aucun av^t^e ^pour la 
.natiooitqui^pût indeqptis(;;r d'une telle dé- 
ifHBMQ» le ^^lement refusa cette demande^ 



256 HISTOIRE DE FRANCE. (l58l) 

qui malheureusement fut accueillie un peu 
plus tard. ^ 

Il se montra plus disposé à écouter une 
autre proposition faite par rarchev^êque* de 
Norwich , et qui avait pour but de secourir 
les Flamands. Ce prélat guerrier s'était dé- 
jà distingué en réprimant quelques insur- 
rections dans son évéché. Il offrit aloi^ ses 
services , moyennant une'certaine somme , 
pour lever trois mille hommes d'armes et 
trois mille archers qu'il proposait de faire 
passer à Calais , pour agir ensuite en faveur 
des Flamands. C'était aussi ^ en quelque 
sorte, une entreprise religieuse, car le 
prélat belliqueux, ferme partisan du pape 
Urbain dans le schisme de l'Église, faisait 
un des principaux objets de son expédition, 
de faire renvoyer d'Avignon son compéti- 
teur Clément , qu'il traitait d'antipape. Les 
noblea anglais virent d'un œil favorable le 
projet de l'évêque ; mais tandis qu'ils dé- 
libéraient encore sur ce sujet , la bataille 
de Rosebeck fut livrée, d'Artevellê tué, 
son 'armée d'insurgés mise en déroute ,' et 
le comté' de Flandre se trouva naturelle*- 
ment réuni à la France, le duc de Bour- 
gogne étant gendre et successeur du feu 



(l585) HISTOIRE DE FRANCE. 257 

comte Louis. Les Anglais ^cosimencèrent 
alors à se reprocher leur indécision^ et se 
blâmèrent réciproquement de ne pas avoir 
envoyé à temps des secours à d'Artevelle. 
« Si ces pauvres Flamands, qui combat- 
tirent si bien à leur manière, disait-on. 
avaient eu seulementavec eux deux mille 
lance&vCt six mille archers d'Angleterre, 
tous les Français , sans exception , auraient 
été tués ou faits prisonniers. Mais il n'est 
pas encore trop tard. Le roi de France a 
conquis la Flandre , nous pouvons la re* 
conquérir pour le roi Richard. » Ce genre 
^e raisonnement décida plusieurs hommes 
distingués , comme sire Hugues Galverley 
et d'autres à prendre part à l'expédition 
de l'évèque de Norwich , quoique les chan- 
ces de succès fussent considérablement di- 
minuées par le résultat de la bataille de Ro- 
sebeck. 

Ce prâat martial mit donc à la voile, 
et il débarqua à Calais le a5 avril i385.^ 
'Quand les Anglais y furent arrivés^ l'é- 
vèque de Norwich fut impatient de mar-^ 
cher contre le comte de Flandre, quoique, 
strictement parlant, sa mission se bornât à 
attaquer et à anéantir ceux qui recontfiiis-' 



a58 wiiinMiiE ©e fiuiicx». ( i 58ffi) 

ts^ient CMitteiit ^GQmnie pape., H y eut x|im^ 

4|iias alt^roiCtÎQûs à ce «iûet> maâs ïimfé^ 

lueux prélftt • n'élak dî^Kiaé ni à éoMuler 

€es remontraneea» w à «xéoutec at nmmat 

Ji k lettre. Il défit uBe armée de trente 

QÛUe hommes/Wt Erançaîaque Flaiumils 

dévouée è Ia Ff ane^ pi^b GrffvolÎBC»» £iw- 

kerque, JMirbourg ^ ^ pkttieui^«/MitM$ 

t^iUes^ et $^i)^;m Ypres ^ tfgà (ut vi|^i«Bfei- 

ttementcdéSendia. fL^ ^imégoans dppdiéFeaûit 

àteuraîdeles Gaatms, quirinalgrélftdéfiî^ 

^e Rosdwffià, avaient pei^iitédaaa^loiir.îi»- 

«imreclioii contreilecemtedef lapdre. U&i^ 

pondirent avec jeie à eet app^l^amvèreot 

m grand nombre 9 pleins d'espoir de suo- 

iBés, el le aiége.fiitveon^ué avec ardeur. 

-Le roi de F»mm;^> pw««é par son oncle ^ 

le duc' de JBiîï^^fOgne / asaejttJ^ «ne 

année de vin^ miMb hommes d'arme» et 

de plus de soixante mille hommes d!a«tres 

troupes , daaa& le destf^in de maari&her au 

secoui^ d''Yfïe«u 

Cettenoni^itealawnft^l'éYêqiie, émt les 

^wes «tei«lt-*nïp peu «onJwrewes ipour 

qu'il aUendit tl'amvée « d'une ^te iaumée. 

aie^ticge*atit*risSf«^èc tomt dèïpré«^ptotH» 

etrie déaoïA^roie î» «ai^?»ns^fiPi«^^^^ 



4 



j^Séi^mie^ rôiiies pciHr poiirT<Dirtà iem*;rà* 
liÉté, Jî^s vm maarebèrent vers Burboutg 
'wnec • nr Biagmk Gakeriey ^ «t sir Thomas 
T>iii*^ , et le reste de Ji'armée , soiis les 
-^ridhres ée révequc* ImiHoiéffifïe , se^ retira vers 
«Grarelmes. Le déteeiiéni^cit de Calvesifiy 
S'arrêta quelque tei^ps dans : la ^^le de 
'Bergws^ dost Faitaée; firaonçaâse s'^appro- 
dtssk à Tinstant où ibi^lai^ vendait de s'y 
établir. c< G^ était Une be]le.dbL0$e« dit Fms- 
"sard^ que de Toir cette. âo^méeroyaie, les 
bamiières et les hœodereUes d^loyées, les 
casques et les lasices brillant aux rayo&s 
du soleil, le iiombre des soldats étant tel 
qu'on n'aurait pu les cesi^^»r^ et leurs 
. piques reSsltoUant à une ^aanae forêt. » 
' Sir Hugues Calverley était, d'abord porté 
* èe ciMnbattre les ^Français À^fiei>giies y mal- 
gré la grande dîspropoi^CHi du aciombre ^ 
'fnéfis en y réftédbissantiiiûeux , il se retira 
dans la vttle de BurboUrg, qui < était phis 
> ferte f quoique malheiirâuseÉiieiit la plu- 
^|>art des mals<ms fiissest oanv^nles en chau- 
'toe y' et par eonséqu^t fLis exp^séss â être 
'%fû!écs. . 

Lt^Ânglâi8lsfydéfeàdireK^4^ê1ique tea^s 
'Évec coui'^^if i*aiiv«nAb^46Kr»td£?Fra^ ^ 



. 1 



/ 



^40 HISTOIRE DE FRANCE. (l3B5) 

comme s'il eût été déterminé à importer 
la place d'assaut ^ ordonna qu on apportât 
un grand nombre de fagots pour combler 
les fossés. On payait à chaque paysan qui 
en fournissait un ^ une petite pièce de mon- 
naie nommée un blanc. De cette manière , 
les fossés furent bientôt comblés. Réduits 
à cette extrémité y les chefs anglais furent 
<;harmés de capituler pour obtenir la per«* 
mission d'évacuer la place en sûreté, et 
de retourner à Calais. Gravelines , où Vê- 
tait retirée la plus grande partie de l'armée 
anglaise, et où l'évéque comttanàait.en 
personne , fut rendu de la même manière 
et aux mêmes conditions. 

L'expédition de l'évéque de Norvrich ne 
donna que peu de satisfaction aux Anglais , 
et , quoiqu'elle n'eût certainement pas été 
plus inutile que la plupart de cell^ qui^ 
depuis quelque temps avaient été entre- 
prises contre la France, le mauvais succès 
du prélat lui fit encourir des reproches , 
et même une amende. Jean de Gand , duc 
de Lanca^tre, ne fut pas fâché intérieu- 
rement du malheureux résultat de la tentar 
4ive de l'évê^e ; il aui:ait pourtant pu ap- 
prendre, d'après le destin du dpt^d' Anjou/ 



(l385) HISTOIRE DE FRANGE. • 24"l 

dont la situation à la cour de France étsiît 
presque semblable à la sienne à celle d'An- 
gleterre, qu'il pouvait perdre plutôt que 
gagner à l'entreprise qu*il méditait, quand 
même il commencerait par réussir. Main- 
tenant nous rendrons brièvement compte 
de l'expédition de Naples, dont nous avons 
différé jusqu'à présent de parler, quoi- 
qu'elle ait eu lieu dès i583. — Je vous ai 
dit que le duc d'Anjou s'était approprié 
sans scrupule les trésors de son frère Char-, 
les y, afin de faire valoir les droits que la 
reine Jeanne et le pape lui avaient donnes 
sur le royaume de Naplès et de Sicile, 
Ébloui par la perspective d'une couronne, 
il sacrifia imprudemment le pouvoir véri- 
table qu'il possédait comme régent de Fran«* 
ce , au projet romanesque de devenir roî 
en Italie. Son frère, le duc de Bourgogne, 
qui s^attendait à le remplacer dans la ré* 
gence, Tencouragea à cette folle entreprise^ 
Le duc d'Anjou employa les trésors qu'il 
s'était procurés à lever une armée , ce qtà 
n'était pas difficile quand on trouvait par- 
tout des compagnies franches, et qu'on 
avait de l'argent pour les payer. Il obtiiit 
l'aide du comte de Savoie , qui se joignit 

III. IX 



24^ HISTOIRE DE FRANCE. (lS83)^ 

à lui avec lui corps nombreux de sea vas-^ 
saux- En traversacrt la Sicile , le prince 
François fit battre monnaie p . et prit les 
titres de roi de Sicile , de Naples et de 
Jérusalem, et de duc de la Fouille et dte 
Galabre, D'une autre part, son compétiteur, 
Charles de Durazzo, réclamait ce royau- 
me , comme lui appartenant à titre d'héri«% 
tier le plus proche de la reîjae Jeanne , et 
le pape Urbain appuyait ses prétentions par 
des motifs semblables à ceux qui portaient 
son rival Clément à soutenir celles du duc 
d'Anjou. 

Ce prince n'avait pas le moyen de ré- 
sister à une armée comme celle qfie com- 
mandait le duc d'Anjou. En arrivant avec 
toutes ses forces , il résolut donc d'éviter 
toute bataille |. et d'attendre le cours des 
évènemens. Il vit avec beaucoup de sang- 
froid son rival dévaster le pays> et se mettre 
en possession de la ville de Naples* Con- 
vaincu que les trésors du duc d'Anjou ne 
tarderaient pas à s'épuiser, et que son ar-r 
mée se débanderait faute d'approvisionné- 
mens, Charles de Durazzo se borna à pro- 
longer la lutte. 

En effet , la nécessité de payer et d'avi-». 



(l385) HISTOIRE Bt£> FR^àJfCE^ txé^ 

taiU^ uxve anoée composée au mpii^ de. 
x^idquaijrfe mille bpibmes^ ^uka bi^itôt 
tous les fonds que le dioe d' Anjou av'ftit 
réussi à se procuçe». Son rival eut recours 
avec succès à toutes les ruse&dék politique 
italienne ; il amusa le pri^e Fraos^is par 
de loagues négocialkiiis > et pair des.défis* 
personnels» qu'il n'avait rmk dessein d» ts^ 
nir. Enfin- Lwis d'Anjou , voysant son ar^ 
mée désorganisée , et seè trésors entière^ 
moAt épuisé^ > perdit tout^ espéraskce^. et 
mourut (k chagrin dâins le volage defiarif, 
le I o octobre i SS^ Charles de Duraziso, p»p^ 
sistant dans sa dissimulation m^e après la^ 
n^rt de son rival ^ porta ti?^te jours le 
deuil de son compétiteur et de son enner^. 
mi mortel, après quoi il piit po^ession de 
sa couroane% 

On dit que la deriiière ca»se de la ruiBCi 
du duc d' Ai^fi^ t^tk le manque dé fi6i d'ua 
nomxné Pierre* d& Craon> noUe breton ^ 
doi^t il est malheuresement souvent q^^i^ 
tion ensuite àsm^ l'hisloire deFraiu^.. C'élait> 
ujn h^^imne d^ (aiws,, et d'ime-soeuitiag^éart 
bte^ c€^ qui faisait qvi^'ilt él^^it b«e«t vu à, fe 
cQur coCTompiie de F]rai»ce>. GevQraoii mdkL\ 
suivi le due^ 4'AïijfW eut Italie ^ el daMiisa> 



?/|/| HISTOIRE P£ FRANCE. (l385) 

détresse, ce prince le chargea d* aller cher- 
cher en France de l'argent qu'il y avait 
laissé' entre les mains de la duchesse. Cet 
émissaire infidèle reçut l'argent, mais au 
li€U de le porter au duc , il le dépensa à 
Venise en débauches et en plaisirs dispen- 
dieux. S'étant pourtant hasardé à retour- 
ner en France , après la mort du duc d'An-: 
jou y Craon tomba d'abord dans la disgrâce 
du roi , et son manque de foi fut puni 
d^une forte amende. Mais avec l'adresse qui 
ne manque jamais à de tels parasites, il 
recouvra ensuite les faveurs de la cour, 
obtint encore la confiance , et se trouva 
de nouveau en état d'en abuser et de la 
trahir. 

Vers cette époque , le duc de Bretagne^ 
qui avait porté les armes dans le camp 
des Français , lors de l'expédition de l'é- 
véque de Norwich , se hasarda' à jouer le 
rôle de négociateur pour établir la paix 
entre la France et l'Angleterre, — rôle 
assez singulier pour un homme qui , com- 
me Jean de Montfort , avait manqué de 
foi aux deux royaumes. Cependant aucune 
des deux puissances n'était disposée, par 
le cours des évènemens, à consentir à des 



\ 



(l585) HISTOIRE DE FRANCE* ^^4^ 

conditions de paix modérées , et tandis que 
les Anglais refusaient de tenir sous la su- 
zeraineté de la France le petit nombre de 
places qu'ils possédaient encore dans ce 
royaume , les Français ne se souciaient pas 
davantage qu'une nation étrangère conser- 
vât la moindre possession indépendante sur 
leur territoire. On ne put donc établir au- 
cune condition de paix solide entre ces deux 
puissances ennemies. 

Pendant ce temps ^ la France, surtout 
dans les provinées du sud-ouest, continuait 
à être dévastée par les compagnies frah?- 
ches, ces bandes d'hommes armés 4ont je 
vous ai déjà parlé bien des fois> Elles ne 
reconnaissaient ni souverain , ni patrie , 
mais se réunissaient dans des villes et des 
châteaux , où elles se procuraient de vive 
force tout ce qui leur était nécessaire, aux 
dépens des environs. Plusieurs d'entre eux, 
corpune nous l'avons vu, après avoir été 
chefs de bandits , — car c'était le nom que 
méritaient ces bandes , — . s'étaient élevés 
au grade de chevaliers et de généraux su- 
périeurs. Je crois pourtant, que vous con- 
cevrez mieux ce qu'était cette sorte de gens, 
et que vous comprendre? plu? aisément 



^^46 aist'ôii^ ^Bte ii^AKCï:. .(^iSdS) 

ifoel fiéiAi ils deirahstît èlre pmif tin pst^^ 
•fmmhltiy à il\ii4e'^'iiii^'couft€ i^âticm de 
flit0léi9e<et de la mort de deux Neutre «ux. 
La if rowiini«e'd'Au¥ergne ëtaît 'pttrtictiliè- 
^Mtâênt te n^îre 'de ces brigands , parce 
-qu'il s'y trouve uti grand nombre de mon- 
tagnes, de roches y de d^lés et de forte- 
resses, dont les compagnies franches sa- 
w»mt lirer parti 'en faisant la guerre. Plu«- 
sieurs de leurs chefs les plus -renommes s'y 
^étaient ëtabiKs par la ^méme raison qu'une 
^contrée montagneuse est recherchée par le& 
-ai^es , les faucons , et tes autres oiseaux de 
proie y qui y trouvent des occasioifê de ra^ 
apine , ^et des facilités pour se cacher. Deux 
fdeôes} flibustiers s€f distinguèrent par-dessus 
^tmis les autres* par leâr courage , leur in- 
JteHigènôe et leur activité. Leurs^noms , — - 
XHi da motfis les sobriquets Sous ièsquek 
Ms ëtatent comaus à la g»erre, — étaient 
ùàmet^ Mafieel m, Greoflroi Tête-Woire, 
ite faisaient ^ous' deux pro*5^on de soute- 
nir fat came des Anglais^ mais on peut stç- 
^poser^q^Hs^ee n'était qu^paree que ce parti 
-teuT donikait^iin pyi«Fi^e plus illimité de pil- 
•faige. lae délait ^qtie dontte f rcSssard dé la 
imort de cesdeûQc aveiïlurîers cëlëbres^ est 



Yl'SSÎ) HISTOIRE DE FRANéE* ^47 

un des passages les plus pittoresques de ses 
récits animés , et vous fera jâûeux connsu- 
tre 'les hommes .effrénés qui vivaient dans 
ce temps de désordre , qu'une longue disr 
sertation que je pourrais écrire. 

Geoffroi Tête-Noire , en corrompant un 
domestique , obtint le moyen de se mettra 
eu possession, *lili et sa compagnie,* du 
château-fort de Veutad<Mir , appartetijant à 
-un comté fort âgé , .portant le itiême nom, 
que lés .bandits chassièrentde la place, sans 
lui faire aucyn mal, car clétaiX a cette con- 
dition que le perfide écuyer Içur .avait livré 
la citadelle.. Geoffroi Tète-Noire y suivît sa 
profession avec beaucoup de succès. « C'é- 
tait un homme endurci , dit ITiîstorien , 
qui ne connaissait jii crainte ni pitié ^ et 
qui mettait à moft un chevjdîer ou un 
ëcuyer aussi "bien qu'un paysan , car il ne 
se souciait fle pa:^onne, et il était tellement 
redouté de -toute sa troupe, que pas un 
n'osait lui déplaire. » Ce chef rassembla 
ime 43ande de quatre cents hpmmes^ aux- 
quels il payait chaque mois ui^e forte solde^ 
avec là plus grande régularité. H proté- 
geait ies environs de' Ventacloùr^ ..de sorte 
que personne n osaitf afre d^incursions dans 



348 HiSTOIRE DE FRANCE. (l385) 

çe territoire. II tenait dans son château une 
sorte de foire, où Ton trouvait du fer, de 
Facier, du cuir, du drap de Bruxelles, des 
•pelleteries, des marchandises de mercerie^ 
et autres de toute espèce , aussi abondam- 
ment que dans la ville de Paris. Le château 
était complètement approvisionné^ et en 
"^tal de soutenir un siège , eut-il duré sept 
ans. Quelquefois, pour montrer son indé- 
pendance , Tête-Noire faisait la guerre aux 
Anglais aussi bien qu'aux Français , et il 
m^ia bien des années cette vie joyeuse ^ 
plus redouté qu'aucune autorité l^ale dans 
le pays où il vivait. 

Mais quand le parti français commença 
à prendre l'ascendant dans ces districts, 
les nobles et les chevaliers se réunirent 
pour assiéger les châteaux et forteresses 
dont ces bandits s'étaient mis en posses- 
sion , et pour délivrer le pays , de gré ou 
de force, de cette soldatesque que nul frein 
ne retenait. 

En conséquence, Guillaume de Lignac, 
Jean Bonne-Lance et plusieurs autres che- 
valiers de. l'Auvergne et duLimousin, firent 
le siégç de Ventadour, ce qui n'inquiéta nul- 
lement Tête-Noire, qui était bien pourvu 



(l583) - HISTOTRE DE FRANCE. 2^9 

de vivres et de munitions. Mais un jour 
qu'il était à la tête de ses gens dans une sor- 
tie, un trait décoché par une arbalète le 
blessa au visage.Les médecins pensèrentque ' 
cette blessurç ne serait pas dangereuse , si 
le malade suivait le régime qu'ils lui piies- 
crivirent. Mais Tête-Noire était un bon vi- 
^ vaut, peu accoutumé à se rien refuser, jt 
sa négligence fut cause que la blessure de^ 
vînt mortelle. Quand il se sentit très-mal, 
il fit venir près de son lit les principaux 
officiers de sa tmupe. Il leur rappela qu'il 
avait été long-temps leur fidèle capitaine, et 
leur dit qu'étant sur le point de mourir, il 
désirait les voir se réunir pour faire choix 
d'un chef qui pût le remplacer et être en 
^tat de défendre ce château fort et bien ap- 
provisionné jusqu'à ce que les Français en 
levassent le siège. « J'ai principalement ser- 
vi , ajouta-t-il , sous l'ombre du roi d'An- 
gleterre, trouvant qu'il y avait beaucoup à 
gagner à ce service, et vous fefez bien de 
choisir un chef qui adopte la même politi- 
que. » Les compagnons du commafidant 
Técoutèrent en silence, et quand ils lui ré- 
pondirent , ce fut pour l'inviter à désigner 
lui-même son successeur. Ayant nommé à 



i5o HISTOIRE DE FRANCE. {l583) 

cette place un de ses parens , ^ête-noire se 
mît à îaîre èon testament ; et ce testametit 
en montrant lia richesse que ces gens acqué» 
l'aient ^ est uïie preuve curieuse de leur su- 
'pefrStilîon > et de leurs idées singulières et 
éîttl'avagantes du droit de propriétë ^ même 
. qtistnd il s'agissait de la leur. « 11 y a dans 
'cette caisse trente mille marcs ^ dît le bandit 
mourant^ et je veux en disposer ^élon ma 
conscience. D'abord, je donne à la chapelle 
de Saint-Marc de ce château, quinze cents 
marcs , pour être employés en réparations j 
ensuite , à ma maîtresse qui m^a fidélemeni 
et loyalement servi, deux mille cinq cents 
francs; ptlîs, àÂUan-Roux, que je viens de 
nommer votre capitaine, quatrenuUe franco; 
cinq cents au valet de ma chaml)re; gninzé 
cents aux officiers^de ma maison ^ et quant 
ati surplus, j'en disposé ainsi qu'il suit.-—* 
"Vous êtes Ici ettviron trente compagnons âe 
!a même 'bjiidé j «vous d^vez être comme 
des frères , sâris dispute , querelle , ni cdlèfe 
parmi Vous ; après avoir p«iyé les Ws queje 
Viens- de* faille, partagez également et fidefe^ 
ment entre vqûb Ireniie ce qm restera dans 
ce coffre. TSiais âî tous n'êtes pas coiiteht de 
tnon le^ , et que le diable excite une que- 



*reîte entre Vôtts, îl*y a ïàiltMf bonne' hache ^ 
hrîsez la cai^e, jetex •vteÀs'^r Patient, et 
Itttfape qui pent. fy Lés *tt*e!ite hërftiersf"itro- 
'fttireiït k teur capitaftre, pat îe respect et 
TiarfSeetioD qu'ils avaièttt ^oor hiî pendatit 
'M rie, qti^is rempHraient fi^lément '^es^ 
intentions après ia mcG^l:. • 

Effectivement, après h inwt 'de Tête- 
noire , ils exécutèrent toutes ses volontés* 
Mais ison successeur, AHan-ftoux, a^ant 
formé un plan de trahison qui fut décou- 
vert , ils le tuèrent, et lé château fut pris. 

L'histoire d'Amergot Marcel, qui, comme 
nous Tavons dît , faisait 4e même métier , 
et qui avait ^quelquefois partagé les entre- 
'prises de Tête-^noire, nous offre un sem- 
•blable tad>leau de la Vie de ^ces aventu- 
^ers. Ce di^e personnage s'^étàît établi, 
par les mêmes Voies 'datas le "éhàteau-fort 
^d'AIoys en Auvergne, dVù ïr'Tâisaît avec 
Succès dans le pays des excursions qui lui 
produisaient un revenu de vingt *niîl1e flo- 
rins. Mais vers Pépoqùe Hé fatnort de Tête- 
noire, !e tomte d'A-rmâgnac et ^usîeurs 
'^igtieut^s fran^sf fùreitf'dïai^g;ês de chasser 
*€^ ^brigands ^u pays 'à prhc d'argent, si 
'ceîa était tiécéssaire , puisque ^a force était 



252 HISTOIRE DE FRANCE. (l385) 

un moyen dangereux^ et dont le succès était 
douteux. Au bout d'un certain temps, Mar- 
cel se laissa persuader qu'il ferait bien d'ac- 
cepter les offres qui lui étaient faites, de 
renoncer à sa conduite illégale, et à ses 
actes de violence , et de vivre à l'avenir en 
citoyen paisible, au moyen des richesses 
qu'il avait amassées. Ayant pris ce parti , il 
remit au comte d'Armagnac le château 
d'Aloys, situé dans le cœur même de l'Au- 
vei^ne. 

Mais après la reddition de cette forteresse, 
il commença à se repentir de l'avoir remise 
au comte, et d'avoir consenti à réformer 
sa conduite. Il aperçut une diminution dans 
le respect et la crainte que son nom seul 
inspirait autrefois quand il était pirononeé. 
Ce brigand se plaignit de son changement 
de condition à ses anciei;is compagnons de 
rapine , et ses souvenirs , comme l'historien 
nous les donne , offrent un tableau piquant 
du succès de ses brigandages. 

« Tout bien considéré, dit-il à ses an- 
ciens compagnons , en se repentant de ses 
bonnes résolutions, piller et voler était une 
bonne vie , messieurs. Il n'y a de plaisir et 
de gloire en ce monde pour nous autres 



(l583) HISTOIRE PE FRANCE. 255 

gens de guerre , qu'en vivant comme nous 
le faisions par le passé. Quelle joie c'était 
pour nous quand nous partions en quête 
d'aventures , et quand nous rencontrions ^ 
chemin faisant , un riche prieur ou un mar- 
chand , ou une troupe de mulets venant 
de Montpellier, de Narbonne, de Toulouse, 
de Garcassonne , chargés de drap de Bruxel- 
les, de fourrures achetées dans les foires, et 
d'épiceries de Bruges, de Damas et d'Alexan- 
drie! Tout ce que nous trouvions était à nous^ 
ou nous en recevions telle rançon qu'il nous 
plaisait. Et quant à la vie, les paysans du 
Limousin apportaient tous les jours à notre 
château de la farine , du pain , du fourrage 
pour nos chevaux , de bon vin , des poulets , 
du gibier ; et ils y amenaient des bœufs et 
des moutons gras. Nous étions servis comme 
des rois. Quand nous montions à cheval , 
tout le pays tremblait de peur. Comme nous 
avons pris Carlushe, et Jacques le bourg de 
Compeigne! Gomme Perot de Bernoys et moi 
nous nous sommes emparés de Ghalucet ! 
Gomme nous avons escaladé avec bien peu 
d'aide le chàteàu-fort de Marquel, et comme 
j'en ai reçu pour rançon cinq mille francs 
bien comptés^ sur une belle table; et comoi^ 



:254 HISTOIRE m; lïMNGE. (|S83}^ 

j'ai au>atré ma modéraitiou en faisant remise 
de mtUe autres &|tnQS par respect pour les 
enùûdSk du daupbia! Sur ma foi , c'était uu^^ 
belle et boDuxe vie ^ et je tie»s que je me 
suis laissé trcaxipei! eu rendant la forteresse 
d'Aloys,, puisque^ bien s^vitaiUée comme 
ellei'était, je pouvais la défendre contre W 
monde entier^ j». 

Les. i^egrpts o^i^i^lmés par Marcel de 1)^ , 
plus mener cette vie licencieuse, le condiû'^ 
sirent naturellement à reprendre son an- 
cienne profession. Il serait inutile de le sui^ 
vre dans ses exploits ultérieurs, cpaoi qu'il 
s'en tpojuve d'asa?z. sûiguliers. Son genre de 
vie fut re^du plus, difficile par l'alliance in>^ 
time des cb«valier^ français , qui ^ conune 
nous l'avons d^jà dit^ avait pour objets 
d'anéantirces compagnie^- D'une autre part,, 
il ne reçut des Anglais aucun app»i efficace, 
une trêve es^istant ailors entre les deux 
royaumes;. SnJSn il accorda aa confiance à* 
un de ses parens, nozaméTcmroeminctt ^i 
le livra aw Français^ Qijand on Veut con- 
duit à Paris> Marwl offrit, soixante mille 
francs pour sa ranf^n; muis on lui répon** 
dit froidement qup le roi était assez riche. 
Ce bri^ud fut traîna dans un tombereau 



(ïSaS). HISTOIRE DE FRANCE. ^55 

sur la place des Halles, mis d'abord au pi«- 
lori , ensuite penda, et son corps écartelé 
,fut expose aux portes de la ville, t'hîstoîre 
de ces deux chefs, de bandits , peut donner 
une idée de la vie de leurç semblables , ei 
de la manière dont la France ea fut dëli-^ 
vrée. 

Revenons à notre histoire. *^ Le due de 
Lanc^stre , pendant ce temps , avait enfin ,. 
par sa grande influence , atteint le grand 
but de son ambition. Il s'iétait embarqué 
avec vingt- mille hommes p<mr faire valoir 
ses prétentions à la couronne de Castille , 
qu'avait portée son beau-père, Pierre-le-. 
Cruel. De toutes ses aventures en Espagne 
et en Portugal , nous pouvons nous borner 
à dire que ses troupes soutinrent la réputa- 
tion de bravoure des Anglais, mais que leurs 
exploits brillans, suivant leur destin ordi- 
naire, ne furent que de bien peu d'avantage 
pour leur pays, si même ils en produisirent 
aucun. L'^insalubrité du climat, et l'usage 
immodéré des vins^ et des fruits du pays ré- 
pandirent 4es maladies contagieuses parmi 
les soldats. Mais quand nous £aisons atten*- 
tion que le vin de Porto est aujourd'hui la, 
boisson de$ Anglais riches ou seulement 



a56 HISTOIRE DE FRANCE. (l386) 

aisés, et qu'il est regardé comme salutaire^ 
nous ne pouvons retenir un sourire en li- 
sant dans Froissart que les vins chauds et 
capiteux d'Oporto furent funestes aux An- 
glais f qui étaient habitués à ne boire que 
les vins légers et généreux de Gascogne et 
l'aie de leur propre pays. 

B vint à ridée du roi de France et de 
ses courtisans, que lorsque l'Angleterre 
semblait épuisée par suite des révoltes des 
paysans , et des deux expéditions de Tévê— 
quedeNorwich et de Jean de Gand, le 
moment propice était arrivé pour porter 
la |;u«pre sur son territoire. En cette occa- 
sion , comme dans les précédentes , on fit 
des préparatifs d'invasion plus imposans 
qu**utiles , et l'on y mit une splendeur qui 
n'était nullement nécessaire. On prépara 
plus de sept cents navires pour transporter 
l'armée nombreuse destinée à cette entre- 
prise. On y embarqua la carcasse d'une ville 
de bois , c'est-à-dire tous les bois nécessai- 
res pour la construire et la démonter en-^ 
suite partout où le roi voudrait loger , s'il 
suivait l'armée. Les tempêtes furieuse» de 
réquinoxede i386, détruisirent cette flotte 
dé bâtimens de transport dont le rendez- 



r 



(l586) HISTOIRE DE FRANCE. 267 

TOUS était dans le port de Sluyse. Le roi 
donna une marque de sa bienveillance à son 
oncle le duc de Bourgogne; en lui faisant 
présent de ce port^ et de tous les débris dont 
la tempête l'ayait rempli ^ y compris les 
fragmens de la ville de bois dont nous avons 
parié. 

A eette époque les affaires de la Bretagne 
commencèrent de nouveau à offrir un in- 
térêt particulier. Jean de Montfort, duc de 
«ette province , que nous avons si souvent 
Cité comme un homme- plein de bravoure 
f et dé tftleaa , eqt un rôle difficile à jouer 
-entre la:France et F Angleterre, et sa situa- 
tion aurait pù'lui donner une leçon de pru'^ 
dence.. Cependant, en cette Occasion, il se 
hasarda à Suivre une eû^duite qui aurait 
eausé s(a perte, si les oirconstânces eussent 
permis au roi de Frtn<^ tle poAsdér les chô- 
mes à l'extrémité. -. » ^ 

Vous ne pouvez avoir oublié les longues 
ferres qui avaient eu lieu entre Jean de 
Montfort et ses parens, d'une pa^t, et Ghariès 
de Kots, de l'autre. Parmi les plus grands 
adversaires des prétentions d» Montfort 'au 
duché de Bretagne , se trouvait Olivier de 
Clisson, seigneur breton, alors connétable 
III. II * 



4l58 HttJOiftE OE FB^tlOB. XxWSÊ) 

tde Fflance* JLe tàle -iIm cbanétaUe ipritiiit 

xi'aataat ;plttft 4e 4«e, '<|w>, doi» d^erigâoe 

^de CS0S »dé$#rdre8^ il ^wait ëlé tpartâgm 4e 

^UmaiMii deMwtfort; mus ilyaYtât déjà 

.liiiig^4enipa qu'il aiKtftt< embrassé h canéeide 

Cba^ les de Btois ^ .pour qui il ayait <»ni- 

battu à la bataille d'Âuray, dans laqMlle 

Qt^ks per4ii k fie. Apnès cetie'^Kffiire , 

. OiiviiH* avait payiévàr^ca foais la raïK^n des 

4e4apfil»*de«GbmrkB de-Bloia^ et Vaine arait 

yf^fiisé b fiUedu eoonétable/Ce/jeune^teî^ 

j§iiaiii:.i du:c(NMi|t«aMAlid6tsoiidita»^^^ , 

.Goesme cla.poUvak le aupposery liotitîiiutât 

à déployer lea aj^iile$ de^BDetogBa luRsaJbaA'- 

iiiére<et wr $<m*éeii;><et àrfaiise «Tabac ^«ki 

^oins 4e «eettev tnantére , f ads-ynétantiaaiinà 

•ce ducM» p^?é0wiàtpm.rquef«oit père «Mit 

j^aiiU«niw^4«r MidlîJ^IE^dfthata^^ diAaaay, 

.>Q^>ijl 4^^'ft»^p4é 4a i»6rt.tiJ!eaaide9i(ml^ 

fort fut si courroucé de o^diâtiimift'Éacke'ide 

-vaf^dri^ite^ jqtiîilTëàoiteit dc-ie^^eiiçea, a'im* 

.,po}r^.«?ow»eat^ietîm«»e aftiiprix: de eau 

.h^B#QWit]^>^v;u'k[p?tl)pàt «e reiwkeifiâî- 

^(^*e dç 4*!.P«^oiwi^du-eanaëta^ ne 

c4epadD,,,â ^ iftvitor iouf ks aai^nMirs et 

il;oMte ia mobl^aae de Ppeî^gœ-etîsiiëeiaAe- 

.nmt le coodétaUe de Fi^nee^ Olrrîer 4e 



Vi586) histoire: de FRi^NCs. ,, ^§9 
Clissole,^ à îin jgvmâ feftin i^u'il avait des- 

.sein de leur ilôuner. J^^rôsies avoir bieai 
festoyés qwl^e temps^k,dvc>x¥>mine pour 
avoir leur OJpi^iq^ .sur cet édifice^ les jo^ 
na voir un château fluUl fiûsait JWMi&tniijre 
sur les bords d^ lairaer^ .^t qii^^yRpdait 

Je château d'Emyme, iLe i5on»étahki^.à Ja 
requête du duc , .^utea, 4lwiç la .^Wf^^n^ 
ài'iiistawt jwême, il fut arrêté^ jftéda»s 
un cachot,, et chargé de fq»s* 5pn beaj»- 

;frêre^ Iq aqgoew de I^yAl ,fPM ?it Sparte 
de h tç^r, se .Jfçrmejr tout^fi çoaip, et ||iii 
s^apercut , au changement de physiouonqiB 
du duç> .ftup jjiuelfue chpse de xq^paarcjua- 
ble veuççk df #e passer,, jiç jeta iWvgOT/Hix 
de ce prince, et ioipl^ira ^sa mi^ |)ûi*r la 
ton cpuuéJtalpK « Ejtes-vpu.s^4iapa»è àpa*^ 
Yager son destin? w.r^xiditAefdHC évident- 
n^nt trw.sparié d'ujQue ^u(^ cqlèi^,,« ie 
le suis^t »i répondit de jLaval ,^ 4|uir avait pb^s 
d'h^uiétude pour epB jvnji; f{ue .de fçrauile 
poftir lui-m^wçt- «Ea ce pas^ jpépondit le 
duc en tirant son poignard , il ue ^aos aa 
çouteraj^'unmil» car Cli^ot^AWa^Hin. >> 
~Qn p^ r^marcpier iqi qu'il .avait f^ecdu 
Tautreà lahalailk d'Aujray* r^ CependaiU^ 
après un moment de réflexion , il s'abstint 



♦/. 



a6o histoire de» frange. (i386) 

de l'acte clé violence dont il menaçait de 
Laval , mais il le fit arrêter., en lui disant 
qu'il ne serait ni mieux ni plus mal traité 
que son ami. On le conduisit donc en prî* 
son , et comme le connétable lui-même^ on 
le chargea de triples fers. De Laval continua 
i intercéder pour de Clisson , et malgré les 
menaces réitérées du duc de faire mettre à 
mort les deux prisoriniers , il eut le bonheur 
de le détourner de cette résolution. Enfin 
le duc accepta du connétable une rançon 
consistant en la soihme considérable de cent 
mille francs*, trois châteaux , et la ville de 
Gnyon. 

L'opinion ' générale des Bretons fut que 
îc véritable but de Jean de Mohtfort, en se 
portant à cet acte de violence , était de se 
féconoilîér avec le gouvernement anglais, 
qfu'îl avait mécontenté récemment en aban- 
donnant le duc de Buckinghaîn; car il de- 
Taî^ sentir ^e, sans le secours de T Angle- 
terre il lui serait dîflicile de maintenir Tin- 
dépendance qu'il ambitionnait comme duc 
âe Bretagne. . 

L'arrestation du connétable en Bretagne, 
privant le roi de France des services de ce 
grand officier sur la sagesse duquel il^omp- 



V 



(i386) . fiisTouE DE fràncb; . 061 
tait principalement pour assurer le succès 
de son expédition projetée en Angleterre; 
aurait nécessairement arrêté lés progrès de 
rinvasion ; mais comihe nous l'avons déjà 
dit, la tempête fit 'avorter cette entreprise 
en détruisant les bâtimens de transport 1 
Cependant le duc de Bretagne réussit à se 
réconcilier avec le„ roi de France , ^n res- 
tituant la somme qu'il avait extorquée pour 
la rançon du connétable, et en lui rendant 
les châteaux qu'il çn avait exigés. 



<• ft * k 



. • * 



iMtiÊtBÊSBsaBBamm 



i •• 



CtiAPITRÊ XI. 



COlItlILLlU QU'lI' CHOISIT. 9mAXlVB M PI^IBI ^f «mAOH 

«•m «à»â0kiir<à'Oiè»in M m,uaoniw>9ttmtÈ «k^rnAlies, 

•■ ftirOQIB IK BIMUOIHI. -^ LB A^I QHA|l|.Sf , p |i|^CJ9M[iV 
VIBI !.▲ 'BtBtAlJKB POOB >OiriB LB HitOBTBlBBj, BST BBAP^A 

INTBBTALLBf LOÇIOI89 >OOAIT 0B aO"- — " I** >>C<i !)■ "OUf- 

60GHI BOiMftt tjMii ff i màiM^à^tMê ytifiirtriow W mc i&'ot- 

iJAHt. LB DOC DB BOOBOOGBB COBOtolB DB LÀ COL'B OLIVIBB 

DB CLIMOB, QUI »B BITIBB BJI BBBTA4S1TB* — IL T FAIT LA 
6UBBBB AU DUC. — PAIX COHCLOB BRTftB BOX.— >MOBT DB «BAH 
BB HOBTFOBT. IL LAI88B CLIISOB TDTBVB DB 8BS BBFABS. — 
aOH;DOlTB BONOBABLB DB CUSfOB BB GBITS QOALITi. — SA 
MOBT. — ADMIRISTBATIOII DO DOO DB D00B6OGRB. — HBCOOBB 
PBOlUi PAB L4 FBABGB AOZ iCOfSAIS. — BlfPiDITIOB PI>OB 
PBOTéGBB LA HOBGBIB C^ WlBB ^tBB TCBCf. — I.B8 FBAHÇâlS 
BT LB8 B01IGB0I8 O^FAIZf PAB LU 80LTAII BA/i2BT 9Bi» OM 

HIÇOPOLU. MA88ACBB DBS FBISOJfWlBB». — ^lAT 0« I-A 

PBAIICB A LA FIB DU QUATOB*«4«» BikCLM. 



1 387 . L'année suivante était bien avan- 
cée , quand le roi de France , Charles VI , 
prit entre ses mains les rênes du gouver- 
nement de son royaume. Il assembla à cet 
effet à Reims un conseil, où il appela ses 
oncles , les ducs de Berri , de Bourgogne , 
et de Bourbon , et après leur avoir expri- 



HQQiàiêCB noIieMeiàèiB^HM^rrices^^ils hii 

îtoiniaéà^u'mnifirisdti F0«fr dtaue Mi-wlnie 
éàd'aH^air, rarec l'aide- #ttnoditsdl'd»ét«t^ 

^Lft noliiia ^ne fofi^BflLcIiiée de ^i^ vék 
kpamd les ceitteili«»9^rtvéii⻀iiM>dtis ^ati- 
Hdes du rei> a'>rMeepii^n'^ tifiô Aô 0o«ir- 
-4}on« Los dues d^ fii^rri m de^Bèiii^ogAè, 
>t(His 'd«i]s: alnbitieiifi / iqlMqde le >d)^mier 
rMulf»JMudes tjsien^, ;^4&M'Sôil««rMÉ>@ftieiit 
ûeifflfieés^de^-«eîtmu9er aJashprf«^é^ toat 
'^nvmstjLetoiy aoitaM^qu'on; pouvait jti- 
g^ du caractère d'un prince si j^èuiie^idon- 
imaiit l0^rpdii8>b^tes>)â^^Mices.)Ci^i^aidant 
-é&nxéàamàtkmm négl|g«é$ éti«lié&nt 

*frctt)aiftelBfmt par <$ttiie de la "poUtîifôe de 
^8Wt>«oeia/qui ddnralt)iÉî>ilM^i«r<ée.l'4- 
-iKàgammit pour Jlis .nffiimB^ îfM t^vdit 

(«fflBlsiactë fia'giûét iiiMiodâEi^ 0ha9»e 

et pour d'autres amu^Mi^ns -pmppeÀ à rla 

-•jttMeése y eiiune^{ia$MoiiipoAr jê»ii|g(ie:«t les 

')qiieUa^sfliiftââimaÉet'«t^ }eiii|«etiât fÂif- 

•^^pérîeM»mie&rt.^4}es d^^ à>lk m^- 

•Hfamuwims iÉmbiMMices/%t à ii«t faehMoc 



■*■ 'jo.,^, 



264 BISTOIRS DE FRAlf€B. (1S87) 

té f firent dé Charie» VI im des, moBar- 
ques les plus infortunés ifiï aient jaimais 
porté la couronne de France, quoiqu'il eût 
eu pour prédécesseurs Philippe vaincu à 
Créci j et Jean fait prisonnier à Foiti^^s. Ces 
défauts furent pourtant loin de se mani- 
fester au commenceinent de son règne. Il 
donnait de ratteatioQ aux affaires ; il ren- 
dait la justice avee soin à ceux qui la ré- 
clamaient de lui ; il montra de la libéralité 
en réduisant les taxes ; il était actif dans son 
administration , et si aimable dans toutesa 
•conduite qu'on lui donna le surnom de 
Bien-aimé. > ' 

Pendant cette partie de scm 'régne > qui 
en fut le temps le plus heureux, la mort de 
la duchesse d'Orléans lui permit de don- 
ner le titre de ce duché, et la province même, 
à son frère unique, qu'il avait résolu d'é- 
lever à un rang prc^rtionné à l'affection 
qu'il avait pour lui. 

Le principal officier qtie Charles VI em- 
ploya , et qu'il estimait tant pour ses vwtus 
civiles que pour ses talens militaires , fut le 
seigneur breton, Olivier de. Clisson, coor 
nëtable de France, dont nous avons sou- 
i^ent parlé. Peut-être même le roi T^stimait- 



S 



(iSSy) HISTOIRE DE FRANCE. hQS 

il d'autant plus qu'il savait que ce guerrier 
devait son élévation et sa fortune à son mé- 
rite distingué, sans que ce fût le résultat 
d'une haute naissance. Far la même raison , 
les oncles du roi , voyant un homme qu'ils 
regardaient comme un parvenu , obtenir de 
leur neveu une confiance dont ils étaitot 
exclus , conçurent contre Clisson une haine 
profonde, qui se manifesta en diverses oc- 
casions. On «uppose donc que ces princes 
aidèrent le duc de Bretagne à échapper aussi 
aisément qu'il le fit, aux suites que pou- 
vait avoir la perfidie dont il s'était rendu 
coupable en faisant emprisonner le conné- 
table dans son château d'Ermyne ; et on les 
soupçonne de n'avoir pas été étrangers à 
une infâme tentative pour l'assassiner, qui 
eut liett peu de temps a:près. 

L'agent de ce vil attentat , crime qui n'é- 
tait que trop fréquent dans ce siècle bar- 
bare, fut ceméme Pierre de Craon, dontnous 
avons déjà parlé comme ayant eu la con- 
fiance de Louis d'Anjou , à qui il avait 
iXianqué de foi ; qui avait encouru par ce 
méfait des reproches et une amende , et 
qui cependant avait réussi à se remettre en 
quelque crédit à la cour de France. Craon, 

III. 12 



a66 HISTOIKE DE FRAlfCB. (1S87) 

h<nnme audacieux ^ et intrigant , avait c(k>- 
tracté une telle anûtié avec le duc de Toii** 
raine , ensuite doc d'Orléans, frère du roi , 
qu'il eut une opeasien d'en abuser , ^ il 
n'était pas dans son caractère de la laisser 
échai^r.^ Le roi ayant appris que Craon 
trcfublait la paix àt la cour , en ^^olportant 
des anecdotes scandaleusescontreleducetla 
duchesse dX)rléans^ lui manifesta son dé^ 
|>laisir en le bannissMitde la cimr. Gracm 
étant né cpri Bretagne , où il avait des pro- 
priétés , se réfugia dans ce duché , pleio^ 
dlndignation contre le connétable , et ne 
doutant nuUeHMÎt qu'il n'obtint l'appui dîi 
Duc dans toutes ks entreprises qu'il pour-* 
mit former c(»ilne cet officier. Ce ne fut pas 
sans l'assentiment de ce jmnce que Pierre 
de Craon fit une tentative désespérée pour 
sssa'ssiiier le connétable ; et Ton doit dé- 
plorer^ la versatilité de l'esprit hunmin , 
quand on voit ce mênve Jean de Montfbrt, 
qui avait obtenu le surnom de vaillant^ et 
qui > sur le chMnp de bataillé- d'Âuray, an 
moment de sa victoire , avait donné des 
larmes au sort de l'ennemi hérédkaire dont 
la mort le faisait due de Bretagne , devenir 
eorarplice éfwi vil et lâtche complot. 



(l587) mSTOIR» I>B FRANCE. D&J 

Quoique banni de Paris, Pierre de Graon^ 
cotcnffîe beaucoup d'autres perscmnes de la 
cour y y avait encore une maison. H y fit 
porter secrètement de quoi armer com* * 
piétement quarante h(mimes ^ et il fit entrer 
en mên^ten4)S ^ à différentes fois|^ pareil 
nombre d'individus, les scélérats le$ {^s 
déterminés qu^il eut pu trouver dans un 
pays où de longues guerres n'avaient rendu 
que trop nombreux de pareils misémbles. 
Enfin il alla tout-à-coiq) les y joindre lui^ 
même, etttord(mna«u portier de ne laisser 
entrer jnî sortir pers^me jusqu'à nouvel 
ordre. Lé même scnr , il y avait une grande 
fête à la €Out*> et Cracm eut soin de surveil-^ 
1er tout ee qui s'y passaîit , afin d'être ins^ 
truit des mouvemcns du connétable. Les 
chevaliers joiitèrent esx présence du rot et 
de la reine ; le souper fut servi ; la danse y 
succéda; enfin eh^emi ]partit pour se reti^ 
rer chez soi. Gommecbnnétabîe de France^ 
CUiss(m partit IjQ/démier. Il demanda au duc 
d'Orléans s'il l'attendrait , et ce prince \& 
congédia f en lui disant qu'il n'avait plus 
besoin de sessérvices. Qissontnontaàdieval 
avec sa suite, consiMant en huit hammes el 
deux porteurs dfe t<M*d»s> et passa par la rue 



208 HISTOIRE DE FRANCE. (iSSy) 

Culture Sainte-€atherîne. Craon l'attendait 
là avec sa bande d'assassins , pour exécuter 
son projet. Us attaquèrent le connétsJ[)le , 
qui ne soupçonnait aucune trahison^ et 
éteignirent ses torches. Le connétable crut 
assez naturellement que cette attaque sou- 
daine était un tour de jeunesse qile voulait 
lui jouer le duc d'Orléans, qu'il venait de 
quitter , et s'écria : « Ah , monseigneur ! 
c'est une mauvaise plaisanterie; mais je 
vous la pardonne à cause de votre âge , et 
de votre amour pour gausser. » Sur quoi , 
Pierre de Craon tira son sabre, et s'écria : - 
« Mort au connétable l je suis Pierre de 
Craon, à qui tu as fait mainte injure , et 
je vais en être vengé. » excités par les cris 
de leur chef , les spadassins de Craon atta- 
quèrent Clisson et sa suite; mais ce ne fut 
que faiblement , car , dit le chroniqueur ,- 
ce qu'on fait en trahison , se fait rarement 
avec hardiesse. » Le brave chevalier , à la 
vie duquel on en voulait évidemment , se 
défendit courageusement à l'aide d'un sabre 
qui avait à peine deux pieds de longueur , 
seule arme qu'il portât , et réussit à parer 
bien des coups. Mais enfin il en reçut un 
sur la tête, qui le renversa c II tomba contre: 



'(iSSy) HISTOIRE ^E FRANCE. JsCq 

la porte d'un boulahger , que le poids de 
son corps enfonça. Le boulanger , qui veil- 
lait pour cuire son pain , l'emporta dans 
sa maison , de sorte que les scëlératsf n'au- 
raient pu finir leur besogne sans mettre 
pied à terre , ce qu'ils n'eurent pas le temps 
de faire. D'ailleurs ils étaient d'autant plus 
empressés de s'échapper, qu'ayant vu le 
connétable tomber , ils s'imîtginaient qu'ils 
avaient pleinement exécuté leur entreprise. 
Toute la ville fut bientôt en rumeur ; le roi 
lui-nnéme se rendit, sur le lieu de la scène, 
enveloppé d'un manteau, et en pantouffles. 
U ordonna qu'on poursuivit à l'instant les 
assassins , ce dont le prévôt de Paris se 
chargea. Cependant Pierrie de Craon s'é- 
chappa de Paris par la porte qu'Olivier 
Glisson lui-même avait fait démanteler, 
quand le roi, à son retour de la bataille de 
Rosebeck, avait voulu punir la capitale. Le 
meurtrier se réfugia ensuite en Brets^ne , et 
le roi se prépara à marcher vers ce pays , 
tant pour se venger de Craon qui s'était 
rendu coupable d'un tel atteutat , que pour 
châtier son protecteur le duc de Bretagne. 
Quoique graves , les blessures de Clisson 
n'étaient pas mortelles. Cependant il crut 



^fO itISTOfKE &E PRANCE. (ïSSy) 

M m&fi assez proehaÎEie pour Êûpe son tes«- 
tamenU On regarda cette mesure comme 
extrêmement ipipolkîqne , parée qui! con^ 
firmait par là les bruits qui couraient qu^il 
avait amassé une fertime iminense y ee qui 
augmenta considérablement l'envie qu'on 
lui portait à cet égard. On disait que sa 
fortune mobiliéremontait àdix-sept millions 
de francs y sans y comprendre ses terres et 
seigneuries, ce qui formait un contraste 
frappant avec la pauvreté honorable de Ber- 
trand du Guesclin, son prédécesseur dans 
cette place importante. 

Cependant celui qui avait voulu comt* 
mettre ce meurtre fut aeeueilH assee froide^ 
ment par Jean de Afobfert , non parca^ qu'il 
avait tenté de commettre ce crime, mai» 
parce qu'il ne l'avait pas pleinement exé- 
cuté. « Ah, sire de Graon ! dit le Duc , vous 
ête» malheureux de n'avoir pu tuer votre 
ennemi , quand vous Tàviez sôus la main 1 
— Monseigneur , répliqua Craon , je crois 
que tous les diables étaient conjurés pour 
m'arracher ma proie. Je suis sur qu^îl a reçu 
plus de soixante coups de sabre et de ja- 
veKne ; il a été renversé de eheval , et s'il 
n'était tombé sur une porte entrouverte ,. 



y 



(1587) HISTOIRE DE FRANC». dff 

c'éUttttinho0imeiiiort«D Leduc deBretagae 
dk que puisqu'il efi était ain ^ E caicberaît 
le sire de Graou^ attendu qu!!! lui avait pro«- 
fltts de l'aider à œt égai^d.. 

Il était tout naturd que le roi de France 
voulût tirer vengeance d'un outrage si 
cruel et d isaukant; mai» k^ coupables 
Hvsôent des amia près de la faïaîUe et de bi 
pearsoufie du roi. £si efifel-:* ^quoique le roi 
fit valoir que leduc deBiretagikiS aT>ait commis 
un acte de haute trahi$(»i en liueordant ud 
ai>ri à un asaas^a tel que Fiwrede CIraon ^ 
et persistât dans l'intuition de punir le 
meurtrier et ses complices comoae ils le 
méritaient y lea ducs de Berri et de Bour* 
g0gne auraient voulu £&dre «envisager cette 
afiidre eonmie uiie sûtt^ qttereUe entre 
deux seigïEieurs bretons^ qii&erdUe dans la- 
quelle le roi de France peuvait se dispenser 
d'intervenir. Malgré eel^opf^oeitiDn^ le roi 
jura qu'il se vengeraitdel'tnsulte infàmequi 
lui avait été faite oai la personne de son 
coanétaUe. 

Charles Vl a^an^ donc jusqu'à la ville 
du Mans dans l'sffilentioii d'entrer ea&e^ 
lagne, ayant avec lui s»oucles lesduesde 
Berri et de BcHWÇDgne, et scm frère » le drue 



27a HISTOIRE DE FRANGE. (l587) 

d'Orléans. Il était à la tête d'une forte armée^ 
et avait intention de pénétrer en Bretagne, 
pour obtenir pleine réparation du crime mé- 
dité et commis autant qu'il dépendait de 
lui ,par Pierre de Craon. 

La marche du roi fut interrompue par 
une circonstance très -singulière , qui 
échappe à toutes les conjectures lorsqu'on 
cherche à l'expliquer. Quelques jours avant 
de partir du Mans pour cette expédition , 
Charles avait laissé apercevoir quelques 
symptômes évidens de dérangement d'esprit, 
oe qui paraissait la suite d'une fièvre lente 
causée par la colère dont le transportait 
l'attentat commis' contre Clisson , et par 
l'extrême chaleur de la saison. Rien ne put 
pourtant le déterminer à renoncer à son 
expédition contre la Bretagne , et il partît 
à la tête de son armée , comme nous l'avons 
déjà dit. Il était à che^^al , armé de pied en 
cap, comme un homme d'armes de ce temps, 
mais la tête nue. Deux pages portaient de- 
vamt lui son casque et sa lance. Son armure 
étant couverte de velours no^r , le fatiguait 
et réchauffait excessivement. Son frère , 
ses deux oncles , et une couple deç princi- 
. paux seigneurs de son armée 1^ suivaient 



^iSSy} HISTOIRE DE FRANCE/ 2j5 

immédiatement. Tandis qu'il marchait ainsi 
sous . un soleil brûlant , et étant lui-même 
dans un accès d'humeur sombre , un grand 
homme , couvert de haillons , et d'une 
figure hideuse , sortît tout à coup d'un 
buisson , saisit la bride du cheval du roi , 
et s'écria d'un ton de voix singulier : « Roi ! 
où vas-tu? tu es trahi I » Quel était cet 
homme , et dans quel dessein donnait-il 
cet avis étrange , c'est ce qu'il est difficile 
de conjecturer. Les serviteurs du roi qui 
n'avaient pas fait attention à ses paroles , le 
laissèrent rentrer dans le bois , après lui 
avoir donné quelques coups. On ne le revit 
jamais par la suite^ ce qui porta les gens su- 
perstitieux à croire que c'était une appa- 
rition.sumaturelle. Cependant l'armée sor*- 
tit de la forêt , et entra dans une grande 
plaine , où le soleil à l'heure de midi était 
encore plus brûlant qu'auparavant. Les 
pages portant le casque et la lance du roi, 
marchaient immédiatement derrière lui ; 
ses oncles , les ducs de Berri et de Bour- 
gogne , ainsi que d'autres seigneurs , se te- 
naient à quelque distance pour être à l'abri 
des colonnes de poussièwe que faisait lev^ 
la marche d'une cavalerie si nombreuse. 



d74 msTomfi ms wkajkcBm 0^87) 

Sans eeft oirconsUnceSy le page qni portait 
fat lanee du roî y boU qull s'éndoniiit , soit 
par négligioioe ^ la laissa taœinet sur le 
keaume de son •compagnon qtii pcMtait le 
oasqye de Charies. Ce léger accident snâRt 
pour causer une grande eatastroi^e» Le roi^ 
dont Tes^t était a&â)lipar la fièvre , avait 
lecorps épuisé «n méaoïe temps par rexcés 
de la chaleur, et par le poids de aoa anniH^y 
eostome qui ne cœivcnait guéresàlasaison. 
Par-dessus tout, l'apparition de ce qui seofe- 
Uait être un fantôme , et les paroles qui lui 
avaient été adressées , avaient fait sur son 
imagination une impressicm plus profonde 
quene ksupposaient ceux qui L'entonrafient^ 
Ce n^était que Ih&i peu detemps auparamstf 
qu'il s'était kvd à la hâte, akarné par le 
bruit d'ufli combat qui avait en fieu pres-^ 
que à la porte de son palais , et qui avait 
pensé «ooler la vie au plus élevé en grade 
deaea ofiicîers militaires* Dana un temps ou 
de pareils crimes se commettaient jour-^ 
ncilement des avis phis légers que eekâ 
qoekii avait donné Hnconnu auraient pu 
ëbranlar une constitution moins dtôcate 
que celte <fe Charka VL 

Dans cette situation ^-le faniit qiser Sd la 



^lS$7i) HISTCHIE. DE. lHiUPieB. izj5 

loB^re eii tondMinl siir fe casque^ «t l'éclat 
que jetaient ies aiiPDdorea dont il étaàt en*» 
tcmré>/suffireiit pour le threrde i» somi»^ 
rêverie, et pour y faire succéder tm aoeés 
.de £»iîe' furieuaew J(l tktiran sabre, et se 
jetant ayeè fureur ^sur le page qui avait 
<»lisé sk )»:uit ^ il hit porta un coup mortel , 
et eoiitinuft à attoqner tout ee ^i ^ait anh 
tour de lui^ avec si pen de distinction , 
qu'il devint, évident qo^îl avait toul-à-feit 
fierdn la raison. On ne troiiva d'autre re«- 
méde-^pie de ie saiar de force ^ de le dé^ 
aarmer,. de krgarrolteir, et de le reconduire 
Bsa. Miauaâ ttens cette malhenraise situation. 
Il y futlranspcarlé sur Un ch^^iot, lié avec 
Û&& cordes, ^uité par* aapi «flbtrâ^ frénéti** 
igiies, privé de parote et de moivr^Hient , 
et presque sans vie* 

C'était mie maliMMrRnse fin âb i'expédi* 
tion Me finetagae ^ daiit il ne:6it'plns^qiies^ 
lion» La fureur du 9ot , conaeie nous Fa^ 
^mas déjà dît , fit plaoie àom accès de pro^ 
fond accaUcment. Il ne finsaôt autun nvou* 
veinent, nejregardaîtpnBonne, ne parlait 
pas; uaipmiis Jiènt et un faible reste de 
cbajbm^ indiquaient seuls: ffm sa vie n'était « 
p«i iliiâîttte. U se rébdbtii fourtant, après 



276 HISTOIRE DE FRANCE. (1^87) 

lUne maladie de quelques semaines y mais 
son esprit et son corps avaient reçu un 
choc dont il ne cessa ji»nais de ressentir 
les effets. 

On ne sait trop ce qu'on doit penser de 
rhistoire de la forêt du Mans. La scène de 
l'apparition se passa prés d'un lazaret des- 
tiné aux lépreux ; et il est possible que le 
fantôme fût un insensé échappé de cet hos- 
pice. Cependant on a supposé que cette 
scène avait été montée par . ednc de Bour- 
gogne, qui, ^ le roi devenait incapable de 
gouverner son royaume , paraissait devoir 
en prendre l'administration^ comme l'ayant 
<iéjà exercée. Il est du moins cai^taiîi que 
le duc de Bourgogne était très-mécontent 
du projet d'expédition en Bretagne ; car 
il haïssait Clisson , et croyait que c'était 
d'après l'avis du connétable que son frère y 
le duc de Berri , et lui avaient perdu leur 
influence depuis que le roi avait pris entre 
ses mains l'administration des afibires pu- 
bliques. . Le même duc de Bourgogne , un 
peu plus tard , accusa la duchesse d'Or- 
léans y belle^-sœur du nû , ^'a^çiir. causé* ^ 
, par des enchantemens / la malàdiei de «Gbal*^ 
les VL Ëite était italknne, fille ^ Gàléas; 



(iSg^) HISTOIRE DB FRANGE. 277 . 

duc de MHan ^ belle^ accomplie^ pleine de 
takns , et c'eût été le comble de Fingrati- 
tude de sa part que de vouloir causer le 
moindre mal au roi ^ qui , dans ses plus ^ 
forts accès de démence, lui témoignait une - 
affection particulière , qui lui parlait tou- 
jours avec amitié , en l'appelant w Belle- 
sœur », et qui la reconnaissait toujours, 
même quand il ne pouvait reconnaître au- i 
cune autre personne. Mais comme la ma- 
ladie du roi n'éleva la maison d'Orléans à 
aucun degré de pouvoir , du moins dan^ ' 
les premiers temps, il est difficile de la. 
supposer coupable de pratiques criminelles 
contre la santé de ce prince. 

On commençait à espérer que la guéri- 
son du roi serait durable, quand il retomba > 
dans de nouveaux accès de démence, après . 
une convalescence temporaire, par suite 
d'un accident aussi extraordinaire que ce- 
lui qiti avait commencé à manifester sa 
maladie. r 

1392. Charles avait recouvré la santé au 
point de prendre part aux fêtes de sa cour, 
quoique sans s'occuper des afiTaires d'état. 
Un soir, on donnait à la cour, un grand bal 
masqué, dans lequel Charles lui-même- 



-27 & HI8T01RB DB PltAI9CB« C*^^} 

jooait na rôle. Six perMimdges; du phisr 
haut rang> et dont le roi était vai, pa« 
rurent, pour eoatrtbuftr au divertissfflieiit 
de la soeiëlé , sous le dégiusement de syL 
vains > on saAyresL Leur costume ^il un 
surtouit de toile , qu'on arait enduit de 
poix , afin de fonvoir y attaeber des flo-- 
cons de lainer et d'étoupes , pour qu'ils^ 
ressemblaaient aux êtres qu'ils représen*^ 
talent. Ils élaîavt attachés eosemUe pas* des 
chaînes^ et ib offraient un spectacle qui 
excita ki* cnrioské générale. Le due d^Oiv 
léans usa du privilège de son rang pour 
s'approcher des satyres avec une torche a^ 
lumée , afin de déeottrrir q«els Paient ces 
masques. MaUieuTeusenient leurs rèteiMns 
étant trés-eomfausltbles , le feu se fourni»* 
niqua à tout le groupe en un instant. En* 
chaînés ens^aible de la mantère que nous 
venons de décrire^ ils avaient peu dei^ianoe» 
d'échapper à la mort. Cependant te cri gë«* 
néral des victimes du feu , même dans Ta** 
gonie d'une mort si eradle, fiit : h sauvez 
le roil I» La duchesse de Berri, qm l'esh 
tretenaitavechii au moment de l'accident ,» 
eut la présence d'esprit et le courage d'en* 
veloppep de s<m manteau le malheureux 



(iSg^) ' HISTOIRE DB FRiLNGB« 2jg 

monarque ^y et le saifiva ainsi d'une s^rt 
qui , quoique cruelle et horrible , aurait 
été pour lui ^ dans la situation ou il se 
trouvait «un bkn&it du eieL Ur autre des 
malheureux masques se jeta dans une ci- 
terne pleine d'eau ^ qui se trourait touit 
près. Les quatre autres fureaat tellemast 
brûlés , qu'ils moururent tous daas les^pltfS' 
grandeSr souffrances . 

La suite naturdle d'un accident si heny- 
rible^ fut le retour de la maladie du roi 
dans sa plus grande force ; et comme il ne 
recourra jamais par la suite Tusage com^> 
plet de sa raison , on doit le r^arder coih-' 
me un homme en élat de démence pendant 
tout le reste de sa TÎe, sauf quelques in- 
tervalles lucides. Le résultat de la situation, 
lamentable du monarque» fut que le roi et 
le royaume furent également SK^caUés^d'ua 
déluge de calamités. 

II devint absolument néces^ire de nom»^ 
mer un régent pour administrer tes affaire» 
de YéMj et il s'éleiifa une qUQrelt& dans Ié 
famille rt^yale sur la question da savon* qm 
occuperait ce poste émiineftt. Le ducd^Or^ 
léans et lé ducdeBoui^g^ôgneyeprétendireufî 
tous deux. Le duc d'Orléans^ frdr€ du^roi^ 



28o HISTOIRE DE FRANCE, (iSga) 

et alors son héritier présomptif , avait un 
titre légal à remplir cette place. Le roi , 
pendant quelques intervalles de raison ^ 
avait donné son opinion en sa faveur; et 
les qualités personnelles de ce prince ne le 
rendaient pas indigne de ce haut rang. Il 
était bien fait , et possédait tous les dehors 
qui gagnent l'admiration des classes infé- 
rieures. Mais le duc d'Orléans était un 
prince voluptueux ^ qui préférait le plaisir 
aux principes , et n'était pas très-délicat sur 
le choix de la route qui le conduisait à l'ac- 
complissement de ses désirs. De plus, il n'a- 
vait que vingt ans quand le roi fut pour 
la première fois ' reconnu inhabile aux af- 
faires , et par conséquent il n'était pas re- 
gardé comme assez mûri par l'âge pour 
être chargé du pesant fardeau de la res- 
ponsabilité d'une régence. 

Après lui , les ducs de Berri et de Bour- 
gc^ne avaient le plus de droit à cette place 
importante. Le duc de Berri (était* l'aîné,, 
et en cette qualité il pouvait réclamer la 
préférence; mais c'était un homme faible; 
et disposé par habitude à céder aux talens^ 
de son frère ^ le duc de Bourgogne, dont 
il n'était point jaloux. D'ailleurs il n'était 



(1392) ^HISTOIRE DB FRANCE. ^I 

nullement populaire^ car sa mauvaise ad* 
ministration y comme gouverneur du Lan-^ 
guedoc y avait fait autrefois pousser les 
hauls cris contre lui. Ce prince sans am-^ 
bition se contenta donc d'aspirer au pou- 
voir secondaire qu'il ppurrait obtenir par 
suite de l'élévation de^son frère cadet, et 
il unît son crédit à celui du duc de Bour- 
gogne pour faire nommer celui-ci à la ré- 
gejice, dont il avait quelque temps exercé 
les fonctions pendant la minorité du roi^ 
quoique sans donner beaucoup de satisfac->- 
tion au peuple. 

Le duc de Bourgogne fut donc nommé 
régent; mais ce ne fut pas sans avoii* eu 
fortement à lutter contre son . neveu , le 
duc d'Orléans. Ce fut l'origine de cette fa- 
tale querelle entre les maisons rivales de 
Bourgogne et d'Orléans, qui déchira si 
long-temps la France par des divisions in- 
testines, et qui fit commettre tant de cri- 
mes , et répandre tant de sang. 

La première mesure du- régent, quand 
il eut en main le gouvernement de la 
France , fiit de faire peser sur le conné- 
table , Olivier de Clisson , le ressentiment 
qu'il avait long-temps nourri contre lui. 
lu. 12 '^^ 



aSa^ HISTOIRE DB FRANCE. (iSga) 

Lorsque le connétable se présenta devant 
h» pour Itiî rendre compte de ses fonc-* 
tions , ie régent saisit cet!» occasion pour 
Hnsulter, \m reprochant de s'être mélë 
trop long - temps , et en vrai brouillon , 
des a£&ires de la France, et d'avoir amassé 
une fortune immense ; et il finit par lui 
ordonner de se retirer , s'il iaisait quelque 
cas de l'œil qui lui restait. Un accueil si 
brutal faisant csaindre à Giisson des trai- 
temens encore plus rigoureux , il quitta 
Paris, et se réfugia dans ses domaines en 
Bretagne. 

Tandis que le duc de Bourgc^e était 
déterminé à chasser de la France le con- 
nétable, Tancien ennemi d'Olivier Giisson , 
le duc de Bretagne , n'était pas disposé à 
lui laisser un abri tranquille dans ses do* 
maînes. Le r^nt, pour arriver à son but, 
fit sommer Giisson de comparaître devant 
le parlement de Paris ; et la principale ac- 
cusation portée contre lui fut qu*il pessé-* 
dait unetropigrande fortune pour Tavoir ac- 
quise honoraMement. Le connétable n'ayant 
pas comparu devant une assemblée dans 
laquelle ses ennemis avaient Tascendant, 
il fut banni de France dans toutes les for- 



(l59^) rtlSTOURE ©E FRANCE. ^B5 

mes, el condamné à ,payer une ameade de 
eent mille maanA d'argent, il fut eo même 
temps déelai?é. déetra de .la place de coimé» 
tabte, qisoîqu'il en gardât encore le bàtoa^ 
symbole o£&ciel de son anknritë. Elle fut 
damiée à Pkiljppe d'AFloi$ y comte d'£u^ 
le duc de Bourgogne ponrant à peii» tron^ 
ver quel^'ua qui voulût se hasarder à 
femplaoer Cliason ^ qui , après la mort de 
Berû^and Ihi Guesclin y avait été générât 
iement regaiidé oomme le seul homme en 
Franoe«qni lut &k état d'exercer ees hautes 
ftmctions«. 

Cependant C^Mm se fit un parti nom^o 
Ixreux en firetagsie, son pays natal, où 
il avait un grand crédit parmi le^ parti* 
«apasde Chartes de JAcÂs, d'autant plus quHl 
-w^mt nHurié tme de ses filles au fils atné 
de Charles , le comte de Pcxithiévre , hé- 
ritier des prétentioiis de «on père, au du*- 
ehé de Bretagne. Clisson élait donc l'obj^ 
de la haine du duc r^nant , mnv'^eulemafit 
nomme ennemi personnel ^ mais comme 
pouffFant faire retivre en favejir de son 
gendre^ les pr^enlion^ rivales de la mai- 
son de Blois. 

Une guerre cruelle «opivaenca entre 



284 HISTOIRE DE FRANCE. (iSq^) 

Gisson et le duc \ et ; suivant J'usage , on 
s'y distingua de part et d'autre ^ par des 
escarmouches , en prenant des châteaux, 
et en faisant des prisonniers. Le duc de 
Bretagne^ quoique souverain du pays^ trour- 
va peu de seigneurs disposés à prendre 
parti pour lui dans cette affaire , et Giisson 
s'empara deux fois de toute sa vaisselle 
d'argent. Enfin , malgré son inimitié j le 
duc fut obligé de faire la paix avec Clisson 
sur le pied de l'égalité , et à des conditions 
que celui-ci regarda comme avantageuses. 
Un acte de confiance généreuse de la part 
de Clisson termina la querelle ^ et sert à 
prouver que si la bonne foi et l'équité 
n'exerçaient, pas encore une influence ré- 
gulière dans ce siècle de barbarie , cepen- 
dant on n'en sentait pas moins les obliga-^ 
tions qu'imposent la grandeur d'ame , la 
franchise et la confiance. Le duc de Bre- 
tagne désirant avoir une entrevue avec 
Clisson, mais sentant fort bien qu'après 
la trahison dont il s'était rendu coupable 
envers lui, en le faisant emprisonner au 
château d'Ermyne, il ne se rendrait proba- 
blement pas à son invitation sans avoir quel- 
qties sûretés, lui envoya un de ses fils pour 



-(iSga) HISTOIRE DE FRA^XE. 285 

qu'il le gardât en otage. Cependant, CUs- 
;Son^ qui parait avoir su que le duc, quoi- 
que emporté par des passions violentes et 
déréglées, y joignait aussi des sentimens 
généreux , lui renvoya l'otage le soir mê- 
me , et se fiant à l'hcmneur du duc , il se 
trouva au rendez-vous sans ajucune pré- 
<^aution. pour sa sûretés Jean de Montfort, 
quoique capable de se laisser, tenter de com- 
mettre une injustice, fut vivement sensi- 
ble à cette confiance , et d'autant plus que 
sa conscience pouvait lui dire qu'il ne la 
méritait pas. Il conclut avec Clisson y non 
une froide, trêve ^ mais un traité d'amitié 
sincère , qui fut fidèlement observé de part 
et d'autre. 

- . La mort du duc de Bretagne, qui ar- 
riva peu d'années après, lui donna occa- 
-sion de montrer à son tour sa confiance en 
Glisson. Il le nomma tuteur de ses^enfans 
orphelins, quoique les devoirs que cette 
qualité imposait au connétable fussent in- 
compatibles avec les intérêts de ses peti.ts- 
cnfans de la maison de Penthiévre. 
. Malgré les intérêts contraires de la fa- 
mille du feu duc et de sa propre fille» 
Clisson apporta dans l'exercicd de ses fonc- 



a86 aoKromE ne vrarge. (i^^) 

liMt tout le zèk sur loijuel Jess de Mont^ 
fort «Tiit cMaplé» El il Be fansa fias ^foe 
d'élre exposé à des tentstkne de tnilur ses 
dev«Hn. Ud jovr^'H se reposait ,. étendu 
sur SMi Kt ^ se fille^ k comleBse de Peu-^ 
ihièvre entra dans sa chaanbre^ et proposai 
à son pèfe^ sacns bnueoup de drcoslcieii* 
tieiis^ de mettre â moft les jeunes de llea^- 
£oit , confiés à ses soins, et d'asMsar ùnst 
à ses pelitfr^eidans la p e a e saion.dn doriié. 
Pour loule réponse à oette propestâen, le 
vieux ehevaliar se souleTa. sur sen lîl ^ «t 
lui lança à k tèSe son bâton de cenné- 
table y qu'il tenait à la main. Cndgnaiil 
que le èe«irroux de son pérs ne le portât 
à d'autres excès y la comtesse s'enfuît avec 
tant de précifâtation qu'eUe tomba sur Fes- 
ealier^ et se démit unie jambe» £Ue resta 
boiteuse toute sa irie^ par suite de cet ac^ 
ddent^ et ee fiti k léeempen^ de k pro- 
positicn odieuse quelle aviÂt faite si mal à 
propos à son pèse. 

Nous ponvens enoore rMonler icà k aiNrt 
de Pierre de Craon ofk ai^il j^cfcié et 
commis lantdeerinie$*Uélaiteii)ée& Tertu 
de k sentence renÉaeeoMire bttpardéfanl, 
^nsfi» sa tentative pour assassiner OliTiar 



(ï3g6) BonoitE vm fiÎangb* ^387^ 

êe. GKsacHi. i5g6. Febdant là négmiatioD 
éii traité de rnaviago entre la France H 
VAis^terre^ Richaxd II sollkita le pardon 
è» cet hoBUM ^ et il Cut accordé. Craon 
montra , dn mcins ta apparence^ un re^ 
^et eonvenaiilé dses (m^ita d'itne jcunesee^li'^ 
cencieuse , et des cruautés sanguinaires d» 
son âge mûr , et il. mminfl ^ dit-*o«i , se re« 
pentant de se» crimes. 

GKsson mourut en paix bientôt après , 
génénlement respecté, dkéri et regretté, 
après ayoir été expoaé à tant de dan- 
gers, tant pour le service puhUc , cpe 
par suite de l'envie et de la haine pri- 
Tée. il était rare, de vmt tam baine mw-^ 
telte comme celle ^i existait entre le 
dnc de Bretagne, ûli^^ de CUsson , et 
Kerre de Craon , se tarmioer défiantiTe- 
mfinl par la paix et une réconciliation. 

Sous un certain rapport^ radbninistration 
du duc de Bourgogne fut s^ , (»ir ette fut 
économe. Un amusait le roè, <kns ses in* 
tirralles lucides par dea parties de chasse et 
d!asiftres divertissemeas, ce qni était peut-- 
être un moyen employée pour détouzner son 
i»prit de l'administratioB de son royaume. 
Qa ayaî* acaa do ne let laisser manquer 



288 HISTOIRE I>E FRANCE. (^^96) 

d'aucun des jeux et ^es amusemeas dont il 
pouvait jouir , et Ton dit que ce fut pour 
lui que les cartes à' jouer furent inventées. 
Mais dans ces accès de démence , les dë^ 
penses du malheureux monarque étaient 
réduites souvent même aurdessous du strict 
nécessaire. 

• Ce trait d'économie^ et d'autres d'un 
genre sans doute plus louable , mirent le 
duc de Bourgogne en état d'appaiser les 
plaintes du peuple , en diminuant les taxes ; 
et en même temps il ne négligeait pas 
tout-à-fait les affaires du royaume. Il se 
conduisait régulièrement d'après l'avis du 
parlement ; qu'il convoquait tous les ans ; 
et consultait aussi le duc de Berri . son 
frère ^ comme une sorte de collègue , et les 
lois qu'ils publiaient du consentement de 
ce corps y était si prudentes et si salu- 
taires f qu'elles furent observées pendant « 
plusieurs siècles. 

On doit ajouter que , pendant l'adminis* 
tration du duc de Bourgogne ^ malgré tout 
le mal qu'on peut en dire , la tranquillité 
publique ne fut pas troublée par cette 
guerre meui trière avec FAngleterre, qui 
avait si long-temps dévasté la France. Â la 



(iBgÔ) HlSroiRB DE FRANCE. 289 

vérité ; on en fet red^raUe à la faiblesse 
de l'Ai^leieire, plutôt qu'à la prudœce du 
régent de France. Le rèè°* de Richard II 
avait été marqué par la discorde intérieure^ 
par des^tumidtes populaires ^ et pa^r presque 
KHis les évâiëme&s qm peuvent mettre une 
nation hora d'état de porter la guerre chez 
l'étrangcir. iFendant cet état de confusion 
géiJéralej'U t^uereUe avec la France y si elle 
s^ébit pas terminée^ était du moinsassoupie 
par des trèfvaeaqui se renouvelèrent dé.temps 
fiB^temps jnequ'eniS^. K cette, époque^ 
Bidiard^ alors vei^ envoya une ambassade 
«1 France pour demander en .mariage la. 
princesse Isabelle ^ fille ainée Avl monarque 
régnant^ mais. qtû n'avait al^rs que six à 
sept aflts. Le gôuvernemmt français con«; 
sentiïà cette alliance^ et la princesse fut. 
envoyée à k coiir d' Anglet^re ^ mais le ma-, 
riage (ut iiompù par le détrpnement et la. 
mortdeBîchard; lies résultats tesplusîmpoi:-, 
tans dece trait^ de marifige furent l'arran- 
gement 4^ toutes: les qu^c^lles entre la 
France et l'Anglelfrre ^ et la restitution 
db Brest aa dudbé de Bretagne. Les , af«, 
faii» àitériëuresde la* Frgnçe. pendant ce 
s%ne, époque de diviiiîo^s^ «e furent que 
m* i3 




:290 HlflfMURiei Dm I^lAMtti; 

des commoiioÂ'OocaiMbiméeî par kioMoMitav 
des soldais^ et de» qiimdi^ifaio^i^mvli^^ 
èineiit de' temps eaf .tttnpe .eolM IfeSil^iswfl^^ 
fct Açais et -an^^Bist^ Hus 1«; p^nMrcrUt ikvmt^\ 
des rektîoMi ^èfféutpmfsv^OÊiàà^^ 
dotit il mv nésofaire ;de;<dii!6v^il^fiM»î 
chose. ' '"'"' : '•■.'^î' '. »o/i : *' ■ . 

Moas> av(iiis dipi i|Ar)è.diBfim4)耫^^ 
destin delV»pèditfQiidAdhtaer4diAiiîè^)Ci0^^ 
Nsples et tii dloilB.^ Mii» ks niât»^ 
Français' isiva^ lof msJàowéùù^fmmsiménAesâf 
quelqtiQ atteitliifti^ 'l^sî avoBB} déjàor^hpo 
làar^ qife'teîhiEÔfte' doMw ^1 Ab^iii^ 
TaffeietiôB pMr les^Fraiitoaky et Jh diàtrir) 
btttiôn de^sdumts^ d^i^fiit dcBsUéraU^^ 
a^aie«it d^ciftsilLë^iine Aaiti<m généi^ai^^ 
reeohD^e <i€ftliinè pauvre et' b^UiqueBse^n à 
enrahir l' Anglèteptie » psi» foim* tmediteï^ 
Stott en fWeiir d<^ Calais qtfÉdbaapd^ UL 
î^iégeait alMs.*D*o»* <»«eei|i«0prisë , 0^ 
cosse eut le lôsltoiir de ^a^àvis uHe^ btttiR 
armée , et de feiiS8«^ sdtt Mi ^^ ïtef id?HÎ^ pm 

Foitiers^, «toi cc*ps« *©> tid^ éeo»« / iat 
fleur ^eleiâ^pi^, tiommaÉfdé^i^i^jeâArtt» 
<K>toter dèl|[oâgli«^/^rfi^^ 
dfe^ cettiè jb«ftéé«^Wg^iliit*t Iipr F^^ 



(l3g6) HI8T01ftB{ M FftàHeSi'i 2^< 

airaiefit éé^xé^'ih bV^Uiiaien^ yuaât \tf ^ 
secours qu^ l«s £Q0$8ais avaient "foiild léiir^ 
prêter^ qÀ'ilfri^irettftieM lespeite^quëilëartr 
aUîés «vaient épuoui^éea^Mqnllsëtàieiit dior 
^ pD8ë& àileup readire le même service si: lee* 
cirecHietances leurendemitiaieiit le ppiifroik*^' 
Il arj^a im; mement ^ i585^, où l'oc^i 
caaidD^d'aidesr UÊc^osise^et de porter la^gperre 
sur les froQtièrêsvsepteRÉnonales» d'ABgle^' 
terre , parut fa^ordile. Les>piqiueDsd5Éeos8e:) 
foroiaieiit ua ? corps > d'mfanterie . dont \« > 
pbalaoge iinpétiétraUedëfiakiiiâiBeleicboe 
des' hommes ^ d'armesi * Lar cavalerie légère '' 
de ce pays<étak renoiMaëe .pouff > k vitesse 
avec laqueUe relié poirraiJIirëpsndreauilom 
là dëvastalion^ Màislesarckeris^ qiioHÉttUBe s 
tirait de ses DttoÉtagMs > étaient' foct'iafiî^^^ 
rieurs à ùtisa: .de» Aiiglab>; .éti h^ paiivratéi^ 
générale- duipays faisait/: que ^a eâvalsrîo' 
réguUèitr était <bii .^émérA peut aombrensë^ « 
mal éi|uifiëei 

Le goavemeaieiil français' ; espéra ^ c/a^m: * 
fàuirnissant au&Éeossaisdes Jforees d^^oette: 

1. • • t 1 •! J *A. ^ ^^ ïï» A 

■lri« i ■«■ ■> ItlHl IIMJI t 4 t|rilllll!¥a.l« ^10Hl.lJMy^lH»iai Ili^B lT 

sur le pied de Inégalité ^afveo l'Amj^WnKuir 
U eavoybdone en Ecosse indlle^ilianHbeBfv 
d'àimes^ sbuè^enoQimMiidfMeiÉt edè^ftaspl 



!^ HISTOIRE DE FRANCE. (i^QÔ) 

del Vienne^ amiral de France^ vétéran qui 
aratC fait preuve de f alens. Il ét^it aussi 
muni d'une sommef d'argent considérable , 
pour la distribuer aux amis de^ la France 
en Ecosse. D'abord des alliés qui arrivaient 
si bien pourvus , furent accueillis avec les 
transports d^une joie universelle. Mais ces 
étrangers reconnur^fit bientôt qu'ils étaient 
venus dans un pays incivilisé et sauvage , 
qui ne connaissait pas les arts utiles , et 
qui était forcé de tirer de la Flandre même 
les fers de leurs chevaux et leurs harnois 
les plus ordinaires. D'une autre part , les 
Écossais se dégoûtèrent et devinrent mé- 
coBtens de ces militaires étrangers^ qui, 
avec Iffui! élojQrderie naturelle^ntroduisaiènt 
datts leurs &miUjes cette galanterie que les 
Français regardai^ent comme une preiive de 
savoir vivre , et un* privilège de leur rang. 
Les Français furent ebeèrè plus désappointés 
en voyant la prudence avec laquelle les^ 
Écosttis avaient dessein de conduire la 
guerre ^-aystèine admirablement calculé^ 
pMtumre aux Anglais, mais qui promettait 
pettdd|/Mre et de profit à des aventuriers, 
i^ilîtfu ide courir avec une précipitation 
tdméieaite à urnl >Mlkm gén^le , comme 



(iSgS) HISTOIRE DE FRANCE. agS 

les Français le désiraient , 1^ guerriers 
iécossais^ instruits par Texpërienoe, lais- 
sèrent Farmée anglaise entrer sur leurs 
frontières orientales, et y faire tont le 
dégât qu'elle pouvait, ce qui $e bor- 
nait à peu de chose , puisqu'on avait 
préalablement éloigné ou détruit les trou- 
peaux f les bestiaux , le fourrage, et tout ce 
qui pourrait être utile à une armée. Et tan- 
dis que les Anglais étaient ainsi occupés à 
traverser ce qu'on pouvait appeler un désert 
aride, les Écossais, qui surpassaient même 
leurs voisins d^n? l'art de la dévastation , 
dirigèrent une armée mal en ordre, mais 
nombreuse , sur La frontière occidentale 
d'Angleterre , y ravagèrent tout , et y 
firent plus de mal que n'en auraient 
pu souffrir leurs provinces orientales , si 
elles eussent été pillées d'une mer à l'autre. 
Les hommes d'armes français ne pou- 
vaient acquérir ni renommée ni profit dans 
un tel genre de guerre. Ils perdirent leurs 
chevaux, leurs armures, et finirent par 
perdre patience , maudissant cette Ecosse 
pauvre, grossière, misérable, pour laquelle 
ils avaient souffert tant de tribulations. 
Pour comble de maux, ils eurent grand 



• 994 -mt^tnatiB ^B fi^ANdE. (1596) 

;|Mtteiâ)obléDkla pevmksion^'âe retouraer 
-t»if «siMe. lisiâvafie&t petade vki ^ ne trdH- 
^ii«ièntoqu6 4(Jki pain '4't>rge ëu d'a^oi&e^ 
4eiirs' ch«^wujc étaient 't&orlB 00 iFoorbas 
-tMieée bMs fourrages , ^ lorsqu'ils Tcm- 
itaîent^ks^TeiMire^ afin d'obtenit* de l'argent 
-pour leur préssans besoins, ilsnetrouvaieiit 
-^eii Ecosse personne (foi'fût disposé à les 
-acheter. Les Écossais insistaient aussi sur 
le patement d'une forte soimme qu'ils pré- 
> tendaient leur être dne pour avoir fourni 
wax, 'besoins de leurs aUiés , «t pour répara- 
tion des dommages qu'ils avaient causés de 
^différences manières en' Ecosse. De ^éenne 
'l lti *' mé Éi!» c ftlt obligé de rwter^n étage à 
EéimbMrg, jusqu^à 6e que cette sontee "eût 
ié^^pèffée par le gouvernement aux fafetcurs 
iiëcoésafe à Bruges. Ainsi les Écossais firent 
•lettre adiéûx auxFwneais avec^es impréca- 
-iîoas <*èntré!éur d^Rcàtessfe éfflfcctée «t leur 
'épicuri^e, cisWtr^^fettrtoorgueMBtleurinso- 
lenee; 4airfis quéîesf rtfnçais invectivaient 
avec^ftotant de justice towtre la bariwirie des 
feossais, etk misà*He piuvretê de leurs 

*|>ay8, 

. ' La^Fntnee devtfkpourtant,soils ce r^ne , 

iftire partir tmeexpédStîon plus importante^ 



;^] 39Ç) -HmofiRE DE mKKViOL. ,295 

-4Mi|»ijdias^ésli«tr«me que ocAe df^cdisse. 
•liés <ÊdroiMide& ai^akht eësté ^dofnns laitg-- 

yfmïp^ dtètrfrf^oèooiisticmià la m^de àe^mê^ 

*4iarqi»ês-ebré^its ; înais il n'était pçis *p0fr- 
-'l&ble qm'ils >^mseàt a^'vw indiffiévenc^ les 
' pi^grtsipie les Tores li^ictorieux faisaient 

tous les j&0ip^ i tta»t diiis Tenttptregrec' que 
^^alis le ' i|^f aume de SI(^A|^te. -SigistiBOiid 

%rai^ait tc^eméfit les dangers qoe lui fai- 
^^ient c^rir ces infidèles sons les mtlres4a 

t^lâbre 33^zet, ^i avait déjà assiégé 

CcffiMaiMinople iMOidaiit htiitasa, et .qui 
^'méi)fâ^alt»kt*s4es froniiàres^ de^^^ Hcm^e^ 
'^lill a'effiâMa y parr ^ phis htimUesiSplUei- 

tations auprès de lU'OMr de^f^ratioey d'ebte* 
iftir Paide A^-eiM^ de Toldiftams , qui 
t ^pésmjfÊîi^ ie jpiMkjiia j en canibdntant 
~^€l($tttpe les ÉsfidiBea;i#^^^QSployant^ dit la 

<ll#<miqiie/l]riM'4ftri|^affél6s<de grande af- 

'fëctibn ^ iëHes^^iqtie4es^Mis et antres per- 
-^^èif iiirgés ^mfaltfltesVën: àdreisent les uns 
' ^«it'tt«ftt^s Sangles 49As^de nécessité. » Sigis- 
'^4kiond éefivit de'fja^iHês^leftres à d'antres 

cours chréfieiSnès ^'Sitfrope. 
>Jéati , ^ôttfle ^é^fîevëfs , «Is du iduc de 
^«Otirgôgne^, ^S^ftt'dê^TraïKJk^ /désirait en- 



296 HISTOIRE DE FIANCE. (xSçS) 

treprendre cette 6xpéditi<m ^ quoi qu'il ne 
fût pas encore dbevalier ^ et Gui de la Tre* 
mouille montra le désir de l'accompagner. 
Ler^ent y consentit à contre-cœnr. La nou- 
velle généralement répandue que le jeune 
comte de Nevers avait dessein de se mettre 
à la tête d'une armée de volontaires, pour 
aider à chasser Bajazet du royaume de Hon-* 
grie, fit une forte impression sur tous les 
véritables fils de la chevalerie, qui se flat- 
tèrent de Fespoir de remporter une victoire 
assez complète pour être en état de conqué- 
rir la Turquie, de recouvrer la Syrie et 
toute la Terre Sainte, et de surpasser tout 
ce que de grands princes avaient tenté de 
faire dans leurs croisades. 

L'armée de ce qu'on pouvait appeler les 
Croisés, qui s'assembla en cette occasion , 
en 1 595, montait à plus de cent mille hom- 
mes, et elleoffraitun aspect sibrillantquand 
elle arriva en Hongrie , que Sigispioiid s'é- 
cria avec fierté : « Pourquoi craindrions- 
nous les Turcs? Quand lie ciel tomberait, 
nous sommes en asse;^« grand nombre pour 
le soutenir avec nos lances. » 

L'impatience des auxUiaires de marcher 
en. ayant porta le roi de Hongrie à lever ce 



(1596) HISTOIIIE DE FRANGE. ^7 

qu'il put rassemUier de troupes ^ et à s'a- 
vancer avec ses alliés , pour qu'ils eussent 
plus tôt l'occasion de se battre. Ils traver- 
sèrent le Danube ^ et firent le siège d'une 
ville nommée Nicopolis^ dans laquelle il y 
avait unegamison turque. Pendant ce tenips^ 
Bajazet avait levé une armée très-nombreu- 
se , avec laquelle il s'approcha du camp des 
assiéjg^eanSy ne montrant qu'une petite par- 
tie de ses forces au c^itre, et en cachant 
une très-considérable à chacune de ses ai- 
ies. Un détachement qui avait fait une re- 
connaissance^ rapporta au camp dés Chré- 
tiens la nouvelle que les Turcs avançaient ^ 
mais sans pouvoir rendre un compte exact 
■de leur nombre et de la disposition de leurs 
forces. Les Chrétiens prirent les jarmes sur* 
le-cfaamp , mais le vin qu'ils avaient bu les 
avait considërabl^nent échauffés. Les Fran- 
çais réclamerait l'honneur de commencer 
l'attaque y et ils se rangèrent en face du 
centre de l'armée de Bajazet, qui était en- 
tièrement découvert. . 
. Le maréchal du roi de Hongrie conseilla 
aux étrangers' de faire halte et de conser- 
ver leur posit^cm jsaris .avancer , jusqu'à ce 
que des dficieraqiie Sigismond venait d'en- 



-ffray erifieûre iineTieoôniia&Sttiijœ^viMenlr kiq»- 

-^tfa'ion éttaititédam, tarrle» forces d68îiie«- 
"^«it^'misI^iM àipuibe cet officier htmgrois 
f ébatt-^il )|>8rti , sc^ ïfaittf^ d'Airto» ^ non- 
.naiéÉsbtaiAeâEmltic&^ parilrâiMiir^GBaripsr m* 

/auonëfiris^dfisioiNlvasrQUfpltitètrdés^aY^ qufil 
-venait^tik nM906nrDir«'ij8flBiîpMur'sde''£[toey , 

< rdiBvaiier dHine^gmnde «rdunutnéeu, IrcsiTa 
iœtte ccmdiiheiprésompttÂBiiae. ^^ etf^s^gfsusdhm t 

îgueriniér cpdairiakceniiiMiidé j«&&^ 
, Ihtives^Êwiçaîsès efi^ofée9$en JËMSse , îl M 
i odbmatida ce r^'il ffsdfadt ifaîse. « (cMbmftieâr^ 
/sépoiiditiB ifétÉPS»!^ qtiaïui^ateiflwiKttciptot 
fie faine ï€ti»fâBdvei^ Kosg^eil {doit .Fëgnrèr. 
• l^iiifiquerlevizoniiétalife 
afOLa nQà& le îèniilionfi vpoiir ler^ulBidr . o^ Us 
t-se îpDéei^téÉeiitt^!èiflH&^Au]^(f%r^iipaTaiâNiit 
ifle mc^soprtiiaîij^Yde Baia&é^>^u]!qne.,<tfjlii 
otedila ^ deffant >m^i ^làisigst i tes ^brduas'^du 
sultan. Mais pendant4ps&les:jEbât^»i8'arâsi'* 
^aâfflÉoaiîBiî aitr ée èentrè , cdfeitac >farle6 ai- 
i«Sâi -«ur *ciiaqtifidDttnc^e-)raniuieiter^ 
^^mo^1mènt^ëtàt6adbée8^1iBqlf^ '^eipb-- 



\;(t5^6) WSTOIÏIE'^E tttitNCE. 299 

xaupérent toute ijorttmttrifcatioTi Brrtre la 
• chéVderie'françâÎ8e*et'te^ofp8prmcqf^ 
HcmgW3isX!ettemahœùtrèftlfr€b^ 
' la i*apîdhè cai^ctiéri^iq^ 'qui- fit*8unidm- 
' mer'Bajazet, ïlflterim/ishiTÉUair. L'armée 
'4e Sigismond, *moiïtatit 'à- cinquante ou 
sbixanle'iriiUe'h^ommès; pouVak encore; par 
une charge dëterminëe ,*8ecourir ses alliés , 
etpeut*étre gfi^er la battaîUe ; niais les Hon- 
grois perdirent courage en voyant ttn|prand 
nombre de che^nx français revenir sans 
leurs catàlierSi Ils en eonchirent que Ta- 
- vsHit-garfe' était défaite j xétte crainte mit 
le désordre dans leurs 'rângs^^; et ils se re- 
tirèrent, ou plutôt prir^tfla^ftiit^ en grande 
confusion, vïies Turcs /^dmtt Pâtftaée étadt 
principalement çpmpo8éé:^de oaviâA^rie , -en 
""firent un grand 'camàge*pèiïdant^la pour- 
suite. Le Toi de^Hongifie* Itu-mém^ , 'à^vecle 
V grànd-maître'*de8 -ch€*vaM¥rs ^hospîlailiers , 
'put àpéine s'échapper.ïje tnaAisaUred^s'Itoh- 
'grois et de lem^s 'auxil<iiEiii^s l'ut ^l^ièïtsidërà- 
'^blé , et la plupart ides^he^Eterrf Mriçais qui 
^ttiierit la mort surlê'éhermp^âe ImtaiHe^ 
^rëstèrefilt/prisïhiniçfr^ «dfes^iî^^ 

'Ker de xiette victéii^e, làjàizèt >6^établit 
daBts^une tente détSigisiii^i^> et pâor un de 



300 HISXOIRB DE FRANgB. {iSqG) 

ces caprices ordinaires aux barbares^ il 
montra d'abord le désir de traiter arec conr^ 
toisie les nobles fu^isonpiers qu'on ame- 
na en sa présence. Il se fit naturellement 
honneur de la rictbire signalée qu'il venait 
de remporter, et se vanta, dit-on, de des- 
cendre d'Alexandre de Macédoine ; sur les 
pas duquel il affectait de marcher. Mais 
quand il se fut reposé et qu'il alla voir le 
champ de bataille , il vit qu'il avait perdu ■ 
un beaucoup plus grand nombre de ses plus 
braves Turcs, qu'il ne se Tétait imaginé, et 
son naturel féroce commença à se montrer. . \ 
Il se fit désigner un petit nopabre de che- ' 
valiers du plus haut rai)^, qui paraissaient 
devoir payer une forte rançon , et tes ayant 
mis à part , dans le dessein d'épargner leur 
vi«, il se fit amener les autres, en chemi- 
se, avant de les faire niettre à mort. 

Il avait £ait un grand nombre de captifs^ 
des meilleures familles et de la phis haute 
réputation , français et autres. Le nombre 
en était de plus de trois caits. Les Turcs les 
entouraient, le cimeterre à la main. Bsya- 
zet parut, et tous imjdorérent sa pitié , car 
ils étaient à ^a merci* Ils les regarda quel-* 
tques instans, comme unebéte féiooe con- 



(iSgS)^ HISTOIRE DE FRANCE. 5oi 

sidéré la proie dont elle est sûre , et se dé- 
tournant ensuite , il fit un signe à ses sol- 
dats y qui f obéissant à son ordre , taillèrent 
en pièces sans miséricorde les prisonniers 
désarmés. 

Le sultan ne manquait pourtant pas d'une 
sorte de courtoisie grossière , qui contras- 
tait singulièrement avec sa cruauté. Il se fit 
amener le comte de Nevers , auquel il mon- 
trait quelque déférence , attendu son rang 
élevé , et lui demanda lequel des trois che* 
valiers il voulait envoyer à Paris pour y 
porter la nouvelle de sa captivité. Le choix 
du comte tomba sur un chevalier que Frois- 
sart nomme Jacques de Helley^ qui avait 
déjà été prisonnier des Sarrasins^ et qui 
connaissant leur langage et leurs mœurs^ 
avait été pour cette raison très-utile à ses 
compatriotes. Lés deux autres chevaliers fu^ 
rent mis à mort sur-le-champ, et Jacques 
de Helley fiit envoyé cii France, après avoir 
solennellement promis qu'il reviendrait à 
la cour deBajazet, après s'être acquitté dé 
sa niiissionV 

L'arrivée à Paris de ce messager, chargé 
de si fatales nouvelles , mit en deuil pres'- 
que tout le royaume. On s'écria générale- 



\ 



5oa HISTOIAE. DB- BlUUlîCB., (l^9^} ^ 

ment que la France n'avait jamais rabi.uae . 
défaite si désastrewe. depuis la bataille fa- 
buleuse de BoncevAUx^^oà les* romans di-^ 
saient que les douze pairs de Charles 
magne avaient përi« Au milieu des pleurr 
qu'on versait , et du. chagrin qui* éclatait 
de toutes parts y le duc de Bourgogne , ré^ 
geat duToyaume^fut leseul qui, daas^cette . 
détresse générale^, trouva quelque consolar 
tbn. On* dit. (pi'îl parvint à extorquer du. 
peuple françûs ppm^'la rançon de son ûïs, 
le.comt^ fie Neyers, une. sommes beaucoup r 
plus cQiiaîd^rable q^e celle qui était néc{^. 
sair^^ etqui Jutpayéeà Bajazet 

Ainsi se teiqnina le quatorzième siéde 
pour le royaume de France. IL n^ laissa cer 
pays ni guéri de ses.maux^ ni s'aebeminant . 
vers une prompte. guérispn« Il fut pourtant, 
heunsux pour ce royaume que. les diseur* 
tions eoira les maisons d!York et de Lan^ 
castre^ qui commencàrent alors par la wé^- 
bellion de Bolingbrokje?; parassent devoirv 
occupa assez la nation anglaise ^ , pour p|:é^ 
venir le renouvellement d'une guense <gii . 
avai/; été longr^V^P^.^^ ^i^ des, deux ini- 
tions.. 



•pWpipi«T'»«?^»^nplfW"!"fWBBaBSBŒ»^p^ 



6tliAPI'fft& Xi 



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IT PRIVÉ BnSqiTK BB CBTTB PLAGB*. — HOB^ J>]^ PHILIÏPB , DDC 

DB BOotdoGitB/-^ JEAN BAKS^PBCK Lin 'soiîdài^r^ BTXkrour' 



LfÂT^Qlf Dl^ BB^Z 90C8. 77» &|(UB HÀIRJ^ MCLfTB DE KOUTEIU. — ' 
UBVBTBb'dO ilOC D*OBLÉAlfS'.— iB Dl/c OB BOCBCOCkE / AUTBtB 

D«i cnfc €!x^HV4 BJtiéMiiB#A i.ir>FJiBA(Hr^ iiâif Ésâurv ABLâ'RiA»* 

^'fimi>B{0»B;llt8P|MIBCIÎt%i#lTA -JAte» j.Mr^W J^filUlri£ COO^Allf.. 
DB ^OTB TBAHISOR.— LB DOC DE BèUEGOORB MABCHB 8DB 
ViBiS. -^SffSPABTtSAKff «ont IIDMttÉ8-€ltf0C«n<S,^ Bt CBOX Dft* 
1^ .W4180BayVlB|9lf Kft ^mjMQlr^Olfr -^ABB- lUlflMJfliÇS .BBÇp|%^ 
TB.NX DIX. fifCOÇBB DE li'4JI«LBTBRBB. •— IM jBOI dHABLBt, PBir-<>> 
DANT Uiv INTBAVAI,LB OB BA MALADIE , MOlVtBIK LA PLOB GBAITDB 

BU PBmB4irB4C0llirB|K' J^ AI^AÇ](AC8« — L^ aqBI.^K t^Mf^ 
ÇAI8B s'aESBMBLB A PACIS, BT. FOBfiB LB8 ABHACKACB BT LB8 
CABOCBlUk' A SE BÉèOl^CIttBtt^. *—- OHBURSVK&ftCTfeit AlUII* 
iCLATÉ A PABI8, LB O^f ffUflV A^HIU» 4 ,:^XaMQ|NIB9 LB;^A||IL* 
d'oBLÉANB, et le BiORGAHIBB.^— • LB ^BC DB BOOBGOGNf 81 
BETIBB DE PABift, MiH LB DAUPHIN LB RAPPELLE PAli StflTB 
-sVABOn^lOIttai ÉMlâ«Lm>È1«AaiiBBi'i:l)KilM IKUnBtB.^^' 

A LfAPP^q^iTY DO DQCfDB^eiriiaiQQiiJi*. hmv^jtm^ f^^'^P^x 

JrOCVEAO LES ABUAÇlf AC8 A 9% JOIWDBB A LUI. — CHABLE8 VI 
LUl-yfibcl'A PEU tM!h-tSêtkwÀi MAMBAOOliTBWLroOC'DV' 
.BO^BCOOKB^ .BT^ IJI jeOfeQBi A. -BIGMBS 1 1Mf «kifVi » OB Pil&< ^^*. 

81XCATI0B DB L'(IIfO(><TEaBB« '-^ GOVCLIWIQlf. 

' i . . . , . . • ■ . - ,' < . . 



treuse^La maHM^ou 



5o4 HISTOIRE DE FRANCE. (iSqG)^ 

les VI était tellement incurable, que la fai- 
ble lueur de raison cpii brillftit de temps en 
temps en lui, et qui lui permettait d'expri- 
mer quelque opinion sur les affîiires poU«» 
tiques, était comme la pâle lumière d'un 
rayon de soleil pendant une tempête ; et ceux 
de ses parens qui avaient alors accès près 
de sa personne, ne manquaient jatùais de 
£iire {^rendre à ses idées le.tour le plus €a- 
vorable à leurs propres ppoystê. Ainsi sans 
avoir, à proprement parler , aucune voloi;i- 
té à lui , ce prince infortuné pouvait avoir 
Tair d'en exprimer une; et on le détermi- 
nait même quelquefois à le faire en public, 
ce qui ne pouvait servir qu'à dégrader son 
gouvernement , la sitpation de son esprit 
étant si généralement connue. 

A moins qu'il ne fût dans un de ces in- 
tervalles lucides > Charles était soigneuse- 
ment dérobé à la vue de ses sujets. On voyait 
sa tente et sa! biannière d^ns les marches et 
dans les sièges , mais les^ rideaux de son pa- 
villon n'étaient jamais levés , et la personne 
de l'infortuné monarque qui en occupait l'in- 
térieur, n'étaitjaiuaîsvî^bkp<Nir^sêS9oldats« 

Pendant la maladie du roi , les deux fac^ 
tions d'Orléana et de Bourgog^, qumque 



(1596) HISTOIRE DE FRANCE. 3o5 

leurs chefs fussent unis par des nœuds de 
parenté aussi proches que ceux d*oncle et 
de neveu , se disputaient avec l'acharnement 
le plus prononcé le pouvoir de gouverner 
le royaume. La reine Isabelle, ëpouse de 
Charles VI, femme ambitieuse et violente, 
passait pour soutenir la cause du parti 
d'Orléans avec une chaleur qui nuilsait à 
sa réputation, le duc étant connu pour un 
jeune libertin. Le duc d'Orléans, et son 
épouse Valentine, qui avait elle-même le 
plus grand crédit sur l'esprit du roi, étaient 
donc ligués a\ec la reine Isabelle pour pri- 
ver le régent, duc de Bourgogne, du pou- 
voir qu'il possédait dans l'administration. 
Nous verrons ensuite cette intrigue prendre 
une forme différente. 

Chacune de ces factions prit sans scru- 
pule les moyens les plus violents pour per- 
dre l'autre dans l'opinion publique ; l'une et 
l'autre avaient recours à l'aide des mé- 
decins, dans l'espoir de trouver quelque 
moyen de guérison ou d'adoucissement à la 
maladie du roi; et comme on pémettatt 
aux empiriques, si même on ne le leur 
enjoignait pas, défaire de nouvelles expé- 
riences sur le roi malade , et qu'ils le lais- . 
III. i3 '*-^* ''* 



3o6 HISTOIRE DE FRANCE. (iSgG) 

s^ent brdinairenient dans une situation en- 
core pire que celle où ils l^avaient trouvé, 
on accusait toujours de leur manque de 
succès celui des deux partis qui les avait 
employés.Xe duc d'Orléans fit brûler comme 
sorcier/ un homme savant nommé Jean de 
.Bar ^ qui avait entrepris la cure du roi, par 
ordrjB du duc de Bourgogne. Le régent , par 
représailles, ordonna une poursuite judi- 
ciaire contre deux cordeliers que là faction 
d'Orléans avait employés près du roi , 
comme méidecins^ et dont les moyens de 
guériston avaient été des scarifications pro- 
fondes et dangereuses à la tête du monar- 
que. Le duc de Bourgogne les fit pendre 
l'un et l'autre. 

,Cçpenda|itj tandis que le gouvernement 
du.p^ys était, une proie disputée par deux 
factions ennemies, Ja paix intérieure du 
loyaqme était menacée. Le mariage cohve- 
nu .entre Richard .11 et la Jeune princesse 
de îratiçê > Isabelle, quoique absurde vu la 
disproportion d'âge des deux parties, offrait 
k^grandj avantage de procurer une paix 
lo^guç ei^ solide entre, deux nations dont les 
pltîs grands maux^ pendant deux siècles, 
avaient été causés par des hostilités conti- 



\'(i399) * HISTOIRE 1)E FRANICE. 307 

HueMés, qui n'avaient été d^lacan avantagé 
à Fane tti à* FàUtre, et^qtii îivaiierit coûté à 
^ toutes deux: tant de sang et d'argent. Mais le 
^ déti^onemeiïtet la mort de Richard II en i^^g 
"ftiTéntun coup inàttenâu qui 'fit disparaîtra 
'cette heureuse' perspective ,^t le malheu- 
reux Charles, (^i par hasard était en ce 
' moment dans( un de ses ititérvsllles lucides, 
fût tellement affedté de cette âltàle nouvelle, 
iju'îl Tfetoriiba tlâns un de ses pltis forts 
accès'dé démelice. 

ta prhicessé firai^çaiise, cjui devait épou- 
ser Richard dès qu'elle auraît atteint un 
'*âge convenable , était encore à la cour d*An- 
glfetérre ; et qùoi(|ue son futur épOdx eût 
^ été détrôné , et , ebmtaae on le croit assas* 
'sihé, Hl?nri IV Taurait volontiers conservée 
à sa cour, afin delni dbnner-pour époux son 
fils, qui ftit dépuis lïienriV: Ce mariage, 
qui, suivant toutes les probàllilités , aurait 
' assuré une paix stable entre tes deux pays , 
aurait été fort aVarttagcusràTunet'à l'autre. 
'Mats les Français étaient irrités delà mort 
de Richard qu'ils'wgardaient <ïomme leur 
aBié; et les seigneurs de Gascogne, qui 
'avaient jtfsqti'alors ^ot^ftiiti la rause de 
•FAngleteih^e, respectaieht'*daus cet infoiw 



5e8 HISTOIRE DE FRANCE. Ç^^'O^y) 

tunë monarque le fils de leur grand prince 
Edouard, et leur concitoyen, puisque Ri- 
chard était né à Bordeaux. Les Franj^s 
connaissant leurs dispositions , avaient 
donc un penchant général pour une guerre 
dont Tobjet -serait de recouvrer Bordeaux 
et toutes les autres possessions de l'Angle- 
terre en France , et ils la préféraient à une | 
alliance avec cette puissance sous sa nou— 
velle dynastie. Mais la maladie du roi , et 
les querelles des factions d'Orléans et de 
Bourgogne , faisaient que les Français n'é- 
taient pas plus en état d'entreprendre une 
guerre , qu'ils n'étaient disposés à rester en 
paix. Aussi un renfort que l'Angleterre en- 
voya à Bordeaux sous les ordres du comte 
de Worcester , lui assura-t-il sans peine la 
possession de cettte ville. 

En 1400 , le duc de Bourgogne s'ctant 
absenté momentanément de la cour, le 
parti qui lui était opposé , trouva le moyen 
d'obtenir du roi , pendant un de ces mo- 
mens lucides , une ordonnance qui nom- 
mait son frère, le duc d'Orléans , lieutenant 
et régent du royaume , pendant ces inter- 
valles où il plairàttà Dieu de le mettre hors 
d'état de gouverner lui-même son royaume. 



{l4oo) HISTOIRE DB FRANCE. SoQ 

Cette ordonoance fut obtenue en partie par 
l'influence delà reine ^ qui haïss^aitalor» le 
Duc y ou plutôt la duchesse de Bourgogne y 
et elle fut d^autant mieux accueillie par le 
peuple , que, d'après les lois de France , le 
duc d'Orléans avait un droit légitime à la 
régence, et qu'on ne pouvait plus, comme 
autrefois , lui objecter sa jeunesse. 

Mais le nouveau régent usa très-mala- 
droitement de son pouvoir. Dans la querelle 
qui subsistait toujours entre les deux papes, 
le duc d'Orléans épousa la cause de Benoit , 
qui n'était point populaire en France;. il 
imposa en outra des taxes tant sur le clergé 
que sur les laïques, ce qui, joint à une 
disette accidentelle , fut regardée comme 
une oppression insupportable. Il s'ensuivit 
bientôt une crise , dans laquelle le duc 
d'Orléans fut privé de la régence par une 
assemblée des plus grands personnages de 
France. Les ducs prirent alors les armes ^ 
et une guerre civile semblait inévitable , 
quand , par suite de l'intervention des ducs 
de Berri et de Bourbon et d'autres princes 
du sang, il fut déclaré que, pour mettre fin 
à ces dissentions de famille , les ducs d'Or- 
léans et de Bourgogne seraient tous deux 



'3i o ms+drRB ta "^kME. (x4oo} 

exclns thi gouirememmt 'âùr^^f^lttin , dtmt 

présidé parria réîne.' Cetfe uesorè'^sspen- 
dit en appatrencerla qoeréHe le^i/ttë^les déux 
princes rivaux^ etpendàiit thi^ceftaiiïtêttips, 
ni Tun niïautre^n'c^ya desViwpirtPrtr^ela 
rëgenfce , quoique chaain è*^x éxerçfrtitme 
influence indirecte sur les divers inëtèfel^s 
du conseil.' 

PlilKppe , duc de Bourgogne, fut entité 
• appëlé'par le'roi son neveu à jouer tm râle 
plus actif dans le gouvcmttnent ; mats il 
mourut tout à coup pendant qii^îl était \Ëa 
voyage. Il lafissa des dettes si cdhsidérablès, 
que ^a veufve renonça: à la Cotntnunaùté de 
biens qui avait existé «eutrfe eux ; en preuve 
de quoi elle déposa éiir le cercueil du prince 
défunt son trousseau 'de defs, "là teinMte 
à laquelle il ëtàît attache ;*-*»'étrange céré- 
monie auxf 'ftrdéirallles^tin prince qui avait 
^eu à sa dÎ8p(îsition tous les Tevenus de la 
-France , et qui n'avaî t pas été regardé comme 
trts-scriipuieux pour 1^ employer à son 
pWfit. 

Jean , qui succéda à Philippe, eoitfnfreduc 
de Bourgogne > fut surnommé Sans^Pénr. 
n posséda tout le pouvoir dé iôû père , qfuoi*- 



sXl4o^) mStCriUE DE TRANCE. 5l t 

qull eût âeiiXf rèrês cjui'fiërîtèrcîtt *es do- 

' maines considérables , Antoine , dnc de Bra- 

^l^ant , et Philippe , comte de devers , tjue 

ifous avons ruse diètingâer simalhenrense- 

mentàlabàtaîlledëNîcopoïisj maisîeaa)^ leur 

frère aîné , avait , par-dessus tout , rambi- 

tion de son père , et il reprit la tjuerèlle ttli 

duc Philippe contre le duc tî^Orléans 'au 

point où son père l'avait hissée. 

' La discorde qui avait existé entre Vôncle 

et le neveu , conserva ainsi toute ' sa force 

entre les deux cousins. Leurs intrigues 

"troublèrent toute la France; et le duc de 

'"Bourgogne eut, comme» son père , l'adresse 

de s'assurer un trés-ïbrt parti dans Paris ^ 

sa maison et sa faction se présentant aux 

citoyens comme disposés à ^conserver les 

privilèges de cette ville et ceux de l'univer- 

'sitë , et comme contraire à l'établissemeiit 

de taxes excessives. Dans ^e cours des dis- 

sentions qui suivirent, le dauphin, jeune 

homme de peu de talens et sans principes 

arrêtés, voulut s'enfuir avec sa mère dans 

la ville de Melun , mais il fut poursuivi par 

ie parti des Bouguignons , et raitoi^é de 

force dans la capitale. Le sang paraissait si 

prés de couler, que chacun des deux princes 



3 12 HISTOIRE DE FRANCE. (l4o5) 

choisit une devise. Le duc d'Orléans ^ pour 
indiquer son droit à la régence , prit pour 
symbole une main serrant un bâton plein 
de nœuds , avec ces mots : « Je l'enTie ; » 
faisant allusion aux sentimens qu'il attri- 
buait à la faction rivale. Le duc de Bourgo- 
gne^ de son côté^ prit pour lo sien un rabo( 
de menuisier, avec les mots flamands , «Je 
houdp c'est-à-dire, je tiens, » — sous en- 
tendu, le moyen de raboter le bâton 
noueux. 

i4o5. Des amis et des parens, la plupart 
du sang royal , intervinrent plus d'une fois 
entre les deux princes ennemis , et les 
amenèrent enfin à une réconciliation so- 
lennelle. Ils licencièrent leurs troupes de 
part et d'autre, eurent une entrevue à 
l'hôtel de Saint-Pàul , s'embrassèrent , et 
reçurent le Saint-Sacrement en même temps* 
Us servirent alors quelque temps la cause 
publique , l'un contre les ÂDglais en 
Guyenne , l'autre contre Calais ; mais leur 
campagne fut de courte durée et sans utilité, 
et elle se termina par une trêve d'un an. 

Il par.it que la haine que se portaient les 
deux Ducs devint d'autant plus amère, que 
leur réconciliation récente les obligeait à 



& f^ 



(l4c^5) HISTOIRE Ï)E FRANCE. ^î:y 

à tiertainés fornkes de dissimulation. Leduc 
de Bourgbgiie da moins projetait secrète-» 
ment % terminer toutes leurs querelkâ en 
faisant périr son rival. 

Le 2? novembre , pendant que le diic 
d'Orléanà était dans les dppartemens de la 
reine , où il avait coutume de passer la soi-^ 
rée^ on vint Tavertir de se rendre sur le 
champ près du roi. Tandis qu'il obéissait 
à cet ordre, et quil traversait les rues, 
monté sur un mulet , n'étant accompagné 
que de deux gentils hommes et de quelques 
valets de pied , il tomba tout a coup dans 
une embuscade qui lui avait été préparée. 
Le chef de ces assassins était un nommé 
d'Octouville , qui se figurait avoir reçu une 
injure personnelle du duc d'Orléans. Cefc 
homme lui porta un coup de hache d'armes> 
qui, an lieu de lui tomber sur la tête , lui 
coupa la main droite. « Je suis le duc d'Or-« 
léans , décria le prince. C'est lui que nous 
cherchons, répondirent lès meurtriers, avec 
Une joie farouche. Frappant de nouveau le 
Duc , ils fc. renversèrent de cheval , et se 
féunissavt pd«tf l'attaquer avec fureur , ils 
n lai^retit pas ua de ses membres sans 
]>lessure; U a?a!ient pris toutes les précau-" 
xiL 14 



5l4 HISTQÏjajE »E fRAJSC^, i}A^^ 

tioDsp0iu's*a.$fiujri^l^ipoye^4QQQmmeUr9 
4e meujtre , ejt <Je s'échapper eusiiij^.^ L^ 

Tues éiaiisat c0uvèrt«$ d^ (^auÂsejHni||€;s 

.pour blesser les chev^^^dq Qçu^ui.poui> 
raient essayei: dft lps4)oqrawyre^ IH mirent 
le feu à une, maison et m'iérwt.w an feal n 
pour distraire l'attentipa da. peiçle , tandis 
que la suile du.djiiç dOrléans^Qusisait diç 
grands crîs« « Au meurtre ! a» meurtre !, n 

Le lendemain matin, on trouva le. qorpi 
du- I)uc tellement meurtri, et d^emliyré ;, 
que son sang et sa cerA^ellejQouvxaiePt toute, 
la rue, et S€»,5»rvi|eMrs pleuraxàs eurjaut 
"péiue à réunir tpus ses membres. Telle était 
la haine invétéi^e,de^ deux. fecXio^is, que 
les Bourguignon^) se disaient le^ yns ^vi; 
autres en rioa^nant» « Yotjez si le rahot i>'a 
:pas bie«taçpla»i lespoéudsidu bâtftn !!,I ! >i 

Le duc, de. Bourgo^e joita.^ d'abord la» 

surprise. Mai^ quand Qu. meui^ça, 4'ap^êt^i; 
quelques un» de sc$ partisaps^ itUiiS^perQeïî 
des sy mptpmes^^i éyidens de. ^a cuipa*ilitôi| 
que les princes du sanglui,cç«^eiUèrentd^ 
tjuitter PariB et dQ se. retirer, dajfts. ses dUH 
maines^jpe qu'ilfit ayw^j|^PVft.4^pr4» 
cipîtatioji-jVtai^ Içr^qî^'il fi^iwl^çj^^ 
il reprit couragçi^ «* jpyî»iM».wej| miii«^ 



é^it 4is(K0t9é à le SQUlwii: 8w$ IsMKcwp 
s'inquiéter s'il éuit \jKuiûGaat^ .<m cQUr 
pable^ il leva une armée 4aQ^ ses #ftte de 
BouiigogAe ^tde Jlaodre ^ ^ s!a.7auça Mers 
Paris , ayant avçc lui, çpmme^polpgjis^, ou 
plutôt QOiiMne pau^JTF^^^ ^W doctjEnir m 
tbéologie ^ uonuoé Jean Fetii ^^jqui , eu Uc^ 
du dauphm et dfs^piiuo^s du sang , accusa 
le feu du(î d'Qrlénus.dç tr^Uisou , et justifia 
sans pudeur la mwrtre-iuiama cammii par 
ordre du duc de Bourgpgûe* Assuré de sà 
supériocilé^ c^hfffiuc^idemaiwiA et oibtiutdu 
dauphin , qui commençait alarma ^ouer un 
rôle éàw legouT/eruemaiitt u^n .pardon de 
la moi;t du malh^ur^eus d'^Orlé^u^^. ^^4 
complot qu'il ét^t po^îbte de Tpesipiivifii^r 
,par des paroles. Il fit priver de 4ft. pjaoe 
l'amiral de Fr^once^ jd<out la pr^lQ^e ^Ute 
était d'avoir offert . d^ux. eent^ qh^ya^ijH 
pour poursui^JR#.]bs aw9Wif 4p diw4'QlVr 
léans. -. .;. ,: '., •. .^1 t, f^i 

Ses demaudes ne^ se seraiwt ij^^ boruéftf 
à çeti^ Jà^gthfifi, Ml u'mt ^ipprZs^fue ]fi$ 
hiéeto\».Miiifmt ^iS:W9C9ies.^ï}(»xU« soq 
beau frère , lein* évéque. Il n'eut pnsfdffl^t 
ip|iUÀSaifs«Y(K f«|,iimc94^|)f^fi|^pi^ 



5l6 HISTOIRE DE FRANGE. (l4o5) 

tnm d^Orléans , prit lei armes dans la capi- 
tale I déteraûnée à tirer vengeance et ce 
meurtre abominable. 

Le nombre dea ennemis du duc de Bour- 
gogne s'accrut encore par Farrivée de Va- 
lentine , Teute du défunt en grand deuil ^ 
suivie de toute sa maison , qui portait 
comme elle le costume de la douleur /et qui 
semblait inroquer contre le meurtrier , la 
vengeance que réclamaient la Veuve et l'or- 
phelin. Le destin ne permit pas à la du- 
chesse d'Orléans de poursuivre son projet , 
car elle mouratbieitôt après son époux; mais 
sa mort, fut attribuée à la douleur que lui 
avait cau^ cet assassinat , et provoqua de 
nouvelles malédictions contre les auteurs de 

ce crime. - 

Les ennemis du duc de Bourgogne ayant 
ainsi obtenu tout-à*-coup l'ascendant , on 
institua contre lui une poursuite judiciaire 
devant le parlement de. Paris, et elle fut 
menée vigoureusement. Le pardon qu'il 
avait obtenu du Dauphin ^ fut annùllé , et 
il fut déclaré coupable du crime de haute 
trahison.. -* 

On était '«nfcorè ptongé dkns la surprise 
ocèasionffiée par cechaitgetftent de fortnife ,. 



(i4q5) HÏSTPIRE W FRANC»» 5xf 

quand on reçut 1» nouv^lç i|i|e k doç de 
Bourgogne ayant reprimé rin$utreclioo det 
habitans de X*iége après m avoir fak un 
grand carnage , s'appvodiaît alors de Paii$^ 
à la tête^de spn armée , ne respirant que 
vengeance contre tous ses enneuHS.. Cette 
nienace était d'autant plus formidable^ 
qu'on sayak que la 'majeure partie de la po^ 
pulace de Faris était dédarfl^ en sa faveur, 
au point que le crigae horrible qu'il avait 
commis , n'avait fait aucune impressioA qui 
lui fût défavorable sur des lM3^mes d'un 
caractère violent , qui étajient. Ixahitués à 
faire peu de cas de la vie pu de la mort d'un 
individu , fût-il prince du sang, et à ne 
pas examiner de bien près de quelle maiiiére 
son tombeau avait été creusé, pourvu qu'il 
y fût tofnbé par suite d'une quer^ héré- 
ditaire. 

La ville de Paris et le reste de la France 
étaient divisés al^rs en deux factions ^exas- 
pérées , qui se distinguaient par une marque 
extérieure , et par un nom de parti. La 
seule circonstance qui proniràt qu'il leur 
restait caicore un sentiment, de pudeur, fut 
qu'ils ne prirent pa« lesn^ms de BourgiSH 
goous et d'Orléan^tis. Les premier^ pqr-n 



fâiélN déil ceWtusr^ rotiges , shrec U^nroht de 
8 lB il » A rtdiPé, et a» fupcfnt itetnmëè (Sàbo - 
éllfnb'^ dtl 1161b iSè Gabeèhtey UolMhèr.par-' 
tiMft ÀrÂifigtié Ile la Ihctioh deJSmirgogne* 
Lei'set^Mdsf pc^tài^nt des ceimtlresfblancheâ 
ar^ec ^acehiWW de Saint^Gcorge érils s'ap- 
jielêffent Armagnacs , dû nom dtt ducd'Ar- 
m^ptic, beau père dti -nouveau *duc d'Or-à 
lâtnsy et' que ^èn ardeur et son activité 
ftiisalt regarder comme; Je bouclier de ce 
partir I^tnHSdtt dtisDU gendre le fit nom- 
iliei^ cotonétêtble de France ; et il passait pour 
S6ti*pi9tfdpal partisan. Le« Parisiens prirent 
tei aràies , eomme Cabochîns , et un corps 
éWtnpoftê de Bouchers fût celui qui montra 
le plus de zélé pour le duc de Bourgogne. 
Le partt'd^Orléatïs marcha sur la capitale/ 
et menaça Paris d'im sî^e. Bfais le duc de 
Bourgogne se jeta dans cette ville avec un 
corps A& -troupes d^éllte , dont une' partie 
étaiéttt de» ftughis : car , ' par suite de sa 
battîie centime les Armagnacs^, le Duc avait 
conclu une lîçuè avec céttenatïôn . Ces auxi- 
liaires^ étaient ctr&timandés par le comte 
d\4nltfdfefi Iftf observèrent Une telle disci- 
pBfee , <|tf'ih reûdîtent de graiids tervifeès à 
la èAisê dea Bdurguignons; 



La faction d'OA^ans qùî vît Tavantage 
que cette addition de forceis ptocurait à se^ 
cnnermis, et cjui s^eti trdm'att trictime, tië 
Se fit pals scrtiptiîe deîes imîtw , et elle entr^ 
eh négociation afvec 'Henri ÏV, ïoi d'Angle- 
terre. Les ofl^es de^ Armagnacs étaient trop 
avantageuses pour être refusées par ce mo- 
narque , qui réspiraô enfin après les trou- 
bles et leis ïhrarrecfiotis qui avaient agité 
successivement TAingleteîire depuis te conr» 
mencêment de son règne , — trembles fo- 
mentés par les Gallois, par les Percys et 
autres individus qui contestaierit ses droits 
an trône, ou qui étaient mécontens de son 
gouvernement. En ce moment de tranquil** 
Eté , il était naturel qtf il tournât tes ymxx 
sur la France , alors décblrëfc par une 
guerre civile , sanglante et implacable j^ 
et qu*il s'engageât a soutenir le parti qui lui 
offrirait tes conditions les pins favorabtes. 
Peut-être aussi le roi d'Angleterre désirait-- 
ii/au fond 'de son doêtrr , aîder le» deux 
nartisTun après Vautre v afin d'èmpécher la 
nnd^nne guerre djtflfe% ëul présentait à 
FAngleterre là perspéCtlVi «ifteootrvrer ses 
abcrenues pôMèSsicnys «h'iN^àhée* 

Qneîiw ^c fûMsè^séiBiftétotioftt /ilest 



526 HISTOIRE PE FRA^XE• (^41^) 

certain qu'Henri lY écouta favorablem^it 
les propositions de la faction des Armagnacs^ 
qui lui offrit d'abandonner à l'Angleterre 
toutes les province de laGascogne et d'autres 
avantages. Tenté par de telles offres , il s'en- 
gagea, le i8 mai i4i^f À envoyer au secours 
des Armagnacs , mille hommes d'armes , et 
trois mille archers. Pour se montrer plus sé- 
rieusement disposé à les soutenir, il devait 
nommer son plus jeune fils, Thomas de Cla* 
rence , général de cette armée auxiliaire. 

Au milieu de ces préparatifs ^ qui ajou- 
taient les horreurs d'une invasion étrangère^ 
à celle de la guerre civile , Charles YI s*é- 
veilla d'un long accès de stupeur, et sentit , 
comme cela lui arrivait par intervalles tous 
les maux du pays dont il portait la couronne, 
du ' moins de nom. 

Isabelle de Bavière , épouse du malheu- 
reux roi , était parvenue à- prendre une 
grande part dans le gouvernement du 
i'oyaume , au nom de son mari en démence, 
et de son jeune fils ^ dont la situation > 
commehéritier présomptif dutrônelui aurait 
donné un grand pouvoir , s'il avait su en 
faire usage. Un fait. 4rès--honQrable pour las 
français , c'est q«e leur fidélité envers leur 



(l4^2) HISTOIRE D£ FRANCE. 52X 

roi ' resta inébjçanlable même dans ces 
circonstances si déplorables. Les ordres du 
roi ', quand il était dans une situatioa d'es- 
prit qui lui permettait d'en donner > étaient 
écoutés avec respect par les diefii des deux 
partis. Mais, suivant que le cajffice de la 
reine la portait à favoriser Tune ou l'autre 
des deux factions ennemies, on entendait 
Charles VI tantôt menacer de sa vengeance 
ceux qui avaient cat^sé la mort du duc 
d'Orléans , son frère unique , tantôt prendre 
la défense du duc de Bourgogne , son meur- 
trier. 

C'était ainsi que le pauvre roi était un 
instrument passif entre les mains de la fac- 
tion qui avait Fascendant pour lé moment , 
sans qu'il montrât de mécontentement de 
la manière dont il était traité lui-mèmç. 
Nous avons pourt^mt une anecdote quFtend 
du moins à prouv-er qu^il était laissé dans 
une étrange pâuuie par ceux qui étaient 
chargés du s<4n de sa personne , quoique cje 
fiassent alors son épouse et son fik aine. 

On assure qu'on pourvoyait si mal wx 
besoins de la famille du malheureux roi , 
que la gouvernante de aes enfans vint un 
jour se plaindre à lui 4® n'avoir ni argent , 



ai aucuM maycM / pour hm achélef d^ 
titres fftamres objets de 'première tiéôeè>* 
dté. « Hélâ^! dh' Charles , que'p^î^je ftipfe 
pour vt)u8? je ne^tris p^s moî^itténife ptuîi 
à tnon 9ise!'tl lui donna la coupe d'or d^m» 
laquelle ft^rtnait 'dé boire , afic qu'elle s'^a 
servit 'pour pourvoir aux besoins les phïi 

H parôit qôc eeuaalheitreiBt princfe , pen- 
dant les renres intervalles de sa triste nk^-* 
die , apercevait avec un cei'taiu (légré de 
précision, l'ëiat d&ns lequel se trouvait 
son royaume à un moment donné , et qu^9 
pouvait alors s^en former une opinion r$ii- 
sotmable^ quoiqu'il fôt hors d'ëtaf de trofH 
ver tm point de comparaison dans ce -qui 
était arrivé avatit le moment présetit. Son 
esprit était comme un miroir, quîréflëcMt 
avec exactitude tes objets qui hii sont pré- 
sentés pour Vfnstaiït , mats qui ne refteÉtt 
aucune impression de ceux qui ont- d^ft 
passèdevant^ scn^ce. Sônjïrgement, m-» 
capable êtsppr^éitt les afFaSres d'^après teur 
rapport aveclesëvénemens passés, ou atee 
les lioiAntnes qiiî y avaient joué un rôle, *é 
décidait denre «ntiêreibent d^prét; le jow 
sous leqttel les circonstances ^'ésmtes fui 



I « 



éÊiîeiif repré^^tatëés par cwjIc' qui avaient 
intérêt à fe tromper. ' 

En sortâiif de^af flÂàladfe en r^r^j^ 
Gharfes ne ftiêpts^pett^hidigaëd'appfendre 
que la faction des Arwaghaibs Ëvait fait un^ 
^aîtë dont lë^prîncipal-artîclfe îëtâft Firitro- 
duction d'une armée anglaise en France. 

tique , si dângerense pour son royaume ^ 
le transportait d'une indignation trèis-hatu*^ 
relie , il ne voyait pas que le due dé Bour- 
gogne et son parti s'étàfent renduis cou- 
pables précisément de la même foute , 
quand ils avaient accepté le Secours du 
corps auxiliaire commandé ptr le comte 
d' Arundel qui avait formé fe païtfe la plu« 
«efficace de leur garnison pour la défense de 
Paris. 

Trés-courroucé contrôles- duc^ de Berri 
et de Bourbon , et atitrfes*sc%Bfetirs faisant 
partie de la fmrtion des Arniîfgnafcs , Charles 
marcha donc en personne contré eux , et 
assiégea la ville de Bourges^, qai était une 
de leurs places fortes. Ife témoignèrent le 
plus profond réspem pour* la personne du 
mi , mais pi^tendimit que ce a^était point 
par un acte Ubre de sa volonté qu^îl avait 



^t 



334 HISTOIRB DE FRA^XE. (t4l^) 

enttepris cette expédition p protestant ea 

même temps qu'à moins qae Charles ne vint 

accompagné de Jean dnc de Bourgogne^ ou 

plutôt quUl ne fut amené par ce meurtrier 

privilégié y lea portes de Bourges s'qutq- 

raient à la première sommation faite au nom 

du roi. 

Tout en alléguant ces raisons spécieuses , 
les assiégés firent une sortie désespérée , 

dans la rue de faireprisonnier le roi Charles, 
et Louis y son fils aine. Us furent trompés 
dans cet espoir , et ils se trouvèrent serrés 
de si près à leur tour p qu'ils furent obligés 
de se soumettre aux conditions que le roi 
leur imposa p et qui furent que les deux 
partis Armagnacs et Bourguignons^ seraient 
obligés de renoncer à toute ligue avec l' An^ ^ 
gleterre« 

Fendant ce temps , les Anglais , sous les 
ordres du duc de Clarence , arrivèrent con- 
formément à leur traité avec les Armagnacs ; 
et;^ comme les démonologistes le disent des 
mauvais esprits, il fut plus aisé de les 
faire entrer en France que de les en faire 
sortir. Cependant, le parti d'Orléans, en 
payant comptant une forte somme d'argent, 
«t en en promettant une enco;re plus considé- 



(l4l3) HISTOIRE DE FRANCE. 3 25 

^ rable f pour laquelle il donna des otages , 
pei'suada an prince anglais de se retirer^ non 
sans qu'il eut commis bien des/avages dans 
le pays. 

JLes seigneurs français se réunirent alors 
à Paris ^ sans distinction de parti , les noms 
lûêmes des deuxT factions ayant été dé- 
clarés illégaux^ tant les chefs semblaient 
empressés d'étouffer jusqu'au souvenir de 
leurs dissentions , quoiqu'ils traraillaçsent 
secrètement à en attiser le feu. 

Une guerre avec l'Angleterre commença 
alors à paraître vraisemblable ^ et une as- 
semblée des états généraux fut convoquée 
pour trouver les moyens de faire.face aux 
besoins du pays : mais elle fut dissoute 
"^ ^ns qu'elle eût proposé aucune mesure qui 
put amener la }>arfaite guérison des plaies 
du royaume , et le préserver des dangers qui 
le menaçaient. 

ljm\$, dauphin , et héritier présomptif 
de la couronne^ commençait alors à prendre 
un parti ^ à agir indépendamment de sa 
mère ^ et il regarda naturellement le duc 
de Bourgogne , comme celui qui avait com- 
promis d'une manière si fiiûeste la pak in- 
térieure de la France. Il prit des rensei- 



5:26 iUSTOiRP PE FAAiieii« (i4^^3 

IpMmens secnats sur U conduite dec^ prince^ 
et il appril f ou p«ui«étre prétendit ^wo\r ap»> 
pris (pie le i^vc vivait forioé le projet de dé*« 
traire les branches qui restaient de la maison 
d' Orléans^ .]>délateur4tai t un nommé Pierre 
des £ssarts ^ . CRéaturedu-duo de Bourgogiie^ 
que oe soigaf» ravait élevé au grade impcarv* 
tant et iMçraitîf de ministre des finances^ 
I^ Dauphin l!^yant menacé de faire exa* 
miner aes^eompto^» des Essarts changea df 
Çartiy dans l'espoir d'éviter un exaipea qu'il 
craignait de subir. Le. Dauphin lui donna 
ordre de 6'asswreir4e la bastille^ qu'on rie* 
gardait alor« c<Mnme étant en qydque 
sorte I9 citaddle de Paris. 

Mais le duc de Bourgogne, plus habitjLié 
que son jeune parent à ourdir des complots^^ * 
déjoua si efiicacmnent les projets du daû^ 
phin , quie des ]^^arts était à peine en ' 
possession de la bastille , quaiid un tumulte 
général éclajt» dans Paria, La pc^ulaf e , 
sous.l^ ordres de Cahocbe, le hpuçher^prit 
les ann^^ Pes BsiMyris^, obQgé de reiidre la 
Ba$ti}le y fut arrêtent mis à n^ort. Çab^ohe 
ets^g^9»tUé«imft,^U8«i<pelques se^i^ofun 
atH^c^yés ï U* pisnitnne .4^ daiipbin , etvfoiw 
fiér^ent Jie xpî Inino^m^ de se rmdreau fm^> 



Imnmt 9)t^ec468.d«c:de 3em et deSffUi^i^ 

paçti; bQWgwgaoQ> W du fl^i^4e»4»»irf 
^^s pw^eiw * ^t d'y foire wï^egistcer tel$ 
édiU qu'il plujt 8^ k^japaUle dfe demaijfd^?- 
JUes jïvâBP^ ii^wrefe ^ya^t entendu h aw 
d^a vicJ^u^d^c^l?» appartemw^privi^;dw 
4i^vpW^,jm forcèpeat rmtrée^yy cotot 
|)onèxwt avcKî la dernière ip^oleyocej, #); 
naipcut ceux, «jui §'y trouvaîçpt, w dâflgW 
ioij^i^eat; de leur vie. 

Jïe ppijvaïit souffrir la ty^^upie de Iji po^ 
pula^Q * qui e»t U plus dilficile; à endurer, 
le dwphia prit encore uw foi^ des me^urw; 
pour rappçlfsret réumr k^ ineppibres épar« 
de la faction d'Qrléftns,,4 U vojx de J'hiéri- 
tier présomptif 4« tw^e , qui pajrla a^ nom 
de son père , les 4ni3ia^a0S6]9^ièriçut da9f 
Paris, et, par un de ces changeqpiens si 
fr^u^ns à iÇi^tt? époqge , k 4¥fi 4e Bwr- 

mfi^niQnté k ^Qu p»rti di^$ fe ^japitak , sç 
ji^tira suivani. $a oQuAnm^^ diHM^se^do^ 
maînes de Flandre. 



328 HISTOIRE DE FRANCE. (l4*^} 

commandât , rester d'accord ^semble. 
Isabelle de Barière eut Fart de persUadar S 
la plupart d'entre eux de se joindre à elle 
pour renverser Tautorité du dauphin y au- 
torité trop absolue et trop arbitraire ^ pour 
qu'on pût la laisser entre les - mains d'un 
prince qu'elle représenta comme un jeune 
étourdi f capable de se laisser entraîner par 
de mauvais conseils. Elle poussa même les 
choses au point d'entrer de vive force dans 
l'appartement du dauphin ^ et y fit arrêter 
quatre individus attachés à son service, 
qu'elle prétendit être des agens du duc de 
JBourgogne; Le jeune prince fut si cruelle- 
ment offensé de cette insulte personnelle , 
qu'il écrivit au duc de Bourgogne qu'il 
était prisonnier dans sa propre capitale ^ et 
Tinvita à venir le délivrer , à la tête de ses 
troupes. 

Une invitation moins pressante aurait 
suffi pour amener le Duc à Paris. 11 se mit 
en marche sur le champ avec des forces 
considérables I composées de ses propres 

vassaux. 

Cepen^hnt le roi / sur ces entrefaites ^ ^ut 
momentanément tm de ses intervalles lu- 
cides, et prit pour un xmapè assez court; les 



(l4l2) HISTOIlkB PB FRAHGIi. Sag 

rènts da ijouternemeiit. UpuI^ un ^t 
où il tecusiitt le duc de Boorgogoe du 
meurtre dq due d'Orient , et tt fil pttUiw 
une réfutation de l'aboniiubleapo)Qê>'^. fiûte 
par le do(^eur Jean Petit ^ de^ cet infime 
assassinat. 

De son c6të^ le dauphin Leuie p dont k 
caractère sembla nvoir été léger et ineoM-» 
tant, changea eucor^ de partirai inTât* 
les princea de la finition d'Orléans à Tea» 
dans la «apittlei ^ «ree uu cp^pa dr orâtefe 
li fermîdaUs , -r. Il jQûtottlaH, dilKm, àhi^ 
HpiiUe Jikomnies^>^jc{tt'tt se %ro«r a en état dé 
détaiimBrlaiA Im àto^^ 4 il'qmptiM 
des. cjpiistiimpéfciniiresv 0» felini «pesi ;aMi 
Périsî^n^ kf:d»9|lim: et ba hanicades 4^ 
iU étaient Ittèiâiiés è M aen^ii^ fourgésci» 
ItpDsaaîgedMe jiefttneai ettonleur^anfanî 
las.moytfmsid* trm s hte ridè npiiMMi^tiitab 
fniUifé pnUtfne. ..- 
> l^ du<(î 4® BûMHfgegwt îi*en. «ranç» pnt 
moîlls T wi ^afis I «paie déeonragé pitr kf 
<Mît^ TOnduaiiX^atre lui par if ni ^ ^'par k 
dféff^ion. dta dtiiplMi ^ i^ par , k. déaÉmM»^ 
ment des iPâtiaiena^ ses plu^fdrinea partie 
sws:, Il aa re|in;^àeoilHiie na^^ihw^ aprla 
une tentative >iniilikaa^rlb capitale * 
m. 14^^ 






I5Ô Hf»9tnlll M fftANCB» Cl4ia)^ 

Mngy*^ Kegm^tiM é««eœc de lattiàisfm' 
«pp i tu e j É Mt 'Wt fcwe; ^«9 'l^hMiméoA' d» 

l^«BipirdlN[e'Mu»'4esi<l<nBnln»». Charles fit 
demander aux villes de Flandres n c^tM 
strliMtt dMM«i* -de «oatei^r le Duc contre 
k«rt«%ittti*'9iKeMriK , et il: en reçat tar ré^ 
fttam sMiaMMfiite qCM li»<Due était à la v^ 
iMi>4Âipyi4itoiB)i«në«Hiat>> 'nair^Ta'elle^ 
thBMmf^tjkiuiu detai.péét«rlett-4dd« 

kàifhM«Mnh»>L» fltufdeBMVgogoe ']^ 
lyiiqBM'^'in ée T6f aB«^«bNildb«ldnMt<^ 
iMsiaMyft«!ili$aiiJd«£laaid^utt«d»Aeiifi' 
gB9iK5^'>bS'jaMdMikiP«i>^«ii9dei«(i< fow «Itf 
4nib<|ai9MF ;û«nBt pké dn'iiiitAité'ifÉaitM 
^^nviiàjeila^Éi çeMdM;«Mfo ia»^}MH 
JMiliJÉiMnftw àk\% étiimi Cimtmwaiid 
fils insistèrent sur cette sigMil^MWiH| ^pmfi 
«MfilaBapM laipâix«fqfii^inftW'dM)jhe^ti> 
ftfiavii^4<nito^iirà«i )ir>sl|$iikK«>K««iAii 
fècifi^UaiiV fH«4iWèB:irtaini!iMiD«.4à 

ktfi^s wiid^^ çàtF «fMxnniiiéti ^M>'l« 

^bi|ntfMBe««(;'kaB€SdM»him^-}«tHefte.s«ll« 
blait iiinÉlUpir éfc fMBMfer/diaw. >h 



(l4l3) HISTOIRE DE FRANGE. 33l . 

Mais la volonté du ciel n'était pas de pro- 
longer la paix 9 ou du moins la trêve avec 
l'Angleterre, dont la France avait joui 
pendant ses divisions intestines, et qui 
avait empêché les Anglais d'en profiter* 
Fendant les premières années de son régne, 
Henri lY , n'avait pas eu de popularité en 
Angleterre, ses droits au trône avaient été 
contestés, et les troubles de son royaume 
l'avaient empêché de tirer parti de la dé- 
sunion des Français. Mais à l'époque de 
cette pacification entre Charles VI et ses 
sujets, Henri IV venait de mourir, et il 
av^t pour successeur son fils , le célèbre 
Henri Y , jeune héros , chéri par sa nation , 
et qui ne respirait qu'invasion et conquêtes 
contre ces voisins , dont les blessures^ cau- 
sées^par leurs divisions , n'étaient pas encore 
entièrement cicatrisées. , 

Et comme le résultat de la lutte qui en 
r^ulta fut remarquable , je terminerai ici y 
quant à prés^tit, cette partie de mon travail ; 
disposé à le continuer , s'il est j ugé aussi 
utile que celui que j'ai (ait sur l'histoire 
d'Ecosse. 

FIN DU TOUS TB0I8IÈMJB BT DE LA VBBlIlkRE SÉRIE 
DB l'bISTOIRB de FBANGBé 



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TABLE GÉNÉRALE 



DES CHAPITRES 



aBHVBlMAt BASa lA VKSIIlkKS SÉklB- 



TOME PREMIER. 



LxtTBS lUVAlIT DS niVACt. 



»M 



CuLfiTBB riBiiHu. Les Êtets kt pltts pitnote* MM«té en gêné* 
ni Ici pliU imbiticiix. — Aggictûcnu dt Romt contre l'iiidé- 
pcndancc àeà natiom éHiiis&ics»— La G«nle.««-DcscriptioB 
du faj« et des halntaM. -* Ltiur rcl%ion. — i X'otdtc del 
Ilnûdes.-* Canctiie beUiqocia de* GmkH».--* Ut anTafais- 
sent VluUe -<» et k Grèce. -^ Lenr vouiBage dangerenic à 
lUmM. — Civx nommé génénl dans la Gank. «^ Résolatioir 
des HclvélieBJi d'émisicr.^lljfficalté de leur rovte. -^Gésar 
leur ImiicIk k pMfage evtse Genète et k mont Jua. -^ H 

' ponmil ka Hclvétkna j«iqv% k Sadaa, et détroit kvr ar- 
nba-f^urdc. r— Enfin il ks débit unnplétMBCBt. «- Les Ger- 
aiainf paiacnl k Rhm pour envahir k Gaide.^- Lenr carac- 
tère, kiir génie, knramtton.-^ Mutinerie dea soldats ra- 
■MUS , npaiafcepw f ék^enc» de Gésar. — A défiiit Arioviste 
«t ka GenDÉini. •*- Conquête delà Gauk par Géatr. i 



GSA». II« Yi»yA(^c dea Hoanna à Tégard des nations vain- 
cnea.*^ Sactîfiopt knnaiais défendus. — Introduction dn po* 
IjtiiéHBae. •^ YîetiflMs lanninea sadètement sacrifiées par 
kaOnides.— Pkas d'inantreetion foiméa dans oca réunions 

m. |5 



S34 TÀBU 

solennelles. •* Conspiration des provinces gnaloises eonlfe 
Home. — Expédition de Drtuas.— InsuirecCion de Yindei , 
da .temps de f^éron* «^ 9m têptemcf^ -« IttHélffion des 
Chrétiens dsxfi lli 6tale,'s<ms le' règne de Sévère.— Ori- 
gine dtB Frtncs. «-• Incursion des Francs dans les provinces 
romaines , du temps de Posthume et de Gallien. -^ Défaite 
des AUemanni , et wtHAUrtftasiit te^pôtske de la paix dans 
la Gaule , sons Julien l'apostat -« Radagaise , roi des Goths, 
envahît Tltalie : il est Cût prisonnier avec une partie de son 
armée. — Le reste de ses forces entre dans la Gaule . et la 
ravage. Sa 

Cbap. III. Tribus barbares (foi couvrent successivement TËn- 
rope.— Les Celtes en étaient les habitans primitib. — Inva- 
sions des Goths, des Sarmatettt'iles Alains.— Irruption des 
Huns , qui s'établissent dans les parties orientales de la Ger- 
manie.— Guerres d'Attila contre l'empire d'Orient.— -Ligua 
entre Aétius , praticfan «iimAi , et l^Aàâaà^ roi des Gotha* 
Attila envahit la Gaule et assiège Orléans.— Aétius et Théo- 
donc marchent contee lui , et défont son armée dans la ba- 
taille de Châlons. — Les vainqueuya laisss u td'aïaséa ^ is is tt 
se retirer, sans l'inquiéter.— Mort d'Attila. — Extinction de 
l'cmpira d'OcM49A^^i*'4iaiie iMiMt mt foywiM. SS 

Cba>. IV. €Mnfnte4a Cabris*»- Sa m rm 'â m Itn tkaW»^ 
idsiie.«*-f[tttee«Btoe M ctAlikk, roi dés tisigôdis.«k.IM^' 
faite 4Ua «oth» à f^tieH.^itois «t coiitttMto dcjh fYrtié^ 
M^Hde Glo«is.-»BmMMiteiBaBeM|AM ptttti éib ^M». 
-«. I^SMffesins^tavriiisÉeM la 9fMei ,^ ioift wpoMMsfitt 
ChailasMai»sk-**Uinca^dis i l4w vil ig i èll^'<it^te t rt^ 

' PKiwi > 4oÊiAmm dfk lt>d yB MHi s cM i> »lHki W fe -^<iwi|ilèttl 
da Chgplcmagna. -»>I>iièiinft *e fVtMfÉrt <nW^ sejJaWtecÉKifatfc. 
-m favasio^desliiii liiÉÉiis i <»> h w n nil u «iti toMKl.'-*>^0éfNMI» 



i 



C?Ar. V. Éndes«cl€vé an farABa,4eFraBM.*«l>ésWdi«t 
dant le rtef de Charles k Simple. •* U i W ii»» | Kp> de k «^ 
blesse. — sPkèfloe ftoàal.— Son utilité et ses désavantagea. 
— Invasion de HoMoa, fé obtîAl k 4Mlié da fl t rt i a^di a» 
et la main deiaOUadadii^ k Sin«k.— MprtdftOmaknt 
— Hègne de LouU d'Ô«tw»|et^Od#pm diaHi«nesde gi gi ir 
de qui descendant les Bouidipns. «» Mgi^ ^ I B t M tofc *** 






/ 



DES GiiAiriTRES . S55 

tfmeii4 àtê Fwç aM ; en tKàtià à^ht^àÊût^ &vee l^&l^ftmagne. 
^èga^ d»LottkU Kwnéant-, âenûw«ioi de lit dynastie' tarlo- 

120 



Q»A». yjt Gawwir^ awtiMmf> 1» trcMsiène cKMigeiiienC de ày 
nastie. — Avènement et règne de Robert le Sage. — » BiMen- 
ftions entre les fils de Robert. — Avènement d'Henti 1", «- 
Pèlerinage de Rqbert, dpc de l^Msmaniie>à la Tcwe-Sainie. 
«^Son fils. GiiiUaiiine, eo6ail4Bf,eiHi.qttéi!Kitde BAB^^terre» 
^este à la. tête da gouyerneuMat de It^l^omaBdie,*!*^ Guerre 
^tre la Nonoandie et 1^ France, — * Défiitle des Français à 
Moc4enMi$. -^ P^ entre les deux. pAys**^ MoH d'Henri I*'^. 

€lup. VU. Minorité de Philippe. — Origine de la cbeyalerie. 
«^ Éducation des jeunes chevaliers. -— Cérémonial usité pour 
> conférer la dievalerie. — Devoirs de. ceux qui acquéraient cet 
honneur. •— Dérouement au beau sexe. .» combat judiciaire.^ 
«>Miy>omots.«-«Ija chevalerie prit naissance en France.^- Ses 
institutions forent bientôt adoptéeapar les Normanda, qui 
trouvèrent dans les guerres dltafi^ un champ ouvert à leur 
▼aleur. — Bravoure et Conquêtes des Guiscards. -r* Bataille 
deDurazzo. i66 

Gbap. VIII. Conquête, de rAngleterre par les Saxons.^— Hep- 
tarchie'saxonpe^rT-. Cciwd'£dpu«^rd:l& Confesseur. — Inimitié 
entre les Anglais et les Normands. — Mort d'Edouard , et 
avènement d'Hurold. — • Préparatifs de Guillaume , duc de 
Normandie , pour envahir rAngleterre.-r Invasion et défaij;^ 
^Harold dé^ N orwège. -^ Bitallle d*if |i«tines. — Effets prol 
dnits par If conquête des Normands. 7— liois fores^iè^A.. — 
-^ Couvre-feu.— Changemens introduitç^dajis la langue par 
le mélange du noimand-français. — Introduction du système 

> de chevideri^ — L'Angleterre , ^ei^ tombant entre les mains du 
duc de Nonnandie , prend nécessairementpart au ^stème piis 
Uti<|ue du continent* . 184 



. u^y kjt% r^sM^tcç contre, soapèft)^ rta H nal mw. «eodoitede 
n^ippip. -?, Sayease de ccl|A4«k Iinuia* m» fila. -r^Tentative 
^ la niailNiMe. d€.P4iilippe piawi. eaiycMum^fr touis» m^ Mort 



536 TABLE 



moBt.— Année 4cf ctoiiét condiiile p«r Pierre l'Htmite. — 
Dénitiet 4e cette aanéew— Groinde par lei qnatic principeiix 
moBarqiiet de FEinope. — » Accueil fiât eux croiiés ptr rem- 
perear grec. — Price de Nice. — > Bataille de DoryUenm. «^ 
Siéfe d'ABtioche.— Siège et prise de Jérosalem. — Goiufiitte 
de la Pakfliiie. — > ÉtablÎMeineat d« rojaane latin de Jétu- 
talem. 2to 



GiAP. X« DiMcnsioDS parmi les trois fils de Robert , duc de 
Normandie. "—Le **oyaiime d'Angleterre et le duché de Nor- 
mandie sont véanis en 1 ipenonne d'Henri , le plus jeune.'-* 
Gnerrt entreprise .^ar Lccisle Gros pour soutenir les préten- 
tions de Guillaume GUtoo, neveu d'Henri , à la Normandie. 
— > Défaite des Français- -— Aventures de Guillaume Gliton» 
— • Sa mort. --Mort de Lows le Gros. — Avènement au trône 
de Louis le jeune.— Il entreprend une croisade avec Conrad, 
empereur d'Allemagne. — Ils sont accompagnés par deux ré- 
gimens de femmes : l'un d'Allemandes , commandées par une 
femme surnommée Pied-d'or ; Vautre de Françaises, par la 
reine Éléonore. — Désastres de cette croisade.— Incondnitc 
d'Éléonore. — Les deux monar^ea abandonnent l'entie* 
priic, 2S0 



TOME DEUXIÈME. 



Cbapitii PBEicixa. Divorce de Louis le jeune et d'Ëléonore* •» 
Elle épouse Henri Plantagenet , et par ce mariage elle unit ses 
domaines à ceux du puissant rival de Louis.— Intrigues de 
Louis pour affaiblir le pouvoir d'Henri. <— Avènement d'Hemî 
au trône d'Angleterre. — Contrat de mariage entre le fils 
d'Henri et la fiUe de Louis.— Rupture entre ces deux monar- 
ques , occasionnée par les prétentions d'Henri au comté de . 

'I Toulouse.— > Leur réconciliation. — Schisme causé par l'élec- 
tion d'un pape*— Les rois de France et d'Angleterre pren- 
nent le parti d'Alexandre IIL— Mécontentement excité contre 
Henri ptf le meurtre de Thomas à Bechet. — Ligue contre 
Henri ; Louis fn est à la lète. .— Les confédérés forcés à la 
retraite. — Conclnsioii deia paix. >— Mort de Lonis» i 



DES CHAPITRES. SSy 

«MAP. II. ÀTènement àa trâne et lages aesuMs de PWiippe.— 
Mort d'Henri II , roi d'Angleterre, et ayènement âu trône de 
BidiardCcMir-de-Lion.— Philippe et Bichard s'unisient pour 
faire une croisade à la Terre-Sainte.— > État de l'orient à cette 
époque. — Siège d'Acre. — Dissensions entre les chefs de la 
croisade. — Retour de Philippe en Europe. — Glorieux ex- 
ploits de Richard.^ Son rappel en Europe. — Sou emprison- 
nement et sa délivrance. -— Sa guerre contre PhiHppe , et sa 
mort. — Jean lui succède sur le trône d'Angleterre. -«-Double 
mariage de Philippe.— Cruauté de Jean en réprunant tine in- 
surrection de son neveu Arthur de Guyenne. — lies parties 
lésées se plaignent à Philippe , (jui se met en campagne , et 
prive Jean de toutes ses po$sesions en France.— Par suite de. 
ce àuccès , Philippe reçoit le titre d'Auguste , et forme le 
dessein de conquérir l'Angleterre. — Querelle entre Jean et 
le pape.»— Philippe se déclare le champion du pape, et as- 

' semUie une armée nombreuse pour envahir l'Angleterre. — • 
Jean se soumet au pape. — Philippe tourne ses armes contre 
la Flandre , mais il est vaincu. — Confédération contre le 
pouvoir croissant de la France , entre le roi Jean , rempereur 
Othon , et les comtes de Flandre , de Boulogne , de Toulouse 

'«et d'Auvergne. •» DéÊiite des alliés à Bouyines. — Manière 
dont Philippe traite ses prisonniers. — Trêve avec l'Angle- 
terre. •— Croisades contre les Albigeois.—- Mécontentement 
4!ontre le roi Jean. — Les barons d'Angleterre ofirent de re. 
connaître pour roi Louis , fils de Louis , fils de Philippe» — 
Descente de Louis en Angleterre. — Mort de Jean, et avène- 
jnent au trône d'Henri III.— Débite de Louis à Lincoln.— 
Il renonce i ses prétentions sur rAngletërre^, retourné en 
JF'nutce, et entreprend une croisade contre les Albigeois. ^- 
Mort de Philippe. ^3S 

Chap. 111/ Avènement de Louis le Lion. <— Guerre eveé l'An- 
gleterre. — Croisade contre ks Albigeois. — • Mort de Louis. 

— Régence de la reine Blanche. — Répression d'une conspi- 
ration des vassaux de la couronne. — Louis prend la croix. 

— Il débarque k Dainiette , et prend cette place. — Désastres 
.éprouvés par les Français pendant leur marche ver» le Grand- 
Caire.— Louis et une grande partie de ton armée sont faits 

^ prisonniers. — Négociations pour leur rançon. — Le sultan 
' est assassine par ses gardes. — Conduite des assassins à l'é- 



N, 



5«f9 TABLE 

ptxé du roi de France. — Accoaçhement de la reine , pendcaik 
<|ii'il est exi prkion. — Loum retourne en France à la mort de 
sa mère. — Son aecablemenL i23 

Cb4p. I V^ Règne sajge et paisiUe de saint Lotus. 7- Son expé- 
dition contré Tunis, et sa mort. — Le royaume des Deux- 
Sïciles donné par le pape à Charles d'Aqjou , frère de saint 
Louis. — ' Arrivée de Charles devant Tunis avec des renforts. 
«-^Traité avec le sultan.**- La croisade est abandonnée..-— 
Vigoureuse administration de Philippe le Hardi. — . Son se- 
cond Mariage. — La reine accusée par le fitrori de son mari 
devoir empoisonné son beau-tils. — - Elle est déclarée inno- 
cente. — Disgrâce et exécution du favori. — Guerre pour dé- 
cider à qui appartiendra la couronne des Deux-Siciles. — 
Tépres siciliennes. — Tentatives infructueuses de Philippe 
' pour s'emparer du royaume d'Arragoa. — Sa f^ort. i6g 

Ça^r.V. Avènement au trône de Philippe, le BeL — Pfctentions 
it TAngleterre sur la province de Saintonge* -^ Guene.entre 
là France et T Angleterre. —Ses guéries en Ecosse empêchent 
Edouard de la conduire utcc vigueur. — .Gonfédmtioin de 
princes du continent contre Philippe » à. rinstigation ^À- 
douard. — Taix et alliance entre la Fiance et l'Angletene. 

— Querelle de Philippe avec le pape Bonifiice. — Sa bonne 
intelligence avec les deux papes ^ui lui succèdent, et qui 
jfixent leur résidence à ivignon» — Goat«§t»|ion avec la 

. I^landre. — Sup|^res&io% de Tordre des TempUeia.*^ Mort de 
"PJ^Uppe. le Rçl> et, avènement de Louis k Hutin. — Exé- 
cytipp de Maripy , favori du. feu roi, accusé d(B malversation 
et de'sorceilerie*— :, Mariage et -mort de Louis le Hutin. — 
Philippe le Long lui succède en vertu de la loi salique , qui 
exclut du trône la princesse Jeanne , fille de Louis Îjî Hutin. 

— Massacre des Juifs et des Lépreux, accusés d'avoir causé 
, *èii Ffa^oe une maladie épidémiqde , en empoisonnant les 

sQUrof». ^ Mort de PIttKppe , et avènement au trône de 
son frère Charles ie Bel.—- Charles somme Édoaard U de 
. . lui rendre hommage pour ses possessions en France. — In- 
vestiture accordée «t prince de Galles au lieu de son père. 
< — Intrigues d'Isabelle , reine d'Angleterre , à la cour de 
France. -^ Mort de Cliarlesi le Bel, et extinction en sa per- 
sonne des deaceadans d'iliignes Capet en première ligne, iot 



DES QQ4^4TRBS» SSq 

Cm. VI. Biomm||e, ic»4a jftm- BémuAi III à Philippe de 
YaloU dans U cathédrale- d'Aniena* •«• Edouard solija^e 
rÉcoisç , et prend la résoU^tWii de &iie «alaîtf ses droits au 
trône de France du "ck^ de. sa mère* U y esl excité par 
Robert d'Artois , miniatre. e&iU.- de Philippe* — fidouard 
obtient le consentement, do. so»^ parlement pour envahir la 
France , et met à la voile. — Combat naval à l'entrée du 
port deSlujsOy dam leqnd ki Anslaii sont vîctorieui« — 
Siège de Saint-Omer. — Une, sftrtie disperse les assiégés. •«> 
Siège de Toumay«-r--GoncûiaiQii 4>iiie trêve d'an an, et 
retour d'Edouard en Angleterre^ «^ Prolongation de la 
trêve. — Queselle svjf la succession. aiL.dnoh d^ Bvetagiie. 
^- Le roi de France épouse la cause, de Gfaailes de Biois, 
qui avait été dépossédé de ce daçbé. par Jean, de Montfort. 
— ' Montfort est tait prisonnier ^et -mis ett prison*— Courage 
viril de aon épouse. — Elle défend Henaehon contre Charles 
de Blois et ses auxiliaires, français. — L'Angleterre jette des 
•ecouTs dans cette pièce , soua les ptdres de sir Gantier Man- 
ny, dont la valeur foit lever le siège.. — Continuation de la 
guerre. — Nouveau siège d'Hennebon. — Il est encore levé. 

— Conclusion d'une trêve. <— Renonvellement de la guene. 
Edouard se met lui-même en campagne « et Jean, fils de 
Philippe, s'avance contre lui. — Autre trêve.— Nouvelle 

' rupture entre les rois de J^raiMsç et d'Aogletane.— Campa- 
gne sous le comte de Dorby.-fl^bnvowode sir. Gantier 
Blanny fait .lever le siège d'Auberoche. — Tactiqoo militaire 
de ce temps. •— Chevalerie féodale. — Coiipagniea franches. 

— Armes des Anglais..— Armes dea Itali^u.— . Inllinteiie 
française. — Troupes soudoyées. a43 



TOm TROISIÈME. 



CaAPiTaB PBSMixR. Edouard Ul perd-plusieura paHisans dans 
les Pays-Bas, notamment le biasseur^ArteveUe, et les comtes 
dfi Haiuauit et de Montfort. — «XjoMtoi d'Haroonrt, favori 

, disgracié du roi de France, éponae ses intérêtSé — D'après 
l!avis d'Han^nst, une invasion en Gascogne est résolue et 

. exéci^téc. -X. PhiUppe ass^nhle uoo armée à Samt-Dcnis, et 



54» TÀBLB 






marclie à la âihme de Koimi, ^ est meiiaoé par les An. 
glaw. — AUnœvTMt |mup k«iiicnet Edouard réussie à Mfier 
^elari^e gauche de USeiMwrU droite. -Api*.^ 
V jours de marcbe, et suivi par ramée française, ilpasse la 
Somme, et dioisit micluinqi de Utaflle dans la forêt de Ctéci 
— Les Français arriycnn — llataiUe de Créci. ,' 

Chap. II. Edouard prend la résolution de s'assurer une posses- 

^ •»<>* P^nwnente en France, en se rendant maître de Calais. 

r«i'?L • ""^ It^' -- Giierre en Bretagoe. - Siège de 

Bochc-Dener. - Edou«rd et Philippe désirent obtenir l'ai- 

terJ"" fT"^'- 'iJ^ P^^P*- ^* ï^'-^" favorise 
Edouard , et le comte Philippe. ^ TentaUve de PhUippe 

L pour.faw lever le siège de Calais. • Elle échoue, et 1m 
eitoyeis s^ foKîé. de capituler. - Noble conduite d'Eus- 
tache de Saint-Pieife et de cing mtres boui^is gui se L- 
vwit a Edouard pour sauver leurs concitoyens. — Edouard 
ordonne leur exécution, mais ils sont sauvés par Tintcrces- 
«on de son épouse , U reine Philippe. - Mesum prUes par 
Edouard pour s'assurer la possession de Calais. - Ajroery 
de Pavie, sénéchal du château de Calais pour le roi d'Angle^ 
terre , traite avec Geoflroi de Chami pour Kvrer la pUce aux 
Français, moyennant une somme d'argent. — Découverte da 
aa trahison. — Il &it «a paix avec Edouard , en s'engageant à 
im livrer Geoflroi. -^ Ce chevalier venant pour prendre pos- 
session du château, Aymery reçoU la somme convenue, et 
fait tomber Geoffroi dans une embuscade des Anglais, où sire 
Ganlûer Mauny le fiiit prisonnier. — Manière dont Edouard 
traite les prisonniers. — La peste ravage la France et l'Angle- 
terre. — Godefroi d'Harcourt se soumet au roi de France.— 
Mort de Philippe. 3^ 

Cbàp. III. Avènement an trône de Jean le Bon. — La trêve avec 
TAngleierre est violée, mais renoarelée. — Intrigues de Char- 
les, roi de Navarre.— Ilassajsine le connétable de France» 
et extorque du roi son pardon. — Edouard et son fils, le 
Prince Noir, envaliisècnt la France, et ravagent le pays.— Le 
Prince.Noir liasse l'hirér à Bordeaux. — Le roi Jean assemble 
nne grande armée, s'aranee dans le Poitoti, et trouve les An- 
glais campés à Mamiertnia, à deux Ueaes de Poitiers. — Ba^ 
laïUe de Poitiers.*- Leroi Jean frit prisonnier. —Accueil que 



DES CHAPITKES. S^l 

lui fkik le Prince Noir. -^ Retour da prince c» Aji^klevre , 
avec fon prisonnier. 64 

Chaf. IV. Suites de la butuffle de Poitiers pour la FraâfiC. •*%' 
Querelles entre le dauphin et lesétals généiunx.«— Répression 
d'une insurrection de Godefroi d'Harconrt, qui avait épouoè 
dt ncuTeau le parti des Anglais. •-* Siège de Rennes. *- Con- 
clusion d*ane trère. — Prise du diâtean d'Évreux par sire 
'^^Klliam Granville. — Charles de Novaife s'échappe de pri» 
eon. <— H organise la Action des Navarrois. — Insolence de 
Marcel, prévôt de Paris. ^-> Insurrection de payaos, appelée 
la Jacquerie. -« Succès partiel du dauphin contre les Anglais 
— Traité pour la rançon du roi Jean. — Les états de France 
xefiisent de le ratifier, et Êdèuard cnrahit de nouveau ce 
royaume. -* Siège de Rhetms. «- Paix de Bretigny. — Mort 
du roi Jean« •«- Le dauphin Charles lui succède. ^ 

Cbap. y. QMrre en Nonuandie, ^ Bataille de Goch^sreL — 
Guerre en Bretagne entre les partisans de de Montfort et de de 
Rlois. — Bataille d'Auray. «^ Embarras financiers de Oar- 
iu y « — Lois comptuaires* «* Compagnies frandiicf . — Plan 
de Charles pour les renroyerde France, -• Leurchef du Gnes- 
din marche sur Avignon, et exige vUe rançon du pape. •» IF 
prend part à une guerre contre Don Pèdre le Cruel, roi de 
Castille, et le chasse de son royaume. — Don Pèdre sollicite 
l'aide du Prince Noir, qui le rétablit dans son royaume. i^Da 
Gnesclin est foit prisonnier , et sa rançon est payée. — Taxe 
iiommée fouage, imposée en Gascogne sur les eheminées par 
le Prince Noir j pour payer les firais de son expédition en Cas- 
tille. •-- Mécontentement qu'elle occasionne. xa6 

Cbap. Vf. Don Pédre de Castille fait prisonnier et assassiné par 
son frère Henri. — Charles V nourrit l'esprit de mécontente- 
ment en Gascogne; et réclamant enfin les droits de seigneur 
suaerain, U somme le Prince Noir de se rendra à Paris» pour 
répondre aux plaintes de certains Gascons mécontens. — Pré* 
paratifs mutuels de guerre. — Le comte de Pembroke dévaste 
ie Poitou. — Il est entouré par les Français dans le villa^ de 
Puyrenon, et délivré par Chàndos. — Tentative inutile de 
Chandos pour recouvrer Saint-Salvin, qu'un moine avait livré 
aux Français.^ Escarmouche au pont de Lussac; Chandos y 
est ti!é. — Edouard III envoyé à CabU une armée comman- 



34 



*M«« de Ffa.ce, marche conUe lui %vec,4e*«»«)W. Ftowon- 
«A«ble« ; mai. ne pouvant fiûte quitter aux Anglais une forte 
|«^«Mpi^, d^Wm^k Fi«||.^JEipéa4É»ii de air Robert 

çtei^atei d« ly^»^ 4fe tooHa*, qn, pou, «^acquitter d'un 



Çhap. VI|. Révi^ de himé&i$^ qui « dmiWMWX FMiiçais. — 
, Le Priiîce Noir aisiége cette idlle «t la repnond. -* Miwt du 
Prince Noir, -r Bertrai^ Du Cueictipi nommé couétable de 
France, -r II défMt les ADg|#iii,à PonlrYolai^ -, Mariage du 
duc de l4ncaatr«.»^¥ep luie fille.de Pâuie le Cruel. *^ Henri , 
rbî de Q^\]h, devient , par sqi^ de cette «ttiance, ennemi de 
r Angleterre. ^ Débite de k4otl9Mf laiseipar iea Espagnols , 
devant la Rochelle.^ Le maire delà Rochelle livre cette ville 
_ maI^«9Ç4».^tiiie4ettMliflit.|Ml»«oniiè|rt>le.« 
deTJKMH»^; fMJf jqidewngmifnh.^iaMai<»ye>asae le 
e^te de llontfoit de ^Kétegae, «tdéelaMee dacbé eonfis- 
qué «H erqlH de la ctmnmm ^ Wnm^ -m-. bManeçtie» des 
•^«irs brciteiis^ il;» dtpfS'é ^ KoMi^deJbir paya. -^ 
Mort 4u coçi^tahle Dn. Çijçsçlin, ^ wégant Châteannenf 
^ Baiidant^^ Charly 4e i^A^l^i?^ wivé de*, ^oniaines qu'il 
possédait. ei» France,— ^ûfp horrâik de ÇlMlrk)sde NaKjvre. 
•p- Mort de Charles y, i^nîpmmé le Siagç, 1S4 

Csljlt: VIII. Avènement au trône de Charles VI, à l'â^^d^ dpuze 
ans. -^Régence du duc iTAiyoïi. lî s'empare de» trésors de 
Gàatles V, qu'il emploie ensuite à feirfsvaloiri^ droits a la 
couronne de Kaples et de Sicile. -^ Une armée anglaise , com- 
mandée par le duc de Bac)ûn|{hain> est e^ivoyée'au s^cojii|i^dtf 
eômte de Itontfort., qui promet de là soutenir, nMÛf qui fait 
sa paix avec la France^ et' ibrce les Ànglats» ses ai|iéSy à éva- 
cuer la Bretagne.*^ 0ésc^r<àrc8 CIL Flandre. -7 Insurrection 
dea Gaîitbîs sous ArtevéUe. -7 La France. prend le parti du 
comte de Flandre', et l'Angleterre cëliû <le$ insurgé^. rr~ Dé- 
bite des insurgés à Ro8e]>éclL. -^ Mariage de Charles VL •» 
expédition de Févéque de Norwich! — Il est battu, et forcé 
de se retirer k Calais, -7' Expédition du comte à^J^on. pour 
fiiirc valoir ses dioits au trâne de^ ISfaples. --. Il échoufg et 
meurt. — Aventures de deux chefs de compagnies franches , 



BBS CHAPITIIES. S^ 

ÛMiflM Tète-lf 6iÀ lét Âtiergot Mihîel. -^ ITéntatiye infhu»- 
Mciile dt dvc de LÉutaslBre pôUr conqaérir la Castîlle, dont 
il lé^iMMt la ccnavome du éketàe sa femlne, Mie de Don 
Pè«ke le Graél. ^ Tempête qtrï dé^ît une flotte françaiai^ 
'imtettriilftè à rÉchnt pour eavâSiir TAngiIetinte. — Arresta* 
tion d*OliTierde Cfisson, contiétatile de France, pair le d«e 
de ilretk%Be. ^^ Son emprisétetfèfliieht et m rançon. , 217 

Chap. 1K. Gkatlet VI piésà en iitain lâ ^Shé» âù ^ouVerhe- 
nent. •«^€«iweiilèn «{«^ ekoisit/*^ Tentative de 1*ierre de 

• Giaoïi ppnr arta i iî m i f 0fi¥lér dé Cl&soh, connétable de Frafi- ' 
«e. L'assassin , dont JilMiVfeeflMLff5rt totunliâdt léspfojèts^ 
se réfugie en Bretagne. -^ Le roi Charles, en marchant vers 
la Bi^etagne pour punir le meurtritt , est frappé de démence , 
et l'on rencmce à cette expédition. — Accident dans un J>fll 
masqué oii le roi^ pendant un de ses intervalles lucides, jouait 
un rôle.'— Le duc de Bourgogne nommé régent, malgré les 
prétentions du duc d'Orléans. — f«e duc de Bourgogne con- 
gédie de la cour Olivier de Glisson, qui se retire en Bretagne. 
-^ Il y fait la guerre au duc. — Paix conclue entre eux. — > 
Mort de Jean dcMoç^axt» Il laisse Clissoft tuteur de eeaen- 
fans. — Conduite ^lonorable de Clissen en cette qualité. — Sa 
mort.— Administration du duc de Bourgogne.— Secourt 
promis par la France aux Écossais. — Expédition pour pro- 
téger la Hongrie contre les Turcs. <— Les Français et les Hon- 
grois défiûts par le sultan B^aiet près de Nicopolis. — Mat- 
saere des prisonniers. —'État de la Fiance à la fin du quator- 
zième aècle. 96a 

Cbap. X. Factions d'Orléans et de Bourgogne. — Menace de 
rupture avec l'Angle^rre. — Leduc d'Orléans nommé régent, 
et privé ensdite de cette place. — Mort de Philippe , duc de 
Bourgogne. — Jean Sans-Peur loi succède , et les dissentiôns 
entre les deux maisons centûiuent. — Réconciliation des deus 
ducs. -* Leur haine éclate de nouveau. — Meurtre du duc 
d'Orléans. — Le duc de Bourgogne, auteur de ce crime, en 
obtient le pardon ; mais étant allé téprimer une insurrection 
à Liège , il est déclaré coi^able de haute trahison. -« Le duc 
de Bourg«gne marche sur Paris. «^ Ses partisans sont nommés 
Cahochins^ et ceux de là maisoii d'Odéans Armagnacs. — • Let 
Armagnacib reçoivent du secours de l'Angleterre. — > Le roi 
Charles , pendîtnt un intervalle de si mab^e, montre la plus 



.-; 



344 TAËLE DBS CHAPITRES. 

grande indignatioii de cetft ligue «tcc l'Aagktcfre, et moékt- 
en personne contie'lcs Armagnacs. — Lt noblesse firanfaise l 
s'assemble à Parls^ et force les Amagnacs et lesCabochins à se 
xéconcHicr,— Une insurrection ayant éclaté à Paris, le dan- 
filin appelle à son secours le parti d*Orléans, et le véorgn* ' 
sise. — le doc de Bourgogne se retire de Paris , asais le dan- 
pbin le rappelle par suite d'une querelle cntic lui et sa méie, 
la reine Isabelle. — A l'approcke du duc de Bourgogne , te 
dauphin invite de nonvean kc Armagnacs n se joindre à lui. 
Gkarles VI lui-mime, n peu près rétabli', maicbe contre le 
duc de Bourgogne, et le force à signer nn' tiraité de paix.-— 
Situation de l'Anglctcne.^ Coaclna i on. 3o3 



ym OB tl TABIA DB Là PftBMliSBB SBK» 
BB l'hISTOXIB BB FRJLKCB. 



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